‹ Cours d'histoire moderne (volume 2)Chapitre 5 sur 40 · HIST. MOI). , l · texte numérisé non relu

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fluence. On dit que , par son esprit incessamment raisonneur, par sa manie de toutdiscuter, de tout mesurer, de tout réduire à une valeur précise et certaine, elle refroidit, dessèche, concentre l'âme humaine ; qu'à force de prétendre à ne se tromper sur rien, à repousser toute illusion, tout abandon" de" la pensée, à savoir le véritable prix de toutes choses , on finira par se dégoûter de toutes choses et ne plus tenir qu'à soi. On dit en même temps que , par la douceur actuelle de la vie , par la facilité et l'agrément des relations sociales, par la sécurité qui règne en général dans la société, les âmess'amoUissent, s'énervent; qu'en même temps qu'on apprend à ne tenir qu'à soi , on s'accoutume à tenir, pour soi-même, à tout, à ne savoir se T passer defrien , rien souffrir , rien sacrifier. En un mot, on prétend que l'égoïsme d'une part, la mollesse de l'autre, la sécheresse des moeurs et leur faiblesse, sont des résultats naturels , probables de l'état actuel de la civilisation ; que le dévouement et l'énergie, les deux grandes puissances comme les deux grandes vertus de l'homme, et qui ont brillé dans des temps que nous appelons barbares , manquent et manqueront de plus en plus aux temps que nous appelons civilisés, et particulièrement au nôtre.

11 serait aisé , je crois , Messieurs , de repousser

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ce double reproche , et d'établir; i 0 en thèse générale , que l'état actuel de la civilisation , considéré au fond et dans son ensemble, ne doit nullement, selon les probabilités morales, avoir pour résultais dominans l'égoïsme et la mollesse ; 2° en fait , que ni le dévouement, ni l'énergie n'ont manqué , au besoin , aux temps modernes , aux peuples civilisés. Mais la question me mènerait loin et il faut finir. Il est vrai : l'état actuel de la civilisation impose au dévouement et à l'énergie morale, comme au patriotisme dont je parlais en commençant, comme à tous les mérites, à tous les sentimens de l'homme, une difficulté de plus. Ces grandes facultés de notre nature se sont souvent déployées un peu au hasard , d'une manière irréfléchie , sans s'inquiéter beaucoup du motif, et s'il est permis de le dire , à tort et à travers. Elles seront désormais tenues d'avoir raison ; la légitimité des motifs et l'utilité des résultats seront exigés de leurs actes. Sans doute , c'est un poids de plus que la nature humaine aura à soulever pour se déployer dans sa grandeur. Elle le soulèvera, Messieurs; jamais la nature humaine n'a manqué à ce que les circonstances ont exigé d'elle ; plus on lui demande , plus elle donne ; sa richesse croit avec sa dépense. L'énergie et le dévouement se puiseront à d'autres sources , se

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manifesteront sous d'autres formes. Sans doute, nous ne possédons pas encore pleinement les idées générales, les convictions intimes qui doivent les inspirer : les croyances qui répondent à nos moeurs sont faibles encore, obscures, chancelantes : des principes de dévouement et d'énergie , qui agissaient jadis , sont maintenant sans vertu, car ils ont perdu notre confiance. 11 faut que nous cherchions, que nous découvrions ceux qui peuvent s'emparer fortement de nous , nous convaincre et nous émouvoir en même temps.

Ceux-là inspireront le dévouement et l'énergie; ceux-là entretiendront les âmes dans cet état d'activité désintéressée et de fermeté simple qui est la santé morale. Les mêmes progrès qui nous imposent cette nécessité nous fourniront de quoi y suffire.

Vous le voyez , Messieurs ; dans les études que nous venons faire , il s'agit pour nous de bien autre chose que de savoir; le développement intellectuel ne peut , ne doit pas rester aujourd'hui un fait isolé; nous avons à en tirer, pour notre pays de nouveaux moyens de civilisation , pour nous-mêmes une régénération morale. La science est belle sans doute , et vaut bien , à elle seule , les travaux de l'homme; mais elle est mille foi* plus belle quand elle devient une puissance et

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enfante la vertu. C'est là , Messieurs , oe que nous avons à en faire : découvrir la vérité; la réaliser au dehors, dans les faits extérieurs , au profit de la société; la faire tourner, au dedans de nous, en croyances capables de nous inspirer le désintéressement et l'énergie morale, qui sont la force et la dignité de l'homme dans ce monde; voilà notre triple tâche ; voilà où notre travail doit aboutir; travail difficile et lent, et qui s'étend , au lieu de prendre fin f par le succès. Mais, en aucune chose peut-être, il n'est donné à l'homme d'arriver au but ; sa gloire est d'y marcher.

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