‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 59 sur 329 · LEÇON XVIII. SAINT SOTKH- AN · texte numérisé non relu

LEÇON XVIII. SAINT SOTKH- AN

de la tonsure cléricale, et la ferait remonter aux apôtres. — Saint Soter fut son successeur, après que le saint-siéga eut vaqué quelques mois (162).

3. Nous connaissons avec des détails plus certains les combats de l'église de Smyrne, par la lettre qu'elle en écrivit aux Chrétiens de Philadelphie. Plusieurs martyrs, soutenus par l'exemple de saint Germanicus, endurèrent les plus cruels supplices et les morsures des bêtes avec une constance qui étonna et toucha les infidèles eux-mêmes. Il leur fallait néanmoins une autre victime, et Ton entendit ce cri féroce de la multitude : Otez les impies : que Polycarpe soit amené. Conduit par des hommes armés, le saint vieillard arriva lorsque les jeux étaient terminés. En vain le proconsul le pressa de jurer par le génie de César et de maudire le Christ; Polycarpe refusa de jurer et encore plus de maudire ; a II y a quatre-vingt-six ans, dit-il, que je « sers le Christ, et il ne m'a jamais fait de mal; comment « pourrais-je outrager mon roi qui m'a sauvé? » Les instance? et les menaces ayant échoué contre cette grande âme, qui semblait s'en jouer avec une noble pitié, le prcH consul fit crier trois fois par le héraut : Polycarpe a confessé qu'il était chrétien; et aussitôt la multitude des Gentils et de^ Juifs qui habitaient Smyrne s'écria avec fureur : C'est le maître de l'Asie^ le père des Chrétiens, la ruine de nos dieux; celui qui éloigne un grand nombre d'hommes de nos sacrifices. Elle aurait voulu voir Polycarpe exposé à un lion; mais cela ne fut plus possible, les jeux étant finis : alors toutes les voix s'élevèrent de nouveau pour demander qu'il fût brûlé vif; et à peine eurent-ils poussé ce cri barbare que tous se précipitèrent sur les provisions des bains, les Juifs les premiers et les plus ardents, selon leur coutume, prœcipue Judœis alacri animo^ ut soient, ad ista juvantibus^ et dressèrent tumultuairement un bûcher du bois et des sarments qu'ils y trouvèrent. Polycarpe, seul calme et tranquille, se dépouilla lui-même de ses vêtements; il eut de la difficulté seulement pour ôter sa chaussure, n'ayant pas

MARTYRS M «AIKT POLYCIARMI. SAINT MÉLITON. 127

rhabif uda de le faire. Les fidèles s'empressaient à Tenvi de lui rendre ce service et de toucher son corps; « car, ajoute 9. la lettre, les saintes mœurs du vénérable évêque ren- < datent déjà, et avant le martyre, ce corps digne d'hon- « neur en toutes manières. » Attaché sur le bûcher, saint Polycarpe fit h haute voix une prière qui était comme une confession de foi catholique et Texpression de sa brûlante charité' puis les flammes s'élevèrent miraculeusement en voûte autour du martyr, qui expira d'un coup d'épée. Les Juifs, toujours acharnés, voulurent priver les Chrétiens de la consolation de posséder son corps : ils faisaient craindre au proconsul que, si on le leur laissait enlever, ils l'adoreraient à la place du Crucifié; ignorant, disent les auteurs de la lettre, que nous n'adressons nos adorations qu'à lui, comme Fils de Dieu, et que, pour les martyrs, nous les aimons comme les disciples et les imitateurs du Seigneur : Illum siqutdem^ utpote Filium Dei^ adoramus; martyres vero tanquam Domini diseipulos et xmitatores merito diligi" mus. Finalement le saint corps fut brûlé, et les fidèles déposèrent ses os dans un lieu convenable, comme un trésor inestimable. « C'est dans ce lieu, disent les Chrétiens « de Smyme, que nous assemblant, selon que les circon- « stances nous le permettront, nous célébrerons, par la « grâce du Seigneur, avec joie et allégresse, le jour natal, « diem naialem^ et anniversaire du martyre de Polycarpe, « tant en mémoire de ceux qui ont combattu que pour « l'exemple et la joie de ceux qui nous suivront. » Cette lettre était adressée par l'église de Smyrne à Téglise de Philadelphie, en Lydie, et à toutes les assemblées de fidèles de la sainte et catholique Église répandue sur .toute la terre, et omnibus tibique terrarum sanctœ et catholicœ Eccle^ siœporœciis. Nous y voyons un exemple aussi ancien qu!il est authentique du soin qu'avaient les premiers Chrétiens d'écrire la relation des combats de leurs frères, ou les acte$ de leur martyre, et d'en informer les églises. Cette pièce est précieuse surtout par le témoignage tout apostolique

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