‹ Cours d'histoire moderne (volume 2)Chapitre 27 sur 40 · HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

HUITIÈME LEÇON

Objet de la leçon. — Description de l'état de la Gaule dan§ la dernière moitié du VI e siècle. — Véritable caractère des invasions germaniques. — Cause d'erreur à ce sujet.

— Dissolution de la société romaine : i° dans les campagnes; 2° dans les villes, quoique à un moindre degré.

— Dissolution de la société germaine : i° de la peuplade ou tribu ; v de la bande guerrière. — Élémens du nouvel état social. — 1 0 De la royauté naissante; — 2° de la féo.r

' dalité naissante; — 3° de l'église après l'invasion. Résumé.

Messieurs,

Nous sommes en possession des deux élémens primitifs et fondamentaux de la civilisation française ; nous avons étudié , d'une part , la société romaine , de l'autre , la société germaine , cha-

8, niST. Mon. , 1829. 23

cune en soi et avant leur rapprochement. Essayons de reconnaître ce qui est arrivé au moment où elles se sont touchées et confondues, c'est-à-dire de décrire l'état de la Gaule après la grande invasion et l'établissement des Germains.

Je vondraisarcigner, a cette description, une date un peu précise, et vous dire d'avance à quel siècle, à quel territoire elle convient spécialement. La difficulté est grande. Telle était, à cette époque , la confusion des choses et des esprits que la plupart des faits nous ont été transmis pêle-mêle et sans date; à plus forte raison, les faits généraux , ceux qui se rapportent aux institutions, aux relations des différentes classes, à l'état social , en un mot , et qui , par leur nature, sont les moins apparens, les moins précis. Ils sont omis ou étrangement brouillés dans les monumens contemporains; il faut, à chaque pas, en deviner et en rétablir la chronologie. Heureusement, l'exactitude de cette chronologie importe moins à l'époque qui nous occupe qu'à toute autre. Sans doute, du VI* au VIII e siècle, l'état de la Gaule a changé; les rapports des hommes , les institutions , lea mœurs ont été modifiés ; moins cependant qu'on ne pourrait être tenté de le croire. Le chaos était extrême , et le

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chaos est essentiellement stationnaire. Quand toutes choses sont à ce point désordonnées , confondues , il faut beaucoup de temps pour qu'elles se démêlent, se redressent , pour que chacun des élémens de la société revienne à sa place, rentre dans sa route, se remette en quelque sorte sous la direction et l'impulsion du principe spécial qui doit présider à son développement.

Après l'établissement des barbares sur le sol romain , les évènemens et les hommes ont tourné long-temps dans le même cercle, en proie à un mouvement plus violent que progressif. Du VI* au VIII e siècle , l'état de la Gaule a donc moins changé , et la rigoureuse chronologie des faits généraux a moins d'importance que la longueur de l'intervalle ne le ferait présumer. Tâchons cependant de déterminer, dans certaines limites, l'époque dont nous avons à tracer le tableau.

Les trois peuples germaniques qui ont occupé la Gaule sont les Bourguignons , les Visigoths et les Francs. Beaucoup d'autres peuples, beaucoup de bandes particulières, des Vandales, des Alains, des Suèves, des Saxons, etc. , se promenèrent sur son territoire ; mais les uns ne firent que le traverser, les autres y furent promptement absorbés , et ces petites incursions partielles sont sans importance historique. Les Bour-

guignons, les Visigoths et les Francs, méritent seuls d'être comptés parmi nos ancêtres. Les Bourguignons s'établirent définitivement en Gaule, de l'an 406 à l'an 41 5 ; ils occupaient les pays situés entre le Jura , la Saône et laDurance; Lyon était le centre de leur domination. Les Visigoths, de l'an 412 a l'an 45o , se répandirent dans les provinces comprises entre le Rhône , et même sur la rive gauche du Rhône , au sud de la Durance , la Loire et les Pyrénées; leur roi résidait à Toulouse. Les Francs, de l'an 48 1 à Fan 5oo, s'avancèrent dans le nord de la Gaule, et s'établirent entre le Rhin , l'Escaut et la Loire , non compris la Bretagne et la portion occidentale de la Normandie ; Clovis eut pour capitales Soissons et Paris, Ainsi , à la fin du V* siècle, l'occupation définitive du territoire gaulois* par les trois grands peuples germains , était accomplie.

