C. SXIX
Près des Tenctères se trouvaient autrefois les Bruclères; on dit maintenant que les Chamaves et les Angrivariens ont passe dans ce pays, après avoir, de concert avec les nations voisines , chassé ou détruit entièrement les Bructères. (Ibid.. c. XXXIII. )
Les Marconians sont les premiers en gloire et en puissance; leur pays même est le prix de leur bravoure ; ils en ont chassé autrefois les Boiens. (Ibid., c. xlii.)
F.n temps de paix même, les guerriers Cattes ne prennent point un visage plus doux ; aucun n'a de maison, ni de champ.';, tu de soins d'aucune espèce; ils vivent où ils se trouvent,
' Beichigeschirhtc , t. I, p. 69.
' Geschickle des iceiblichcH geschlechls , t. I, p. 198 «t suiv.
prodigues du bien d'autrui jusqu'à ce que la faiblesse de
làge les mette hors d'état de soutenir uue vertu si rude. {Ibid., c. ixxi. )
C'est l'honneur des cités (des tribus) d'avoir des frontières dévastées et d'être entourées d'immenses déserts. Ils regardent comme la meilleure preuve de leur valeur, que leurs voisins abandonnent leurs terres, et que nul n'ose s'arrêter près d'eux; d'ailleurs ils se croient ainsi plus en sûreté, car ils n'ont à redouter aucune incursion soudaine. ( César, de bell. galL, L. vi, c. xxm.)
Sans doute , depuis Tacite, les tribus germaines, plusieurs du moins, avaient fait quelques progrès : cependant, à coup sur, la fluctuation, le déplacement continuel n'avaient pas cessé, puisque l'invasion devenait de jour en jour plus générale et plus pressante.
Voici, si je ne m'abuse, d'où provient en partie la différence qui existe entre le point de vue des Allemands et le nôtre. Il y avait, en effet, au iv° siècle, chez plusieurs tribus ou confédérations germaines, entre autres chez les Francs et les Saxons, un commencement dévie, sédentaire, agricole, et toute la nation n'était pas adonnée à la vie errante. Sa composition n'était pas simple ; ce n'était pas une race unique, une seule condition sociale. On y reconnaît trois classes d'hommes: 1" les hommes hbres, hommes d'honneur ou nobles, propriétaires; 2" les lidi, liti , lasi, etc., ou colons, hommes attachés au sol, et qui le cultivent pour des maîtres; 3° les esclaves proprement dils. L'existence des deux premières classes indique évidemment une conquête; la classe des hommes libres était la nation des conquérants , qui avaient forcé l'ancienne population à cultiver le sol pour leur compte. C'est un fait analogue à celui qui , plus tard et sur le territoire de l'empire Romain , enfanta le régime féodal. Ce fait s'était accompli à diverses époques . et sur divers points, dans l'intérieur de la Germanie : tantôt, les propriétaires et les colons, les vainqueurs elles vaincus étaient de races diverses; tantôt, c'était dans le sein de la même race , entre des tribus différentes, que l'assujellissement territorial avait eu lieu ; on voit des peuplades galliques ou belges soumises à des peuplades germaines . des Germains à des Slaves, des Slaves à des Germains, des Germains à des Germains. La conquête s'était passée en général sur une petite échelle . et demeurait exposée à beaucoup de vicissitudes ; mais le fait en lui-même ne saurait être contesté; plusieurs passages de Tacite l'expriment positivement :
B Ils ont, dit-il, une certaine espèce d'esclaves, dont ils » ne se servent pas comme nous, en leur assignant certains » emplois dans l'intérieur de la maison : chacun a sa maison,
» ses pénates Le maître exige de l'esclave, comme d'un
» colon , une certaine quantité de blé, de bétail ou de vêtc- » mcnts Frapper un esclave , le charger de fers, est chez
» eux une chose rare; ils les tuent quelquefois, non par une » suite de leur sévérité ou de la discipline, mais par violence » et de premier mouvement, comme ils tueraient un en- » nemi. » ( C. xxv. )
Qui ne reconnaît, à celte description, d'anciens habitants du territoire, tombés sous le joug de conquérants • ?
