FAMILLE DES CANTHARIDES. — MELOE
d'amandes douces, ou avec le campbre, en faisant en même temps dans la vessie des injections avec de la décoction de graine de lin, de la racine de nénuphar et de la guimauve.
On sait que la médecine emploie utilement cette vertu des cantharides, soit en les faisant prendre intérieurement avec un correctif dans lPhydropisie, dans les suppressions d'urine et même dans les premiers symptômes de lhydrophobie ou de la rage, soit en les appliquant extérieurement en onguent comme vésicatoire pour réveiller le sentiment, ou pour procurer une issue aux humeurs qui menacent d’un dépôt. Pour prévenir les suites de la morsure des animaux enragés, il suffit d’en prendre pendant six semaines chaque jour un grain incorporé dans le mucilage de la gomme adragant avec dix grains de camphre et un grain et demi de mercure doux.
Pour faire mourir les cantharides, on les tient au-dessus de la vapeur du vinaigre bouillant; quand elles sont desséchées elles deviennent si légères que cinquante pèsent à peine un gros.
Le PROSCARABÉE , meloe, Paracelse, ou scarabée onclueux, scarabée des maréchaux, proscarabæus, Mouflet, est un insecte très-commun dans les terres humides et surtout dans les lisières des bois, où la larve vit de vers et de feuilles de renoncule, de pied-de-veau, arum, et de violette.
Elle devient insecte parfait sur la fin d’avril ou en mai. On reconnait cet insecte à sa couleur noir bleuâtre luisant et à ses étuis, qui sont elliptiques, plus courts que le ventre, croisés obliquement en partie lun sur Pautre à leur origine, souples, mous comme un cuir et sans ailes en dessous. Le mâle à à peine une ligne de long; il est une fois plus petit que sa femelle, qui a douze lignes de long. Lorsqu'on le renverse sur le dos, il représente en quelque sorte les premiers linéaments principaux d’une face humaine. La fe-
melle pond environ deux cents œufs en mars dans la terre auprès des violettes; il se traine pesamment et lentement.
Pour peu qu’on touche cet insecte, il fait sortir de toutes les jointures de ses pattes une huile jaune, limpide, d’une odeur assez agréable et pleine d’un sel volatil.
Cette huile est un bon topique pour les plaies, et on la fait entrer dans les emplâtres contre les bubons et les charbons pestilentiels. L’huile dans laquelle on a fait infuser cet insecte est employée contre la piqûre des scorpions. C’est de lusage que les maréchaux font de cet insecte pour certaines maladies des chevaux que lui est venu son nom de scarabée des maréchaux.
3° Famize. LES CHARANCÇONS, CURCULIONES.
Je comprends sous ce nom tous les insectes qui, comme le charançon, n’ont que quatre tarses à toutes les pattes.
On peut diviser cette famille en trois sections, dont la première contiendra tous ceux qui ont ces quatre tarses cylindriques. La deuxième section eomprend ceux qui ont un de ces quatre tarses en cœur et les yeux entiers. Dans celle-ci se trouve le charançon proprement dit, le clairon, clerus, Arist., la bêche et le gribouri. Dans la troisième section viennent ceux qui ont comme dans la deuxième un farse en cœur, mais les yeux échancrés ; le cosson et le capricorne sont de cet ordre.
Le cHaRANÇOoN, curculio, Virgil., populatque ingentem farris aceroum curculio, Georgiq. liv. I, vers 185 à 186.
Cet insecte qui ravage nos grains, paraît être originaire des pays chauds, au moins y est-il plus commun dans les provinces méridionales de l’Europe que dans les septentrionales.
[l'est brun ou marron noir, et diffère seulement de l’espèce du Sénégal qui ravage les grains du panis ou mil en chandelle, panicum spica typhina, en ce que : 4° il est un
FAMILLE DES CHARANCONS. =— CHARANCON. 307
peu plus grand, ayant deux lignes de longueur sur deux tiers de ligne de largeur; 2° les neuf sillons de ces étuis ne sont pas pointillés ; 5° les ailes sont une fois plus courtes que son ventre.
