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PROGRÈS DE L'ÉGLISE. HERMIAS, HÉGÉSIPPE

tème gnostique, roulait sur la matière. Il la disait éternelle, avec les Platoniciens et les Stoïciens; en l'organisant. Dieu en fit sortir le monde, même les esprits, et il ajoutait que les démons y rentreraient un jour. Par ce rôle dominant attribué à la matière, Hermogène et ses disciples méritèrent le nom de Matériels, Materiarii^ que leur donna un peu plus tard Tertullien en les combattant. Parmi lesHermogéniensy Hermias et Séleucus, chefs des Hermiotites et des SéktAciens, se distinguèrent dans la Galatie par de nouvelles erreurs et des absurdités grossières.

C'est vers ce même temps qu'un autre Hermias se plut à verser le ridicule sur la philosophie ancienne, dans un opuscule intitulé : Les PhUosophés moqués, Irrisio philosophorum. Il y relève d'une manière piquante les perpétuelles contradictions des philosophes entre eux sur toutes les questions fondamentales de Dieu, de la cause première et de l'âme humaine. L'ascendant du Christianisme sur la religion et la philosophie païennes devenait ainsi de jour en jour plus sensible. L'Église écrasait toutes les fragiles et variables combinaisons de la raison humaine abandonnée à elle-même, par la force invincible qu'elle puisait dans son unité.

5. Cette divine unité reçut alors un beau témoignage de la bouche du premier historien de l'Église : nous parlons du célèbre Hégésippe, qui passa du Judaïsme k la foi de Jésus-Christ. Il écrivit cinq livres de l'histoire des deux premiers siècles chrétiens, jusqu'au pontificat d'Éleuthère. n ne nous en reste que quelques faibles fragments conservés par Eusèbe. Mais ce que le même Eusèbe nous en rapporte de j^us important, c'est la manière dont Hégésippe se prépara à son travail. Il ^e mit en voyage pour Rome, visita les églises, conféra avec un grand nombre d'évêques, et trouva partout une seule et même doctrine. Il arriva enfin près du saint pape Anicet, et après la mort de ce pontife, il continua de résider auprès de ses successeurs, Soter et Èleuthère. Sous les différents évêques se succédant sur

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le même siège ou dispersés en chaque ville, ce sont, dit-il, les mêmes enseignements que ceux qui nous sont venus des prophètes et de Jésus-Christ. Pour opposer sans doute à cette belle unité le contraste des sectes hérétiques, toutes discordantes entre elles, il en fit l'énumération et les montra s'efforçant toutes à introduire leurs propres opinions : Singuli proprias opiniones induxerunty et à rompre ainsi Tunité de l'Eglise : Unitatem Ecclesùj^ disciderunt. j Le vénérable Bède et le Liber Pontifiçalis témoignent jue sous le pontificat d'Éleuthère, Lucius, roi de la Grande- Bretagne, écrivit au pape pour lui demander le moyen de ievenir chrétien; ce que le pontife lui accord^ saps délai. Sans entrer ici dans la contrgverse soulevée par ce récit, il nous semble que ce qu'il renferme de probable se réduit aux points suivants, savoir : que Lucius, roi de l'un de ces petits États dont la Bretagne était remplie, et dans Ja partie soumise aux Romains, voulut procurer à ses sujets et à luimême le bienfait de la lumière évapgélique; qu'il préféra s'adresser directement à Rome, d'où étaient partis presque tous les prédicateurs chrétiens, pl^tôt qu'aux églises déjà fondées dans d'autres États voisins, doi^t les chefs étaient peut-être d'ailleurs ses rivaux ou ses ennemis.

6. Cependant la persécution pessa, et Je sang chrétien ne tarda pas à être vengé. Marc-Aurèle laissa en mourant {180) les rênes de l'empire entre les mains de Commode, si indigne et si incapable de le$ tenir. Après s'être contenu encore quelque temps, comme il avait été obligé de faire sous le règne de squ illustre père, le fils de Marc- Aurèle lâcha enfin la bride à tous ses mauvais penchants. Il s'entoura de personnes viles qui devinrent son conseil et sa société, et dès lors sa vie ne fut plus que cruauté, dé* bauche et folie. Sous un tel prince, les philoi^ophes perdirent leur crédit; il n'y eut plus de système suivi; tout dut se faire, au moins habituellement, par le caprice du moment, et dès lors tout dépendit des circonstance, quelquefois des incidents les plus Êaibles en eux-mêmes. Il eût

