Ibid., cap. xxiii
donc des représentations au pape à ce sujet, et il le fit avec convenance, decenter, npoTny.ôvtaiç^. Prenez garde, lui ditil, de retrancher de la communion des églises entières, des églises de Dieu (c'est-à-dire orthodoxes), pour une coutume qu'elles ont reçue de leurs pères. Il lui rappelle ensuite la tolérance dont avaient usé ses prédécesseurs avant Soter, lui cite d'autres usages de discipline sur lesquels les églises différaient sans que Tunité en souffrît ; enfin il n'oublie rien de ce qui peut engager Victor à revenir de sa sentence. Ce ne fut pas assez pour Tami des Asiatiques : il écrivit à un grand nombre d'évêques sur la même question, et sans aucun doute il le fit pour les intéresser en faveur des églises d'Asie.
6. Quoique Eusèbe, h qui nous devons ces détails, ne nous dise pas quel fut le résultat de ce grand débat, la suite des faits ne permet pas de douter que le pape saint Victor, touché de ces remontrances unanimes qui lui étaient adressées par tant de saints évéques, ne révoqua sa sentence. Firmilien, l'un des successeurs de Polycarpe sur le siège d'Éphèse, l'atteste positivement au siècle suivant, et Sozomène au quatrième. — Mais le coup mortel n'en était pas moins porté à la coutume en question, tant par cet accord de toutes les églises à la condamner en elle-même, que par la sentence qui avait été si imminente, et que l'on pouvait dire suspendue encore sur la tête de ceux qui s'obstinaient à la retenir. Les Asiatiques le comprirent enfin eux-mêmes ; car il paraît que, dans le siècle suivant, ils revinrent spontanément à la pratique universelle. Les églises de Syrie et de Mésopotamie l'abandonnèrent au contraire pour adopter l'usage délaissé des églises d'Asie. Cette affaire ne fut donc entièrement terminée que par le concile de Nicée, qui condamna, sous le nom de Quartodécimans, ceux qui célébraient la Pâque le quatorzième de la lune avec les Juifs.