VIII. La législation de circonstance est peu con
' En allemand, t. I", p. 177-243.
sidérable; douze articles seulement appartiennent à ce chef, et j'en ai tout à l'heure cité quelquesuns.
Je borne ici, messieurs, cet exposé beaucoup trop bref, sans doute, et pourtant plus détaillé, plus précis, je crois , qu'on ne l'a fait encore, de la législation Ue Charlemagne et de sou objet. Je dis législation, pour me servir du mot dont on se sert communément ; car il est clair qu'il n'y a rien là de ce que nous appelons un code , et que Charlemagne a fait, dans ses capitulaircs, tout autre chose que de la législation. Les capiLulaires sont , à vrai dire, l'ensemble des actes de son gouvernement , des actes publics de tout genre par lesquels s'est manifestée son autorité. Il est évident que le recueil qui nous reste est fort loin de contenir tous ces actes , et qu'il nous en manque un grand nombre. Il y a des années entières pour lesquelles nous n'avons point de capitulaires ; on remarque, dans ceux que nous possédons , des dispositions qui se rapportent à des actes que nous n'avons plus. Le recueil de Baluzc est un recueil de fragments ; ce sont les débris mutilés , non de la législation seule, mais de tout le gouvernement de Charlemagne. C'est là le point de vue dans lequel devra se placer quiconque voudra faire des capitulaires une élude précise , les comprendre et les expliquer.
Dans notre prochaine réunion , nous commencerons à nous occuper de l'état des esprits à la même époque , et de l'inlluence de Charlemagne sur le développement intellectuel.
VINGT-DEUXIÈME LEÇON
De la décadence inlelleetuelle dans la Gaule-Franque du y- au viii« siècle. — De ses causes. — Elle cesse sous le règne de Charlemagne. — Difficulté de peindre l'état de l'esprit humain à cette époque. — Alcuin en est le représentant le plus complet et le plus fidèle. — Vie d'Alcuin. — De ses travaux pour la restauration des manuscrits. — Pour la restauration des écoles. — De son enseignement dans l'école du palais. — De ses relations avec Charlemagne. — De sa conduite comme abbé de Saint-Martin de Tours. — De ses ouvrages : — 1" théologiques. — 2" philosophiques et littéraires; — 3» historiques; — 4" poétiques. — De son caractère général.
Messieurs.
J'ai dit, et je tiens pour établi que, du v au viii<' siècle, la décadence a été, dans la Gaule-Fran-
que , constante , générale ; qu'elle est le caractère essentiel du temps , et ne s'est arrêtée que sous le règne de Charlemagne.
Si ce caractère a été quelque part plus visible,
VINGT-DEUXIÈME LEÇON
plus édalaiit que partout ailleurs, c'est dans l'ordre intellectuel , dans Thistoire de l'esprit humain à cette époque. Rappelez-vous , je vous prie , par quelles vicissitudes nous l'avons vu passer. A la fin du iv^ siècle, deux littératures, deux philosophies, la littérature profane et la littérature sacrée, la philosophie païenne et la théologie chrétienne, marchaient pour ainsi dire côte à côte. A la vérité , la littérature profane et la philosophie païenne étaient mourantes , cependant elles respiraient encore. Bientôt, nous les avons vues disparaître ; la littérature sacrée et la théologie chrétienne sont restées seules. Nous avons continué de marcher; la théologie chrétienne et la littérature sacrée elles-mêmes ont disparu; nous n'avons plus rencontré que des sermons , des légendes , monuments d'une activité intellectuelle toute pratique , vouée aux besoins de la vie réelle, étrangère à la recherche et à la contemplation du vrai et du beau. C'est l'état où est tombé l'esprit humain dans le \iv et pendant la première moitié du viii" siècle.
On a, en général, imputé cette décadence à la tyrannie de l'Église, au triomphe du principe de l'autorité et de la foi sur le principe de la liberté et de la raison. Des écrivains très-modernes même et d'ailleurs impartiaux et savants, M. Tennemann, par exemple, dans son histoire de la philosophie *, ont adopté cette explication. Je crains qu'elle ne soit prématurée. L'autorité absolue de l'Église et la doctrine de la foi pure et simple, opposée à celle de l'examen rationnel, ont, sans nul doute, puissamment contribué à l'affaiblissement de l'esprit humain ; mais c'est plus lard que s'est exercée leur influence ; à l'époque qui nous occupe, cette cause, je crois , n'avait encore que bien faiblement agi. llappelez-vous le tableau que j'ai mis sous vos yeux de l'état de l'Église chrétienne au v« siècle ^ j la liberté y était grande. Or, du v« au viii^ siècle , l'Église ne se constitua ni assez régulièrement ni assez fortement pour exercer la tyrannie; aucun des moyens de gouvernement par lesquels elle a , plus lard, dominé les esprits, n'était alors entre ses mains ; la papauté naissante ne possédait encore qu'un pouvoir d'influence et de conseil ; l'épiscopat, bien qu'il fût le régime dominant de la société ecclésiastique, était faible et désordonné; les conciles devenaient rares ; aucune autorité n'était générale et ferme : s'il y eût eu dans les esprits une énergie véritable , sans nul doute elle se serait fait jour aisément. Plus tard , du xi'- au xiv siècle, l'Église était forte; son pouvoir était régulièrement organisé; le principe de la soumission implicite à ses décisions régnait dans les esprits ; et pourtant
■ Eu allemand, t. VIII, p. 1-8.
