‹ Cours d'histoire moderne (volume 2)Chapitre 16 sur 40 · H1ST. MOD · texte numérisé non relu

H1ST. MOD

nastères orientaux. En Orient , les monastères ont eu surtout pour but l'isolement et la contemplation ; les hommes qui se retiraient dans la Thébaïde voulaient échapper aux plaisirs, aux tentations, à la corruption de la société civile; ils voulaient se livrer seuls, hors de tout commerce social , aux élans de leur imagination et aux rigueurs de leur conscience. Ce ne fut que plus tard qu'ils se rapprochèrent dans lçs lieux où ils s'étaient d'abord dispersés, et d'anachorètes ou solitaires , devinrent cénobites , Koimftioi' , vivant en commun. En Occident, et malgré l'imitation de l'Orient, les monastères ont eu une autre origine; ils ont commencé par la vie commune, par le besoin, non de s'isoler, mais de se réunir. La société civile était en proie à toutes sortes de désastres ; nationale , provinciale ou municipale , elle se dissolvait de toutes parts ; tout centre , tout asile manquait aux hommes qui voulaient discuter, s'exercer, vivre ensemble; ils en trouvèrent un dans les monastères; la vie monastique n'eut ainsi, en naissant, ni le caractère contemplatif, ni le caractère solitaire; elle fut au contraire très-sociale , très-active ; elle alluma un foyer de développement intellectuel; elle servit d'instrument à la fermentation et à la propagation des idées. Les monastères du midi

d'histoire moderne. i55

de la Gaule sont les écoles philosophiques du christianisme : c'est là qu'on médite, qu'on discute , qu'on enseigne ; c'est de là que partent les idées nouvelles , les hardiesses de l'esprit , les hérésies. Ce fut dans les abbayes de saint Victor et de Lérins que toutes les grandes questions sur le libre arbitre, la prédestination, la grâce ,1e péché originel , furent le plus vivement agitées , et que les opinions pélagiennes trouvèrent , pendant cinquante ans, le plus d'aliment et d'appui.

Vous le voyez, Messieurs, l'état intellectuel de la société religieuse et celui de la société civile ne sauraient se comparer : d'une part, tout est décadence, langueur, inertie; de l'autre, tout est mouvement, ardeur, ambition , progrès. Quelles sont les causes d'un tel contraste? Il faut savoir d'où provenait, comment s'entretenait, pourquoi s'aggravait chaque jour , entre les deux sociétés , une différence si éclatante : par là seulement nous parviendrons à bien connaître , à bien comprendre leur état moral.

Il y a , je crois, au fait que je viens de signaler , deux grandes causes : i° la nature même des sujets, des questions, des travaux intellectuels dont s'occupaient les deux sociétés; 2° la liberté très-inégale des esprits dans l'une et dans l'autre.

La littérature civile, si je puis me servir de cette

i56 cours

expression, n'offre guère , à cette époque, dans les Gaules , que quatre sortes d'hommes et d'ouvrages : des grammairiens, des rhéteurs, des chroniqueurs et des poètes, poètes non pas en grand, mais en petit, des faiseurs d'épi thalames , d'inscriptions, de descriptions, d'idylles, d'églogues. Voilà sur quels sujets s'exerçait alors ce qui restait de l'esprit romain.

La littérature chrétienne est toute autre.

Elle abonde en philosophes, en politiques, en orateurs : elle; remue les plus grandes questions, les plus pressans intérêts. Je vais mettre sous vos yeux , en ayant toujours soin de me renfermer dans la Gaule , quelques noms propres et quelques titres , le tableau comparé des principaux écrivains et des principaux ouvrages des deux littératures. Vous tirerez vous-mêmes les conséquences.

Je n'ai garde, vous le pensez bien, de prétendre ici à une énumération biographique ou littéraire tant soit peu complète. Je n'indique que les noms et les faits les plus apparens.

