I. Voy. Prsef, in 0pp. S, Just. Tatiani^ etc
1. Sut Tatien, ses écrits et ses erreurs, et sur les Èncratites, toir D. Marao,
dans son édition de saint Justin Berti, sac. S», diss. 3. — Nq€1 Àlex«iKlre>
8«5C. Jo, cap. 3. — Tiilemont, t. Il, p. 447. — Pluquet, etc.
LES ENCRÂTIÏES. ISl
ticisme et adopta la théorie marcionite avec lès éons valentiniens. Admettant les deux principes de Marcion pour expliquer l'origine du mal, il se distingua en pressant plus vivement la conséquence, et en poursuivant partout la matière et la chair. Il condamna donc le mariage comme un adultère et une fornication; il défendit, au rapport de Théodoret, de manger les animaux et de boire du vin. De cette triple abstinence du viii, des femmes et de tout ce qui avait eu vie, les sectateurs de Tatien, ou Tatianistes, furent appelés Encratites, ou Continents, On les appela aussi Hydroparastes (qui offrent de l'eau), ou Aquariens, parce qu'ils ne se servaient que d'eau dans l'Eucharistie. Cette secte se divisa, comme touteâ les sectes. On en vit stn'tir, peu après Tatien, les Sévériens, du nom de leur chef Sévère, qui fortifia beaucoup cette hérésie, et forma un parti. Eusèbe nous apprend que les Sévériens admettaient la loi et les prophètes, mais qu'ils les entendaient dans leur propre sens : Proprio quodam sensu sacras Sertptttras exponunt^; reproche qui montre bien que ces sectaires s'éloignaient de la règle de l'Église, en adoptant ainsi la méthode de l'interprétation privée. — Plus tard vinrent les Apotaciiques, ou Renonçants, Ils ajoutaient aux erreurs de Tatien un renoncement absolu aux biens de la terre, condamnant toute propriété; et comme ils se vantaient en cela d'imiter la vie des apôtres, ils avaient l'arrogance de s'appeler Apostoliques. Ils semblent aussi s'être donné le nom ii^Catharm ou Purs. Plusieurs poussèrent leur pauvreté extérieure jusqu'à se couvrir d'un sac, et furent appelés Saccophores ou Porte^sacs.
Il paraît que, dans la suite, ces différentes sectes encra-
i tite« se rapprochèrent beaucoup de la doctrine de FÉgliseï
' au moins dans tous les points capitaux de la foi , puisque
saintBasile les considère, au quatrième siècl6; plutôt comme
schismatiques que comme hérétiques^
t. tascb., lib. IV, cap. xzix.
Pour revenir à Tatien, il composa un nombre presque • infini d'écrits, comme parle saint Jérôme, tous perdus, à l'exception du discours dont nous avons parlé. Il avait fait entre autres une Concorde des quatre Évangiles, le premier essai en ce genre qui prouve la tranquille possession des quatre Évangiles dans l'Église au milieu du deuxième siècle. — Tatien et les Encratites firent faire à la gnose un pas de plus vers l'idée chrétienne en la poussant davantage dans une voie extrême de perfection morale et d'abstinence.
3. Vers le même temps, un docte Syrien, nommé Bardesanes^ affligea aussi l'Église après l'avoir servie avec zèle. Il défendit les Chrétiens de vive voix et par écrit, combattit les hérétiques, et entre autres les Marcionites, puis se laissa séduire lui-même et embrassa la gnose de Valentin. Eusèbe, qui nous laisse ignorer quel fut son . système propre, nous apprend qu'il revint à des idées plus chrétiennes, qu'il combattit même le système qui l'avait entraîné, mais qu'il conserva toutefois quelque chose de ses vieilles erreurs. Ces restes fâcheux formèrent une sorte de système moyen, un semi-gnosticisme qui fit du maître jet des disciples une secte particulière, celle des Bardesanistes. Marin, l'un d'entre eux, dit dans un dialogue, /^e recta fide, que Bardesanes admettait deux principes, l'un bon et l'autre mauvais : c'était l'idée dominante de l'école syrienne et de Marcion; que, selon lui, le corps du Christ venait du ciel et non de Marie, et qu'il n'y avait pas de résurrection des morts. Ajoutons, d'après saint Èpiphane, qu'il recevait les deux Testaments et quelques apocryphes. D'après l'ensemble des divers renseignements qu'on peut avoir sur Bardesanes, il nous apparaît comme un Valentinien et un Marcionite mitigé, se rapprochant davantage des idées chrétiennes, qu'on croyait retrouver dans son langage. Il paraissait tout puiser dans les Ecri-
f . Sur Bardesanes, voir les mêmes auteurs que ci-dessus : Berti, Tillemont, p. 498; D. Lomper, t, UI, p. 38.
