QUESTION DE LA PAQUE. LES ASIATIQUES
7. Les critiques se sont divisés sur plusieurs circonstances de cette célèbre controverse. D'abord sur le sens même, de la sentence de Victor : a-t-il excommunié en effet, ou a-t-il seulement menacé les Asiatiques? En style de canoniste, nous dirions : L'excommunication fut-elle latœ ou ferendœ sententiœ? Sur ce premier chef, les Catholiques et les Protestants sont également partagés. Nous n'avons point à y insister. Il nous paraîtrait plus intéressant de justifier la conduite du pape, que plusieurs accusent au moins de précipitation ; mais cette justification ressort d'elle-même des circonstances. Si nous les consultons, en effet, nous trouverons sa conduite également sage, modérée et suivie. Au point où les choses en étaient venues, il fallait frapper la coutume asiatique : Victor consulte cependant les évêques, qui la condamnent tous comme lui. Les Asiatiques s'obstinent, et Victor porte contre eux une sentence publique. Émus du malheur de tant d'églises si vénérables, les évêques intercèdent, plusieurs le font avec véhémence; le plus illustre d'entre eux, saint Irénée, se donne mille mouvements. Ce double éclat changeait l'état des choses : la coutume abusive était publiquement censurée, désapprouvée universellement; mais les évêques s'intéressaient vivement en faveur des églises condamnées; il y avait dès lors plus d'inconvénient à ne tenir nul compte de leurs remontrances qu'à pousser la sentence à une pleine exécution. Le pape Victor dut s'arrêter devant ces considérations ; et il le fit aussi sagement qu'il s'était sagement décidé d'abord à frapper le coup qui avait rempli l'essentiel de son but. Au fond, la question est peu importante en elle-même. Qu'un pape et même un saint pape ait fait un acte précipité, une fausse démarche, en fait d'administration et d'opportunité, car tout se réduit là, que peut-on conclure, sinon uniquement que ce pape était homme? Si donc nous nous y arrêtons un instant, c'est que ce point prépare une discussion beaucoup plus grave, plus grave même
que la question de la Pâque : nous voulons dire celle de la primauté romaine, que cette controverse met dans Un nouveau jour.
8. Nous voyons en eftet ici le pape demander aux évêques d'Orient comme à ceux d'Occident de s'assembler en concile, pour examiner la question de la Pâque : tous les évêques se réunissent en conséquence, même les Asiatiques déjà indisposés contre leS évêques de Rome; eiifin tous ces conciles envoient des lettres synodales à Victor, et leurs sentiments sont entièrement conformes aux siens. Les Asiatiques seuls pensent autrement, et ne laissent pas toutefois de transmettre, eux aussi, leur réponse. Fort de Tàpprobation unanime deè églises, Victor croit devoir agir et frappe les Asiatiques indoôiles; les évêqiîes réclament, plusieurs môme blâment hautement et avec amertume, acerbius perstringuni, cet acte du pape; tous le pressent de le révoquer. Ils plaident tous la cause des Asiatiques, dont ils condamnent la coutume; et que disent-ils pour arrêter les suites de l'excommunication? Que ces églises apostoliques sont excusables de s'attacher à une coutume reçue de leurs fondateurs et de leurs apôtres, que l'Église les avait tolérées jusqu'ici; enfin tout ce qu'alléguait saint Irénée. Mais pourquoi tant de raisons, si le pape avait usurpé le droit qu'il s*arrogeaît sur ces églises éloignées, et si la condamnation dont il les frappait était illégale, frappée elle-même de nullité? Il ne fallait qu'un mot pour Tarrêter tout court, et ce mot n'échappe à personne, pas même à ces Asiatiques, à ce Polycrate irrité, qui accumule dans sa lettre tant d'arguments et d^exemples pour autoriser son obstination! Aucun évêque ne reproche à Victor qu'il agit sans droit, sans autorité; et les églises blessées si profondément ne songent même pas à se prévaloir de leur indépendance ! Mais Victor lui-même eût-il été assez insensé pour sévir avec tant d'éclat contre ces illustres églises, moins d'un siècle après la mort de saint Jean , et d'un quart de siècle après celle de saint Poly-
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carpe, s'U n'eût senti son droit incontestable et son autorité reconnue * î
LEÇON XXIL
4 . Le pape saint Victor, si ferme contre une coutume qui prenait les couleurs du schisme et de Terreur, ne dut point mollir contre les hérétiques qui parurent sous son pontificat. De ce nombre fut^Théodote le Corroyeur^ Corioèrim, Il était de By^ance, et homme de savoir et d'érudition. Ayant i^enié Jésus-Christ dans la persécution, il s'enfuit à Rome pour y cacher sa honte. Il y fut reconnu, et, comme on s'étonnait de sa chute, il espéra sauver son orgueil blessé en niant la divinité de Jésus-Christ; car il s'ensuivait qu'il n'avait, disait-il, renié qu'un homme dans le Christ. Parmi les Théodotiens ses disciples, un certain Artémon, qui se rendit célèbre, donna plus d'éclat à cette secte, et forma son propre parti. — Un autre Théodote, dit le Banquier, ArgentaHuê^ également disciple du Gor-