Les conquérants, dans les premiers temps du moins , ne cultivaient pas : ils jouissaient de la conquête , tantôt livrés à une paresse profonde, tantôt tourmentés de la passion de la guerre, des courses, des aventures. Quelque expédition lointaine venait-elle à les tenter? Tous n'en avaient pas la même envie; ils ne partaient pas tous; une bande s'éloignait sous la conduite de quelque chef fameux; d'autres restaient, préférant garder leurs premières conquêtes et continuer à vivre du travail des anciens habitants. La bande aventurière revenait quelquefois chargée de butin, quelquefois poursuivait sa course et allait au loin conquérir quelque province de l'empire, fonder peut-être quelque royaume. Ainsi se dispersèrent les Vandales, les Suèves , les Francs , les Saxons : ainsi on voit ces peuples parcourir la Gaule, l'Espagne, l'Afrique, la Grande-Bretagne, s'y établir, commencer des Etats, tandis que les mêmes noms se rencontrent toujours en Germanie où vivent et s'agitent encore en effet les mêmes peuples. Ils se sont morcelés : une partie s'est jetée dans la vie errante ; une autre s'est attachée à la vie sédentaire, n'attendant peutêtre que l'occasion ou la tentation de partir à son tour.
De là, messieurs, la différence du point de vue des écrivains allemands et du nôtre ; ils connaissent surtout cette portion des peuplades germaniques qui est restée sur le sol , et s'y est de plus en plus adonnée à la vie agricole et sédentaire; nous, au contraire, nous avons été naturellement conduits à considérer principalement la portion qui a mené la vie errante , et s'est emparée de l'Europe occidentale. Connue les savants allemands , nous parlons des Francs, des Saxons, des Suèves, mais non pas des mêmes Suèves, des mêmes Saxons, des mêmes Francs ; nos recherches , nos paroles portent presque toujours sur ceux qui ont passé le Rhin , et c'est à l'état de bandes errantes que nous les voyons apparaître en Gaule, en Espagne, dans la Grande-Bretagne , etc. ; les assertions des Allemands ont pour principal objet les Saxons, les Suèves, les Francs restés en Germanie; et c'est à l'état de peuples conquérants, il est vrai, mais fixés, ou à peu près , dans certaines parties du territoire, et commençant à mener la vie do propriétaires, que
' Voyez aussi cliap. xxxvi et xliii.
les montrent presque tous les anciens monuments de l'histoire locale. L'erreur de ces savants est, si je ne m'abuse , de reporter trop loin l'autorité de ces moimments , tous fort postérieurs au iv"^ siècle, et d'attribuer à la vie sédentaire et à la fixité de l'état social en Germanie une date trop reculée : mais l'erreur est beaucoup plus naturelle et moins grande qu'elle ne le serait de notre part.
Quant aux anciennes institutions germaines, j'en parlerai avec détail quand nous traiterons spécialement des lois barbares et surtout de la loi salique : je me bornerai aujourd'hui à caractériser en quelques mots leur état à l'époque qui nous occupe. On aperçoit dès lors , parmi les Germains , le germe des trois grands systèmes d'institutions qui , depuis la chute du monde romain, se sont disputé l'Europe ; on y trouve : 1° des assemblées d'hommes libres où sont débattus les intérêts communs , les entreprises publiques, toutes les affaires importantes de la nation; 2" des rois , les uns à titre héréditaire, et quelquefois investis d'un caractère religieux ; les autres à titre électif, et portant surtout un caractère guerrier ; 3" enfin le patronage aristocratique , soit du chef de guerre sur ses compagnons, soit du propriétaire sur sa famille et ses colons. Ces trois systèmes, ces trois modes d'organisation sociale et de gouvernement se laissent entrevoir chez presque toutes les tribus germaines avant l'invasion ; mais aucun n'est réel , efficace ; il n'y a, à proprement parler, point d'institutions libres , ni monarchiques , ni aristocratiques , mais seulement le principe auquel elles se rapportent, le germe d'où elles peuvent sortir. Toutes choses sont livrées au caprice des volontés individuelles. Toutes les fois que l'assemblée de la nation , ou le roi , ou le patron veut se faire obéir, il faut que l'individu y consente , ou que la force désordonnée , brutale , l'y contraigne ; c'est le libre développement et la lutte des existences et des libertés individuelles ; il n'y a point de puissance publique , point de gouvernement, point d'État.
