‹ Cours d'histoire ecclesiastiqueChapitre 88 sur 329 · TERTULLIEN. SES ECRITS. SA MISSION · texte numérisé non relu

TERTULLIEN. SES ECRITS. SA MISSION

l'Église (le, Jésus-Christ. Pour les Montanistes, au contraire, ils représentaient cette Église perfectionnée par les communications nouvelles de l'Esprit-Saint; ils formaient l'Église en progrès, TÉglise des Spirituels, à laquelle était passé, par exemple, le pouvoir de remettre tous les péchés, même les plus graves, pouvoir dont les grossieps Psychiques s'étaient rendus indignes. Il disait de même des secondes noces. Les Psychiques n'étaient pas hérétiques en admettant ces noces comme licites, mais les Montanisies les condamnaient comme il convenait aux Spirituels de le faire. Ainsi raisonnait TertuUien après sa chute.

Or, nous le demandons, fut-il jamais en faveur de la doctrine et des institutions catholiques un témoin plus irrécusable que TertuUien \ plus opiniâtre que l'homme qui, ne sortant jamais du point de vue dogmatique et traditionnel de la foi, s'en était pénétré au point de réduire toute la polémique contre les hérétiques à la tradition seule, en les accablant du terrible argument de la prescription? Ahî si l'enseignement des Catholiques eût cessé d'être apostolique et orthodoxe, si ces ignobles Psy^ chiques^ qu'il traitait avec tant de dédain, eussent innové dans la doctrine, s'ils l'eussent tronquée, altérée, avec quelle facilité ne l'eût-il pas reconnu ! avec quelle force n'eût-il pas tonné contre cet attentat ! Et quelle joie pour * lui de les écraser du poids de son formidable argument lancé par la haine et la vengeance î

Ainsi la mission providentielle de TertuUien fut de rendre témoignage à la doctrine, aux institutions, aux mœurs et aux usages de l'Église dans les temps apostoliques; et ce témoignage forme le caractère dominant de ses écrits sans aucune exception. L'immortel Traité des prescriptions est

!• Le protestant Baillé, si peu favorable aux Pères, appelle TertuUien Testem ftrvun ittj seti ecclesiasticarum tocuplitissimum {De CuU, religioHê Laiinor»t Hb. l,eap. 11). — Apud D. Lumper, t. YI, p. 32.

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l'expression générale, théologique et eu quelque sorte officielle de ce caractère : il devrait figurer en tête OU àla suite de ses écrits, dont il est la clef et la sanction,

5. Pour les écrits eux-mêmes, ils nous offrent une suite de pièces et de dissertations sur toutes les matières traitées paT* les Pères avant Tertullien. Ils en sont comme le résumé et forment dans leur ensemble le ptemiet corps de théologie, tel qu'il pouvait être àk fin du deuxième siècle. Ce résumé, on doit bien le penser, n'est point, sous là plume du docte Africain, uii abrégé servile des idées et des raisonnements de ses devanciers. En reprenant la même matière, il sait se l'approprier et la rajeunir par une forme originale qui porte son cachet : la vieille argumentation épilisée revit sous sa plume, plus forte, plus vigoureuse qtle jatnai», dans ces deux chefs*d' œuvré, Y Apologétique et les Prescriptions,

Et quel homme pouvait mieux que Tertullien résumer les travaux des deux premiers siècles? Ces travaux ne notis ont présenté qu'une longue polémique plus ou moins directe contre les Juifs, les Gentils et les hérétiques. Or Tertullien résume à merveille ce caractère en lui-même : son âme de fer était faite pour la guerre; il n'écrit que pour combattre. Dans ses traités purement moraux il combat encore, jusque dans celui de la Patience^ où il semble combattre contre lui-même. Mais son génie éminemment dogmatique, et nous osons dire éminemment catholique^ semblait n'avoit» de vie que par la règle de foi et pour défendre la vérité : dès qu'il s'en écarte, il tombe et meurt de faiblesse et d'exagération; son zèle se tourne en fanatisme, et sa puissante argumentation n'offre plus qu'une suite deparalogismes, quelquefois subtils, quelquefois puérils et absurdes. C'est ainsi qu'après l'avoir vu si éloquent et si sublime contre les païens dans son Apologétique ; s\ logicien, si terrassant dans ses Prescriptions contre les hérétiques^ nous ne trouvons en lui dans ses Traités contre les Catholiques ^ f^tv exemple, dans ses Livres de Monogania^ de Pudidtia^ nous ne trouvons plus

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qu'un sophiste, un esprit embarrassé, reniant ses propres principes, l'ombre de Tertullien.

Tertullien étant l'auteur le plus important à étudier sur les origines chrétiennes, il conviendrait de donner ici une appréciation critique et théologique de ses nombreux écrits ; mais forcé de nous restreindre, nous nous bornerons à en donner, au bas de cette page, le catalogue avec un mot sur les principaux ouvrages. Nous y joindrons la date la plus probable de chaque traité, en faisant remarquer trois périodes et comme trois phases dans la carrière littéraire de Tertullien : 1^6 497 à 204, il est catholique; 2° de 204 à206, il estsemi-montaniste : c'est la transition; 3° de 206 jusqu'à ses derniers écrits, il est montaniste fougueux^,

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