‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 85 sur 329 · CLEMENT D'ALEXANDRIE. SES ECRITS · texte numérisé non relu

CLEMENT D'ALEXANDRIE. SES ECRITS

chrétienne ne pouvait pas se trouver dans ces- instructions préparatoires. Elle était réservée aux initiés, c'est-à-dire qu'elle ne devait être communiquée qu'aux seuls fidèles, quoique tous ne fussent pas également en état de la saisir dans ses développements divers. En sa qualité de catéchiste, Clément devait donc s'arrêter à son Pédagogue; il lui était défendu d'aller plus loin avec ses catéchumènes. Cependant le docte Alexandrin voulait compléter sa pensée, il voulait présenter l'ensemble de la vie chrétienne, depuis le degré le plus humble jusqu'au plus haut degré de la perfection, jusqu'à la vie contemplative; et il le fit dans ses Stromates, Il ne s'y décida toutefois qu'après une longue hésitation, arrêté surtout par la loi du secret. Pour ne point blesser cette loi, Clément se proposa de voiler ses idées de manière à n'être compris en certaines matières que par les initiés, les fidèles; et il le fit en trois façons, savoir: par des réticences, par Y obscurité de son expression et par l'irrégularité de sa marche. Il alla même jusqu'à marquer cette marche irrégulière de son livre en l'intitulant les Stromates [tapisseries), signifiant par ce terme des matières mêlées et jetées sans ordre, sans méthode et presque sans but.

Toutefois, et malgré ce désordre affecté, on peut retrouver Je plan de l'auteur, au moins pour les idées fondamentales. Clément traite d'abord de la question si générale de la philosophie, qu'il envisage sous plusieurs rapports. Il parle ensuite de la foi, le fondement de la vie chrétienne, puis des vertus qui vont à purifier l'homme et à le défendre des mouvements déréglés des passions. Il combat en même temps les sectes gnostiques, notamment les Encratites sur la continence, le mariage et le martyre. Ce ne sont là que des préliminaires et comme des circuits pour arriver enfin sérieusement à son idée principale, qui était de montrer le vrai philosophe, le sage, le véritable Gnostique, dans le Chrétien parfait. Il s'arrête avec une grande complaisance à le décrire, à nous le montrer orné de toutes les vertus,

1T4 LEÇOTf XXIÎI. SAINT ZÉPHYRIN. AN 197-200.

élevé jusqu'à la contemplation de Dieu et de ses divine^ perfections, vivant dès lors d'une vie parfaite et presque surhumaine. Il y avait là plus qu'Une réfutation des faux Gnostiqués : en rétablissant la vérité à sa place légitime, Clément détruisait toutes les contrefaçons que les héréti^ qués avaient prétendu en faire. -^ Il nôUs resterait à relever la doctrine de Clément ; mais nous le ferons un peu plus loirt, en traçant l'état de l'Ëglise au deuxième siècle.

Abordons maintenant un génie plus fameux encore que Clétnent, tnais d*une trempe d'esprit entièrement opposée; nous parlons de Tertullien.

3. Nous avons vu les illustres travaux du pape saint Victor pour la conservation de la doctrine catholique et la répression des abus. Ajoutons, d'après Eusèbe^qu il composa plusieurs écrits qui sont perdus; ce qui doit s'entehdre surtout de ses Lettres et peut-être de quelques Traités sur la Pâque. Saint Jérôme ' le place le preilaier entre les Pères latins. Le Liber Pontificatis, qui lui donne la qualité de martyr, ainsi que le Martyrologe romain^ lui attribue, outre son décret touchant la célébration de la Pâque, une autre ordonnance qui déclarait valide le Baptême administré dans la mer, dans un fleuve, une fontaine, un étang, en cas de nécessité, et moyennant que le baptisé cotifesserait la foi chrétienne. Cette décision, concernant l'eau commune pour le Baptême, suppose nécessairement qu'il était d'usage et de règle de se servir d'eau bénite. Saint Victor mourut en l'an 191, après un pontificat de onze ans, et eut pour successeur saint Zéphyrin,

Or ce fut sous ce nouveau pape que Tertullien* parut dans tout son éclat. Né à Carthage, vers Tan 160, d'un

Page 1