Quant à la condition morale des Germains, à cette époque , il est extrêmement difficile de l'apprécier : c'est un texte de déclamations à l'honneur ou à la charge de la civilisation ou de la vie sauvage, de l'indépendance primitive ou de la société développée, de la simplicité naturelle ou des lumières; mais nous manquons de documents pour apprécier ces généralités à leur juste valeur. Il existe cependant un grand recueil de faits, postérieur, il est vrai, à l'époque dont nous parlons, mais qui en est encore l'image assez fidèle ; c'est ï Histoire des Francs de Grégoire de Tours, à coup sur l'ouvrage qui fournit le plus de renseignements et jette le plus de lumières sur l'état moral des Barbares;
SEI'TIÈME LEÇON.
non que le chroniqueur se soit proposé de nous en instruire, mais il raconte une foule d'anecdotes particulières, d'incidents de la vie privée, où les mœurs , les relations domestiques , les dispositions individuelles , l'état moral , en un mot , des hommes , se révèlent mieux que partout ailleurs. C'est là qu'on peut contempler et comprendre ce singulier mélange de violence et de ruse, d'imprévoyance et de calcul, de patience et d'emportement; cet égoïsme de l'intérêt et de la passion mêlé à l'empire indestructible de certaines idées de devoir, de certains sentiments désintéressés ; enfin ce chaos de notre nature morale, qui constitue la barbarie , était très-difficile à décrire avec précision , car aucun trait général et fixe ne s'y laisse saisir ; aucun principe n'y règne ; on n'en peut rien affirmer qu'on ne soit à l'instant obligé d'affirmer le contraire ; c'est l'humanité forte et active, mais abandonnée à l'impulsion de ses penchants , à la mobilité de ses fantaisies, à la grossière imperfection de ses connaissances , à l'incohérence de ses idées, à l'infinie variété des situations et des accidents de la vie. Comment pénétrer dans un tel état et en reproduire l'image, à l'aide de quelques chroniques sèches ou mutilées, de quelques fragments de vieux poëmcs, de quelques paragraphes de lois?
Je ne connais qu'un moyen, messieurs, de parvenir à se représenter, avec quelque vérité , l'état social et moral des peuplades germaniques ; c'est de les comparer aux peuplades qui, dans les temps modernes, sur différents points du globe, dans l'Amérique septentrionale , dans l'intérieur de l'Afrique , dans l'Asie du nord , en Arabie , sont encore à un degré de civilisation à peu près pareil , et mènent à peu près la même vie. Celles-ci ont été observées de plus près et décrites avec plus de détail ; elles le sont encore tous les jours ; nous avons mille moyens de contrôler, de compléter nos idées sur leur compte; notre imagination est continuellement émue et redressée par les récils des voyageurs. En appliquant à ces récits une critique attentive, en tenant compte d'un assez grand nombre de circonstances différentes , ils deviennent pour nous comme un miroir devant lequel se relève et où se reproduit l'image des anciens Germains. J'ai entrepris un travail de ce genre; j'ai suivi pas à pas l'ouvrage de Tacite, en recherchant dans les voyages , les histoires, les poésies nationales, dans tous les documents que nous possédons sur les peuplades barbares des diverses parties du monde, les faits analogues à ceux qu'il décrit. Je vais mettre sous vos yeux les principaux traits de ce rapprochement, et vous serez étonnés de la ressemblance des mœurs des Germains et de celles des Barbares plus modernes ; ressemblance qui s'étend
quelquefois jusqu'à des détails où l'on ne s'attendrait nullement à la rencontrer :
Se retirer pour revenir à la charge, paraît aux Germains prudence plutôt que lâcheté.
