FAM. DES SCARABÉES. — HANNETON, PILULAIRE
Roesel a remarqué que ces deux espèces, qui sont plus communes en Allemagne qu’en France, paraissent tour à tour de deux années l’une ; l’année 1745 fut le règne des hannetons rouges ou des moutardiers ; si son observation est juste, on les verra paraître en 1775,en 1775,en 1777,etainsidesuite.
On attribue communément aux larves du hanneton les dégâts qui arrivent aux racines des blés et des herbes des prairies et des gazons, mais nous nous sommes assuré que ces dégâts sont dus aux larves de deux autres genres d’animaux qui sont le viridulus de Muret, et surtout le molitor ou meunier de Leuwenhoëck qui a été confondu jusqu'ici mal à propos avec le genre hanneton dont il diffère particulièrement en ce que ses antennes n’ont que trois feuillets au lieu de dix.
Les ravages étonnants que les hannetons font dans les jardins, et surtout dans les forêts, dont ils font périr les bois en leur ôtant au printemps les premières feuilles, après en avoir rongé les racines pendant l'été, l'automne, l'hiver, ont déterminé les diverses nations de l’Europe à chercher les moyens les plus efficaces d'opérer leur entière destruction. On a proposé même, pour cet effet, plusieurs prix qui ontété couronnés; mais cela n'empêche pas que le nombre des hannetons ne subsiste également, et leurs ravages nesontpasmoindres. On sait qu’un canton de l'Irlande en fut tellement infecté il y a quelques années, que les habitants furent forcés de mettre le feu à une forêt de quelques lieues d’étendue, et de la sacrifier pour couper la communication de ce fléau avec les cantons qui n’en étaient pas encore attaqués.
Nos enfants jouent, comme l’on sait, avec ces insectes, et s'amusent à les faire voltiger circulairement au-dessus de leurs têtes, attachés à un long fil passé au travers de leurs queues. Ceux des Grecs et des Turcs font de cet amusement un emploi plus utile; au lieu d’un nœud, c’est un hamecon
qu’ils passent dans la queue du hanneton, dont les merles et les grives sont si friands qu’ils en prennent ainsi une grande quantité à la ligne.
Le hanneton passe pour un bon remède contre la rage ; pour cela, on fait mourir dans sept cuillerées de miel trois ou cinq hannetons que l’on pile, après en avoir ôté la tête. On fait avaler au malade, à jeun, une cuillerée de ce miel, pendant sept jours de suite; mais pour que ce remède réussisse il faut l'appliquer avant que le malade ait commencé à avoir horreur de l’eau.
Le PILULAIRE, pilularius, Mouffet , forme un genre qui se reconnait à ce que: 1° la tête n’a point de cornes ; 2° ses antennes sont en massue, à trois articles supérieurs réunis en lentille fort serrée.
On en connait deux espèces.
On à confondu jusqu'ici ce genre avec celui de l’escarbot ou du scarabée proprementdit, scarabæus, dont je connais vingt espèces qui vivent de même dans la fiente des animaux, ainsi que le bousier, koprion, Arist.; mais il en diffère en ce que 1° le scarabée a le corps plus allongé; 2° son dos n’est pas couvert en entier par les étuis des ailes ; 5° la tête à une côte transversale élevée.
Le pilulaire, pilularius, Mouffet, que l’on nomme aussi fouille-merde, fodimerda, d’un nom moins honnête mais aussi vrai, Car il se trouve toujours dans la fange, surtout dans les bouses de vache, occupé à en former des boules ou des pilules presqu’aussi grosses que son corps, dans lesquelles il dépose ses œufs, et qu’il roule ensuite avec lui jusqu’à ce qu’il ait rencontré une bouse fraîche au milieu de laquelle il lenterre, pour procurer à ses petit naissants une nourriture suflisante, jusqu’à sa dernière métamorphose en nymphe, qu’il subit en terre, au-dessous de la bouse où il a pris naissance.