l'activité inlellectuelie fut bien plus grande : il y eut alors un danger réel à lutter contre l'Église , et pourtant on lutta; on résista à ses prétentions, on attaqua même son titre. Le vii<= siècle ne fit aucune tentative d'attaque ni de résistance; le pouvoir ecclésiastique et ha liberté de la pensée n'eurent pas même occasion d'en venir aux mains.
Ce n'est donc pas à cette cause qu'il faut s'en prendre de l'apathie et de la stérilité intellectuelle de cette époque : la chute de l'empire , ses désordres et ses misères, la dissolution des rapports et des liens sociaux, les préoccupations et les souffrances de l'intérêt personnel, l'impossibilité do tout long travail et de tout paisible loisir, telles furent les véritables causes de la décadence morale aussi bien que politique, et des ténèbres qui couvrirent l'esprit humain.
Quoi qu'il en soit des causes, le fait est indubitable : à considérer dans son ensemble l'histoire de l'esprit humain dans l'Europe moderne , du y" siècle jusqu'à nos jours , on trouvera , je crois, que le vu" siècle est le point le plus bas où il soit descendu, le nadir de son cours, pour ainsi dire. Avec la fin du viii" siècle commença son mouvement de progrès.
Il est assez diflicile de caractériser ce mouvement avec précision, et de résumer en quelques traits l'état intellectuel de la Gaule-Franque, sous Charlemagne. Aucune idée simple n'y domine ; les travaux qui occupèrent alors les esprits ne forment point un ensemble, ne se rattachent à aucun principe; ce sont des travaux partiels, isolés, l'activité est assez grande, mais ne se manifeste point par de grands résultats. Toute tentative de systématiser ce temps sous le point de vue moral , de le réduire à quelque fait général et éclatant, le fausserait infîùlliblement.
LTn autre procédé me parait plus propre à le faire connaître et comprendre. Un homme s'y rencontre, esprit plus actif et plus étendu, sans aucun doute, que tout autre, Charlomagne excepté; supérieur en instruction et en fécondité intellectuelle à tous ses contemporains , sans s'élever beaucoup au-dessus d'eux par l'originalité de sa science ou de ses idées ; représentant fidèle en un mot du progrès intellectuel de son époque . qu'il a devancée en toutes choses , mais sans jamais s'en séparer. Cet homme est Alcuin. Il faut, en général, ne se confier qu'avec une extrême réserve à cette tentation de prendre un homme pour image, pour représentant d'une époque. De tels rapprochements sont plus ingénieux que solides. D'une part, une société, quelque déchue et stérile qu'elle soit, est presque toujours, intellectuellement parlant, plus
» Voyez les 3> et i- leroiis, p. 152-156; IG6-I67.
grande et plus riche qu'un individu; elle renferme une foule d'idées, de connaissances, de faits et de besoins moraux qui ne se reproduisent point dans l'étroit espace d'une existence individuelle : d'autre part, un homme distingué, quand même l'originalité n'est pas son caractère cminent , diffère toujours beaucoup de la masse de ses contemporains ; il est lui-même et non un peuple; en sorte que, sous un double rapport, la représentation est inexacte et l'image trompeuse. Gardez-vous donc , je vous prie, dans le cas particulier qui nous occupe, d'y ajouter trop pleine foi : elle est peut-être ici plus fidèle que partout ailleurs ; Alcuin est peut-être un des hommes qui représentent le mieux son époque : cependant il y aurait encore beaucoup de restrictions à apporter; et au moment même où je le veux mettre sous vos yeux comme l'expression de l'état de l'esprit humain à la fin du viii" siècle, j'ai besoin d'être sur que vous réduirez cette comparaison à sa juste valeur.