{De mor. Germ., c. vi.)
Leurs mères, leurs femmes, les accompagnent au combat ; elles ne craignent pas de compter, de sucer leurs blessures; elles portent des vivres aux combattants et animent leur courage.
On dit que des armées déjà ébranlées eten déroute, ontété ramenées à la charge par les femmes qui les suppliaient, se jetaientdevant les fuyards, etc.
{Ibicl., c. VII, VIII ).
Ils pensent qu'il y a dans les femmes quelque chose de saint et dinspiré; ils ne méprisent point leurs conseils et font cas de leurs réponses. (/6., c. viii.)
Ils croient, autant que nation au monde, aux auspices et à la divination... Ils coupent en morceaux une baguette d'arbre fruitier, et après avoir distingué ces morceaux par certaines marques , ils les sèment au hasard et pêle-mêle sur un vêtement blanc. Après
« Nos guerriers ne se piquent point d'attaquer l'ennemi de front et quand il est sur ses gardes ; il faut pour cela qu'ils soient dix contre un. »
{Choix de lelt. édif. Missions d'Ami^rique, t. VII, p. 49.)
« Les sauvages ne mettent point leur gloire à attaquer l'ennemi de front et à force ouverte... Si, malgré toutes leurs précautions et leur adresse , leurs mouvements sont découverts, ils pensent que le parti le plus sage est de se retirer.»
fRobertson, Hisl. d'Amérique, t. Il, p. 571, trad. franc, édit.
in-12, de 1778) '.
Les héros d'Homère fuient toutes les fois qu'ils ne sont pas les plus forts et peuvent se sauver.
Les femmes Tungnses, en Sibérie, vont aussi à la guerre avec leurs maris; elles n'en sont pas moins maltraitées.
(Me'mc.rs, Hisl. du sexe féminin, en allemand, t. I, p. 18-19.)
A la bataille d'Yermuk , livrée en Syrie en 636, on voyait sur la dernière ligne la sœur de Derar et les femmes arabes..., qui savaient manier l'arc et la lance... Les Arabes se retirèrent trois fois en ilésordre , et trois fois les reproches et les coups des femmes les ramenèrent à la charge.
(Gibbon, Hisl. de la décad. de l'empire romain, t. X, p. 240; traduct. franc., édit. de 1812. )
«Lorsqu'il s'élève une guerre nationale, les prêtres et les devins sont consultés; quelquefois même on prend l'avis des femmes. » (Roberts., //w/.
d'Amérique, t. II, p. 569. )
Les Hurons, en particulier, consultent soigneusement les femmes. (Cliarlevois, Hisl. du Canada, p. 267, 269-287.)
Les Gaulois consultaient les femmes dans les affaires importantes : ils convinrent avec Annibal que, si les Carthaginois avaient à se plaindre des Gaulois, ils porteraient leurs plaintes devant les femmes gauloises, qui en seraient juges. ( Mém. de t'académ. des inscript., t. XXIV, p. 374; Mém. de l'abbé Féiiel.)
Ce mode de divination , par des baguettes, a quelque raj-
> Je cilp Roberison pour iii'epargncr la ppinr de' lilcr lous lo» récits originaux qu'il a conipulsr», rt auxquels i\ renvoie. Je me suis presque toujours «ssurë de son exactitude.
cela, le jjranJ prêtre, s'il s'agit d'intérêts publics, le père de famille lui-même, si c'est une affaire particulière, invo que les dieux , les yeux levés au ciel, prend trois fois chaque morceau, et donne Tinterprétation selon les marques qui se présentent.