Parmi les grammairiens dont la littérature civile est chargée, je nommerai : i° Agrœtius ou Agritius , professeur à Bordeaux , vers Je milieu du IV e siècle , et de qui il nous reste un traité ou fragment de traité sur la propriété et la dif-

d'histoire moderne. i 57

férence de la langue latine; ce sont des synonymes latins, par exemple, temperantia^ tempei*atio et temperies; perctmus et perçu Isus; Fauteur appuie, sur des exemples tirésdes me illeurs écrivain s, Cicéron, Horace, Térence, Tite-Live, etc., les distinctions qu'il établit. 2 0 Urbicus, aussi professeur à Bordeaux , célèbre surtout par sa profonde connaissance de la langue et de la littérature grecque. 3° Ursulus et Harmonius, professeurs à Trêves; Harmonius a recueilli les poésies d'Homère, en y ajoutant des notes sur les mauvaises leçons, les interpolations, etc.

A côté des grammairiens se placent les rhéteurs, chargés non-seulement d'enseigner l'éloquence , mais de faire des discours, des panégyriques, dans toutes les grandes circonstances de la vie , les fêtes , les solennités civiles , la mort ou l'avènement d'un empereur , etc. Douze de ces airs de bravoure d'une éloquence vaine ont été spécialement conservés et recueillis. Les quatre principaux panégyristes sont : i° Claude Marner tin, auteur de l'éloge de l'empereur Maximien , prononcé à Trêves, le 20 avril 292, jour où l'on célébrait la fondation de Rome. 2 0 Eumène, professeur d'éloquence à Autun, auteur de quatre discours prononcés de 297 à 3 1 1 , en présence et à l'honneur de Constance Chlore et de Cons-

i58 cours

tantin. 3° Nazarius, professeur à Bordeaux, auteur d'un panégyrique de Constantin . 4° Claude Mamertin,Speut-être fils du premier, auteur d'un discouru prononcé en 36 2 devant Julien.

Parmi les chroniqueurs gaulois et païens de cette époque, le plus distingué est Eutrope qui écrivit, vers l'an 570, son abrégé de l'histoire romaine.

Je pourrais étendre à mon gré la liste des poètes , mais vous ne vous plaindrez pas que je n'en nomme que trois. Le plus fécond, le plus célèbre, et sans contredit le plus spirituel et le plus élégant, est Ausone, né à Bordeaux vers 3og et mort dans une de ses terres en 394, après avoir occupé les plus hautes charges publiques, et composé : i° cent quarante épi grammes; 2°trentehuit épitaphes ; 3° vingt idylles ; 4° vingt-quatre épîtres; 5° dix-sept descriptions de villes, et une multitude de petits poèmes semblables , sur les professeurs de Bordeaux, les personnes ou les incidens de sa famille, les Douze Césars, les sept Sages de la Grèce , etc. , etc.

Un oncle d' Ausone, nommé Arborius, de Toulouse , a laissé un petit poëme adressé à une jeune fille trop bien parée, ad virginem nimis cultam.

Un poète de Poitiers , Rutilius Numat ianus ,

d'histoire moderne. i5g

qui avait vécu à Rome, et qui revint dans sa patrie vers Tan 4*6, a écrit sur son retour un poëme intitulé : Itinerarium ou de redit u , ouvrage assez curieux par quelques détails de lieux , de mœurs , et par l'humeur du poète contre l'invasion de la société par les Juifs et les moines. Il était évidemment païen.

Je passe à la littérature chrétienne gauloise de la même époque.

Le premier nom que je rencontre est celui de

Italie, je le prends comme' gaulois parce qu'il était né à Trêves , vers l'an 34o. Ses oeuvres ont été recueillies en deux volumes in-folio. Us contiennent trente-six ouvrages différens, traités religieux, commentaires sur les livres saints, discours, lettres, hymnes, etc. Le plus étendu et aussi le plus curieux est intitulé de officiis Ministrorum (des devoirs des ministres de l'Église). J'y reviendrai peut-être plus tard et avec détail ; je ne veux aujourd'hui que vous en faire remarquer le caractère; vous seriez tentés de croire, d'après le titre , que c'est un traité des devoirs particuliers des prêtres, et de la manière dont ils doivent s'acquitter de leurs, fonctions. Vous vous tromperiez; c'est un traité complet de morale, où l'auteur, à propos des prêtres, passe en revue

i 6o COURS

toua les devoirs humains , et pose et résout une multitude de questions de philosophie pratique.

