‹ Cours d'histoire naturelle fait en 1772Chapitre 10 sur 201 · FAMILLE DES GRENOUILLES. — GREN. VERTE · texte numérisé non relu

FAMILLE DES GRENOUILLES. — GREN. VERTE

La grenouille verte, rana esculenta (Lin., s. n. 19, p.357), est entièrement verte, à l’exception de trois lignes jaunes qui s'étendent sur toute la longueur de son dos et blanchätres sous le ventre ; elle a deux pouces et demi de longueur, un pouce de largeur, la mâchoire supérieure dentelée finement, deux grandes dents aux côtés du palais, la langue longue et peu de cervelle. C’est la plus grande de toutes les espèces de l’Europe et une des plus communes.

Son séjour ordinaire est l’eau des marais, des étangs et des rivières dont les bords sont riches en plantes flottantes comme le potamogeton, la persicaire, la renoncule, etc. Elle sort de l’eau sur les feuilles flottantes ou même sur la terre des bords lorsqu'il fait un beau soleil; maiselle y rentre souvent d’un seul bond pour y plonger et s’y cacher dès qu’elle aperçoit quelqu'un ou qu’elle entend du bruit.

La voix des mâles est beaucoup plus forte dans le temps des amours et de l’accouplement. Quand ils coassent, ils font sortir des deux coins de la bouche deux vessies blanches sphériques qui augmentent de beaucoup leur coassement. Les femelles, qui n’ont pas ces deux vésicules, et qui ne peuvent qu’enfler leur gorge, ne font que grogner au lieu de coasser.

Leur accouplement ne se fait que dans l’eau et une seule fois l'an, au mois de juin. Il dure communément trois ou quatre jours, pendant lesquels le mâle reste couché tout de son long sur le dos de la femelle en lembrassant avec ses deux bras par-dessous les aisselles. Tous deux ont dans ce temps le ventre gros ; la femelle par les œufs qui la remplissent, et le mâle par la mucosité transparente ou la liqueur séminale qui est contenue entre la chair et la peau et qu’il répand sur ces œufs pour les féconder. Quelques écrivains disent que la femelle ne commence à pondre, c’est-à-dire à jeter son frai, que seize jours après laccou-

plement; mais on sait que ce prétendu accouplement n’est suivi d'aucune intromission réelle de la part du mâle, et que la liqueur séminale, devant être répandue pendant que la femelle rend son frai, il ne peut y avoir aucun intervalle entre l’accouplement apparent et la ponte des œufs.

Il y a des femelles qui ne sont pas plus d’une minute à les rendre tous ; ils sont au nombre de mille à douze cents, c’est-à-dire de cinq à six cents dans chaque ovaire, et cette espèce est la plus féconde de toutes.

Ces œufs sont réunis en chapelet et fortement collés ensemble par une mucosité blanchâtre qui les environne, et dont la masse forme ce qu’on appelle communément le frai. Ce frai tombe au fond de l’eau dès qu’il est pondu ; mais au bout de quatre heures, il se gonfle et remonte à la surface; au dix-septième jour, toute cette masse gélatineuse est augmentée considérablement, les œufs ont pris la forme d’un rognon et laissent apercevoir une petite cicatrice. Au vingt-deuxième jour, on voit les premiers linéaments de la queue ; au trente-neuvième, l’embryon, ou le petit têtard commence à se mouvoir; du quarante-deuxième au cinquantième, le petit têtard est parfait et sort de l'œuf.

Alors il se nourrit de lentilles d'eau jusqu’à ce: qu’il soit parvenu à la forme d’une grenouille parfaite ; ce n’est qu’au quatre-vingtième jour que les pieds de derrière paraissent, et au quatre-vingt-dix-septième jour, leur dernière métamorphose arrive; ils renoncent à la nourriture jusqu’à ce que leurs quatre pattes soient sorties, et que la queue soit entièrement séparée et effacée : ce terme de quatre-vingt-dix-sept jours, ou de trois mois un quart, est celui de l'accroissement de la grosse grenouille brune terrestre; mais la grenouille verte, qui est plus grande, demeure cinq mois, ou cent cinquante jours. à parvenir au même point degrenouille parfaite.