On connaît aussi chez eux l'usage d'interroger le chant et le vol des oiseaux. {Ibid..
Ils choisissent leurs rois à la noblesse, leurs chefs à la valeur. Les rois n'ont pas un pouvoir illimité ni arbitraire; les chefs commandent par leur exemple plutôt que par leurs ordres : s'ils sont hardis, s'ils se distinguent, s'ils paraissent aux premiers rangs, ils se font obéir par l'admiration qu'ils inspirent... La nation connaît des affaires importantes... Les princes ou les chefs se font écouter plutôt par la force de leurs raisons que par celle de leur autorité. Si leur avis dé plaît, les guerriers le rejettent par un frémissement; s'il est approuvé , ils secouent leurs {camées. {Ibid., c. vu, i.)
C'est la gloire, c'est la puis sance d'être toujours environné d'une nombreuse troupe de jeunes guerriersd'élite, qui font la dignité du chef pendant la paix et sa sûreté à la guerre.
Et ce n'est pas seulement dans sa tribu, mais chez les tribus voisines, qu'un clief s'acquiert un nom glorieux, s'il brille par le nombre et la bravoure
de sa suite Si une tribu
languit dans l'oisiveté d'une longue paix , la plupart des jeunes nommes vont d'euxmêmes chercher les nations
•oui font la guerre C'est
de la libéralité de leur chef qu'ils attendent ce cheval belliqueux , cette framée ensanglantée et victorieuse. Des repas, lies banquets , grossièrement apprêtés , mais abondants, leur tiennent lieu de solde. {Jb., c. XIII, xjv.)
Quand ils ne font pas la guerre, ils passent leur temps à la chasse, et surtout dans l'oisiveté, livrés à l'intempé rance et au sommeil; les plus braves demeurent complètement inactifs; les soins de la maison , des pénates et des champs, sont remis aux fem mes, aux vieillards, à tous les faibles de la famille. (7ft.,c.xv.)
port avec la divination par les flèches, qui était en usage dans tout l'Orient. Lorsque les Turcomans s'établirent en Perse, après la défaite des Gaznévides (A. C. 1038), ils choisirent un roi , en écrivant sur des flèches les noms des différentes tribus, des différentes familles de la tribu indiquée par le sort, et des différents membres de cette famille. (Gibbon, Hixl.de la décad. de l'emp.rom., t. XI, p. 224.)
Les présages tirés du chant et du vol des oiseaux , ont été connus chez les Romains, chez les Grecs, chez la plupart des sauvages de l'Amérique, Matchcz, Moxes,Chiqnites,etc.
(Ip«.«/(/..t.Vll,p.255;t.VllI, 1). 141, 264.)
Les sauvages ne connaissent entre eux ni princes ni rois.
On dit en Europe qu'ils ont des républiijues ; mais ces républiques n'ont point de lois
stables Chaque famille se
croit absolument libre, chaque Indien se croit indépendant.
Cependant ils ont appris de la nécessité à former entre eux une sorte de société et à se choisir un chef qu'ils appellent Cacique, c'est-à-dire commandant Pour être élevé
à cette dignité, il faut avoir lionne des preuves éclatantes de valeur. {Lell. édif., t. VIII , p. 133.)
L'ordreleplus puissantchez es Iroquois, est celui des chefs
de guerre Il faut d'abord
ju'ils soient heureux et qu'ils ne perdent point de vue ceux qui les suivent; qu'ils soient généreux et qu'ils se dépouillent en toute occasion de ce (|u'ils ont de plus cher pour leurs soldats. (Mi'ninire .lurlcs Jroquuis, dans les / arieU's til- Iciraires. t. I, p. 443.)