Cet insecte est vert changeant sur le dos, rouge violet
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sous le ventre, et fort propre sur son extérieur, quoiqu'il fouille continuellement dans la fange.
Il sort plus volontiers la nuit que le jour, parce qu’il voit mieux alors, ainsi que le hanneton; il vole avec une rapidité qui occasionne un bourdonnement comme en sifflant dans Pair.
Le pilulaire contient beaucoup d’huile et de sel volatil. L'huile de lin dans laquelle on le laisse infuser au soleil acquiert une vertu résolutive et anodine qui la fait employer avec succès en topique, dans du coton, sur les hémorroïdes, dont elle calme les douleurs en les faisant résoudre.
Le TOURNIQUET, Skuguros, Ad. gyrinus, est ce petit insecte couleur d’acier poli qui vit en société au bord des eaux stagnantes, à la surface desquelles il décrit des cercles en tournoyant sur lui-même, et même en courant avec une vitesse telle qu’on ne peut l’attraper. Lorsqu'on veut Île prendre, il plonge au fond pour revenir bientôt au-dessus.
Cet insecte sent mauvais, même à une certaine distance.
Il n’est pas vrai, comme le disent les auteurs, qu’il ait quatre yeux, deux au-dessus de la tête et deux au-dessous. Il n’en a que deux qui sont fendus en deux par les bords de la tête, qui avancent dessus comme dans les vingt-deux genres qui forment la première section de la première famille des scarabées, qui ont tous ce caractère. Les tarses de ses pattes sont aplatis en nageoires.
La femelle pond environ cent œufs oblongs d’une demiligne, qu’elle colle sur quatre à cinq lignes le long des feuilles du carexæ et des souchets aquatiques.
J'en connais un autre genre du Sénégal et de Saint- Domingue, une fois plus grand, qui n’a point d’écusson, qui a les deux pattes antérieures beaucoup plus longues, et qui me parait être le vrai gyrinus des Grecs.
L'HYDROCANTHARE OU SCARABÉE AQUATIQUE, hydrophylus,
Geoff., 1, p. 180, forme un genre de scarabée qui se reconnaît à ses antennes composées de neuf articulations, dont quatre en entonnoirs.
J'en ai reconnu douze espèces:
4° Le grand hydrocanthare est le plus grand des scarabées aquatiques de l'Europe.
Il vit dans les eaux tranquilles et limoneuses des ruisseaux et des marais très-herbeux, où sa larve qui a deux mâchoires en pinces (que quelques auteurs disent mal à propos être un suçoir transparent,qui laisse voirlesliqueurs des insectes qu’il suce et que l’on nomme pour cette raison ver assassin, vermis sicarius), se nourrit de larves d’insectes, de grillons ou agrouelles, et souvent de ses semblables; les deux mâchoires ont chacune une dent, mais la droite a cette dent placée vers son extérieur, pendant que la gauche Pa vers son milieu.
Parvenue à sa dernière grandeur en juin, cette larve sort de l’eau, selon quelques-uns se fait sous terre, et selon nous sous l’eau même, une coque maçonnée ovoïde, où elle se métamorphose en nymphe et ensuite en insecte aïlé qui retourne dans l’eau en juillet.
Cet insecte parfait n’est guère moins vorace que sa larve ; il pince bien fort avec ses mâchoires, et il faut le prendre avec précaution, parce qu’il a sous le ventre une longue pointe, qui s’avance entre les deux pattes postérieures, qu’il sait enfoncer dans la main qui le tient en faisant des efforts pour marcher. Il inspire par sa partie postérieure à la surface de l’eau Pair au moyen duquel il nage avec plus de facilité.
