De Ànima^ cap. n
6. Montan, qui se disait supérieur aux apôtres, ne s'attribua rien moins que la mission de réformer leur ouvrage, ou plutôt de donner la dernière perfection à TÉglise, sortie imparfaite de leurs mains. En conséquence, les Montanistes, au lieu d'un seul carême, en observèrent trois dans Tannée;
' ils eurent des jeûnes plus sévères, dans lesquels ils ne mangeaient point du tout; d'autres où ils ne mangeaient
• qu'au soir : ils admettaient le mariage, mais ils condamnaient les secondes noces comme illicites. Montan autorisa les femmes, du moins celles qui le suivaient, à quitter leurs maris, sous prétexte de vocation à un état plus parfait. Le nouveau prophète, inexorable pour les pécheurs, rejetait la pénitence et refusait l'absolution à presque tous les péchés. S'il ne dénia point à l'Église le pouvoir de les remettre, du moins, comme l'entendit Tertullien, il ne l'accordait qu'aux spirituels, à un apôtre ou à un prophète. Non content de condamner ceux qui fuyaient le martyre, les Montanistes affectaient de s'y exposer, en tenant leurs assemblées sans nul secret.
Tous ces articles, comme on le voit, ne touchent qu'à la discipline, si nous en exceptons celui des secondes noces, qui étaient du reste gravement improuvées dans les premiers siècles. Mais, en paraissant respecter la doctrine, les Montanistes la sapaient en réalité par la base, en ruinant la règle de foi avec l'autorité de l'Église. Ce fut par ce côté surtout que les Phrygiens ou Ca^«/?Ary^es, comme on les appela, de schismatiques devinrent hérétiques. Séparés de l'%lise catholique pour s'être si impudemment arrogé le droit de réformer ses institutions, les Montanistes eurent leur gouvernement et leur hiérarchie, où nous voyons figurer un patriarche, le chef de toute la secte, des Cenones, puis des évêques qui n'étaient qu'au troisième rang. Les ruines de Pépiize, ancienne ville de la Phrygie, devinrent le séjour favori de Montan et de ses prophétesses, un lieu sacré, la Jérusalem nouvelle de la nouvelle Église; ce quia fait donner quelquefois le nom de Pépuzéniens aux Mon-