‹ Cours d'histoire moderne (volume 2)Chapitre 4 sur 40 · NT · texte numérisé non relu

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ni les grands évènemens n'ont mauqué à l'Espagne ; l'intelligence et la société humaine y ont apparu quelquefois dans toute leur gloire ; mais ce sont des faits isolés, jetés ça et là dans l'histoire Espagnole, comme des palmiers sur les sables. Le caractère fondamental de la civilisation , le progrès, le progrès général , continu, semble refusé, en Espagne, tant à l'esprit humain qu'à la société. C'est une immobilité solennelle , ou des vicissitudes sans fruit. Cherchez une grande idée ou une grande amélioration sociale , un système philosophique ou une institution féconde , que l'Europe tienne de l'Espagne; il n'y en a point : ce peuple a été isolé en Europe ; il en a peu reçu et lui a peu donné. Je me serais reproché d'omettre son nom ; mais sa civilisation est de peu d'importance dans l'histoire de la civilisation européenne.

Vous le voyez , Messieurs , le fait fondamental * le faitsublime de la civilisation en général, l'union intime , rapide , le développement harmonique des idées et des faits , de l'ordre intellectuel et de l'ordre réel, ne se reproduisent dans aucun des quatre grands pays que nous venons de parcourir. Quelque chose d'essentiel leur manque à tous , en fait de civilisation ; aucun n'en offre l'image à peu près complète*, le type pur, dans

toutes ses conditions, avec tous ses grands caractères.

Il en est, je crois, autrement de la France.

En France le 'développement intellectuel et le développement social n'ont jamais manqué Fun à Fautre. L'homme et la société y ont toujours marché et grandi, je ne dirai pas de front et également, mais à peu de distance Fun de Fautre. A côté des grands évènemens, des révolutions , des améliorations publiques, on aperçoit toujours, dans notre histoire , des idées générales, des doctrines qui leur correspondent. Rien ne s'est passé dans le monde réel, dont l'intelligence ne se soit à l'instant saisie , et n'ait tiré pour son propre compte une nouvelle richesse; rien dans le domaine de l'intelligence , qui n'ait eu dans le monde réel, et presque toujours assez vite, son retentissement et son résultat. En général même , les idées en France ont précédé et provoqué les progrès de l'ordre social ; ils se sont préparés dans les doctrines avant de s'accomplir dans les choses, et l'esprit a marché le premier dans la route de la civilisation. Ce double caractère d'activité intellectuelle et d'habileté pratique, de méditation et d'application , est empreint dans tous les grands évènemens de l'histoire de France, dans toutes les grandes classes de la société fran-

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une physionomie qui ne se retrouve point ailleurs.

Au commencement du XII e siècle , par exemple, éclate le mouvement d'affranchissement des communes , grand progrès à coup sûr , de la condition sociale ; en même temps se manifeste un vif élan vers l'affranchissement de la pensée. J'ai indiqué ce fait l'été dernier. Abailard est contemporain des bourgeois de Laon et de Vezelay . La première grande lutte des libres penseurs , contre le pouvoir absolu dans l'ordre intellectuel, est contemporaine de la lutte des bourgeois pour la liberté publique. Ces deux mouvemens, à la vérité, étaient en apparence fort étrangers l'un à l'autre : les philosophes avaient très - mauvaise opinion des bourgeois insurgés qu'ils traitaient de barbares; et les bourgeois à leur tour , quand ils en entendaient parler, regardaient les philosophes comme des hérétiques. Mais le double progrès n'en est pas moins simultané.

Sortez du XII e siècle , prenez un des établissemens qui ont joué le plus grand rôle dans l'histoire de l'esprit en France , l'Université de Paris. Personne n'ignore quels ont été, à dater du XIII* siècle , ses travaux scientifiques ; c'était le premier établissement de ce genre en Europe. Aucun autre n'a eu en même temps une existence poli-

tique aussi importante, aussi active. L'Université de Paris s'est associée à la politique des rois , à toutes les luttes du clergé français contre la cour de Rome , du clergé contre le pouvoir temporel ; des idées se développaient , des doctrines s'établissaient dans son sein; elle travaillait presqu'aussitôt à les faire passer dans le monde extérieur. Ce sont les principes de l'Université de Paris qui ont servi de drapeau aux tentatives des conciles de Constance et de Bâle; qui ont fait faire et soutenu la Pragmatique Sanction de Charles VII.