Alcuin n'était pas Français. 11 vous suffit de jeter un coup d'œil sur le dernier des tableaux que j'ai eu l'honneur de mettre sous vos yeux dans notre avant-dernière réunion, pour voir que Charlemagne avait pris grand soin d'attirer dans ses Etals les hommes distingués étrangers, et que, parmi ceux qui l'aidèrent à seconder, dans la Gaule-Franque, le développement intellectuel, plusieurs étaient venus du dehors. Charleniagne faisait même davantage. On voit, au xvn^ siècle, Louis XÎV, non content de proléger les lettres dans son royaume, leur adresser, dans toute l'Europe, ses encouragements et ses faveurs ; Colbert écrit à des savants allemands, hollandais, italiens, pour leur annoncer , de la part du roi , des gratifications, des pensions qui s'élèvent même jusqu'à 3,000 livres. Des faits analogues se rencontrent sous Charlemagne ; non-seulement il s'efforçait d'attirer dans ses Étals les hommes distingués , mais il les protégeait et les encourageait partout où il les découvrait; plus d'une abbaye anglo-saxonne eut part à ses libéralités ; et les savants qui, après l'avoir suivi en Gaule, voulaient retourner dans leur patrie, ne lui devenaient point étrangers. Ainsi l'éprouvèrent Pierre de Pise et Paul Wa^nefried , qui ne firent en Gaule qu'un assez court séjour,
Alcuin s'y fixa tout à fait. II était né en Angleterre, à York, vers 73o. L'état intellectuel de l'Irlande et de l'Angleterre était alors supérieur à celui du continent ; les lettres et les écoles y prospéraient plus que partout aiUeurs. Il est assez difficile d'assigner à ce fait des causes un peu précises : voici , je crois, la principale. Le christianisme avait été porté en Irlande par des missionnaires grecs, et
en Angleterre, par des missionnaires latins. En Irlande, dans les premiers siècles qui suivirent son introduction, aucune invasion de Barbares ne vint arrêter ses progrès, disperser les monastères, les écoles , étouffer le mouvement intellectuel qu'il avait imprimé. En Angleterre, quand arrivèrent les missionnaires de Grégoire le Grand, l'invasion barbare était consommée; les Saxons étaient établis : là aussi donc le christianisme n'eut à subir, du moins à cette époque et jusqu'aux grandes incursions des Danois, aucun bouleversement social ; ses études, ses travaux de tout genre ne furent pas violemment interrompus. J'ai mis sous vos yeux, en commençant ce cours ' , le tableau de l'état intellectuel de la Gaule dans le iv« et au commencement du v« siècle ; ni les écoles ni les lettrés n'y manquaient ; et si les Visigoths , les Bourguignons, les Francs n'y fussent venus apporter le chaos et la ruine, l'esprit humain, bien qu'afîaibli, n'y sérail pas tombé dans l'état où nous le trouvons au vue siècle. C'est là, messieurs, l'avantage qu'avait à cette époque l'Angleterre ; la société n'y avait pas été ravagée, dissoute par des invasions récentes, conlinuelles;les établissements d'étude et de science qu'y avait fondés le christianisme étaient debout . et poursuivaient assez tranquillement leurs travaux.
Que celle cause soit ou non suffisante pour expliquer le fait , il est incontestable : les écoles d'Angleterre, et particulièrement celle d'York, étaient supérieures à celles du continent ; elle possédait même une riche bibliothèque où se trouvaient plusieurs des grands ouvrages de l'antiquité païenne, entre autres ceux d'Aristote, dont il ne faut point croire , comme on le répèle sans cesse , que l'Europe moderne ait dû la connaissance aux seuls Arabes, car, du v« au x'' siècle, il n'est aucune époque où on ne les trouve mentionnés dans quelque bibliothèque , où ils n'aient été connus et étudiés de quelque lettré. Alcuin nous informe lui-même de l'objet de l'enseignement qu'on donnait dans l'école du monastère d'York : on lit dans son poëme intitulé Des Pontifes et des Saints de l'Église d'York:
Le docte iElbert abreuvait, aux sources d'études et de sciences diverses, les esprits altérés : aux uns, il s'empressait de communiquer l'art et les règles de la grammaire; pour les autres, il faisait couler les flots de la rhétorique ; il savait exercer ceux-ci aux combats de la jurisprudence, et ceux-là aux chants d'Aonie; quelques-uns apprenaient de lui à faire résonner les pipaux de Castalie, et à frapper d'un pied lyrique les sommets du Parnasse ; à d'autres, il faisait connaître l'harmonie du ciel , les travaux du soleil et de la lune, les cinq zones du pôle , les sept étoiles errantes, les
' Leçons 3^' et i'^.
VINGT-DEUXIÈME LEÇON
lois du cours des astres, leur apparition et leur déclin, les mouvements de la mer, les tremblements de la terre, la nature des hommes, du bétail, des oiseaux et des habitants des bois; il dévoilait les diverses qualités et les combinaisons des nombres; il enseignait à calculer avec certitude le retour solennel de la Pàque, et surtout il expliquait les mystères de la sainte Ecriture '.
Ramenez cette pompeuse description à des termes simples : la grammaire, la rhétorique, la jurisprudence, la poésie, l'astronomie, l'histoire naturelle, les mathématiques, la chronologie et l'explication des saintes Ecritures, c'est là, à coup sur. un enseigneiuent assez étendu, plus étendu qu'on ne l'eut rencontré à cette époque dans aucune école de Gaule ou d'Espagne. Celui qui le donnait, cet iElbert que célèbre Alcuin, devint archevêque d'York, et Alcuin lui succéda dans ses fonctions.