A côté de saint Ambroise, je placerai saint Paulin, né, comme lui , en Gaule , ( à Bordeaux, versl'an 353), mort, comme lui, évêque en Italie, (à Noie, en43i ). Plusieurs de ses ouvrages, entre autres son livre contre les Païens , se sont perdus; il ne reste guère de lui que des lettres et des poésies; mais les lettres avaient, à cette époque, une bien autre importance que dans les temps modernes ; la littérature proprement dite tenait , dans le monde chrétien, assez peu de place ; on n'écrivait guère pour écrire , pour le seul plaisir de manifester ses idées; quelque événement éclatait, une question s'élevait, quelque nécessité pressait le monde chrétien; on faisait un livrer et le livre se produisait souvent sous la forme d'une lettre à un fidèle , à un ami, à une église. Politique, religion, controverse, intérêts spirituels et temporels , conseils généraux et particuliers, tout se rencontre donc dans les lettres de ce temps , et elles sont au nombre de ses plus curieux monumens.

Jai déjà nommé saint Sulpice-Sévèré , de Tou louse 1 (ou de quelque autre ville d'Aquitaine,

1 Né vers 355 , mort ver* 4 ao «

car son origine n'est pas connue avec certitude ) et sa Vie de Saint Martin , de Tours. Il a écrit de plùs une Histoire sacrée , l'un des premiers essais d'histoire ecclésiastique tentés en Occident ; elle va du commencement du monde jusqu'à Fan 4oo , et contient quelques faits importans qui ne se trouvent point ailleurs.

Presqu'en même temps , un peu plus tard cependant, le moine Cassien, provençal d'origine \ à ce qu'il paraît , quoiqu'il eût vécu long-temps en Orient , publiait à Marseille , sur la demande de saint Castor, évêqued'Apt, ses Institutions et ses Conférences > ouvrages destinés à faire connaître aux occidentaux l'origine . le régime, les pratiques et les idées des moines d'Orient. C'était alors même, vous venez de le voir, que se fondaient, dans la Gaule méridionale, et par le concours de Cassien lui-même, la plupart des monastères; ses livres répondaient donc à un besoin actuel et pratique.

Je m'aperçois qu'avant Cassien, j'aurais dû vous parler de saint Hilaire, évêque de Poitiers a , l'un des chefs les plus actifs et les plus honorables de l'église gauloise; il a écrit un grand

« Né vers 36o, mon vers 44°.

' Mort vers 368.

i6a cours ;

nombre d'ouvrages, peu étendus, mais très-importans de leur temps. Ce sont pour la plupart des pamphlets sur les intérêts et les questions qui préoccupaient les esprits. Depuis que le christianisme était sorti de l'enfance, les grands évêques avaient deux rôles à jouer à la fois , le rôle de philosophes et celui de politiques; ils possédaient l'empire des idées ou au moins l'influence dans l'ordre intellectuel , et ils étaient en même temps chargés des affaires temporelles de la société religieuse; ils étaient tenus de suffire constamment à deux missions, de méditer et d'agir, de convaincre et de gouverner. De là la prodigieuse variété et aussi la précipitation qui éclatent souvent dans leurs écrits; ce sont eu général des œuvres de circonstance, des pamphlets destinés, tantôt à résoudre une question de doctrine, tantôt à traiter une affaire, à éclairer une âme ou à apaiser un désordre, à repousser une hérésie ou à obtenir du pouvoir civil une concession. Les ouvrages de saint Hilaire sont particulièrement empreints de ce caractère.

Un moine qui avait pu connaître saint Hilaire, puisqu'il avait vécu auprès de saint Martin de Tours, Evagre, a composé deux dialogues intitulés, l'un : Dispute entre Théophile, cfirètien, et

d'histoire moderne. i65

Simon , juif ; l'autre : Dispute de Zachée, chrétien , et d* Apollonius , philosophe : monumens curieux de la manière dont un moine chrétien concevait, à la fin du IV e siècle, la discussion , d'une part, entre le judaïsme et le christianisme, de l'autre, entre le christianisme et la philosophie.

Un prêtre de Marseille, Salvien, originaire de Trêves, écrivait un peu plus tard son traité de Y Avarice 9 pur essai de morale religieuse, et son livre que j'ai déjà cité, de gubernatione Dei ; remarquable soit comme tableau de l'état social et des moeurs de l'époque , soit comme tentative de justifier la Providence des malheurs du monde , et d'en renvoyer le blâme aux hommes même qui l'en accusent.

