FAMILLE DES PUNAISES. — COCHENILLE
appelés pastles, dans chacun desquels on met douze à quatorze cochenilles. On place deux ou trois de ces nids sur chaque feuille ou articulation de la plante, en les assujettissant entre leurs épines; quelques jours après, ces cochenilles mettent au monde des milliers de petits vivants qui n’ont pas un quart de ligne de grandeur et qui se dispersent bientôt assez également sur toute la surface de chaque articulation, choisissant les endroits où lécorce est plus verte, plus succulente, pour s’y fixer en y enfoncant leur trompe en aiguillon et en pomper continuellement le suc qui doit les nourrir jusqu’à leur entier accroissement.
Ce n’est qu’au bout de quatre mois que ces petits y parviennent, et ils sont en état d’être cueillis. On fait tous les ans trois récoltes : la première est la moins considérable, elle consiste à enlever au bout d’un mois les nids et les cochenilles qu’on avait mis dedans pour multiplier ; la seconde récolte se fait le quatrième mois, c’est-à-dire trois mois après, c’est le produit de la première génération semée qu’on enlève avec un pinceau. On laisse sur chaque articulation environ trente femelles ou grosses cochenilles qui produisent une seconde génération qu’on recueille au bout de trois ou quatre autres mois, c’est la troisième et dernière récolte. On laisse encore quelques mères pour multiplier et produire la troisième génération.
Lorsque la saison des pluies et des froids approche, les Américains coupent les pencas ou les articulations de la raquette, qui sont chargées de jeunes cochenilles de la troisième et dernière génération, et les transportent dans leurs habitations, où elles croissent à l'abri, parce que ces articulations se conservent vertes pendant trois ou quatre mois; c'est de ces cochenilles qu’on tire les plus grosses pour mettre dans des nids, comme nous lavons dit, sur l’opuntia. Dès que la mauvaise saison est passée, on racle ensuite
ces tiges ou articulations séparées pour enlever les cochenilles qui sont de différentes grandeurs et mêlées avec les nouveau-nés ; cette dernière cochenille est inférieure, et les Espagnols lui donnent le nom de granilla.
La cochenille recueillie sur les pencas ou raquettes cultivées, est plus estimée que celle qui vit sur les raquettes sauvages et plus épineuses ; elle fournit plus de teinture et de plus belle qualité.
Dès qu’on a recueilli la cochenille, il faut la faire mourir et sécher aussitôt si on ne veut pas risquer de la voir moisir ou diminuer par la sortie des petits, que les mères mettraient au monde si on leur en laissait le temps. Il y à trois manières de la faire sécher et de la faire périr : la première, c’est en la mettant dans des corbeiïlles qu’on plonge dans Peau chaude; par ce moyen leur corps se dépouille en partie de son duvet blanc et paraît brun rouge; on la nomme renegrida. Dans la seconde, on la met sur des plaques appelées comales, qui ont servi à faire cuire le maïs; comme elles sont sujettes à être trop chauffées on les nomme negra ; la troisième manière, qui est la meilleure, consiste à les faire sécher dans des fours nommés femascales ; elle est blanche, sur un fond rongeûtre ou jaspé, et on l’appelle jaspeada.
Trois livres de cochenille vivante ainsi desséchée ne pèsent plus qu’une livre. Elle conserve sa vertu colorante sans aucune altération, pendant plus de cent trente ans suivant les expressions de M. Hellot.
Le Mexique fournit tous les ans à l’Europe environ neuf cent mille livres pesant de cochenille, dont un tiers seulement de cochenille sauvage, qui produisent au commerce plus de quinze millions en argent.
La plus grande partie de ce qui se consomme de cochenille en Europe est employée dans la teinture en écarlate ou en cramoisi, ou pour faire le carmin ou le plus beau