Il avait déjà fait vers ce temps, avant 766, un ou même deux voyages sur le continent. L'occasion et la date de ces voyages sont assez difficiles à déterminer; je ne vous occuperai point de ces détails de critique minutieux et compliqués. Quelques savants ont pensé que dès lors, à Pavie peut-être, Alcuin avait vu Charlemagne ; si le fait est vrai , il est stérile , car on ne sait absolument rien sur leurs premières relations. Mais, en 780, à la mort de l'archevêque /Elbert et à l'avènement de son successeur Eanbald , Alcuin reçut de lui la mission d'aller à Rome pour obtenir du pape et lui apporter le PalUutH. En revenant de Rome , il passa à Parme où il trouva Charlemagne ; qu'il le vît ou non pour la première fois , Charles le pressa de s'établir en France. Après quelque hésitation, Alcuin s'y engagea , pourvu qu'il en obtint la permission de son évêque et de son roi. 11 l'obtint en effet, et en 782 on le trouve établi à la cour de Charlemagne, qui lui donne sur-le-champ trois abbayes, celles de Ferrières en Gatinois, de Saint-Loup à Troyes, et de Saint -Josse dans le comté de Ponthieu.
Alcuin fut, dès cette époque, le confident, le conseiller, le docteur et, pour ainsi dire, le premier ministre intellectuel de Charlemagne. Essayons de nous former une idée un peu nette et complète de ses travaux.
Il faut distinguer son activité pratique et son activité scientifique, les résultats immédiats de son influence et de ses écrits.
Sous le point de vue pratique, comme premier ministre intellectuel de Charlemagne , Alcuin a fait surtout trois choses : 1" il a corrigé et restitué les
« Dm Pontifes et des Saints de l'Église d'york; v. 1431-1447 ; ^tcuiniopcra, t. H, p. 256,rilil. de Frolihcn , 1777.
manuscrits de l'ancienne littérature; 2° il a restauré les écoles et ranimé les éludes ; 5" il a lui-même enseigné.
I. Les historiens ne parlent qu'en passant, et sans y attacher aucune importance, d'un fait qui a joué dans la renaissance de l'activité intellectuelle, à celte époque, un rôle considérable ; je veux dire la révision et la correction des manuscrits sacrés ou profanes Du vi^au viii'' siècle, ils étaient tombés aux mains de possesseurs ou de copistes si ignorants . que les textes étaient devenus méconnaissables : une foule de passages avaient été confondus ou mutilés ; les feuillets étaient dans le plus grand désordre ; toute exactitude d'orthographe et de grammaire avait disparu; il fallait déjà, pour lire et comprendre, une véritable science, et elle manquait davantage de jour en jour. La réparation de ce mal , la restitution des manuscrits , surtout de la grammaire et de l'orthographe, fut un des premiers travaux d' Alcuin , travail dont il s'occupa toute sa vie , qu'il recommanda constamment à ses élèves, et dans lequel Charlemagne lui prêta le secours de son autorité. On lit dans les capitulaires, une ordonnance conçue en ces termes :
Charles, avec Taide de Dieu, roi des Francs et des Lombards, et patrice des Romains, aux lecteurs religieux soumis à notre domination:... Ayant à cœur que Tétat de nos Eglises s'améliore de plus en plus, et voulant relever, par un soin assidu, la culture des lettres, qui a presque entièrement péri par l'inertie de nos ancêtres, nous excitons, par notre exemple même, à l'étude des arts libéraux, tous ceux que nous y pouvons attirer. Aussi avons-nous déjà, avec le constant secours de Dieu, exactement corrigé les livres de l'ancienne et de la nouvelle alliance, corrompus par l'ignorance des copistes... iVous ne pouvons souffrir que, dans les lectures divines, au milieu des offices sacrés , il se glisse de discordants solécismes, et nous avons dessein de réformer lesdites lectures. ?sous avons chargé de ce travail le diacre Paul, notre client familier. Kous lui avons enjoint de parcourir avec soin les écrits des Pères catholiques; de choisir, dans ces fertiles prairies, quelques fleurs, et de former, pour ainsi dire, des plus utiles une seule guirlande. Empressé d'obéir à notre Altesse, il a relu les traités et les discours des divers Pères catholiques, et choisissant les meilleurs, il nous a offert, en deux volumes, des lectures pures de faute, convenablement adaptées à chaque fête, et qui suffiront à toute l'année. Nous avons examiné le texte de ces volumes avec notre sagacité; nous les avons décrétés de notre autorité, et nous les transmettons à votre religion pour les faire lire dans les églises du Christ '.
