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FAM. DES PHAL. — CHENILLE DU TITHYMALE

Ces chenilles passent ainsi près de deux mois ou les deux tiers de leur vie à voyager de leur arbre à ceux d’alentour, se filant un autre domicile semblable à une vieille toile d’araignée, qui se confond facilement avec ces grosses bosses qui se forment sur le tronc des arbres. Ce nid est remarquable par son volume : il a souvent un demi-pied de largeur sur un demi-pied de longueur ; elles le fortifient d’une toile doublée et redoublée; il a deux ouvertures, l’une pour entrer, l’autre pour sortir. Dans l'intérieur elles se filent chacune leur coque, dont l’assemblage forme des espèces de gâteaux. Leurs poils entrent dans la construction de leurs coques, mais non pas entiers; elles les coupent en plusieurs morceaux, et de soyeux et souples qu’ils étaient sur leur corps, ils deviennent si piquants que lorsqu'on ouvre ces nids ils voltigent comme une poussière qui, entrant dans la peau, y cause de fortes démangeaisons.

13° Famizce. LES PHALÈNES, PHALÆNX.

Les papillons de cette famille ne différent presque de ceux de la famille des ambulons que parce que leurs chenilles, qui ont pareillement seize pattes, portent des tubercules sensibles où une corne sur la queue.

Ils comprennent treize genres qui peuvent se diviser en trois sections, dont la première, des sphinx, contient ceux dont la chenille à une corne sur la queue, comme l’elpénor, le papillon tête de mort, morosphinæ, le sphinx etle ver à soie, bombyx ; la deuxième section, des phalènes, contient ceux dont la chenille est tuberculée, sans corne sur la queue, et le papillon sans sucoir, comme la phalène, phalæna, ou le papillon-paon , la livrée, annularis, ou le zigzag, la chenille à oreilles de l’orme. La troisième section comprend les pa-

pillons à sucoir, dont la chenille est tuberculée, sans corne sur la queue.

4e Srcriox. LES SPHINX À CHENILLE A CORNE SUR LA QUEUE.

L’ELPÉNOR , ou la chenille du tithymale, est une des plus belles de l’Europe , et mérite par là d’être connue. Elle est de celles dont la tête ou le cou s’allonge en groïn de cochon. Sa tête est ronde et son corps chagriné.

Dans sa jeunesse elle est verte, avec trois lignes jaunes et des points blancs; adulte elle est noirâtre, avec trois lignes rouges et des points jaunes, mais luisante comme le plus beau vernis.

Le papillon de celles qui ont passé l'hiver dans leur coque, maçonnée sous terre dans le sable, est lilas ou incarnat, taché de vert, avec du rouge aux ailes inférieures. Il ne sort que la nuit, voltige en planant, comme l’épervier, mais d'un vol précipité et roide, pour sucer le miel des fleurs avec sa trompe; ses antennes sont prismatiques, à trois angles.

Il sort de sa coque en mai, s’accouple et pond aussitôt ses œufs sur le tithymale à feuilles de cyprès, tithymalus cyp«rissius. Les petites chenilles en éclosent dans le même mois ou en juin. On les trouve alors en quantité jusqu’en juillet sur le tithymale, surtout entre Verberie et Compiègne. On peut les nourrir également avec les feuilles de toute autre espèce de lithymale , comme le réveil-matin ou même Pépurge. Quoique le lait de cette dernière soit très-âcre et purgatif, il ne lui fait aucune impression; elle en mange même quelquefois en vingt-quatre heures le double de ce qu’elle pèse, comme font presque toutes les chenilles de

cette section, qui sont appelées cochonnes aussi bien à cause de leur voracité qu’à cause de leur forme.

C’est à la fin de juillet ou en août que cette chenille s’enfonce à deux pouces sous le sable, pour s’y filer une coque maçonnée en partie avec le sable, dans laquelle elle se mé tamorphose en fève ovoïde, avec une longue pointe au derrière.

Quelquefois cette nymphe se métamorphose en papillon en automne, c’est-à-dire en septembre et octobre, lorsqu'il fait chaud ; et alors ce papillon s’accouple, fait sa ponte sur le tithymale; mais pour lordinaire elle passe l’hiver sous terre pour se métamorphoser en mai.

