‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 65 sur 329 · LES MONTANISTES. 1S · texte numérisé non relu

LES MONTANISTES. 1S

tanistes. Loin d'être humiliés de leur séparation, les Montanistes se regardèrent comme des hommes spirituels, comme des parfaits, et ils ne virent plus dans les catholiques que desnPsychiques^ des hommes grossiers, croupissant dans la vie animale. Au fond, cette rigidité de mœurs était plus affectée que réelle : d'après le témoignage d'Apollone, auteur contemporain qui ne craint pas d'être démenti, Montan et ses deux prophétesses n'étaient que des épicuriens raffinés, qui vivaient aux dépens de ceux qu'ils avaient séduits; plusieurs Pères ont aussi formé contre les mœurs de ce sectaire des accusations graves que son genre de vie et de société n'autorisait que trop. Le même Apollone reprochait encore hautement aux Hontanistes d'avoir plus d'apostats que de martyrs.

7. Le schisme et les erreurs de Montan infectèrent d'abord la Phrygie, puis se répandirent au loin ; et, au commencement du siècle suivant, les Montanistes avaient plusieurs églises en Afrique. Dès que l'imposture de leur nouveau prophète eut été constatée, ils furent combattus par les évêques de laPhrygîe et des provinces voisines, et condamnés par les conciles qu'ils assemblèrent à ce sujet, n parait aussi par TertuUien qu'ils furent dès lors et trèspromptement dénoncés au pape Soter, qui les aurait condamnés, et après lui le pape Éleuthère. — On voit ici pour la première fois, depuis le concile des Apôtres, des évêques assemblés et occupés d'écrire et de dénoncer l'erreur, le pape informé de l'apparition de la nouvelle secte et la frappant d'une condamnation. La raison en est simple et mérite d'être remarquée en remontant aux premières sectes. Nous les avons vues au premier siècle presque toutes païennes; elles ne pouvaient faire illusion, et les évêques se contentaient, dans leurs lettres ou exhortations, d'en éloigner les fidèles, comme ils les auraient détournés d'un crime avéré. Au deuxième siècle, surtout dans les écoles de Valentin et de Marcion, le Gnosticisme, mêlé davantage et plus subtilement aux enseignements et aux maximes du Christia-

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nisme, pouvait faire illusion aux esprits orgueilleux ou ignorants ; il était donc besoin de le combattre scientifiquement, et il fut combattu en effet par les docteurs Aé l'Église, tels que saint Justin. De là naquit^a théologie catholique, qui se leva alors pour engager une lutte sérieuse et plus régulière, non-seulement contre les hérétiques, mais aussi contre la religion et la philosophie païennes. Montan menace de plus près; on voit s'élever avec lui une secte qui conserve toute la foi orthodoxe, moins sa règle et sa base; une secte qui se renfermait dans une loi pratique bien plus que dans un dogme spéculatif, et qui, loin de paraître combattre les institutions pieuses et la morale de FÉglise, ne semblait attentive qu'à les pousser à une perfection plus élevée. La gnose païenne avait disparu, la philosophie elle^. même; il ne restait que la morale gnostîque, ramenée à une simple extension des maximes et des pratiques catholiques, extension présentée sous forme de perfection. Les rôles de prophètes et d'inspirés que Montan, ses femmes et quelquesuns de ses premiers adeptes s'attribuaient, pouvaient trahir l'imposture aux yeux des plus clairvoyants ; mais le don d^ prophétie, impérissable dans l'Église, se manifestait encore très-sensiblement dans ce deuxième siècle; ce fut même ca qui fit hésiter jusqu'aux évoques dans les commencements. Tout se réunissait donc pour çn imposer aux fidèles et entraîner surtout les âmes ardentes, douées d'imagination plus que de jugement. Le danger était au cœur même de l'Église, et les évêques et le pape durent intervenir sans délai pour le repousser. De là ces conciles, ces conférences, ces lettres, ces mandements des premiers pai^teurs voisins desi lieux où étaient nés l'erreur et le schisme; et de là aussi l'autorité du pape réclamée par les évêques d'Asie. Ce fut un premier degré sensible de développement donné à cette autorité et, en général, au gouvernement de l'Église. 8. Mais noua devons être juste. Si les Montanistes se rattachaient au gnoslicisme par toutes leurs erreurs et leurs exagérations, par la haine de la chair et l'exaltation de la

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