MARTYRS DE LYON
donna dans le même temps une loi sévère contre les accusateurs des Chrétiens. — La légion à laquelle appartenaient les soldats chrétiens était la Mélitine, dite Fulminante, nom qu'elle portait déjà auparavant et qui lui fut alors confirmé*.
2. Les Chrétiens ne respirèrent qu'un instant. La fureur des populations ralluma, plus violente qu'auparavant, la persécution (HT); et, à en juger par ce qu'elle fut dans une seule province, dit Eusèbe, elle dut faire une infinité de martyrs. Cette province était celle' de Lyon, dont l'église se trouve ici unie à celle de Vienne dans une même victoire. Le récit dès combats glorieux que soutinrent les enfants de ces deux églises, écrit probablement par saint Irénée, alors prêtre de Lyon, et conservé en grande partie parËusèbe^ est un des plus beaux morceaux de l'histoire des premiers siècles de la religion, le premier monument authentique de l'histoire de notre église gallicane, et l'un des plus glorieux. Cette pièce, digne d'une immortelle mémoire, jointe à la lettre de l'église de Smyrne sur le martyre de saint Polycarpe, nous révèle le double caractère des persécuteurs et des victimes dans cette persécution perpétuelle qui remplit le deuxième siècle de ses fureurs
I. Sur ce fût, toir DionCassius, Histor,, lib. LXXI — Euseb., lib. Y, cap. ▼• — Tert., ÀpoLf cap. ▼. -— Tillemonf, Emper., Vie de Marc-'Aur,, art. 15 et 16.
PROBLÂHE. -
Le faUmiractUeucc touchcmt la légion Fulminante eetnl un fait authentique ?
Pour la négative : Larroque (Daniel), Moysius, Batnage; J. le Clerc et quelqoei autres protestants.
Font l'affirmative : Buonius, an 176, § 18. — Tillemont ({oco et <ato). — Noël Alexandre, s«c. 2<*, c. v, avec la note de Maosi contre Basnage; Mamachi, Ortginumy etc., t. I. ~ Wifzius, Diatriba de legione fuhninatrice,
D. LuiDper, t. YII, p. 507, tient, dit-il, le milieu, regardant plusieurs circonitiiices(peu importantes) comme non prou'vées, et d'autres comme seulement probables, entre autres si la pluie était vraiment miraculeuse. Mais la question n'esn pas là , elle est dans la certitude des circonstances qui rendent le fait vraiment miraculeux, et D. Lumper ne les touche pas. U n'est pas plus sâr dans la citatiot des auteurs qoi sniTent comme lui une opinion moyenne.
oX de ses intermittences également locales. Elle nous montre, d une part, des juges acharnés, des sentences arbitrairees, des bourreaux tourmentant les martyrs par des sup* plices longs et raffinés, sans loi comme sans mesure. C'est ainsi que, se succédant les uns aux autres, ces bourreaux impitoyables épuisèrent durant tout un jour, a prima luce usque ad vesperam, tout cer qu'une cruauté industrieuse et atroce put leur inspirer, sur le corps tendre et frêle d'une jeune fille, sainte Blandine. Un autre martyr, le diacre Sancte, eut h endurer aussi tout ce que l'imagination des hommes peut inventer de plus barbare, cuncta quœ ah ho^ minibus excogiiari potuerant; et quelques jours après on remit le fer dans toutes ses plaies enflammées. Elle nous montre encore l'iniquité des moyens employés pour donner un fondement quelconque aux infâmes calomnies répandues contre les Chrétiens : on menaçait de la torture les esclaves païens des Chrétiens, pour en tirer les aveux qu'on voulait. On mettait tout en œuvre pour les arracher, à force de tourments, à la faiblesse de l'âge ou du sexe.