Il paraîtra sans doute étonnant que Redi et Leuwenhoëck, tous deux bons observateurs, et dont les yeux étaient faits pour les observations microscopiques les plus délicates, aient avancé que cet insecte n’a point d'ailes ; il faut que ces auteurs n'aient point cherché à les trouver, car en soulevant leurs étuis c’est la première chose qu’on apercoit avec le secours d’une loupe même assez faible, et je les ai toujours aperçues sans peine avec mes yeux Sans ce Secours. Elles sont communément pliées en deux et comme chiffonnées, d’un blanc jaunûâtre; il s’en sert si rarement que lon est d’abord porté à croire qu’il n’en à point.
Le charançon provient, comme tous les autres scarabées, d’une larve blanche à six pattes écailleuses peu sensibles et de forme presque ronde, qui vit et croit dans le centre d’un grain de froment où elle a été pondue; elle en mange toute la substance farineuse, ne laissant que l’écorce qui lui sert de coque dans laquelle elle se métamorphose en nymphe et où elle ne devient ailée ou insecte parfait qu’au printemps, c’est-à-dire en avril, temps où elle la perce pour en sortir et aller s’accoupler.
Sa vie ou sa durée, depuis le moment où il est pondu, c’est-à-dire depuis son état de larve jusqu’à celui de son parfait accroissement ou d’insecte ailé, ou en étatde pondre, est de quarante-cinq à cinquante jours en Provence, et de cinquante à soixante aux environs de Paris.
Chaque femelle pond vers le 15 avril environ, un œuf par jour, non pas aux champs où il n’y à point de grains, mais dans la grange où elle est née, chaque œuf dans chaque grain.
Les petits de cette première ponte, ne vivant que qua-
rante-cinq à cinquante jours, sont en état d’engendrer dès le 10 ou le 15 juin, et pondent de même encore dans les greniers avant que de sortir.
Les pontes continuent ainsi pendant cinq mois environ, depuis le 45 avril jusqu’au 45 septembre, e’est-à-dire pendant cent cinquante jours en Provence, et seulement quatre mois où cent vingt jours dans le climat de Paris, depuis le 1% mai jusqu’au 1* septembre, c’est-à-dire tant que le thermomètre marque quatorze à quinze degrés de chaleur la nuit comme le jour, car il est à remarquer que cet insecte ne pond et ne mange plus au-dessous de ce terme, qui est celui où les mouches commencent à souffrir, et la végétation à s'arrêter.
Il y à donc trois ou quatre pontes successives pendant l'été même dans le climat de Paris, savoir : la première au 1* mai; la deuxième au 15 juin ; la troisième au 1‘ août; la quatrième au 45 septembre dans les années chaudes; en n’en supposant que trois à un œuf par jour, chaque paire de charançon produirait done 1535 charançons par an.
IL est assez difficile de reconnaître à l'extérieur les grains de blé qui sont ainsi attaqués par les charançons; ce n’est que par leur poids qu’on les distingue, et on s'assure aisément qu’ils sont plus légers, lorsqu’en les mettant dans l’eau, on les voit surnager pendant que les autres tombent au fond.
Un insecte dont la multiplication est si prompte et la fécondité aussi grande deviendrait bientôt un fléau terrible, qui, en ravagéant nos grains dans les granges, les réduirait en un {as de son, si par des soins continuels on ne s’étudiait à le chasser et à le détruire.
On à remarqué qu’il aime la tranquillité et l'obscurité, et qu’il pénètre rarement au-dessous de six pouces dans les tas de blé ; en conséquence on le trouble et on le chasse en palliant et en remuant souvent le blé.