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fallu peu de cbosç, m accès de colère, pour faire de Commode le plus cruel des persécuteurs; mais Dieu, qui sait tirer le bien du mal, le rendit favorable à son Église, et fit servir h ce dessein la passion ardente et constante qu'il eut pour Marcia, Tune de ses concubine». Cette femme aimait les Chrétiens, ^t, par Tafifcendant qu'elle avait sur le prince, elle $ut leur attirer ses bienfaits. Ce fut surtout du moment où Harçia entra h la cour (183) que l'Église jouit d'une tranquillité par&ite. L'empire gémissait alors sous la tyraimie de l'homme qui vengeait, par ses cruautés mêmes, ]e sang de tant de Chrétiens victimes si longtemps et de l'orgueil des faui^ sages qui Ips avaient poursuivis et de la h£(ine aveugle de^ populations païennes. Le malheur de l'empipe, en détournant des Chrétiens l'attention générale, i^urtout celle âa« grands, contribua ^core à la paix dont as jouirent. L'Église, si longtemps affligée, fit de grands progrès durant ce calme. Les conversions se multiplièrent dans toutes les conditions, et à Rome notamment on vit beaucoup de familles de)§ plus pobles et des plus riches venir demander le Baptême.

7. Les erreurs gnostiques, qui redoutaient peu la j^erséeution, n'avaient cessé de marcher en se modinant toujours dans uft sens plus chrétien. Apelles, disciple de Marcion, corrigea vers ce temps le dogme fondamental de son maître, en ij'admettant qu'un seul Principe. C'était Ip bon PriijcipQ, et il le ^i^ait auteur du Dieu mauvais ou du GFéateuP, sans s'expliquer sur la manière dont ce Dieu ftait devenu i^apvais. tps éonç, trop profanes désormais, disparaissaient; piais Apelles admettait beaucoup d'anges |M*oduits avec le Créateur, et de plus un fils du premier Principe. Jésus-Christ était ce fils descendu sur îa*terre pour rappeler les hommes aux choses célestes et leur faire mépriser le Créateur et ses œuvreso Du reste, ce chef des Apelliiens conserva la plupart des Idées de Ijlarcion, et laissa peu de tracer* }1 ^e rapprocha cependant des Montanistes par un côté fort peu honorable* Après avoir péché

us LEÇON XXI. SAINT ÉLBUTHBRE. AN 174-186.

avec une femme, il se laissa séduire par une certaine Philumène, vierge d'abord, puis prostituée, qui joua le rôle de prophétesse, et dont Apelles écrivit sérieusement les prétendues prophéties. — On peut regarder comme un de ses disciples Florin, prêtre de Rome, où Appelles avait probablement dogmatisé. Celui-ci aurait reconnu une ogdoade d'éons, à la manière des Valentiniens. — Vers ce même temps encore, les disciples de Marc, dont nous avons parlé, vinrent en Gaule, où ils abusaient, par leurs jongleries, une foule ignorante dont ils corrompaient les mœurs. Ces derniers, qui s'approchaient de Lyon, éveillèrent surtout la sollicitude du grand évoque, qui eut alors la belle mission de mettre en évidence, avec les notes ou caractères de la véritable Église, les principes fondamentaux de la polémique contre les hérétiques : et cet évéque était saint Irénée.

LEÇON XXL

i. ^Sarnt Irénée fut formé par saint Polycarpe aux vertus apostoliques. La manière touchante dont il parle de cet il*

i. Sur saint Irénée et set écrits, voir les auteurs indiqués plus haut (IX* v> et notamment les BoUandistes, 27 juin. — TiUemont, t. III, p. 77. — D. Lumper» t. III, etc. — Le P. de Colonia, Hist, littéraire de la mUe de Xyon. - D. Genraise a donné une vie peu estimée de saint Irénée; mais ceUe par P> ^' (1843) est ezceUente. — M. Ampère, fils du célèbre Ampère, a consacré quelques pages à saint Irénée dans son Histoire littéraire de la France aoan^ l* douzième siècle (t. I^ p. 166). Malheureusement pour le savant professeur du Collège de France, Tappréciation qu'il a faite de ce Père laisse voir en loi "o ^' prit étranger à la véritable histoire de l'Église , et même au vrai Christianisme, on, si ron veut, un esprit qui a puisé le plus ordinairement à des sources empoi' sonnées. En d'autres termes, H. Ampère a écrit ces pages et toute son histoire ea rationaliste. Nous le regrettons d'autant plus, que l'ouvrage nous paraît plus K' marquable et plus intéressant par la forme et la plupart des jugements, sous » point de vue littéraire. Nous aimerons le citer plus d'une fois; c'est po""^"*" nous avons cru devoir avertir nos lecteurs. — La meilleure édition de ssiat " ' '* est de D. Massuet,

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