Peu de temps après son accouplement la femelle pond en juillet, sous les feuilles flottantes de l’hydrocharis, environ quatre-vingts œufs roussâtres, longs de deux à deux lignes et demie et de une ligne de largeur, rapprochés en une boule et autour desquels elle file une espèce de coque de
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soie hémisphérique grise , en cornemuse ou en poire, dont la queue remonte et s'élève au-dessus de l’eau. Au bas de la queue de lovaire est un endroit un peu aplati par où sortent les petits qui se précipitent dans l’eau.
Le DyTIQUE ou le PLONGEUR, dutikos, Arist., ne diffère presque de l’hydrocanthare que par ses antennes qui sont filiformes, de onze articulations.
Le STAPHYLIN a les antennes filiformes et les étuis tronqués, beaucoup plus courts que le ventre.
Ce que cet insecte a de particulier , c’est que lorsqu'on touche sa queue il la redresse aussitôt en l’air comme sil voulait se défendre ou en imposer. Mais il n’y a que ses màchoires qui soient à craindre, parce qu’elles sont assez grandes et qu’elles pincent bien fort.
Le PuLsAN , pulsanus, Ad., ou sonicéphale, sonicephalus, l'horloge de la mort, horologium mortis, tictac, artison, scarabée pulsateur, noms que l’on a donnés à un genre de scarabée à cause de la propriété qu'il a de faire, en baissant sa tôte entre ses pattes, un petit bruit régulier et répété souvent comme les battements d’une montre, dans les trous des vieux bois de chêne et de sapin qu’il perce pour se nourrir et se loger.
Le LiGniPeRDA des anciens ou la vrillette fait aussi les mêmes pulsations, mais beaucoup moindres parce qu’il est plus petit. C’est cet insecte qui ronge le bois sous les écorces et y forme des impressions semblables à des fleurs et dont les anciens se servaient comme de cachets qu’ils appelèrent pour cette raison tripobrota.
Le rREssorrT ou le maréchal, le raAurix, elater, notopeda, scarabée à ressort, ou scarabée sauterelle, se nomme ainsi parce que son corselet est armé en dessous d’une pointe qui, en se logeant dans une rainure pratiquée sous le ventre, et en se débandant peut agir comme une détente de ressort et
les faire sauter souvent d’un pied de hauteur, soit que l’insecte soit posé sur le ventre, soit qu’il soit couché sur le dos.
Le BUPRESTE, buprestis, Arist. (carabus, Linn.), c’est-à-dire brûle-bœæuf, enfle-bœuf, genre d’insecte dont ily a plus de vingt espèces toutes communes sous les pierres dans les lieux humides,quisont carnassières, quirépandent une très-mauvaise odeur et qui tirent leur nom de la propriété qu’elles ont comme les cantharides et comme une petite araignée rouge de faire enfler les bœufs qui les avalent en paissant l'herbe des prairies. Ces insectes ont une vertu si caustique que la plus petite goutte de leur liqueur cause sur la peau une cuisson, une brülure considérable; cette causticité cause aux bœufs qui ont avalé ces insectes des ulcères, une suppression d'urine, puis l’enflure dont ils périssent.
Ces insectes sont communément vert doré, ils courent très-vite et volent rarement quoiqu’ils aient des ailes.
Leurs larves se retirent dans les trous cylindriques profonds d’un pied, au fond desquels elles se métamorphosent en nymphes.
Le PÉTEUx. Ce nom quoique peu honnête a été consacré par Aristote et les anciens, pour désigner un genre d’insecte dont je connais six espèces qui toutes ont la propriété de péter lorsqu'on les prend ou qu’on les inquiète, c'est-à-dire de rendre par lanus avec bruit une vapeur semblable à une fumée, mais qui est si caustique qu’on est forcé de les lâcher.
La plus grande espèce de ce genre est particulière au Sénégal et n’a que sept lignes de longueur; celles de l’Europe n’ont que quatre lignes au plus. Elles se trouvent sous les pierres des prairies et surtout aux bords de la Seine, comme les buprestes dont elles ne diffèrent qu’en ce que leur corselet est taillé en cœur plus étroit que les étuis.