L'activité intellectuelle et l'influence positive ont été inséparables pendant des siècles dans cette grande école. Passons au XVI e siècle ; jetons un coup d'oeil sur l'histoire de la réforme en France: un caractère la distingue ; elle a été plus savante , aussi savante du moins , et plus modérée , plus raisonnable que partout ailleurs. La principale lutte d'érudition et de doctrine, contre l'église catholique, a été soutenue par la réforme française; c'est en France ou en Hollande, et toujours en français , qu'ont été écrits tant d'ouvrages philosophiques, historiques, polémiques, à l'appui de cette cause ; ni l'Allemagne, ni l'Angleterre,

plus d'esprit et de science; et en même temps la réforme française est restée étrangères aux écarts

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des anabaptistes allemands , des sectaires anglais; elle a rarement manqué de prudence pratique , et pourtant on ne peut douter de l'énergie et de la sincérité de ses croyances , car elle a résisté long-temps aux plus rudes revers.

Dans les temps modernes, aux XVII e et XVIII e siècles, l'intime et rapide union des idées et des faits, le développement correspondant de la société et de l'homme sont si visibles , que ce n'est pas la peine d'insister.

Voilà donc quatre ou cinq grandes époques , quatre ou cinq grands évènemens dans lesquels le caractère particulier de la civilisation française est empreint. Prenons les diverses classes de notre société ; regardons leurs mœurs , leur physionomie : le même (ait nous frappera. Le clergé de France est à la fois docte et actif, associé à tous les travaux intellectuels et à toutes les affaires du monde, raisonneur , érudit et administrateur; il ne se voue exclusivement, pour ainsi dire, ni à la religion, ni à la science , ni à la poli tique . mais s'applique constamment à les allier et à les concilier. Les philosophes français offrent aussi un rare mélange de spéculation et d'intelligence pratique; ils méditent profondément , hardiment; ils cherchent la vérité pure , sans aucune vue d'application ; mais ils conser-

vent toujours le sentiment du monde extérieur, des faits au milieu desquels ils vivent; ils s'élèvent très-haut , mais sans perdre la terre de vue. Montaigne, Descartes, Pascal, Bayle , presque tous les grands philosophes de la France , ne sont ni de purs logiciens, ni des enthousiastes. L'été dernier, à cette même place , vous avez entendu leur éloquent interprète caractériser le génie de Descartes, à la Fois homme du monde et de la science : « net , ferme , résolu , assez téméraire , » pensant dans son cabinet avec la même intré- » pidité qu'il se battait sous les murs de Prague ;» ayant goût au mouvement de la vie comme à l'activité delà pensée. Nos philosophes n'ont pas tous possédé le génie., ni mené la destinée aventu reusede Descartes; maispresque tousontenmême temps recherché la vérité et compris le mondes habiles tout ensemble à observer et à méditer.

Enfin, Messieurs, quel trait caractérise particulièrement , dans l'histoire de France , la seule classe d'hommes qui y ait joué un rôle vraiment public, la seule qui ait tenté de faire pénétrer le pays dans son gouvernement, de donner au pays un gouvernement légal, la magistrature française et le barreau, les parlemens et tout ce qui les entourait? N'est-ce pas précisément ce mélange de doctrine et de sagesse pratique *

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de respect pour les idées et pour les faits , de science et d'application ? Dans toutes les carrière s oii s'exerce l'intelligence pure , dans l'érudition , la philosophie, la littérature, l'histoire, partout vous rencontrez les parlementaires, le barreau français; et eu même temps, ils* ont pris part à toutes les affaires publiques et privées; ils ont eu la main dans tous les intérêts réels el positifs de la société.

En quelque sens qu'on regarde et retourne la France , on lui trouvera ce double caractère ; les deux faits essentiels de la civilisation s'y sont dé veloppés dans line étroite correspondance ; jamais l'homme n'y a manqué de grandeur individuelle, ni sa grandeur individuelle de conséquence et d'utilité publique. On a beaucoup parlé, surtout depuis quelque temps, du bon sens comme d'un trait distinctif du génie français. Il est vrai ; mais ce n'est point" un bon sens purement pratique, uniquement appliqué à réussir dans ses entreprises; c'est un bon sens élevé , étendu , un bon sens philosophique , qui pénètre au fond des idées , et les comprend et les juge dans toute leur portée , en même temps qu'il tient compte des faits extérieurs. Ce bon sens , c'est la raison; l'esprit français esta la fois rationnel et raisonnable.

La France a donc cet honneur, Messieurs, que sa civilisatiôn reproduit , plus fidèlement qu'aucune autre , le type général , l'idée fondamentale de la civilisation. C'est la plus complète, la plus vraie, la plus civilisée , pour ainsi dire. Voilà ce qui lui a valu le premier rang dans l'opinion désintéressée de l'Europe. La France s'est montrée en même temps intelligente et puissante, riche en idées et en forces au service des idées. Elle s'est adressée, à la fois , à l'esprit des peuples et à leur désir d'amélioration sociale ; elle a remué les imaginations et les ambitions; elle a paru ^capable de découvrir la vérité et de la faire prévaloir. A ce double titre , elle a été populaire , car c'est là le double besoin de l'humanité.