FAMILLE DES CHARANCONS. — CLÉRON, BÊCHE. 309
Mais ce moyen qu’on met ordinairement en usage donne trop de soins et occupe trop de temps. On a cherché à en découvrir un qui pût, non pas les chasser et les faire changer de lieu, ce qui au lieu de remédier au mal ne fait que le propager et l’étendre, mais en étouffer la race dès l'instant de sa naissance. De tous les moyens qui ont été proposés et essayés jusqu'ici, aucun n’a réussi aussi complétement que celui de l’étuve qui fait passer le blé et les charancons qui les infestent, à une chaleur capable de les faire périr. On sait qu’ils résistent à une chaleur de cinquante degrés, mais qu’ils périssent constamment à celle de einquante-cinq à soixante degrés, laquelle fait perdre au blé sa propriété de germer. On sait qu’un œuf de poule est cuit mollet par une chaleur de soixante degrés continue pendant une demi-heure. Lorsque l’étuve à cinquante à soixante ou soixante-dix degrés de chaleur, deux jours suffisent pour sécher le blé. L’étuvage est moins coûteux que le palliage ordinaire, que le ventilateur; Pétuve elle-même sera le meilleur grenier, le meilleur magasin pour conserver le blé tant qu’on voudra, pour épargner les frais de conservation. Le blé ainsi étuvé se sèche et Gurcit assez pour que le charancon ne puisse l’entamer ; il est dans le cas de froment glacé ou vieux, dont la croûte, le gruau ou la semoule est rarement attaqué par le charançon à cause de sa sécheresse; il en attaque plus volontiers le centre ainsi que les blés mous ou jaunes non glacés, dont la farine est tendre partout, comme il arrive aux grains des climats froids et des terres humides, ou dans les étés trèspluvieux.
Le charançon à pour ennemi une espèce d’ichneumon qui dépose un œuf dans chacun des grains où il sait qu’il v a une larve de charancon.
Le CLÉRON, clerus, Arist., clairon, Geoffr., p. 505, ainsi nommé par Aristote, 1. VIT, Anim. c. 4, est ce joli scarabée
noir, à trois bandes rouges et velu, qui se trouve communément, depuis le mois de mai jusqu’en août, sur les fleurs des plantes, surtout du fraisier et de la verge dorée.
Cet insecte n’a rien d’intéressant que par les dégâts que sa larve fait dans le nid des abeilles maçonnes. Cette larve est d’une belle couleur de rose, à tête noire ; son œuf y est déposé par sa mère. Elle y croît aux dépens des larves des abeilles maçonnes, dont elle se nourrit en perçant leurs cellules. Elle vit ainsi pendant trois ans, et, dans une des cellules, elle se file une coque de soie brune, épaisse et ferme comme un parchemin, dans laquelle elle se métamorphose en nymphe, puis en insecte ailé.
La BÊCHE, involoulus, Plaut., est un genre de charançon d’un vert doré, qui, en hiver, s’enfonee dans la terre ou le fumier, où il reste engourdi aux pieds des vignes.
Au printemps, vers le commencement de mai, il monte sur les ceps de vigne, dont il roule les feuilles tendres autour de lui comme un cornet dont il tapisse l’intérieur d’une sorte de toile ou de duvet pour y déposer ses œufs, du 1 mai au 25.
Au printemps, il se nourrit des feuilles de la vigne, et en été il dévore les raisins.
Pour le détruire, il suffit de rechercher avec soin les cornets qui renferment ses œufs, et de les brûler auprès de la vigne.
Le GRIBOURI, cryptocephalus, Geoffroy, Il, p. 255, le coupebourgeon ou la lisette diffère beaucoup de la bêche, involeulus, qui vit comme lui sur la vigne, en ce que 1° il n’a point la tête allongée en trompe ni les antennes coudées et en massue, mais assez semblables à celles de la chrysomelle. Ilest noir, à étuis rouge brun.
L'hiver il reste entièrement attaché au cep dont il ronge les racines les plus tendres, et les fait souvent périr.