Elle croît pendant dix ans et peut vivre jusqu’à seize.

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La grenouille verte est très-vorace; elle se nourrit nonseulement de plantes comme la lentille d’eau, mais encore d'insectes, de salamandres. Elle avale aussi les canards nouvellement éclos, les petits oiseaux et les jeunes souris qu’elle surprend en faisant des sauts de quatre ou cinq pieds. La langue est si gluante que tout ce qu’elle touche y reste attaché. Cette espèce est la meilleure à manger. Ce sont les cuisses seulement qu’on prépare en fricassée de poulets. La pêche se fait au flambeau avec des filets, comme les poissons, ou à la ligne avec des hamecons garnis d’insectes ou de morceaux de drap rouge, ou de laine couleur de chair.

La deuxième espèce de grenouille, qui est verte tachée de noir, ne diffère presque que par la couleur de la grenouille verte.

La grenouille terrestre brune, rana temperaria (Lin., s.n. 12, 557) est d’un brun grisâtre dans le mâle et jaune tacheté de brun dans la femelle. Elle est petite et très-allongée de corps. Cette espèce vit dans l’eau en hiver et au printemps, et sur les prairies herbeuses des coteaux en été.

Ce n’est qu’à la fin de la quatrième année qu’elle à acquis toute sa grandeur, et qu’elle prend les couleurs qui distinguent son sexe.

Elle s’accouple une fois l’an comme les autres espèces, mais bien avant elles et dès le mois de mars, dans l’eau, lorsque les glaces commencent à se fondre.

Ses œufs et ses petits ont à peu près les mêmes degrés d’accroissement que ceux de la grenouille verte et croissent de même dans Peau.

Lorsque le petit têtard s’est métamorphosé et a pris ses quatre pieds pour devenir grenouille parfaite, ce qui arrive au bout de trois mois et huit jours, alors il passe de Peau sur la terre pour y faire la chasse aux insectes. Ils se rassemblent souvent dans l'herbe des prairies hautes, dans les

trous ou les fentes de la terre et sous les pierres. Mais lorsqu’il tombe de la pluie, toutes ces petites grenouilles sortent de leurs cachettes et s’éparpillent en sautillant de tous côtés. Ce sont ces apparitions imprévues qui ont donné lieu au peuple de dire et de croire qne la pluie engendre et donne des grenouilles.

La durée de l’accroissement de ces grenouilles doit faire conjecturer qu’elles vivent au moins une douzaine d'années; elles ont la vie si dure qu’elles sautent encore après qu’on leur à arraché le cœur.

Le coassement de cette espèce est peu sensible, on l’entend à peine à cinq ou six toises de distance.

La grenouille mugissante, rana boans (Linn., s. n. 12, p. 518) a un coassement épouvantable qui dépend des deux vessies latérales de la mâchoire inférieure qui sont toujours pleines d’air pendant l'été. Elle ne coasse que vers le coucher du soleil. Sa mélodie plaît aux habitants parce qu’elle leur annonce de la sérénité nécessaire dans un pays aquatique. Comme ses pieds antérieurs sont palmés ainsi que ses postérieurs, cette espèce doit faire un genre.

Le cimi cimi, ou plutôt le simi de Cayenne, est une grenouille toute bleue et méchante.

La grenouille de Lemnos est grande et devient la pâture du serpent laphiati.

La grenouille géante des bois de la Martinique, à raies jaunes et noires, longue d’un pied et à chair blanchâtre tendre et délicate, se mange en fricassée de poulets. On lui donne le nom de crapaud dans le pays. Les nègres en font la chasse la nuit, au flambeau, en imitant leur coassement auquel elles répondent en accourant à la lueur du flambeau.

On voit encore à la Martinique des grenouilles qui, comme la grenouille pisseuse de nos vergers, pissent à chaque saut qu’elles font {west-ce pas notre crapaud rainette ? ).

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