Nous avons donc bien le droit. Messieurs, de regarder la civilisation française comme la première à étudier . comme la plus importante et la plus féconde. Il faudra l'étudier sous le double aspect sous lequel je viens de la présenter, dans le développement social et dans le développement intellectuel ; iMaudra y chercher le progrès des idées , des esprits , de l'homme intérieur , individuel, et celui de la condition extérieure et générale. En la considérant ainsi , il n'y a pas , dans l'histoire générale de l'Europe, un grand événement, une grande question que nous ne

rencontrions dans la nôtre. Nous atteindrons ainsi le but historique et scientifique que nous nous sommes proposé ;.nous assisterons au spectacle de la civilisation européenne sans nous

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et des acteurs.

Mais il s'agit , pour nous, Messieurs , de quelque chose de plus , et de plus important qu'un spectacle, et même qu'une étude; si je ne me trompe , nous venons chercher ici autre chose que du savoir. Le cours de la civilisation , et en particulier celui de la civilisation française , a élevé un grand problème , un problème particulier à notre temps, dans lequel l'avenir tout entier est intéressé , non-seulement notre avenir , mais celui de l'humanité , et que nous sommes peut être, nous, c'est-à-dire notre génération , spécialement appelés à résoudre.

Quel est l'esprit qui .prévaut aujourd'hui dans l'ordre intellectuel , dans la recherche de la vérité, quel qu'en soit l'objet? Un esprit de rigueur, de prudence, de réserve; l'esprit scientifique, la méthode philosophique. Elle observe soigneusement les faits , et ne se permet les généralisations que lentement, progressivement, à mesure que les faits sont connus. Cet esprit domine évidemment, depuis plus d'un demi-siècle , dans

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les sciences qui s'occupent du monde matériel ; il a fait leurs progrès et leur globe. 11 tend aujourd'hui à pénétrer de plus en plus dans les sciences du monde moral , dans la politique , l'histoire , Ja philosophie. Partout la méthode scientifique s'éteAd et s'affermit; partout on sent la nécessité de prendre les faits pour base et pour règle ; on est persuadé qu'ils sont la matière de la science, qu'aucune idée générale ne peut avoir de valeur réelle si elle n'est sortie du sein des faits , si elle ne s'en nourrit constamment à mesure qu'elle grandit. Les faits sont maintenant ? dans l'ordre intellectuel , la puissance en crédit.

Dans l'ordre réel, dans le monde social , dans le gouvernement , l'administration, l'économie politique, une autre direction se manifeste; là prévaut l'empire des idées, du raisonnement, des principes généraux , de ce qu'on appelle les théories. Tel est évidemment le caractère de la grande révolution qui s est opérée de notre temps, de tous les travaux du XVIII e siècle ; et ce caractère n'appartient pas seulement à une crise , à une époque de destruction passagère ; c'est aussi le caractère permanent, régulier, paisible, de l'état social qui se fonde ou s'annonce de toutes parts. Cet état repose sur la discussion et la publicité, c'est-à-dire, sur l'empire de la raison publique,

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des doctrines , des convictions communes i\ tous. Dune part, jamais les faits n'ont tenu tanî de place dans la science; de l'autre, jamais les idées n'ont joué dans le monde un si grand rôle.

11 en était bien autrement jadis, Messieurs, il y a cent ans : dans l'ordre intellectuel , dans la science proprement dite, les faits étaient mal étudiés , peu respectés ; le raisonnement et Timagination se donuaient libre carrière; on se livrait à l'élan des hypothèses; on se hasardait sans autre guide que le fil des déductions. Dans l'ordre politique, au contraire, dans le monde réel, les faits étaient tout-puissans , et passaient presque pour naturellement légitimes. On ne se hasardait guères à les contester , même quand on s'en plaignait; la sédition était plus commune que la hardiesse de la pensée, et l'esprit eût été mal venu à réclamer, pour une idée, au nom de la vérité seule, quelque part aux affaires d'ici -bas.

Le cours de la civilisation a donc renversé l'ancien état de choses : elle a amené l'empire des faits où dominait le libre mouvement de l'esprit , et l'influence des idées où régnait presque exclusivement l'autorité des faits.

Cela est si vrai que ce résultat est empreint , et fortement empreint, jusque dans les reproches dont la civilisation actuelle est l'objet. Ses adver-

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saires parlent-ils de l'état actuel de l'esprit humain, de la direction de ses travaux? Ils l'accusent de sécheresse, de petitesse. Cette méthode rigoureuse, positive, cet esprit scientifique abaisse, disent-ils, les idées, glace l'imagination, ôte à l'intelligence sa grandeur, sa liberté , la rétrécit et la matérialise. S agit-il de l'état des sociétés , de ce qui s'y tente, de ce qui s'y fait? On poursuit des chimères, on s'embarque sur la foi des théories; ce sont les faits qu'il faut étudier, respecter, chérir; il ne faut croire qu'à l'expérience. En sorte que la civilisation actuelle est accusée à la fois de sécheresse et de rêverie , d'hésitation et de précipitation, de timidité et de témérité. Comme philosophes, nous rampons terre à terre; comme politiques, nous tentons l'entreprise d'Icare , et nous aurons le même sort.

