SAINTS DOCTEURS. TATIEN
la chronique d'Alexandrie, saint Claude ApoUinaire, évêque d'Hyéraple, en Phrygie, écrivit en faveur de Tusage romain et universel sur la Pâque, probablement pour réfuter Méliton. Il adressa aussi une Apologie à Marc-Aurèle, et combattit les Païens et les Juifs. — Un autre évêque plus illustre encore, saint Denys deCorinthe, se distingua contre les hérésies, montrant leurs origines dans les diverses écoles de philosophie. Eusèbe nous parle de huit lettres qu'il adressa à différents personnages, entre autres au pape Soter, dans laquelle il relève la charité que l'Église romaine avait toujours exercée en envoyant des secours aux Chrétiens, aux églises pauvres et aux saints confesseurs condamnés aux mines. Cette lettre était une réponse, et saint Denys dit au pape qu'il lit sa lettre le dimanche aux fidèles assemblés, et qu'on ne cessera de la lire dans la suite, ainsi que celle que Clément avait déjà écrite à l'église de Corinthe. Telle était l'union des églises, le respect qu'on avait pour l'Église romaine, et le soin que celle-ci prenait de toutes les autres avec une charité maternelle. Dans la lettre aux Chrétiens de Gnosse, saint Denys exhorte leur évêque, qui était saint Pinythe, à ne pas imposer généralement aux fidèles le joug pesant de la continence. Ce trait était dirigé contre les Encratites, que le zèle indiscret de l'évêque de Gnosse pouvait paraître autoriser. Cette secte commençait à se montrer, ayant le célèbre Tatien à sa tête^.
I Tatien, né en Assyrie, s'illustra d'abord dans les sciences et les arts, et surtout dans la philosophie. Converti
I . Sur les saints Méliton, Glande Apollinaire et Denys de Corinthe, voir dom Inmper, t. IH. •— Berti, sœc, 2<>, diss. 4. — Tillemont, t. UI. — J.-A. Mœhler, t,I,etc. (IX, 1).
par la lecture de nos saints livres, il se fit le disciple de Justin. Il lui succéda après sa glorieuse mort, et eut luimême pour disciple Rhodon, qui devint F un des plus célèbres écrivains de cette époque. Ce fut très-probablement en ce temps et à Rome qu'il composa son discours contre les Grecs, Oratio adversus GrœcoB^ fort loué par Eusèbe et saint Jérôme. Accusé d'erreur par quelques érudits, cet écrit a été justifié par de graves critiques, tels que D. Maran*; et pour en dire notre sentiment, nous croyions voir dans cette pièce de Tatien les raisonnements solides et les expressions inexactes ou erronées de son maître. Les erreurs qu'on peut lui reprocher sont aussi excusables en lui que dans les Pères de cette époque, et s'expliquent par les mêmes causes. Nous remarquerons cependant que Tatien, comparé à sâîîit Justin, se montre embarrassé sur la nature de l'âme, distinguant l'âme qui vient de la matière, et l'esprit qui vient de Dieu; sur son immortalité et sur la nature des démons qu'il fait venir aussi de la matière comme l'âme sensitive. Ces opinions, dont on retrouve des traces plus ou moins sensibles dans quelques Pères, ne manquaient pas d'affinité avec les idées gnostiques. Ces erreurs secondaires, non encore condamnées formellement par l'Église, nous expliquent la défection des esprits, qui, ne joignant pas l'humilité chrétienne à la science qui enfle, abandonnaient si facilement les enseignements de l'Église pour les théories du Gnosticisme, accommodées à leur manière.
2. Tatien en fut un des plus tristes exemples. Enflé de ses succès et de l'éclat de sa réputation, il dédaigna la simplicité de la foi et en méprisa la règle pour suivre sa propre raison; il voulut avoir son système, faire son école, et ne fut plus qu'un sectaire. U se jeta donc dans le Gnos-