‹ Cours d'histoire naturelle fait en 1772Chapitre 126 sur 201 · FAMILLE DES PUNAISES. — KERMÈS · texte numérisé non relu

FAMILLE DES PUNAISES. — KERMÈS

rouge à farder la peau. A Constantinople, on teint, c’est-àdire on imbibe d’une teinture de cochenille très-vive, du crépon ou linon très-fin qui se vend dans le commerce sous le nom de bezetra, qui sert à colorer les liqueurs à lesprit-devin et à farder, après l’avoir imbibé d’un peu d’eau. Celui qu’on contrefait à Strasbourg est bien inférieur, ainsi que la laine nakara du Portugal, qui s'emploie aux mêmes usages.

La cochenille est sudorifique et diurétique; on dit que les Italiennes en font usage pour empêcher l’avortement; on l’emploie dans l’hydropisie et lischurie.

Le KERMÈS, chermes, Oflic., forme un genre facile à distinguer de celui de la cochenille, en ce que : 1° sa femelle n’a point d’ailes, et forme une espèce de coque lisse comme cartilagineuse en bateau renversé; 2° son mâle a deux ailes horizontales croisées, et deux à quatre filets à la queue.

J'en connais plus de vingt espèces, parmi lesquelles on peut compter celle de l’oranger, de la vigne, du tilleul et du chêne vert.

Le kermès du petit chène vert est commun en Provence, en Espagne et en Grèce, dans l’île de Candie, où on s’étudie à le multiplier, pour en tirer la teinture appelée proprement l’écarlate ou cramoisi, mais qui est inférieure à celle de la cochenille.

C’est un insecte semblable à une coque hémisphérique, comme membraneuse, lisse, luisante, de trois lignes de diamètre, qui vit sur les feuilles et les jeunes branches du petit chêne vert, appelé ilex cocciglandifera, qui croît à la hauteur de deux à trois pieds sur les collines pierreuses des côtes de la Méditerranée.

Vers le commencement du mois de mars, les femelles qui ont passé l'hiver dans les enfourchures des branches, pondent sous elles, avant de mourir, environ deux mille œufs sphéroïdes, qui éclosent bientôt après, se dispersent sur les

yeuses, et se fixent pour jamais dans un lieu où ils parviennent à toute leur grosseur vers la fin de mai, temps où ils pondent leurs œufs pour mourir aussitôt après. Ces œufs éclosent sous le ventre de la femelle, qui en est pleine, et semblable à une peau fine, brune, hémisphérique, collée et appliquée si étroitement sur les branches que les petits sont souvent forcés de la percer pour voir le jour. Ces petits du mois de mai sont ceux dont les femelles doivent passer Phiver, pour multiplier au premier printemps prochain. Parmi eux, il y a des mâles qui, dans les premiers instants de la naissance, ne diffèrent pas de la femelle; qui se fixent d’abord comme elle, mais qui se métamorphosent sous leur coque en une nymphe, qui, devenue insecte ailé à deux ailes horizontales comme le cousin, soulève sa coque, en sort le derrière le premier, saute brusquement comme la puce, et voltige pour chercher les femelles sur lesquelles il monte, se promène de la tête à la queue, et avec lesquelles il s’accouple.

Le kermès qui vit sur les yeuses voisines de la mer est plus gros, plus rougeâtre que celui des arbrisseaux qui en sont éloignés. Sa récolte se fait avant le lever du soleil; des femmes le détachent avec leurs ongles et font attention pendant la récolte à ne les pas laisser manger par les pigeons, qui les aiment beaucoup, quoique ce soit pour eux une mauvaise nourriture, et à arroser de vinaigre celui qu’on destine pour la teinture, et à le faire sécher. Ce premier lavage leur procure une couleur rougeâtre; on les lave ensuite dans du vin; on les fait sécher au soleil, on les frotte dans un sac pour les lustrer; ce frottement en fait sortir les œufs sous la forme d’une poudre rouge ; on les enferme ensuite dans des sachets où l’on a mis suivant la quantité qu’en a produit le grain, dix à douze livres de cette poudre par quintal. Plusil y a de cette poudre, plus lesteinturiers

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prisent le kermès. La coque qui enferme cette poudre s'appelle la graine d’écarlate.