Pendant qu'il faisait ainsi recueillir et corriger les textes destinés aux lectures religieuses . Alcuin travaillait lui-même à une révision complète des livres sacrés. Il la termina vers 801. dans l'abbaye de Saint-Martin de Tours, et l'envoya à Charlemagne.
a Constilulion de Charlemagne adressée aux evèque», en 78S; B»l., I', col. 20'3.
J'ai lon(]ftemps cherché, lui écrivit-il, quel présent je pourrais vous offrir qui ne fût pas indigne tle l'éclat de votre puissance impériale, et qui ajoutât quelque chose à votre trésor si opulent. Je ne voulais pas que, tandis que les autres vous apportaient toutes sortes de riches dons, mon petit génie s'engourdît dans une houleuse oisiveté, ni que le messager de mon humilité parût les mains vides devant la face de votre liéatitude. J'ai enfin trouvé, avec l'inspiration de l'Esprit-Saint , ce qu'il convenait à mon nom de vous offrir, et ce qui pouvait être agréable à votre sagesse... Rien de plus digne de vous que les livres divins que j'envoie à votre très-illustre autorité, réunis en un seul corps et corrigés très-soigneusement... Si le dévouement de mon cœur avait pu trouver quelque chose de mieux, je vous l'offrirais avec le même zèle pour l'accroissement de votre glorieuse fortune '.
Ce présent excita, à ce qu'il paraît, l'émulation de Charleniagnc lui-même, car on lit dans Thégan, chroniqueur contemporain, que : « l'année qui » précéda sa mort, il corrigea soigneusement, avec i> des Grecs et des Syriens, les quatre évangiles de » Jésus-Christ ^. »
De tels exemples, à l'appui de tels ordres, ne pouvaient manquer d'être efficaces ; aussi l'ardeur pour la reproduction des anciens manuscrits devintelle générale : dès qu'une révision exacte de quelque ouvrage avait été faite par Alcuin, ou quelqu'un de ses disciples, on en envoyait des copies dans les principales églises et abbayes ; et là des copies nouvelles en étaient faites, pour être de nouveau revues et propagées. L'art de copier devint une source de fortune , de gloire même : on célébrait les monastères où se faisaient les copies les plus exactes et les plus belles, et, dans chaque monastère, les moines qui excellaient à copier. L'abbaye de Fonlenelle en particulier, et deux de ses moines, Ovon et Hardouin , acquirent en ce genre une véritable renommée. A Rheims , à Corbie , on s'appliqua à les égaler : au lieu du caractère corrompu dont on s'était servi depuis deux siècles, on reprit l'usage du petit caractère romain. Aussi les bibliothèques monastiques devinrent-elles bientôt considérables : un très -grand nombre de manuscrits datent de cette époque ; et quoique le zèle s'appliquât surtout à la littérature sacrée , cependant la littérature profane n'y demeura pas étrangère. Alcuin lui-même, à en croire certarns témoignages, revit et copia les comédies de Térence.
II. En même temps qu'il restituait les manuscrits, et rendait ainsi en quelque sorte à l'étude de bons matériaux, il travaillait avec ardeur au rétablissement des écoles partout déchues : ici encore une ordonnance de Charlemagne nous instruit
> Lettres d' Alcuin, 103^; t. 1er, p. 153.
' De la vie cl cks actes de Louis le Débonnaire, dans ma
des mesures prises à ce sujet, et que sans doute Alcuin lui suggéra :
Charles, avec l'aide de Dieu, etc.. à Baugulf , ahbé, et à toute la congrégation... salut :
Que votre dévotion agréable à Dieu sache que, de concert avec nos fidèles, nous avons jugé utile que, dans les épiscopats et dans les monastèi^s confiés, par la faveur du Christ, à notre gouvernement, on prît soin non-seulement de vivre régulièrement et selon notre sainte religion, mais encore d'instruire dans la science des lettres, et selon la capacité de chacun, ceux qui peuvent apprendre avec l'aide de Dieu... Car, quoiqu'il soit mieux de bien faire que de savoir, il faut savoir avant de faire... Or, plusieurs monastères nous ayant, dans ces dernières années, adressé des écrits dans lesquels on nous annonçait que les frères priaient pour nous dans les saintes cérémonies et leurs pieuses oraisons, nous avons remarqué que, dans la plupart de ces écrits, les sentiments étaient bons et les paroles grossièrement incultes ; car, ce qu'une pieuse dévotion inspirait bien au dedans, une langue malhabile, et qu'on avait négligé d'instruire, ne pouvait l'exprimer sans faute. ISous avons dès lors commencé à craindre que, de même qu'il y avait peu d'habileté à écrire, de même l'intelligence des saintes Ecritures ne fût beaucoup moindre qu'elle ne devrait être... Nous vous exhortons donc non-seulement à ne pas négliger l'étude des lettres, mais à travailler, d'un cœur humble et agréable à Dieu , pour être en état de pénétrer facilement et sûrement les mystères des saintes Ecritures. Or, il est certain que, comme il y a, dans les saintes Ecritures, des allégories, des figures et autres choses semblables, celui-là les comprendra plus facilement, et dans leur vrai sens spirituel, qui sera bien instruit dans la science des lettres. Qu'on choisisse donc pour cette œuvre des hommes qui aient la volonté et la possibilité d'apprendre et l'art d'instruire les autres... Ne manque pas, si tu veux obtenir notre faveur, d'envoyer un exemplaire de cette lettre à tous les évêques suffragants et à tous les monastères ^.