L'état de la Gaule ne fut pas exactement le même dans ses diverses parties et sous la domination de ces trois peuples. 11 y avait entre eux des différences notables. Les Francs étaient beaucoup plus étrangers, plus Germains, plus barbares que les Bourguignons et les Goths.

Avant d'entrer en Gaule , ces derniers avaient d'anciennes relations avec les Romains ; ils avaient vécu dans l'empire d'Orient , en Italie ;

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ils s'étaient familiarisés avec les mœurs et la population romaines. On en peut dire presque autant des Bourguignons. De plus, les deux peuples étaient chrétiens depuis assez longtemps. Les Francs au contraire arrivaient de Germanie, encore païens et ennemis. Les portions de la Gattle qu'ils occupèrent se ressentirent de cette différence; elle est décrite avec vérité et vivacité dans la VI e des Lettres sur l'histoire de France de M. Augustin Thierry '. Je suis porté cependant à la croire moins importante qu'on ne le suppose en général. Si je ne m'abuse , les provinces romaines différaient plus entre elles que les peuples qui les avaient conquises. Vous avez déjà vu combien la Gaule méridionale était plus civilisée que le nord , plus couverte dé population, de villes, de monumens, de routes. Les Visigoths fussent-ils arrivés aussi barbares que les Francs , leur barbarie eût été, dans la Narbonnaise et l'Aquitaine , bien moins apparente , bien moins puissante ; la civilisation romaine les eût bien plutôt absorbés et changés. Ce fut là , je crois , ce qui arriva , et la diversité des effets qui accompagnèrent les trois conquêtes provint

1 2' édît., p. 81—1 14»

de la différence des vaincus plus que de celle des vainqueurs.

Cette différence d'ailleurs , sensible tant qu'on se borne à considérer les choses d'une vue trèsgénérale, s'efface ou du moins devient très-difficile à saisir quand on pénètre plus avant dans l'étude de la société. On peut dire que les Francs étaient plus barbares que les Visigoths ; mais cela dit , il faut s'arrêter : en quoi différaient positivement, chez les deux peuples, les institutions , les idées, les relations des classes? aucun document précis ne nous l'apprend.

Enfin, la différence d'état des provinces Gauloises, celle du moins qui venait du fait de leurs maîtres , ne tarda pas à disparaître ou à s'atténuer beaucoup. Vers l'an 554 le pays des Bourguignons tomba sous le joug des Francs ; de Fan 507 à 5^2 , celui des Visigoths subit à peu près le même sort. Au milieu du VI e siècle , la race franque s'était répandue et dominait dans toute la Gaule. Les Visigoths conservaient encore une partie du Languedoc, et disputaient quelques villes au pied des Pyrénées; mais, à vrai dire, sauf la Bretagne , toute la Gaule était , sinon gouvernée , du moins envahie par les Francs.

C'est à cette époque que je voudrais vous la faire connaître ; c'est l'état de la Gaule vers la

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dernière moitié 811 VI e siècle , et surtout de la Gaule franque , que j'essaierai de décrire. Toute tentative d'assigner à cette description une date plus précise me paraît vaine et féconde en erreurs. H y avait sans doute encore à cette époque beaucoup de variété dans l'état des provinces gauloises; mais je n'en puis tenir compte; je me borne à vous en avertir.

On se fait en général , Messieurs , une idée trèsfausse , à mon avis, de l'invasion des Barbares, de l'étendue et de la rapidité de ses effets. Vous avez sûrement rencontré souvent à ce sujet, dans vos lectures, les mots inondation, tremblement de terre , incendie. Ce sont les termes dont on se sert pour caractériser ce bouleversement. Je les crois trompeurs; ils ne représentent nullement la manière dont l'invasion s'est opérée , ni ses résultats immédiats. L'exagération est naturelle au langage humain : les mots expriment l'impression que l'homme reçoit des faits, bien plutôt que les faits mêmes ; c'est après avoir passé par l'esprit de l'homme, et selon l'impression qu'ils y ont produite, que les faits sont décrits et nommés. Or, l'impression n'est jamais l'image fidèle et complète du fait. D'abord elle est individuelle et le fait ne l'est point : les grands évènemens , l'invasion d'un peuple étranger, par exemple, sont ra-