Le kermès sert pour la teinture de la laine et de la soie en un cramoisi, moins beau que celui de la cochenille.

On l’emploie aussi en médecine, comme astringent corroborant et aphrodisiaque, pour l’avortement; en pulvérisant ses coques, les laissant digérer pendant sept à huit heures dans un lieu frais, et en exprimant le suc, qui, dépuré et mêlé avec deux fois autant de sucre, forme une conserve liquide et cordiale connue sous le nom de sirop de kermès ; avec la poudre rouge ou les œufs du kermès pressés avec les doigts, on forme des pastilles qu’on fait sécher au soleil, et qu’on envoie dans les pays étrangers sous le nom de pastilles d’écarlate, ou écarlate de graine.

La PUNAISE, cimeæ, Plin. Je ne connais encore que deux espèces d’insectes de ce genre, quoique les modernes aient, comme nous l’avons dit, confondu sous ce nom plus de soixante-dix-sept espèces qui forment plus de vingt genres, dont la moitié appartient à la famille des cigales.

La punaise des lits, cimex, Plin., est un insecte particulier aux climats tempérés, surtout de l’Europe et de PAsie vers la Chine; je ne l’ai point rencontrée dans mes voyages au Sénégal; elle ne vitguère qu’une année, périssant communément pendant l'hiver vers le mois d’octobre, après avoir pondu environ quarante à cinquante œufs cylindriques, oblongs, ouverts en haut, appliqués par le côté le long des murs et des bois de lits, ou des cloisons en sapin.

On reconnait aisément cet insecte à ce que son corps esl lenticulaire, très-déprimé, un peu plus long dans les mâles qui semblent pointus, et à ce qu’il n’a jamais d’ailes, mais seulement des moignons, lorsqu’après avoir subi plusieurs mues, il est parvenu à sa dernière période de grandeur. Personne, avant moi, n'avait aperçu ses moignons. Alors ils

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s’accouplent , le mâle montant sur sa femelle, et ensuite lui tournant le derrière, queue à queue, les têtes opposées sur le même plan.

Les petits naissent vers le mois de mai, temps où sortent les vieilles punaises qui ont résisté aux froids de lhiver.

Quoique la punaise se nourrisse du sang de l’homme, elle suce aussi quelquefois ses semblables. Elle fuit la lumière et ne sort que la nuit; une chose qui lui est particulière, c’estqu’à moins qu’elle ne soit très-proche du corpshumain, elle aime mieux se laisser tomber perpendiculairement du haut du lit ou du plancher sur son visage, que sur quelqu'autre partie nue de son corps, que de voyager sur son lit.

On assure que les Chinois aiment l’odeur de la punaise.

De tous les moyens qui ont été employés jusqu'ici pour faire périr ces insectes, comme les fumigations de tabac, de soufre, etc., il n’y en a point de plus efficace qu’un extrait du suc d'ail et de poireau, dont on frotte exactement et avec le dernier scrupule tous les endroits où il y a des œufs de ces insectes; je parle d’après expérience.

Après la punaise vient naturellement la PUCE, que tous les modernes ont placée avec les crustacés, quoiqu’ils sussent qu’elle est sujette à une métamorphose, qu’elle naît d’abord d’un œuf sous la forme d’un ver allongé, cylindrique, à quatorze anneaux et à six pattes.

La puce diffère de la punaise en ce que 1° son corps est ovoide, très-comprimé par les côtés; 2° ses tarses ont chaeun cinq articulations au lieu de trois; 5° elle saute. Nous en connaissons plus de six espèces; les chiens, les chats, les lapins, les rats ont chacun leur espèce ; on en trouve dans les nids des hirondelles de rivage : ce qui prouve que ce sont des espèces, c’est qu'indépendamment de la différence de leurs formes, il est rare qu’elles attaquent l’homme.

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