Reaucoup d'autres monuments attestent que cette circulaire impériale, pour parler le langage de noire temps, ne demeura pas une vaine recommandation : elle eut pour résultat le rétablissement des études dans les cités épiscopales et dans les grands monastères. De cette époque datent la plupart des écoles qui acquirent bientôt une grande célébrité, et d'où sortirent les hommes les plus distingués du siècle suivant ; par exemple : celles de Ferrières en Gatinois; de Fulde dans le diocèse de Blayence ; de Reichenau dans celui de Constance; d'Anianc en Languedoc; de Fontenelle ou Saint-Vandrille en Normandie; et les hommes qui les honorèrent avaient été presque tous au nombre des disciples d'Alcuin, car indépendamment de ses soins pour rétablir les écoles , il enseigna lui-même , et avec un grand éclat.
III. Ce ne fut point dans un monastère ni dans aucun établissement public qu'eut lieu d'abord son enseignement : de 782 à 796, durée de son séjour à la cour de Charlemagne, Alcuin fut à la tète d'une
Collection des Mémoires relatifs à l'hisl. de France, t. III, p. 281. 3 Bal., t. 1lt,co1.201.
VINGT-DEUXIE3IE LEÇON
école intérieure, dite l'École du Palais, qui suivait Charles partout où il se transportait , et à laquelle assistaient ceux qui se transportaient partout avec lui. Là, outre beaucoup d'autres, Alcuin eut pour auditeurs :
1° Charles, fils de Charlemagne.
2° Pépin, id.
3° Louis, id.
4° Adalhard, \
5° Angilbert, r conseillers habituels de
6° Flavius Daniœtas, i Charlemagne.
7" Eginhard, /
8"Riculf, archevêque de Mayence.
9" Rigbod, archevêque de Trêves.
10" Gisla , sœur de Charlemagne.
11° Gisla , fille de Charlemagne.
12" Richtrude , religieuse à Chelles.
13" Gundrade, sœur d'Adalhard.
Et avant tous, Charlemagne lui-même qui prenait à ces leçons le plus vif intérêt.
Il est difficile de dire quel en était l'objet; je suis tenté de croire qu'à de tels auditeurs , Alcuin parlait un peu au hasard et de toutes choses , qu'il y avait dans l'école du Palais plus de conversations que d'enseignement proprement dit, et que le mouvement d'esprit, la curiosité sans cesse excitée et satisfaite en était le principal mérite. A de telles époques, messieurs, aux jours de sa renaissance, dans la joie de ses premières conquêtes, l'esprit n'est ni régulier, ni difficile; il s'inquiète peu de la beauté et de l'utilité réelle de son travail ; ce qui lui en plaît surtout, c'est le jeu de la pensée; il jouit de lui-même plutôt qu'il n'étudie, sa propre activité lui importe plus que les résultats; qu'on l'occupe, qu'on l'intéresse, c'est tout ce qu'il demande ; il est charmé pourvu qu'il découvre ou produise quelque chose de nouveau , d'inattendu. Il nous reste de cet enseignement de l'école du Palais un singulier échantillon : c'est une conversation , intitulée Disputatio , entre Alcuin et Pépin, second fils de Charlemagne, qui avait probablement alors quinze ou seize ans : j'en vais mettre textuellement sous' vos yeux la plus grande partie : vous jugerez si c'est là de la science , et ce que nous appelons aujourd'hui des leçons :
Interlocuteurs .- PEPIN, ALCUIN.
PEPIN. Qu'est-ce que récriture?
ALCUIN. La gardienne de fhistoire.
P. Qu'est-ce que la parole?
A. L'interprète de rànic.
P. Qu'est-ce qui donne naissance à la parole?
,\. La laiirrue.
P. Qu'est-ce que la langue?
A. Le fouet de l'air.
P. Qu'est-ce que l'air?
A. Le conservateur de la vie.
P. Qu'est-ce que la vie?
A. Une jouissance pour les heureux, une douleur pour les misérables, l'attente de la mort.
P. Qu'est-ce que la mort?
A. Un événement inévitable, un voyage incertain, un sujet de pleurs pour les vivants, la confirmation des testaments, le larron des nommes.
