FAM. DES SAUTER, — RAVAGES DES SAUTRIOS
savoir : à la fin de mai, vers la mi-juin, et à la troisième mue, qu’ils subissent vers le commencement de juillet, ils sont dans Pétat de nymples, où ils restent encore vingtquatre à vingt-cinq jours ; de sorte qu’ils ne deviennent insectes ailés et en état de s’accoupler et d’engendrer que vers la fin de juillet ou au commencement d’août.
Les ravages que fait le sautrio d'Afrique diffèrent peu de ceux que nous avons rapportés du sautrio d'Europe, quoiqu'il soit d’un dixième plus petit ; néanmoins, comme il est plus nombreux, qu'il s'élève plus haut, qu’il voyage plus loin, qu’il s’en forme à peu près tous les ans une égale quantité dans un pays sablonneux et très-see pendant huit à neuf mois, ses ravages sont et plus fréquents et plus étendus. Pour en donner une idée, il suifira de rappeler ici ce que j’observai, au sujet d’un de ces nuages, à mon arrivée à Gambie, en février 1750 (Voyage au Sénégal,p.87).Trois jours après, nous étions en rade : il s’éleva au-dessus du vaisseau, vers les huit heures du matin , un nuage épais qui obscurcit l’air en nous privant des rayons du soleil. Chacun fut étonné d’un changement si subit dans Pair, qui est rarement chargé de nuages dans cette saison ; mais on reconnut bientôt que la cause en était due à un nuage de sautrios. Ii était élevé d'environ vingt à trente toises au-dessus de la terre, et couvrait un espace de plusieurs lieues de pays, où il répandait comme une pluie de sautrios, qui y paissaient en se reposant, puis reprenaient ieur vol. Ce nuage était apporté par un vent d'est. il fut toute la matinée à passer sur les environs, et on pensa que le même vent le précipita dans la mer. Ils portèrent la désolation partout où ils passèrent; après avoir consumé les herbages, les fruits et les feuilles des arbres, ils attaquèrent jusqu’à leurs bourgeons et leurs écorces; les roseaux mêmes des couvertures des cases, tout secs qu’ils étaient, ne furent point épargnés; enfin
ils causèrent tous les ravages qu’on peut attendre d’un insecte aussi vorace ; mais la végétation est si prompte en ce pays que quatre jours suflirent pour couvrir les arbres de nouvelles feuilles, et pour faire oublier tout le mal que ces sautrios avaient fait.
Les Hébreux appelaient ces sautrios arbé, à cause de leur multitude.
Orose nous apprend que l’an du monde 3800, il parut en Afrique un nombre incroyable de sautrios qui, après avoir consumé toute la verdure , se noyèrent dans la mer d'Afrique, et jetèrent une puanteur si violente qu’on crut qu’il mourut plus de trois cent mille hommes à cette occasion.
Quand ces insectes volent en société, ils font un grand bruit.
A Bassora, en Perse, il passe quatre ou cinq fois l’année de semblables nuages de sautrios.
En Chine on en voit aussi, mais rarement, et seulement dans les années sèches qui suivent les inondations ; ces nuages sont même si petits que souvent leurs ravages ne se font sentir que dans l’espace d’une lieue pendant que le reste du pays en est exempt.
Quelque dégoûtant que semble le sautrio, il y a cependant des hommes qui en mangent, et il y en a eu de tout temps: saint Jean-Baptiste en a mangé dans le désert; c'était une nourriture connue dans la Judée, puisque Moïse avait permis aux Juifs d’en manger des quatre sortes qui sont spécifiées dans le Lévitique, sous les noms de arbé, argol, hagab, selbas (Lévitique, c. 41, vers. 21, 22). Selon Aristophane, on les portait de son temps dans les marchés d'Athènes, comme on y vend les oiseaux chez nous. Dans les pays orientaux et dans les déserts de l'Afrique, il y a des acridophages, c’està-dire des mangeurs de sauterelles. Ces peuples les mangent