contés par les hommes qui en ont été personnellement atteints, victimes, acteurs, ou spectateurs; et ils les racontent comme ils les ont vus; ils les caractérisent d'après ce qu'ils en ont connu ou subi : celui qui a vu sa maison ou son village brûlés appellera peut-être l'invasion un incendie; dans la pensée de tel autre, elle aura revêtu la forme d'une inondation , d'un tremblement de terre. Ces images sont vraies, mais d'une vérité, si je puis ainsi parler, pleine de prévention et d'égoïsme; elles reproduisent l'impression de quelques hommes; elles ne sont point l'expression du fait dans toute son étendue, ni de la manière dont il a frappé tout le pays.

Telle est d'ailleurs la poésie instinctive de l'esprit humain , qu'il est porté à recevoir des faits, une impression plus vive, plus grande que ne sont les faits mêmes; c'est son penchant de les étendre, de les ennoblir; ils sont pour lui comme une matière qu'il façonne , un thème sur lequel il s'exerce, et dont il tire, ou plutôt où il répand des beautés, des effets qui n'y étaient point. En sorte qu'une cause double et contraire remplit le langage d'illusion : sous un point de vue matériel , les faits sont plus grands que l'homme, et il n'en connaît, il n'en décrit que ce qui le frappe personnellement; sous un point

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de vue moral, l'homme est plu* grand que les faits , et en les décrivant , il leur prête quelque chose de sa grandeur. #

C'est-là , Messieurs , oe qu'il ne faut jamais oublier dans l'étude de l'histoire, surtout dans la lecture des documens contemporains ; ils sont en même temps incomplets et exagérés ; ils ignorent et amplifient : il faut se méfier de l'impression qui s'y révèle», et comme trop étroite', et comme trop poétique ; il y faut à-la fois ajouter et retrancher. Nulle part cette double erreur ne paraît davantage que dans les récits de l'invasion germanique, et les mots par lesquels on la décrit ne la représentent nullement.

L'invasion, Messieurs , ou , pour mieux dire , les invasions , étaient des évènemens essentiellement partiels, locaux , momentanés. Une bande arrivait, engénéraltrès-peunombreuse ; les plus puissantes, celles qui ont fondé des royaumes, la bande deClovis , par exemple , n'étaient guère que de 5 à 6,000 hommes ; la nation entière des Bourguignons ne dépassait pas 60,000 hommes. Elle parcourait rapidement un territoire étroit, ravageait un district, attaquait une ville , et tantôt se retirait, emmenant son butin , tantôt s'établissait quelque part) soigneuse de ne pas se trop disperser. Nous savons , Messieurs , avec quelle facilité,

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quelle promptitude , de pareils événement s'accomplissent et disparaissent. Des maisons sont brûlées, des champs dévastés, des récoltes enlevées, des hommes tués ou emmenés captifs : tout ce mal fait , au bout de quelques jours les flots se referment, le sillon s'efface, les souffrances individuelles sont oubliées ; la société rentre , en apparence du moins, dans son ancien état. Ainsi se passaient les choses en "Gaule au IV e siècle.

Mais nous savons aussi que la société humaine, cette société qu'on appelle un peuple, n'est pas une simple juxtaposition d'existences isolées et passagères : si elle n'était rien de plus , les invasions des barbares n'auraient pas produit l'impression que peignent les documens de l'époque ; pendant long-temps le nombre des lieux et des hommes qui en souffraient fut bien inférieur au nombre de ceux qui leur échappaient. Mais la vie sociale de chaque homme n'est point concentrée dans l'espace matériel qui en est le théâtre et dans le moment qui s'enfuit; elle se répand dans toutes les relations qu'il a contractées sur les différeus points du territoire; et non -seulement dans celles qu'il a contractées , mais aussi dans celles qu'il peut contracter ou seulement concevoir; elle embrasse non -seulement le présent, mais l'avenir; l'homme vit sur

mille points où il n'habite pas , dans mille momens qui ne sont pas encore ; et si ce développement de sa vie lui est retranché, s'il est forcé de s'enfermer dans les étroites limites de son existence matérielle et actuelle, de s'isoler dans l'espace et le temps, la vie sociale est mutilée, la société n'est plus.