Le crédit des chefs de guerre sur les jeunes gens est plus ou moins grand suivant qu'ils donnent plus ou moins, et qu'ils ont plus ou moins d'attention à tenir chaudière ouverte.
( Journal des campagnes de M. de Bougainrilleen Canada , dans les ï'ariéiés littéraires, t. I, p. 488.)
A la réserve de t|uclques petites chasses, les Illinois mènent une vie parfaitement oisive ; ils causent en fumant la pipe, et c'est tout Ils demeurent tranquilles sur leurs nattes, et passent leur temps à dormir ou à faire des arcs...
Pour ce qui est des femmes, elles travaillent depuis le malin jusqu'au soir, comme des
Les Germains n'habitent point dans des villes ; ils ne peuvent même souffrir que leurs habitations se touchent; ils demeurent séparés et à distance, selon qu'une source, une plaine, un bois les a attirés dans un certain lieu. Ils forment des villages, non pas, comme nous , par des édihces liés ensemble et contigus ; chacun entoure sa maison d'un espace vide. {Ibid., c. xvi.)
Ils sont presque les seuls d'entreles Barbares qui se contentent d'une femme, à l'exception d'un petit nombre de chefs qui s'entourent de plusieurs épouses , non par libertinage, mais à cause de leur noblesse. {Ibid., c. xviii.)
Ce n'est point la femme qui apporte une dot au mari, mai le mari qui en donne une à la femme... Ce ne sont pas des présents destinés à des plaisirs efféminés ou à parer la nouvelle mariée; ce sont des ba-ufs, un cheval, avec son mors, un écu , une framée, un glaive.
{Ibid.) '.
I On ne saniait douter que les Germains achetaient leurs femmes :
la loi des Bourguignons porte : « Si » quelqu'un renvoie sa femme sans » raison , qu^il lui donne une som- )) me égale à ec qu'il avait payé pour )) l'avoir. » (Til. ixxiv).Théodoric, roi des Ostrogotlïs , en donnant sa nièce en mariage à Hermanfried , roi des Thuringicns, lui fait écrire par Cassiodore : « Nous vous an » nonçons qu'à Tarrivéo do vos » envoyés , nous avons reçu , pou » cette chose sans prix , et selon » l'usage des Gentils, le prix qui » nous était adressé, des chevau )> harnachés d'argent , comme il i> convient à des chevaux de noce ( Cassiodore, Variar., 1. iv, ép. l.)
Jusqu'à ces derniers temps, dan; la Basse-Saxe, les fiançailles s'appelaient Brudliop , c'est-à-dire !irautkaiif[ achatde fiancée). | Ade lung , Hist. anc, des Allemands p. 301, note 2.)
esclaves. ( Lell. édif., t. VII, p. 82-86.)
Voyez aussi Robertson, Hist.
r Amérique, t. II, p. 561-570 ; lote L.
Ainsi sont bâtis les villages les sauvages d'Amérique et des montagnards de Corse ; ils sont formés de maisons éparses et distantes , en sorte qu'un village de cinquante maisons occupe quelquefois un quart de lieue carrée. (Volney, Tableau des Etals -Unis d'Amérique, p. 484-486.)
Chez les sauvages de l'Amérique du ÎSord , dans les contrées où les moyens de subsister étaient rares et les difficultés d'élever une famille très-grandes, l'homme se bornait à une seule femme. ( Robertson,jffw<. d' Amérique, i. II, p. 293.)
Quoique les Moxes (au Pérou ) admettent la polygamie, il est rare qu'ils aient plus d'une femme , leur indigence ne leur permettant pas d'en entretenir plusieurs. ( Lelt.
édif., t. VIII, p. 71.)
Chez les Guaranis (au Paraguay) la polygamie n'est pas permise au peuple ; mais les Caciques peuvent avoir deux ou troisfemmes. {Ibid., p. 261.)
