‹ Cours d'histoire naturelle fait en 1772Chapitre 114 sur 201 · FAMILLE DES SAUTERELLES — GRILLON · texte numérisé non relu

FAMILLE DES SAUTERELLES — GRILLON

demi de longueur, et ils se cachent comme les pères et mères dans des trous qu’ils se creusent à un ou deux pieds de profondeur sous terre pour y passer l'hiver; ce n’est qu’au mois de mai de l’année suivante ou de la deuxième année qu’ils se métamorphosent en nymphes, c’est-à-dire qu’ils prennent des moignons d’ailes, et trois mois après, c’est-à-dire en juillet ou au bout de deux ans révolus, ils prennent des ailes ou deviennent insectes parfaits.

On a essayé divers moyens de destruction d’un insecte aussi dommageable : les infusions de tabac, de poivre, l’huile dont on à abreuvé leurs trous ont été inutiles. Ce qui à réussi le mieux jusqu'ici, ce sont des gobelets ou des pots bien vernis ayant un peu d’eau au fond, et qu’on enfonce jusqu’au niveau de la terre. On en place ainsi plusieurs dans les cantons les plus fréquentés par les courtillières, et il ne se passe pas de jour qu’on n’en prenne plusieurs, qui s’y précipitent en creusant leurs galeries.

Le GRILLON, gryllus, Mouflet. Nous ne confondrons point cet insecte avec le criquet ou le cricri domestique, comme font la plupart des écrivains modernes; il forme même un genre différent qui se reconnaît à ce que ses ailes sent cachées entièrement sous les étuis, et à ce que les deux pattes postérieures ont chacune quatre tarses et les autres trois. On a essayé quelquefois d’en mettre dans les cheminées ; mais ils ne peuvent y vivre, et leur antipathie pour les criquets est telle qu’ils se battent avec eux et les coupent en pièces.

Jen connais trois espèces, dont deux sont particulières au Sénégal.

Le grillon ordinaire des campagnes de l'Europe se trouve communément au pied des collines arides bien exposées au soleil, sous les pierres, où il se forme une petite loge. Lorsqu'il ne trouve point de pierres, il se creuse avec ses mâchoires, dans la terre qu’il repousse avec ses pieds, une

petite galerie horizontale, d’abord de deux pouces de longueur, puis verticale, à lentrée de laquelle il se tient faisant son bruit ordinaire, et au fond de laquelle il entre précipitamment à reculons dès qu'il a vu quelque chose qui Pépouvante.

Le mâle et la femelle habitent séparément, chacun dans son trou , d’où ils sortent en avril pour s’accoupler; alors le mâle appelle la femelle par son bruit, celle-ci monte sur lui dans laccouplement comme fait la sauterelle, et Paccouplement fini elle retourne dans sa cellule, et pond ses œufs en les enfonçcant dans la terre avec les deux lames cylindriques de sa queue.

Les petites larves ne deviennent nymphes qu’au printemps de la deuxième année, et insectes parfaits que pendant l'été de la même année.

Le bruit que produisent les mâles vient du frottement des étuis de leurs ailes qui se croisent l’une sur Pautre, ce que ne peuvent faire ceux de la femelle qui sont plus courts, plus étroits, qui ne se croisent presque point; on le produit même après la mort de animal en les frottant de même ; lorsaw’ils s'appellent ils le font d’abord par de grands cris; puis ce bruit baisse de ton à mesure qu’ils se rapprochent, et cesse lorsqu'ils sont Pun près de Pautre.

La nourriture ordinaire de ces animaux est les racines et les graines des plantes. Pline dit qu’ils mangent aussi des fourmis, et que pour les attraper il faut attacher une fourmi par le milieu du corps avec un cheveu ou un erin, et la mettre autour du trou; que le grilion ne tarde pas à venir saisir la fourmi, et qu’alors il suffit de tirer le cheveu pour le prendre. On peut encore le faire sortir de son trou en y introduisant à diverses reprises un brin d'herbe, d’où est venu le proverbe : Sot comme un grillon.

Cet insecte vole peu; il marche lentement, tantôt en

Page 1