La querelle du pélagianisme donna lieu à un grand nombre d'ouvrages , parmi lesquels je ne citerai que ceux de saint Prosper d'Aquitaine , et spécialement son poëme contre les ingrats , l'un des plus heureux essais de poésie philosophique qui aient été tentés dans le sein du christianisme. Sa Chronique, qui s'étend depuis l'origine du monde jusqu'à l'an 4^5, n'est pas non plus sans importance.

Pendant que la question du libre arbitre et de la grâce agitait toute l'Église , et surtout la Gaule, celle de l'immatérialité de l'âme se débattait plus

i 64 COURS

paisiblement dans laNarbonnoise , entre Fauste 1 , évêque de Riez, qui soutenait que l'âme est matérielle , et Mamert Claudien 1 , prêtre de Vienne , frère de l'évêque saint Mamert, défenseur de l'immatérialité. La lettre où Fauste établit son opinion et le traité de Mamert Claudien, intitulé : De la nature de Cdme, sont au nombre des plus curieux raonumens de l'état de l'esprit humain au V e siècle, et je me propose de tous les feire connaître plus tard avec détail.

Je ne citerai plus, delà littérature chrétienne de cette époque, qu'un seul nom, celui de Gennade , prêtre à Marseille , qui nous a laissé , sous le titre de: Traité des hommes illustres ou À uteurs ecclésiastiques , depuis le milieu du IV e siècle jusqu'à la fin du V e , l'ouvrage où l'on trouve le plus de renseignemens sur l'histoire littéraire du temps.

Maintenant, Messieurs, comparez ces deux listes , si incomplètes. , si sèches , d'auteurs et d'ouvrages; n'est-il pas vrai que les noms, les titres seuls expliquent la différence de l'état intellectuel des deux sociétés? Les écrivains chrétiens s'adressent en même temps aux plus grands

i Mort en 490 • 1 Mort vers 47 >•

d'histoire moderne. i65

intérêts de la pensée et delà vie; ils sont actifs et puissans dans le domaine de l'intelligence et dans celui de la réalité ; leur activité est rationnelle et leur philosophie populaire, ils traitent des choses qui remuent les âmes au fond de la solitude , et les peuples au milieu des cités. La littérature civile , au contraire , est étrangère aux questions et de principe et de circonstance , aux besoins moraux et aux sentimens familiers des masses; c'est une littérature de convention et de luxe , de coterie et d'école , vouée uniquement , par la nature même des sujets dont elle s'occupe, aux menus plaisirs des gens d'esprit et des grands seigneurs.

Ce n'est pas tout , Messieurs , et il y a , de la diversité de l'état moral des deux sociétés , une bien autre cause: la liberté (je veux dire la liberté d'esprit) manquait à l'une , et était , dans l'autre, réelle et forte.

Comment la liberté n'aurait-elle pas manqué à la littérature civile? Elle appartenait à la société civile , au vieux monde romain ; elle en était l'image et l'amusement; elle 'en avait tous les caractères, la décadence, la stérilité , la futilité , la servilité.

La nature même des sujets sur lesquels elle s'exerçait lui rendait cet état fort supportable.

iGG cours

Elle était étrangère à toutes les grandes questions morales, à tous les intérêts réels delà vie, c'està-dire aux carrières où. la liberté d'esprit est indispensable. La grammaire, la rhétorique, la petite poésie, s'accommodent assez bien de la servitude. Pour faire des synonymes latins comme Agraecius, ou pour censurer, comme Arborius, une jeune fille trop parée , ou même pour célébrer , comme Ausone , les beautés du cours de la Moselle, on peut à toute rigueur se passer de liberté, et même de mouvement d'esprit. Cette littérature subalterne a prospéré plus d'une fois sous le despotisme et dans le déclin de la société.

Au sein même des écoles , la liberté manquait. Les professeurs étaient complètement amovibles. L'empereur pouvait, non-seulement les transférer d'une ville à l'autre , mais les révoquer à son gré. Ils avaient d'ailleurs contre eux, dans un grand nombre de villes de la Gaule, le peuple lui-même. Le peuple était chrétien , du moins en grande majorité , et ces écoles toutes payennes d'intention et d'origine lui déplaisaient. Les professeurs étaient souvent mal vus , maltraités. Ils n'avaient guères pour appui que les débris des classes supérieures , et l'autorité impériale qui maintenait l'ordre; car, Messieurs, l'autorité impériale , qui plus d'une fois n'avait fait , en

