FAM. DES SAUTER. — RAVAGES DES SAUTRIOS
firent dans la campagne d’Arles, vers le mois de mai. Il s’engendra une si grande quantité de ces insectes dans ce pays qu’en moins de sept ou huit heures elles rongèrent jusqu’à la racine des herbes, dans l’espace de plus de quinze mille arpents de terre; elles pénétrèrent jusque dans les granges et les greniers dont elles consumèrent tous les grains. Lorsque ces sautrios s’attroupaient et s’élevaient en l'air, ils formaient une espèce de nuage qui dérobait le soleil. Dès qu’ils eurent ravagé tout le territoire voisin d'Arles, ils passèrent le Rhône, vinrent à Tarascon et à Beaucaire , et ne trouvant plus de blé sur pied, ils ravagèrent les herbes potagères et les luzernes qu’on avait semées. De là, ils passèrent à Bourbon, à Valaberques, à Monfrins, à Aramon, où ils firent le même dégât ; enfin ils furent mangés par les étourneaux. Ceux qui échappèrent, formèrent en terre et principalement dans les lieux sablonneux,uneespèce de tuyau semblable à un étui rempli d’une si grande quantité d'œufs que tout le pays en aurait été désolé si on les eût laissés éclore; mais par les bons ordres que donnèrent les consuls des villes d’Arles, de Beaucaire et de Tarascon, on en fut délivré en peu de temps. On ramassa plus de trois mille quintaux de ces œufs qui furent enterrés ou jetés dans le Rhône ; on supputa ensuite le nombre des insectes que ces œufs auraient produits, et en comptant seulement vingt-cinq par tuyau (ovaire), on trouva qu’il y en avait un million sept cent cinquante mille au quintal, ou près de deux millions, ce qui pouvait donner au total cinq cent cinquante mille millions de sautrios qui auraient éclos l’année suivante.
Il suffit que l’été soit sec en Ukraine et dans le pays des Cosaques pour qu’on soit inondé de sautrios, qui y sont portés, par un vent d’est ou de sud-est, en si grande quantité qu’ils obscurcissent l’air par les temps les plus
sereins, et dévorent tous les blés. Ce fut à la suite d’un semblable fléau que les Cosaques se révoltèrent en 1648. :
En 1696, il vint en Russie des sautrios par trois endroits différents , comme en trois corps : le premier alla à Parmée polonaise ; le deuxième, venant de Volhinie, passa à droite de Léopold, et le troisième vint par les côtés des montagnes de Hongrie. Ces insectes se répandirent dans la Pologne et dans la Lithuanie en une si prodigieuse quantité que Pair en était très-obscurci, et la terre toute couverte, comme d’un drap noir; en perchant sur les arbres, elles faisaient plier les branches jusqu’à terre, tant leur nombre était grand. Les pluies en firent périr beaucoup.
On trouva en certains endroits, jusqu’à quatre pieds d’épaisseur, de ceux qui étaient morts les uns sur les autres; ils infectaient l’air, et les bœufs, ainsi que les autres bestiaux qui en mangérent parmi l'herbe, en moururent presque aussitôt.
En 1747 et 1748 la Hongrie, la Bohême et l'Allemagne essuyèrent ce même fléau, qui reparut, avec les mêmes ravages, qu’en 1542.
Enfin , en 1755, nous avons vu les sautrios se répandre sur quelques endroits du Portugal, et ravager les campagnes peu de temps avant le tremblement de terre qui se fit sentir à Lisbonne le 4° de novembre.
Le sautrio , qui cause tant de ravages, s’accouple vers le mois d’août : la femelle monte sur le mâle, comme toutes les autres sauterelles, et elle pond peu après un ovaire brun, ou plutôt vingt-cinq œufs, qu’elle enduit d’un mucilage écumeux, sortant de son derrière, qui lui forme une espèce d’enveloppe écailleuse qu’elle applique au pied des plantes, proche la terre, surtout dans les terrains sablonneux.
Les petits n’éclosent qu’à la fin d'avril; ils muent trois fois, à peu près tous les vingt-quatre ou vingt-cinq jours,