Comment se faisait i'embaumoneiit des corps
Pour l'embaumement du corps on procédait de diflérentes manières, suivant la position de fortune du défunt. En général on retirait la cervelle par les narines avec un instrument recourbé et on faisait ensuite une incision dans le ventre à l'aide d'une pierre tranchante poi:r en retirer les intestins qu'on remplaçait par des parfums et des aromates. Après
3o l'égyptk
cela on recousait la peau et on salait le corps que l'on recouvrait ensuite de natron pendant soixantedix jours. On procédait ensuite à l'ensevelissement en commençant par envelopper chaque doigt séparément dans une étroite bandelette. Ensuite on les réunissait dans une bandelette plus large qui enveloppait toute la main. La même opération se faisait pour les bras et pour les membres inférieurs. Puis on passait à la tête, qui était la partie la plus soignée. On se servait de la toile la plus fine, et quelquefois de très belle mousseline, de manière qu'elle adhérât absolument dans toutes ses parties. Enfin on enveloppait le corps dans toute sa longueur; cette dernière enveloppe artistement cousue était alors déposée dans le cercueil. Mais avant de l'y enfermer on y plaçait diff'érents objets dont on supposait que le défunt pourrait avoir besoin, par exemple un exemplaire ou tout au moins des fragments du rituel funéraire, de manière que le mort puisse avoir sous la main les formules de la prière ainsi que les renseignements nécessaires sur les pérégrinations de l'àme après la mort. On y mettait aussi des objets de toilette, des bijoux, des chaussures, et quelquefois les instruments relatifs à la profession que le défunt avait exercée pendant sa vie, pourvu qu'ils fussent de petite dimension. Ainsi, dans les momies des scribes, on trouve la palette d'écrivain avec ses godets, les roseaux servant de plumes avec
lo canif pour les tailler; dans celle des marchands on trouve la coudcc ou les mesures diverses; dans celles des enfants, des joujoux avec lesquels ils pouvaient s'amuser au jour de la résurrection.
Quand la momie était suffisamment préparée et entourée de ses bandelettes, on la recouvrait d'une pâte molle, qui s'adaptait exactement en se desséchant et formait l'étui où le corps était renfermé. Cet étui était couvert entièrement de sujets symboliques; on y incrustait des yeux d'émail, et les cheveux des femmes étaient reproduits avec leurs nattes telles qu'elle les avaient portées de leur vivant. Pour les personnages considérables, ce premier cercueil était contenu dans une boîte à momie, couverte comme la momie ellemême de peintures qui se rapportent toujours à la vie future. Les divinités bienfaisantes étendent leurs ailes devant la poitrine du défunt en signe de protection et des petites figurines retracent des scènes de rituel funéraire.
Le respect que les Égyptiens avaient pour la momie de leurs parents a donné lieu à un usage très singulier. Lorsqu'on contractait une dette, on donnait habituellement un gage au prêteur, et le gage le plus sacré, le plus solennel, était la momie des parents. Celui qui après l'avoir prêtée, ne la retirait pas, était noté d'infamie, et condamné à être lui-même privé de sépulture, ce qui constituait aux yeux d'un Egyptien
J2 LEGYPTE
la plus redoutable des pénalités. Aussi le corps embaumé, précisément parce qu'il était l'objet le plus cher à la famille, acquérait une sorte de valeur, de négoce, et pouvait quelquefois servir de billet de commerce.
Les prescriptions religieuses ordonnaient l'embaumement des corps, et quelques savants ont vu là une mesure hygiénique, à laquelle le sacerdoce avait donné une consécration religieuse. Ce qui donne à cette opinion beaucoup de probabilité, c'est que les Égyptiens ne se contentaient pas d'embaumer les gens, ils le faisaient aussi pour nombre d'animaux, tels que les ibis, les chats, les crocodiles, etc. Il est vrai que ces animaux étaient sacrés et servaient d'emblèmes à des divinités. Mais l'idée d'embaumer lesanimaux pour en empêcher la putréfaction doit avoir eu pourorigine une mesure de salubrité. Les bêtes ainsi embaumées n'avaient pas les honneurs delà boîte à momie, et on se contentait de les envelopper de bandelettes. C'est ainsi qu'un peu avant Thèbes, il y a une nécropole consacrée aux crocodiles qui y ont été déposés avec le plus grand soin et en quantité considérable. Les grands crocodiles sont isolés, mais les plus petits sont réunis par paquets de vingt-cinq.
8. — Quelles étaient les cérémonies des funérailles? Les cérémonies des funérailles, qui suivaient celles
de l'embaumement et de la confection de la momie, se taisaient avec la plus grande pompe possible. En général, la momie restait quelque temps dans l'habitation, avant d'aller prendre sa place dans les nécropoles. La famille et les amis venaient lui faire des offrandes, consistant en vases, en paniers de fruits et en objets divers qu'on plaçait devant elle. Les funérailles d'un scribe royal, peintes sur les murs de son tombeau, dans la nécropole de Thèbes, peuvent nous donner l'idée d'une cérémonie funèbre sous la XVni« dynastie. En tête du cortège on porte une table à offrandes chargée de fruits, et un bouquet de fleurs de lotus, emblème d'immortalité. On voit ensuite le défilé des objets sacrés, des meubles et des armes du défunt, qui vont être déposés dans son tombeau, puis vient le groupe des pleureuses qui chantent les louanges du mort, et le catafalque contenant la momie, qui repose sur un traîneau, que les porteurs tirent avec des cordes. Derrière la momie, les parents du défunt marchent en se frappant la poitrine, et tiennent à la main de longs bâtons, insignes de la haute position qu'ils occupent. Ce sont eux qui ferment le cortège.
Quelquefois les convois se faisaient en bateau, mais toujours avec le même cérémonial. (P'ig. 9.) La momie était en dernier lieu placée dans la nécropole, dont la garde et l'entretien étaient confiés à une catégorie spéciale de prêtres.
Dans les monuments figurés, l'àme apparaît sous la forme d'un épervicr à tête humaine que l'on voit voler au-dessus du défunt couché sur son lit funèbre. La raison de cet emblème est que l'épervier représente le soleil dans le symbolisme égyptien, et que
CONVOI r.\R eau; hommages rendus a la momie. (Fig. 9.)
l'àme devait, couime le soleil, renaître après avoir disparu la terre.
Dès qu'elle a quitté son corps terrestre, l'àme du défunt entre dans la barque du soleil, où il est conduit par Anubis, le dieu à tête de chacal. Le mort, après avoir accompli diverses pérégrinations, arrive dans
L'ÉGYPTt: 35
la salle de vérité, où il fait sa confession qui doit être suivie du jugement définitif. La scène du jugement de l'àme est reproduite sur un très grand nombre de monuments. Elle apparaît sur les peintures des hypogées, sur les sculptures des sarcophages, et forme la plus importante des vignettes qui sont figurées sur le rituel. Quoique présentant quelques différences dans les détails, les scènes du jugement de l'àme se ressemblent toutes par les points essentiels, et en étudiant l'une d'elles on a la clef de toutes les autres.