P. Qu'est-ce que l'homme?
A. L'esclave de la mort, un voyageur passager, hôte dans sa demeure...
P. Comment l'homme est-il placé?
A. Comme une lanterne exposée au vent.
P. Où est-il placé ?
A. Entre six parois.
P. Lesquelles?
A. Le dessus, le dessous, le devant, le derrière, la droite, la gauche...
P. Qu'est-ce que le sommeil ?
A. L'image de la mort.
P. Qu'est-ce que la liberté de l'homme?
A. L'innocence.
P. Qu'est-ce que la tête?
A. Le faite du corps.
P. Qu'est-ce que le corps?
A. La demeure de l'àme.
Ici suivent vingt -six questions relatives aux diverses parties du corps humain, etque je supprime, parce qu'elles sont dépourvues de tout intérêt. Pépin reprend :
P. Qu'est-ce que le ciel?
A. l"ne sphère mobile, une voûte immense.
P. Qu'est-ce que la lumière?
A. Le flambeau de toutes choses.
P. Qu'est-ce que le jour?
A. Une provocation au travail.
P. Qu'est-ce que le soleil?
A. La splendeur de l'univers, la beauté du firmament, la grâce de la nature, la gloire du jour, le distributeur des heures.
Je supprime également ici cinq questions sur les astres et les éléments.
P. Qu'est-ce que la terre?
A. La mère de tout ce qui croît, la nourrice de tout ce qui existe, le grenier de la vie , le gouffre qui dévore tout.
P. Qu'est-ce que la mer?
A. Le chemin des audacieux, la frontière de la terre..., l'hôtellerie des fleuves, la source des pluies...
Suivent six questions insignifiantes sur des objets matériels pris dans la nature.
Après :
P. Qu'est-ce qtie l'hiver?
A. L'exil de l'été. P. Qu'est-ce que le printemps?
A. Le peintre de la terre.
P. Qu'est-ce que l'été?
A. La puissance qui vêtit !a terre et niùi-it les fruits.
P. Qu'est-ce que l'automne?
A. Le grenier <le l'année.
P. Qu'est-ce que l'année?
A. Le quadrige du monde.
J'omets cinq questions astronomiques.
P. Maître, je crains d'aller sur mer.
A. Qu'est-ce qui te conduit sur mer?
P. La curiosité.
A. Si tu as peur, je te suivrai partout où tu iras.
P. Si je savais ce que c'est qu'un vaisseau, je t'en préparerais un, afin que tu vinsses avec moi.
A. Un vaisseau est une maison errante, une auberge partout, un voyageur qui ne laisse pas de traces....
P. Qu'est-ce que l'herbe?
A. Le vêtement de la terre.
P. Qu'est-ce que les légumes?
A. Les amis des médecins, la gloire des cuisiniers.
P. (Ju'est-ce qui rend douces les choses amères?
A. La faim.
P. De quoi les hommes ne se lassent-ils point?
A. Du gain.
P. Quel est le sommeil de ceux qui sont éveillés?
A. L'espérance.
P. Qu'est-ce que l'espérance?
A. Le rafraîchissement du travail , un événement douteux.
P. Qu'est-ce que l'amitié?
A. La similitude des âmes.
P. Qu'est-ce que la foi?
A. La certitude des choses ignorées et merveilleuses.
P. Qu'est-ce qui est merveilleux?
A. J'ai vu dernièrement un homme debout, un mort marchant, et qui n'a jamais été.
P. Comment cela a-t-il pu être? explique-le-moi?
A. C'était une image dans l'eati.
P. Pourquoi n'ai-je pas compris cela moi-même, ayant vu tant de fois une chose semblable?
A. Comme tu es jeune homme de bon caractère et doué d'esprit naturel, je te proposerai plusieurs autres choses extraordinaires ; essaye, si tu peux, de les découvrir toi-même.
P. Je le ferai; mais si je me trompe, redresse -moi.
A. Je le ferai comme tu le désires. Quelqu'un qui m'est inconnu a conversé avec moi sans langue et sans voix ; il n'était pas auparavant, et ne sera point après, et je ne l'ai ni entendu, ni connu.
P. Un rêve peut-être t'agitait, maître?
A. Précisément, mon fils; écoute encore ceci : j'ai vu les morts engendrer le vivant, elles morts ont été consumés par le souffle du vivant.
P. Le feu est né du frottement des branches , et il a consumé les branches.
A. Il est vrai.
Suivent quatorze énigmes du même genre , et la conversation se termine en ces termes :