Le MorosPaiNx, ou le papillon tête de mort, est plus rare aux environs de Paris que celui du tithymale ; je Pai cependant trouvé dans les bois de Verrières, au-dessus de Châtillon. Celui du Sénégal paraît être de la même espèce, et on le trouve en Égypte et en Angleterre; son nom lui vient de ce que, indépendamment de sa couleur neire veinée de fauve obscur, son corselet porte une espèce de face fauve, avec deux points noirs qui imitent en quelque sorte une tête de mort. À cette image funèbre se joint une espèce de cri qui n’a été observé dans aueun autre papillon, et qui est dû à un frottement rude de sa trompe entre ses deux antennules. Ce papillon fut plus commun que d’ordinaire, il y à quelques années, dans certains cantons de la Basse-Bretagne. Dans un temps où il régnait des maladies, il n’en fallut pas davantage pour répandre Palarme et Peffroi dans l’esprit du peuple, qui lui donna, pour cette raison, le nom de papillon de la mort, le regardant comme le présage du malheur et comme l’avant-coureur de la mort.

Ce papillon vit à peu près comme l’elpénor du tithymale, c’est-à-dire que, pour l'ordinaire, il passe Phiver dans sa coque, sous le sable, et ne devient papillon qu’en mai,

où il s’accouple et pond aussitôt sur le jasmin, le troëne, le lilas, la fève de marais et le chou.

La chenille qui en naït diffère de celle de Pelpénor du tithymale seulement en ce qu’elle n’a pas le cou allongé en groin de cochon; elle est jaune, avec des boutonnières bleuàtres, et sa queue est roulée en spirale à son extrémité.

A la fin de juillet et en août, elle se file sur le sable une coque dans laquelle elle se change en fève pour prendre des ailes le quarante-cinquième jour, c’est-à-dire en septembre et en octobre, s’accoupler et pondre ses œufs.

La chenille qui porte le nom de spminx tient ordinairement sa Lête relevée comme l’animal fabuleux que les peintres et les sculpteurs représentent sous le nom de sphinr. Elle est lisse, à corne simple.

Celle du liseron, convolvulus major, AÏb., est plus grande que celle du troëne et du lilas, verte de même, mais à boutonnières jaunes et non pas violettes.

Vers la fin d’août et en septembre, elle se file sous le sable une coque dans laquelle elle se métamorphose en une chrysalide dont la trompe est dégagée, et forme une espèce d’anse ou d’anneau.

Elle passe ainsi l'hiver, et ne devient papillon que huit à neuf mois après, c’est-à-dire en mai. Ce papillon est cendré brun, veiné de gris, à corps annulé de noir et de rouge.

Le vER A S01E, bombyx, Plin., diffère de tous les autres genres de cette section des sphinx en ce que, 1° ses antennes, au lieu d’être prismatiques, sont à deux peignes tournés du même côté; 2° il n’a point de sucoir ; 5° sa chenille est lisse, à tête ronde; 4° elle se file une coque sur les plantes.

On n’en connaît qu’une seule espèce, qui fournit deux variétés : l’une à chenille blanche, dont la soie est blanche ou verdätre; Pautre à chenille noire, qu’on appelle procencile, qui est plus grosse, dont les cocons sont plus gros et

d’une soie jaunâtre. Elles ont une corne sur le douzième anneau et quatre petites taches en croissant qui indiquent la place qu’auront par la suite les ailes du papillon, savoir : deux plus grandes sur le sixième anneau, y compris sa tête, et les deux autres sur le neuvième, c’est-à-dire sur la troisième paire des pattes membraneuses.

Cet insecte est originaire du pays des Sères, en Asie, suivant les anciens, c’est-à-dire de la Chine. On le trouve naturellement sur les mûriers sauvages de ces pays, surtout dans la province de Canton, et dans le Tunquin, où le printemps presque perpétuel couvre ces arbres d’une verdure rarement interrompue. Son papillon y produit deux fois l’an : celui qui parait en automne colle sur les branches du mûrier ses œufs, qui y passent l’automne et l’hiver sans danger, et qui n’éclosent en chenille que vers la fin d'avril ou en mai, temps où le mûrier commence à se couvrir de nouvelles feuilles ; au bout de cinq semaines, c’est-à-dire vers le comcement de juin, les chenilles de cette première ponte se filent, entre les branches de ces arbres, une coque où elles se métamorphosent en nymphes, et deviennent papillons vers la fin du même mois, au plus tard vers le commencement de juillet; de sorte que leurs œufs qui sont pondus alors sont devenus de même papillons deux mois après ou vers le 1° septembre, et ce sont les œufs de ceux-ci qui n’éclosent qu’au printemps suivant.

Néanmoins , comme ces insectes sont du goût de nombre d'oiseaux qui en rendent l’espèce moins commune, et quoique l’on puisse les préserver de ces oiseaux au moyen de filets tendus sur les müriers, les Chinois, qui font dans leur vaste pays une consommation de soie beaucoup plus grande que tous les autres pays de lunivers, suivent de tout temps la pratique de les élever dans des appartements destinés à en multiplier lespèce.

