FAM. DES SAUTERELLES. — CRIQUET, SAUTRIO
avant, tantôt à reculons, et ne fait que sauter avec ses grandes pattes postérieures comme les sauterelles.
Le CRIQUET ou cricRi, gryllallis, Ad., ou grillon domestique, diffère du grillon. J’en connais trois espèces.
Le criquet ordinaire , que lon appelle encore cheval du bon Dieu, se trouve communément dans les murs d’argile ou de brique bien exposés au soleil, et autour des foyers ou des fours où on entretient du feu toute l’année. Il ne sort que la nuit et vole d’une maison à l’autre et beaucoup plus aisément que le grillon, qui n’a pas les ailes aussi longues.
Il n’y a que le mâle qui fasse du bruit, mais non pas dans les grands froids; alors il se retire au fond de son trou. Au printemps et en été il fait entendre continuellement son cri, qui est aigu et très-désagréable.
La femelle pond ses œufs dans son trou toute l’année.
Quelque incommode que soit cet insecte par son bruit, sa malpropreté et sa voracité, le peuple de beaucoup d’endroits est bien aise d’en avoir dans sa maison, et empêche de le chasser et de le détruire, par un préjugé qui lui fait croire qu'il lui porte bonheur. La philosophie, qui s’étudie à éclairer les hommes sur leur vrai bonheur, réussit lentement à détruire de pareils préjugés qui tiennent de la barbarie des mœurs , suite de l'ignorance. Pour guérir certains esprits d’un attachement aussi ridicule, il faut auparavant leur avoir inculqué bien des connaissances préliminaires.
Le SsaAUTRIO, mastax, Græc., acridium, Geoff., sautereau, dont nous connaissons plus de trente espèces, forme un genre d’insectes qui diffère de celui de la sauterelle, locusta, Plin., en ce que 1° il n’a que trois tarses au lieu de quatre à chaque patte; 2° la femelle n’a point de couteau à deux lames au derrière pour pondre ses œufs; 5° ses œufs ne sont pas séparés, mais réunis au nombre de trente environ en
une espèce d’ovaire écailleux appliqué à la surface de la terre sur jes plantes.
Le sautrio de passage , qui forme des nuages en Suède: en Allemagne, et celui du Sénégal, sont de ce genre. Nous allons en rappeler l'historique en abrégé.
Nous n’avons point en France le sautrio d'Allemagne, gravé et enluminé par Roësel sous le nom de locusta germanica, à la pl. xxiv de son Histoire des insectes. Cet insecte, qui est le plus grand de toutes les espèces de sautrio qui se voient en Europe, diffère aussi du sautrio du Sénégal. 1° Il est plus grand, ayant trente-trois lignes de longueur du front au bout des ailes, qui sont d’un quart plus longues que le ventre, pendant que celui du Sénégal n’a que trente lignes; 2° il a le corps plus renflé, moins comprimé par les côtés; 3° son corselet n’a point au milieu les trois sillons transversaux qu'a le corselet du sautrio du Sénégal; 4° ses antennes sont plus courtes et moins pointues; 5° il a le corselet et les grandes pattes vertes, au lieu que celui du Sénégal est partout cendré noir.
Ce sautrio est un insecte de passage qui voyage en Europe à peu près comme le sautrio du Sénégal, s'élève vers le mois de février dans les airs pour traverser l'Afrique. Il paraît que celui d'Allemagne vient dans ces pays des plaines orientales et méridionales de l’Europe. Ce fut ainsi qu’en 1542 les campagnes de la Hongrie, de la Bohême et de l'Allemagne en furent infectées.
Au mois de mai de l’année 1613, sous le règne de Louis XII ,ces insectes se répandirent dans la Provence. Mézerai, apres avoir exposé les tristes effets d’une tempête extraordinaire qui s'était élevée au mois de janvier de cette année sur la Méditerranée, dit que quelque grande que fut la perte causée par le vent et par le tonnerre, elle n’approcha pas néanmoins de celle que les sauterelles (sautrios)