C'est ce double reproche, ou, pour mieux dire, ce double péril , Messieurs , que nous avons à repousser .Nous sommes chargés en effet de résoudre le problème qui y donne lieu. Nous sommes chargés de faire prévaloir de plus en plus dans l'ordre intellectuel, l'empire des faits, dans l'ordre social, l'empire des idées; de gouverner de plus en plus notre raison selon la réalité, la réalité selon notre raison; de maintenir à la fois, la rigueur de la méthode scientifique, et le légitime empire de

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l'intelligence. Il n'y a rien là de contradictoire, tant s'en faut; c'est au contraire le résultat naturel, nécessaire, de la situation de l'homme comme spectateur au milieu du monde, et de sa mission comme acteur sur le monde. Je ne suppose rien, Messieurs, je n'explique point, je décris ce qui est. Nous sommes jetés dans un monde que nous n'avons point créé ni inventé; nous le trouvons, nous le regardons, nous l'étudions ; il faut bien que nous le prenions comme un fait , car il subsiste hors de nous , indépendamment de nous ; c'est sur des faits que notre exprit s'exerce, il n'a que des faits pour matériaux; et quand il en découvre les lois générales, ces lois sont elles - mêmes des faits qu'il constate. Ainsi le veut notre situation comme spectateurs. Comme acteurs nous faisons autre chose ; quand nous avons observé les faits extérieurs, leur connaissance développe en nous des idées qui leur sont supérieures; nous nous sentons appelés à réformer, à perfectionner, à régler ce qui est; nous nous sentons capables d'agir sur le monde, d'y étendre le glorieux empire de la raison. C'est là la mission de l'homme : comme spectateur , il est soumis aux faits; comme acteur, il s'en empare et leur imprime une forme plus régulière, plus pure. Je le disais donc tout

à l'heure à bon droit ; il n'y a rien de contradictoire dans le problème que nons avons à résoudre. 11 est très-vrai qu'un double péril est attaché à cette double tâche; en étudiant les faits l'intelligence peut s'en laisser écraser ; elle peut s'abaisser, se rétrécir, se matérialiser; elle peut croire qu'il n'y a de faits que ceux qui la frappent au premier coup-d'œil , qui nous touchent de près, qui tombent, comme on dit, sous nos sens : grande et grossière erreur, Messieurs ; il y a des faits éloignés, immenses, obscurs, sublimes, très-difficiles à atteindre, à observer, à décrire, et qui n'en sont pas moins des faits , et que l'homme n'est pas moins obligé d'étudier et de connaître ; et s'il les méconnaît ou s'il les oublie , sa pensée, en effet, en sera prodigieusement abaissée, et toute sa science portera l'empreinte de cet abaissement. Il se peut, d'autre part, que l'ambition de l'esprit humain , dans son action sur le monde réel , soit emportée , excessive , chimérique ; qu'il s'égare en poursuivant trop loin et trop vite l'empire de ses idées sur les choses. Mais que prouve ce double péril , sinon la double mission qui le fait naître ? et il faudra bien que la mission s'accomplisse , que le problème soit résolu; car l'état actuel de la civilisation le pose clairementet ne permet pas qu'on le perde

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de vue. Aujourd'hui, quiconque dans la recherche de la vérité s'écartera de la méthode scientifique , ne prendra pas l'étude des faits pour base de tout développement intellectuel; et qui-

saura pas tenir compte des principes, des idées générales, des doctrines, n'obtiendra aucun succès durable , sera sans pouvoir réel ; car le pouvoir, le succès, rationnel ou social, sont maintenant attachés à la conformité de nos travaux avec ces deux lois de l'activité humaine, ces deux tendances de la civilisation .

Ce n'est pas tout , Messieurs , et nous avons encore un bien autre problème à résoudre. Des deux que je viens de poser, l'un est scientifique, l'autre social ; l'un intéresse l'intelligence pure , l'étude de la vérité, l'autre l'application des résultats de cette étude au monde extérieur. 11 en est un troisième qui naît également de l'état actuel de la civilisation , et nous est également imposé ; un problème moral , qui se rapporte non plw à la science , non plus à la société, mais au développement intérieur de chacun de nous, au mérite , à la valeur de l'homme individuel.

, Outre les reproches que je viens de rappeler , et dont notre civilisation est l'objet, on l'accuse d'exercer sur notre nature morale une funeste in-

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