C'est ce qui a lieu partout 011 le mari achète sa femme , et oîi la femme devient une propriété, une chose, une esclave de son mari. « Chez les Indiensdela Guyanne, les filles n'ont point de dot en se mariant... 11 faut que l'Indien qui veut épouser une Indienne fasse au père des présents considérables : un hamac, un canot , des arcs , des flèches ne sont pas suffisants; il faut qu'il travaille une année pour son futur beau -père, qu'il fasse l'abattis, qu'il aille à la chasse, à la pêche, etc. Les femmes sont parmi les Guyannais une vraie propriété.» (</oitrnrt/wanuscril d'un séjour à la Guyanne, par M. de M )
Il en est de même chez les Natchez, dans plusieurs tribus tartares , en Mingrélie , au Pégu , chez plusieurs peuplades nègres en Afrique , etc.
(Lett. édif, t. VII, p. 221; lord Kaims, Skctches of ihe Hist.of Man. t. 1, p. 184-186; édit.
Wi-4" de 1774.)
SEPTIÈME LEÇON
Chez une nation si noml)reuse, on voit peu d"ailiiltères ; ia jicine en est prompte et le mari en est chargé. La femme nue , les cheveux coupés , est chassée de la maison par son mari , en présence de ses parents, et battue de verges dans tout le village. (/ôiV/., c. iix.)
Les jeunes gens se livrent tard aux plaisirs de l'amour; ainsi leur jeunesse n'est pas épuisée. On ne se hâte pas non plus de marier les jeunes filles. {Jbid., c. xx.)
Les neveux maternels sont aussi chers à leur oncle qu'à leur père. Il en est même qui regardent ce lien de parenté comme le plus intime, le plus sacré, et qui , en demandant desotages, exigent des neveux maternels, comme obligeant plus fortement les parents, et tenante une famille plus étendue. (Ib., c. XX.)
Il est du devoir d'embrasser les inimitiés comme les amitiés d'un père ou d'un parent {Ib., c. XXI.)
On prétend que l'adultère était inconnu chez les Caraïbes des îles avant l'établissement des Européens. (Lord Kaims, Skelches of the Hist., etc., t. I, p. 207.)
« L'adultère parmi les sauvages de rAmériquedu Nord, est puni, en général, sans forme de procès, par le mari qui tantôt bat rudement sa femme, tantôt lui emporte le nez eu la mordant.» (Long, /'"oyage chez différentes nations sauvages de V Amérique septentrionale, p. 177.)
Voyez aussi VHistoire des Indiens d'Amérique , par James Adair (en anglais, 1775), p. 144 ; /'ariétés littéraires, 1. 1, p. 458.
La froideur des sauvages errants, en fait d'amour, a été souvent remarquée; Bruce en a été frappé chez les Gallas et les Shangallas sur les frontières de l'Abyssinie; Levaillant chez les Hottentots. « Les Iroquois savent et disent que l'usage des femmes énerve leur courage et leurs forces , et que, voulant faire le métier des armes, ils doivent s'en abstenir on n'en user qu'avec modération.» (jWmoiVp sur les Jroquois, dans les ^'ariétés littéraires . t. I , p. 455. — Voyez aussi Volney, Tableau desÉlutsl'nis , p. 448; Malthus, Essai sur le principe de population , 1. 1, p. 50; Robertson, Histoire d'Amérique . t. Il, p. 237.)
Chez les Groé'nlandais , les filles ne se marient qu'à vingt ans, il en est de même chez la plupart des sauvages du Nord.
(Meiners, Histoire du sexe féminin , t. 1, p. 29.)
Chez les Natchez: « Ce n'est pas le fils du chef régnant qui succède à son père; c'est le fils de sa sœur... Celte politique est fondée sur la connaissance qu'ils ont du libertinage de leurs femmes ; ils sont sûrs, lisent-ils, que le fils de la sœur lu grand chef est du sang royal , au moins du côté de sa mère. ( Lettres édif. , t. Vil , p. 217.)