L£S ENGRATITES. BARDËSANES. 133
tures qu'il admettait, et qu'au moyen de Tallégorie il savait amener k son sens. C'était le génie de Valentin, mais plus chrétien et plus délicat, sous Tinfluence de Técole de Syrie. — Bardesanes eut un fils nommé Harmonius, bel esprit comme son père, dont il adopta en tout ou en partie les erreurs. Poète et musicien, il les chanta dans ses vers, les premiers qui eussent été faits en syriaque, sa langue maternelle. Ces hymnes étaient d'autant plus séduisants que l'erreur palliée semblait disparaître sous le charme de l'harmonie. Deux siècles plus tard, saint Éphrem leur substitua, dans la même mesure, d'autres hymnes orthodoxes que l'Église de Syrie adopta.
4. La gnose ne cessait de se dépouiller de ses vieux éléments, à mesure que des hommes sortis du sein de FËglise venaient à elle avec leurs idées chrétiennes. La partie la plus grossière de ces éléments impurs ne se soutenait plus que dans des sectes secondaires, hideuses et dépérissantes, tandis que les idées d'un caractère plus philosophique et plus moral se subtilisaient sous la main des sectaires habiles qui essayaient ainsi de les confondre avec les vraies idées du christianisme. La gnose se décomposait donc en même temps qu'elle se transformait. Pour entendre complètement cette décomposition, il faut nous reporter à son état primitif dans Alexandrie, où elle rerafermait la synthèse, c'est-à-dire toutes les forces et tous les excès de la raison humaine, la foi et le raisonnement, le fanatisme et le rationalisme (III, 5). Ces deux exagérations de la raison se reproduisent l'une ou l'autre dans toutes ses opérations irrégulières. Au sein du Gnosticisme, le rationalisme apparaît davantage dans les théories philosophiques et spéculatives, et il nous semble représenté surtout par les écoles de Valentin et de Bardesanes; tandis que le fanatisme qui vit dans le cœur et la volonté, dans le sentiment, qui va par conséquent à Faction et à la pratique, domine dans le Marcionisme et l'Encratisme. Chez les Encratites, la gnose se combinait
".HKe. I. »
184 LEÇON XIX. SAInT SOTER. AN 162-174.
avec la morale chrétienne qu'elle défigurait en exagérant jusqu'à TextrêmCj c'est-à-dire jusqu'à l'hérésie formelle, son austérité; dégradées à ce point, les maximes chrétiennes pouvaient souffrir le contact de la théorie gnostique; il était possible de les associer avec les éons et les deux principes. Mais c'était là aussi que devait expirer la forme gnostique dans la partie morale ; elle n'était plus «ompatible avec l'idée évangélique, dès que cette idée, moins altérée, devenait plus chrétienne. Ce degré marquait la transformation consommée de la gnose sous le point de vue pratique, et ce degré fut atteint dans le Montanisme. 5.^ Montan, né dans la Mésie, qui faisait alors partie de la Phi7gie, parut vers l'an 174 . Épileplique ou démoniaque, comme le disent les Pères, ou simplement imposteur, il tombait dans un état de délire extraordinaire qu'il fit passer pour des opérations surnaturelles, pour des extases et des visions. Secondé par quelques hommes qu'il trompa ou qui voulurent l'exploiter, Montan se présenta comme un prophète, et il y eut d'abord hésitation parmi les évêques voisins et les fidèles sur le vrai caractère de cette prophétie. En attendant, les imaginations s'enflammèrent, et le fanatisme eut bientôt formé une secte nombreuse autour du Phrygien. Deux femmes opulentes, Priscille et Maximîlle, contribuèrent surtout à ses progrès. Entraînées par une illusion grossière ou par leur passion, probablement par l'une et par l'autre, elles quittèrent leurs maris, eurent des extases, prophétisèrent et partagèrent dès lors avec Montan l'honneur de figurer à la tète du parti.— Une telle association acheva de dessiller les yeux des Catholiques. Il y eut des assemblées d'évêques, et les nouveaux sectaires furent séparés ou excommuniés. De leur côté, les
1 . Sur MofiUn e^ les Montaniltes, toir Ëasèbe, Ëb. Y. — Berti, Mec. 2^ diss. È. M- tiUemoat, t. Il, p. 456. •M.piuquet, DicPionn. des héréê, — Alcog. t. I, p. S46. •— La meilleure source pour connaître Tesprit et les sentiments des Modlanistes est TertulUen, dans tous ses écrits faits depuis qu'il eut passé dans cette l«ete.