A. Qu'est-ce qui est et n'est pas en même temps?
P. Le néant.
A. Comment peut-il être et ne pas être?
P. 11 est de nom, et n'est pas de fait.
A. Qu'est-ce qu'un messager muet?
P. Celui que je tiens à la main.
A. Que tiens-tu à la main?
P. Ma lettre.
A. Lis donc heureusement, mon fils '.
A coup sur, messieurs, comme enseignement, de telles conversations sont étrangement puériles : comme symptôme et principe de mouvement intellectuel , elles méritent toute notre attention ; elles attestent cette curiosité avide avec laquelle l'esprit, jeune et ignorant, se porte sur touteschoses, et ce plaisir si vif qu'il prend à toute combinaison inattendue, à toute idée un peu ingénieuse ; disposition qui se manifeste dans la vie des individus comme dans celle des peuples, et qui enfante tantôt les rêves les plus bizarres , tantôt les plus vaines subtilités. Elle dominait sans nul doute dans le palais de Charlemagne : elle amena la formation de cette espèce d'académie dans laquelle tous les hommes d'esprit du temps portaient des surnoms puisés dans la littérature sacrée ou profane. Charlemagne-David, Alcuin-Flaccus, Angilbcrt- Homère, Friedgies-Nathanël, Amalaire-Symphosius, Gisla-Lucie, Gundrade-Eulalie, etc., et la singulière conversation que je viens de vous lire n'est probablement qu'un échantillon de ce qui se passait fort souvent, à leur grande joie, entre ces beaux esprits semi-barbares , semi-lettrés.
Si l'intluence d'Alcuin s'était bornée à leur procurer ce genre de plaisirs , elle aurait été de peu de valeur : mais il avait surtout affaire à Charlemagne, et l'activité intellecluelle de celui-ci était plus sérieuse et plus féconde.
Pour vous donner une idée des relations de ces deux hommes , et du prodigieux mouvement d'esprit auquel Alcuin était chargé de suffire, je ne sais rien de mieux que de mettre sous vos yeux le monument le plus authentique qui en reste, c'est-à-dire leur correspondance. Nous avons en tout deux cent trente-deux lettres d'Alcuin : de ce nombre , trente sont adressées à Charlemagne : je vais les passer en revue, tantôt en en traduisant quelques phrases, tantôt en en indiquant seulement l'objet.
> OEuvrcs d'Alcuin, t. II, p. 352-354.
VINGT-DEUXIEME LEÇON
TAELE.Vr DES LETTRES U ALCII^ A CHARLEMAGNE.
Sur la transfiguration de J.-C.
Il le félicite de ses victoires sur les Huns ( Avares j et lui donne des conseils sur la manière dont il faut procéder à leur conversion : 1 " Envoyer des missionnaires doux; 2" ne pas exiger la dîme :
« H vaut mieux perdre la dîme que la foi : nous autres, nés, nourris, instruits dans la foi catholique, nous consentons à peine à donner la dîme de notre bien : combien la foi naissante, le cœur faible et Tespril avare de ces peuples y consentiront encore moins '. »
3" Observer un certain ordre dans l'enseignement religieux:
« Cet ordre doit être, je crois, celui que le bienheureux Augustin a établi dans le livre auquel il a donné pour titre : De l'inslru.clion des simples. Il faut d'abord instruire Thomnie de l'immortalité de l'àme, de la vie future, de la rétribution des bons et des méchants, et de l'éternité de leur destinée. Il faut lui enseigner ensuite pour quels crimes et quels péchés il aura à soufiFrir, auprès du diable, des peines éternelles, et pour quelles bonnes actions il jouira , avec le Christ, d'une gloire éternelle. Enfin il faut lui inculquer
?c soin la foi dans la Sainte-Trinité et lui expliquer la venue en ce monde du fils de Dieu, N. S. J.-C, pour le salut du genre humain. »
Il lui recommande rindulgence envers es prisonniers huns et la clémence envers ses ennemis.
Il lui rend compte de ce qu'il fait pour la prospérité de l'école de Tabbaje de Tours :
«Moi, votreFlaccus, selon votre exhortation et votre sage volonté, je m'applique à servir aux uns, sous le toit de Saint- Martin, le miel des saintes Ecritures; j'essaye d'enivrer les autres du vieux vin des anciennes études; je nourris ceux-ci des fruits de la science grammaticale ; je tente de faire briller aux yeux de ceux-là l'ordre des astres... Mais il me manque en partie les plus excellents livres de l'érudition scolastique, que je m'étais procurés dans ma patrie, soit par les soins dévoués de mon maître, soit par mes propres sueurs. Je demande donc à V. E. qu'il plaise à votre sagesse de permettre que j'envoie quelques-uns de nos serviteurs, afin qu'ils rapportent en France les fleurs de la Hretagne... Au matin de ma vie , j'ai semé, dans la Bretagne, les germes de la science; maintenant, sur le soir, et bien que mon sang soit refroidi , je ne cesse pas de les semer en France; et j'espère qu'avec la grâce de Dieu , ils prospéreront dans l'un et l'autre pays. »
Il lui donne une explication détaillée du cycle lunaire.
Il lui recommande plusieurs personnes.
Il lui explique l'origine des noms de la scptuagésimeetde la sexagésime. { La 66 est une réponse de Charlcmague qui lui fait des objections. )
Il révient sur le même sujet et se défend du reproche d'opiniâtreté :
» Quant à ce que vous m'avertissez à la fin de votre lettre , amicalement et pour mon bien, que, s'il y a quelque chose à réformer dans mou opinion, je dois le