C'était là l'effet des invasions , de ces apparitions des bandes barbares , courtes , il est vrai , et bornées , mais sans cesse renaissantes , partout possibles, toujours imminentes; elles détruisaient i° toute correspondance régulière, habituelle, facile, entre les diverses parties du territoire ; 2 0 toute sécurité , toute perspective d'avenir: elles brisaient les liens qui unissententre eux les habitansd'un même pays, lesmomens d'une même vie ; elles isolaient les hommes , et pour chaque homme, les journées. En beaucoup de lieux, pendant beaucoup d'années, l'aspect du pays put rester le même; mais l'organisation sociale était attaquée : les membres ne tenaient plus les uns aux autres; les muscles ne jouaient plus; 1 le sang ne circulait plus librement ni sûrement dans les veines: le mal éclatait tantôt sur un point, tantôt sur l'autre: une ville était pillée, un chemin rendu impraticable , un pont rompu ; telle ou telle communication cessait ; la culture des

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terres devenait impossible dans tel ou tel district: en un mot, l'harmonie organique, l'activé té générale du corps social étaient chaque jour entravées , troublées; chaque jour la dissolution et la paralysie faisaient quelque nouveau progrès.

Ainsi fut détruite, vraiment détruite en Gaule la société romaine ; non comme un vallon est ravagé par un torrent , mais comme le corps le plus solide est désorganisé par l'infiltration continuelle d'une substance étrangère. Entre tous les membres de l'État, entre tous les momeusde la vie de chaque homme , venaient sans cesfe se jeter les Barbares. J'ai essayé naguère de vous peindre ie démembrement de l'empire romain , cette impossibilité où se trouvèrent ses maîtres d'en tenir liées les diverses parties , et comment l'administration, impériale fut contrainte de se retirer spontanément de la Grande-Bretagne , de la Gaule , incapable de lutter contre la dissolution de ce vaste corps. Ce qui s'était passé dans l'empire se passait également dans chaque province; comme l'empire s'était désorganisé , de même chaque province se désorganisait ; les cantons, les villes se détachaient pour retourner à une existence locale et isolée. L'invasion opéra partout de la même manière , produisit partout les mêmes effets. Tous ces liens par lesquels Rome

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était parvenue , après tant d'efforts , à unir entre elles les diverses parties du monde; ce grand système d'administration, d'impôts, de recrutement, de travaux publics, de routes, ne put se maintenir. Il n'en resta que ce qui pouvait subsister isolément, localement , c'est-à-dire les débris du régime municipal. Les habitans se renfermèrent dans les villes; là ils continuèrent à se régir à peu près comme ils l'avaient fait jadis, avec les mêmes droits , par les mêmes institutions. Mille circonstances prouvent cette concentration de la société dans les cités : en voici une qu'on a peu remarquée. Sous l'administration romaine, ce sont les gouverneurs de province, les consulaires, les correcteurs, les présidens , qui occupent la scène, et reviennent sans cesse dans les lois et l'histoire; dans le VI e siècle, leur nom devient beaucoup plus rare : on voit bien encore des ducs, des comtes,. auxquels est confié le gouvernement des provinces; les rois barbares s'efforcent d'hériter de l'administration romaine, de garder les mêmes employés, de faire couler leur pouvoir dans les mêmes canaux; niais ils n'y réussissent que fort incomplètement, avec grand désordre; leurs ducs sont plutôt des chefs militaires que des administrateurs; évidemment les gouverneurs des provinces n'ont plus la même

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importance, ne jouent plus le même rôle; ce sont les gouverneurs de villes qui remplissent l'histoire ; la plupart de ces comtes de Chilpéric , de Gontran , de Théodebert , dont Grégoire de Tours raconte les exactions , sont des comtes de villes , établis dans l'intérieur de leurs murs , à côté de leur évêque. il y aurait de l'exagération à dire que la province a disparu; mais elle est désorganisée, sans consistance , presque sans réalité. La ville , l'élément primitif du monde romain , survit presque seule à sa ruine. Les campagnes sont la proie des barbares ; c'est-là qu'ils s'établissent avec leurs hommes; c'est-là qu'ils mtroduiront par degrés des institutions, une organisation sociale toutes nouvelles; jusques-là les campagnes ne tiendront dans la société presque aucune place : elles ne seront qu'un théâtre d'excursions , de pillages , de misères.