Chez les Iroquois et les Hurons, la dignité de chef passe toujours aux enfants de ses tantes, de ses sœurs ou de ses nièces du côté maternel.
{Mœurs des sauvages, parle père Lafitau , t. I , pag. 73 , 471.)
Personne n'ignore que ce trait se retrouve chez tous les peuples , dans l'enfance de la civilisation, quand il n'y a encore point de puissance publique qui proti'|7c ou punisse.
Je ne citerai qu'un exemplede cette obstination des sauvages
Aucune nation ne traite avec plus de générosité ses convives et ses hôtes. Repousser de son toit un homme quelconque est regardé comme un crime {Ibid., c. XXI.)
dans la vengeance; il m'a paru frappant, et très-analogue à ce que racontent, des Germains, Grégoire de Tours et d'autres chroniqueurs.
n Un Indien , d'une tribu établie sur le Maroni, homme violent et sanguinaire, avait assassiné un de ses voisins, du même village; pour se soustraire aux ressentiments de la famille de son ennemi, il s'enfuit, et vint s'établir à Simapo, à quatre lieues de notre désert ; un frère du mort ne tarda pas à suivre le meurtrier. À son arrivée à Simapo, le capitaine lui demanda ce qu'il venait y faire. ".le viens, 1 dit-il , pour tuer .\vérani qui >i a tué mon frère. — Je ne puis » vous en empêcher, » lui dit le capitaine. Mais Avérani fut averti pendant la nuit, et s'enfuit avec ses enfants. .Son ennemi, instruit de son départ et qu'il se rendait par l'intérieur sur la rivière d'Aprouague, prit le parti de le suivre. « Je » le tuerai, dit-il , quand même >' il fuirait jusque chez lesPor- » tugais.nll partit aussitôt. Nous ignorons s'il a pu l'atteindre. »
( Journal manuscrit d'un séjour à la Guyanne, par M. de M....)
lï
Ils aiment les présents, mais ils n'obligent point à tenir compte de ce qu'ils donnent et ne se croient point liés par ce qu'ils reçoivent. (/6.,c.ixi.)
Passer le jour et la nuit à boire n'est honteux pour personne. {Ibid., c. XXII.)
Ils n'ont qu'un seul genre de spectacle ; les jeunesgens dansent nus au milieu des épécs et des framécs dirigées contre eux. {Ibid., c. xxiv.)
L'hospitalité de tousles peuples sauvages est proverbiale.
Voyez dans VHistoire de l'Académie des Inscriptions, t III, p. 41 , l'extrait d'un mémoire de M. Simon, et une foule dû récits de voyageurs.
Il en est de même des sauvages d'Amérique; ils donnent et reçoivent avec grand plaisir, mais ne sentent et n'exigent nulle reconnaissance : o Si » vous m'avez donné ceci, din sent les Galibis, c'est que »> vous n'en aviez pas besoin.»
(.\ublet, Hist. des plantes de la Guyanne française, t. II, p. 110.)
Le goût de tous les peuples sauvages pour le vin et les liqueurs fortes est connu de tout le monde : les Indiens de la Guyanne font de longs voyages pour s'en procurer; l'un d'eux , de la peuplade de Simapo, répondit à M. de M..., qui lui demandait où ils allaient : en boisson ; comme les paysans et les marchands vont en vendange, en foire. {Journal manuscrit d'un séjour à la Guyanne, par M. de M )
L'amour n'entre pour rien lans les danses Aca sauvages lu nord de l'Amcrique; ce sont uniquement des danses guerrières, i^ Robertson, Hitl.
d'Amérique , l. II, pag. 459- 161.)
Ils se livrent au jeu avec Les Américains jouent leurs une telleardeurque, lorsqu'ils fourrures, leurs ustensiles don'ont plus rien, ils mettent leur |mestiques , leurs vêtements , libertéet leur corps au hasard leurs armes; et lorsque tout
d'un dernier coup de dés. (76.,