D'autre part, la même lettre décrit le courage surnaturel des saints martyrs, leur profonde humilité, leur union, leur charité si touchante pour leurs frères et pour toute l'Église, leur tendre piété et le feu sacré qui les embrasait, finfin tout ce que la foi et l'amour divin peuvent mettre de plus pur, de plus grand et de plus parfait dans une âme chrétienne. Forcé de nous restreindre, nous nous contentons de nommer ici plusieurs des principaux de cette troupe de héros chrétiens : d'abord saint Pothin, l'évêque et le père de tous, qui succomba dans la prison; sainte Blandine, cette esclave que sa généreuse constance a illustrée au-dessus de tous les autres; le diacre Sancte, puis Attale, le soutien et la colonne de cette église; le jeune Epagathus, qui mérita le beau titre d'avocat des Chrétiens; le médecin Alexandre et les autres au nombre de quarante-huit. Les auteurs du récit ne dissimulent point qu'il y eut un certain nombre d'apostats : faibles dans la pratique des vertus, disent-ils,
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ils n'étaient point préparés au combat, et ils succombèrent au premier choc. Plusieurs cependant de ceux qui avaient ainsi affligé leurs frères les consolèrent ensuite par leur retour. — Cette lettre était adressée aux églises d'Asie et 'ie Phrygie, avec lesquelles l'église de Lyon, qui leur devait ses fondateurs, conservait des rapports tout fraternels; et saint Irénée, qui était venu lui-même de Smyrne, en fut chargé. — La persécution s'étendit au loin dans les provinces limitrophes, et l'on rencontre plusieurs autres martyrs, surtout en remontant les bords de la Saône jusqu'à Dijon, où nous trouvons saint Bénigne^
Ce n'était pas seulement dans les Gaules, mais en Asie et très-vraisemblablement en beaucoup d'autres localités, que le sang des Chrétiens était versé cruellement. Nous en avons pour preuve, entre autres, les Apologies qui furent adressées alors à Marc-Aurèle. Celle de saint Apollinaire, évêque d'Hyéraple, n'est point parvenue jusqu'à nous, ni celle de Miltiade, philosophe chrétien, qui s'illustra par sa sainteté et par ses écrits contre les Valentiniens, les Montanistes, les Juifs et les Gentils.
3. *Nous sommes plus heureux pour TApologie qu'un autre philosophe et enfant de l'Église, Athénagore, composa sous le titre de Légation, et qu'il présenta probablement lui-même à l'empereur. On y trouve en général les idées et les raisonnements de saint Justin, mais présentés avec plus de ménagements et de style. Il insiste moins sur les saintes Écritures et davantage sur la raison, s'atta chant principalement à montrer ce qu'il y avait d'absurde et d'impur dans le Paganisme, qu'il met en parallèle avec ia doctrine et lesmœiirr^ des Chrétiens. — On a calomnié la
I. Sur cette Lettre des martyrs de Lyon et sur ta suite de la persécutioii sous ■arc-Aorèle, voir les auteurs indiqués plus haut (XVII, 3).
S. Sur Athénagore et les suivants, saint Théophile; Hermias et saint Hégésippe, Toir Tillemont, t. II, PvrticuU ions Marc-Àutèle^ art. VUI, p. 349. — T. lili p. 47, 49 et 67. — • D. Lumper, t. UI, etc. (voy. IX, 1). — D. Maran a édité les trois premiers à la suite des œuvres de saint Justin.
doctrine d'Athénagore sur plusieurs articles que nous jixstifierons plus loin.
Athénagore composa d'autres ouvrages dont il ne nous reste qu'un traité sur la résurrection, dans lequel il s* attache à en prouver la possibilité, malgré les objections que Ton tire surtout de la transformation des corps qui servent à alimenter d'autres corps humains. Le philosophe chrétien soulève dans cet opuscule la question des transformations, et peut être lu aujourd'hui encore avec un intérêt particulier sous ce point de vue.
Dans ce même temps, saint Théophile, né dans le Paganisme et devenu le sixième évoque d'Antioche, défendait la religion chrétienne contre Autolique, docte païen, qu'il traite néanmoins d'ami. Dans les trois livres qu'il lui adressa successivement, l'illustre pontife accable le Paganisme, et ses dieux, et son culte, de la comparaison qu'il en fait avec les enseignements chrétiens. Il s'étend beau- j coup sur la Providence, sur l'ordre du monde et la créa- î tion; il raconte celle de l'homme en termes magnifiques, que Bossuet semble commenter dans son immortel Discours. Nous retrouvons toujours les idées et l'argumentation de sakit Justin et d'Athénagore; il se rapproche surtout de ce dernier en parlant du Verbe, et nous le justifierons de même. — Saint Théophile combattit aussi les hérétiques, réfuta Marcion et Hermojgène. Saint Jérôme lui attribue une concorde des quatre Évangiles, qui pourrait bien n'être que celle de Tatien. Nous remarquons surtout des Catéchèses, xaxiîx^Tixà j3i6>te, ou Instructions élémentaires sur la doctrine chrétienne, in quihus elementa fidei tradu7itur, comme parle Eusèbe^ C'est le premier écrit de ce genre dont il soit fait mention parmi les ouvrges des Pères.
4. Hermogène, que saint Théophile réfuta, dogmatisait en Afrique. Son erreur principale, détachée du grand sys-