Dans l'intérieur même des villes , l'ancienne société était loin de se maintenir entière et forte. Au milieu du mouvement des invasions, les villes furent surtout des forteresses; on s'y renfermait pour échapper aux bandes qui ravageaient le pays. Quand l'immigration barbare se fiit un peu arrêtée, quand les peuples nouveaux se furent assis sur le territoire , les villes restèrent encore des forteresses : au lieu d'avoir à se défendre

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contre des bandes errantes , il fallut se défendre contre ses voisins, contre les avides et turbulens possesseurs des campagnes environnantes. Il n'y avait donc, derrière ces faibles remparts, que bien peu de sûreté. Sans doute , les villes sont des centres de population et de travail, mais à certaines conditions à condition, dune part, que la population des campagnes cultivera pour elles, de l'autre, qu'un commerce étendu, actif, viendra consommer les produits du travail des bourgeois. Si l'agriculture et le commerce dépérissent, les villes dépériront; leur prospérité et leur force ne s'isolent point. Or,, vous venez de voir dans quel*tat tombaient, au VI e siècle, les campagnes de la Gaule; les villes pouvaient.y échapper quelque temps, mais de jour en jour le mal devait les gagner. 11 les gagna en effet , et bientôt ce dernier débris de l'empire parut atteint de la môme faiblesse, en proie à la même dissolution.

Tels étaient au VI e siècle, sur la société romaine , les effets généraux de l'invasion et de l'établissement des barbares; voilà l'état où ils l'avaient mise. Recherchons maintenant quelles en étaient aussi les conséquences sur le second élément de la civilisation moderne, sur la société germaine elle-même.

Une grande erreur réside au fond de la plu-

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part ie» recherches dont cette question a déjà été l'objet. On a étudié les institutions des Germains en Germanie; puis on les a transportées telles quelles dans la Gaule , à la suite des Germains :<on a supposé que la société germaine s'était retrouvée à peu près la même après la conquête, et on est parti de là pour déterminer son influence et lui assigner sa part dans le développement de la civilisation moderne. Rien n'est plus faux et pjus trompeur. La société germaine a été modifiée , dénaturée , dissoute par l'invasion, aussi bien que la société romaine. Dans ce grand bouleversement, l'organisation sociale des vainqueurs a péri comme celle des vaincus; les uns et les autres n'ont mis en commun que des débris.

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être qu'on ne l'a cru , distinctes pourtant , subsistaient en Germanie : i° la société de la peuplade ou tribu , tendant à l'état sédentaire , sur un territoire peu étendu qu'elle faisait cultiver par des colons et des esclaves ; 2° la société de la bande guerrière, accidentellement groupée autour d'un chef fameux , et menant la vie erraute. C'est là ce qui résulte évidemment des faits, que je vous ai déjà décrits.

A la première de ces deux sociétés, à la tribu,

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■s'appliquent , dans une certaine mesure , ces descriptions de l'état des anciens Germains , tracées parles Allemands modernes, etdout je vous ai déjà entretenus. Quand une peuplade , en effet, peu nombreuse comme elles Fêtaient toutes , occupait un territoire peu étendu , quand chaque chef de famille était établi sur son domaine, au milieu de ses colons, l'organisation sociale, que ces écrivains ont décrite , pouvait être , sinon complète et efficace, du moins ébauchée : l'assemblée des propriétaires , des chefs de famille , décidait de toutes choses; chaque bourgade avait la sienne; la justice y était rendue par les hommes libres euxmêmes, sous la direction des vieillards ; une sorte de police publique pouvait commencer entre les bourgades confédérées ; les institutions libres étaient là telles qu'on les rencontre dans le berceau des nations.

L'organisation de la bande guerrière était différente ; un autre principe y présidait, le principe du patronage d'un chef, de la clien telle aristocratique et de la subordination militaire. Je me sers à regret de ces derniers mots; ils conviennent bien mal à de» hordes barbares ; cependant, quelque barbares que soient les hommes, une sorte de discipline s'introduit nécessairement en* tre le chef et ses guerriers , et il y a là , à coup

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