persécutant les chrétiens , que céder aux clameurs du peuple , a souvent , au IV* siècle, protégé les payens contre le peuple, soit dans l'intérêt de Tordre , soit par l'influence des hommes considérables, payens ou indifïérens, soit par ce respect des établissemens publics , des anciennes existences, auquel un gouvernement ne renonce presque jamais. Mais vous comprenez sans peine quelle situation dépendante, faible, précaire , résultait de là pour les professeurs. Celle des étudians n'était guères plus forte ni plus libre. Ils étaient l'objet d'une foule de mesures de police inquisitoriales , vexatoires , et contre lesquelles ils ne possédaient presque aucune garantie. Voici une constitution de Valentinien qui vous fera connaître leur situation : elle ne s'applique qu'à l'école de Rome; mais le régime des autres écoles était analogue.

VaUntinien , Valens et Gratien d Olybrius , préf. de Rome,

Que tous ceux qui viendront étudier à Rome apportent d'abord au maître du cens 1 les lettres des gouverneurs de province qui leur ont donné congé de venir, et où doivent être indiqués leur ville, leur âge et leurs qualités;

1 Magistrat qui , par quelques-unes de ses fonctions , avait quelque analogie avec le préfet de police.

i 68 cours

a 0 qu'ils déclarent, dèâ leur arrivée, à quelles éludes ils se .proposent de se livrer de préférence ; 3° que le bureau des employés du cens connaisse leur demeure , afin de tenir la main à ce qu'ils fassent les études qu'ils ont indiquées comme le but de leurs désirs ; 4° q ue lesdits employés veillent à ce que lesdits étudians se montrent dans les réunions tels qu'ils doivent être , à ce qu'ils évitent toute cause de mauvais et honteux renom, ainsi que les associations entre eux, que nous regardons comme très- voisines des crimes, à ce qu'ils n'aillent pas trop souvent aux spectacles, et ne se livrent pas fréquemment à des banquets intempestifs. Que si quelque étudiant ne se conduit pas dans la ville comme l'exige la dignité des études libérales, qu'il soit publiquement battu de verges, mis sur un vaisseau, chassé de la ville , et renvoyé chez lui. Quant à ceux qui se livrent assiduement à leurs études, qu'ils puissent rester à Rome jusqu'à leur vingtième année; après quoi, s'ils négligent de s'en aller d'eux-mêmes, que le préfet ait soin de les faire partir, même contre leur gré. Et pour que ces choses-là ne soient pas traitées légèrement, que ta haute Sincérité avertisse le bureau du cens qu'il ait à rédiger chaque mois un état desdits étudians, quels ils sont, d'où ils viennent, et lesquels, leur temps écoulé, doivent être

renvoyés en Afrique ou en d'autres provinces Qu'uu

tableau pareil soit transmis tous les ans aux bureaux de N. G., afin que, bien instruit des mérites et des études de tous, nous jugions s'ils sont nécessaires à notre service, et quand 1 .

Quelques-unes de ces précautions peuvent être,

» Cod. Tbeod. L. XIV , t. 9 , 1. 1.

dans certains cas, nécessaires et légitimes; mais il est bien clair que là où elles sont le fait .essentiel, dominant, là où elles constituent le fond du régime des écoles, il n'y a point de liberté.

La liberté éclate au contraire de toutes parts dans la littérature chrétien ne. Et d'abord l'activité des esprits, la diversité des opinions publiquement manifestées , prouvent à elles seules la liberté. L'esprit humain ne se déploie pas ainsi en tous sens, ni avec tant d'énergie , quand il est chargé de fers. La liberté d'ailleurs était inhérente à la situation intellectuelle de l'Église : elle était dans le travail de la formation de ses doctrines, et, sur un grand nombre de points, ne les avait point encore arrêtées ou promulguées. A mesure qu'une question apparaissait , soulevée soit par un événement, soit par quelque écrit, elle était examinée, débattue par les chefs de la société religieuse; et son opinion officielle, la conséquence de ses croyances générales, le dogme en. un mot, était proclamé. Une liberté précaire , passagère peut - être , mais réelle, appartient nécessairement à une telle époque.

L'état de la législation contre l'hérésie ne lui était pas encore mortel : le principe <ïe la persécution , l'idée que la vérité a droit de gouverner par

Page 1