Il n’y à pas encore longtemps que nous avons fait passer en Europe cette branche précieuse d’un commerce presque aussi avantageux que celui de Por. Ce ne fut que sous le règne de Henri II qu’on apporta les premières chenilles à soie, qu’on en fila les coques dans nos manufactures ; et ce prince fut le premier de sa cour qui porta des bas de soie. Les étoffes de soie étaient si rares alors qu’elles se vendaient au poids de l'or, et les empereurs seuls en portaient. Aujourd’hui il n’y a presque pas de pays, entre la Chine et le Danemark, qui ne s’occupe de ces objets.

La Chine et l’Indostan, quoique très-riches en soie, en fournissent peu à l’Europe, parce que leur soie y est moins estimée pour l’usage des fabriques que celle que lon tire du Levant: le peu qui en vient est destiné entièrement à la fabrique des gazes.

Celles que nous préférons pour nos fabriques viennent de la Perse par les caravanes qui les apportent à Smyrne; mais les guerres cruelles qui dévastent cet empire en ont beaucoup diminué l’exportation.

Le fil de soie que fournissent les îles de l’Archipel est dur et trop cassant dans le travail, et par là peu recherché.

L'Espagne recueille beaucoup de soies de Grenade, qui sont très-fines, très-unies , lustrées et très-estimées.

La Sicile est encore très-riche par les siennes, dont les Florentins, les Génois et les Luquois font le principal négoce.

Celles du Piémont sont très-estimées, et la France en recueille d’une qualité presque aussi belle, surtout dans les provinces méridionales, où la culture des mûriers est encouragée, au point qu'aujourd'hui la somme de nos récoltes annuelles en soie égale celle que nous achetons à l'étranger.

Enfin, quoique les climats tempérés soient les plus propres à élever des vers à soie, néanmoins plusieurs états du

nord, comme la Prusse et le Danemark, coinmencent à culliver des müriers et à élever des vers à Soie; mais, comme il n’y à que peu de cantons où lexposition soit favorable au mürier, on peut prédire d'avance que les fabriques de soie seront toujours très-bornées dans ces pays et dans ceux des climats aussi froids.

La bonté et la beauté de la soie dépendent des climats sous lesquels les chenilles à soie ont été élevées, des soins qu’on prend d’elles et de l'espèce de mürier dont on les nourrit. Nous allons exposer en abrégé les pratiques qui réussissent le mieux dans nos climats tempérés.

La chambre ou les chambres qu’on destine à l'éducation des chenilles à soie doivent être exposées dans un licu bien sec, au soleil levant, à l’abri des vents du nord et du midi, et si exactement closes que les oiseaux, les chats, les rats, les souris, lézards et animaux semblables ne puissent y entrer. Les fenêtres doivent être vitrées et couvertes de fortes toiles si elles sont exposées au midi. Au milieu de chaque pièce ainsi conditionnée, on élève plusieurs carrés longs, distants de trois pieds, de trois pieds de largeur, formés par quaire colonnes, partagés en trois ou quatre étages ou davantage sur la hauteur du plancher, de planches à coulisse distantes d’un pied et demi à deux pieds les unes au-dessus des autres. Sur chaque étage on étend des claies qui ont un rebord de deux à trois pouces. Ces lieux d'éducation de chenilles à soie s'appellent {abarinages.

On donne le nom de graine aux œufs de la chenille à soie. Celle du Piémont et de la Sicile passe pour la meilleure, et ensuite celle de l'Espagne. Quelques auteurs disent qu'il faut la renouveler tous les quatre ans; d’autres prétendent que celle qu’on recueille dans les cantons où on en élève, résiste mieux au chmat avec lequel elle est naturalisée, et à plus d’analogie avec le mürier qui y croit; et ce dernier seri-

timent nous parait plus vraisemblable. Un gros de graine contient environ cinq mille œufs, qu’il faut réduire à deux mille cinq cents, parce qu’il périt ordinairement la moitié des chenilles avant qu’elles filent leurs cocons; et deux mille cinq cents cocons rendent environ une livre de soie. Cette graine est gris-bleuâtre.

Il ne faut faire éclore la graine des chenilles à soie que lorsque les feuilles du mürier commencent à se développer, c’est-à-dire que lorsque la température de Pair se soutient entre quinze ct seize degrés à midi, ce qui arrive entre le 10 et le 15 avril dans le midi de la Provence et du Languedoc, et seulement vers le 10 ou 12 de mai dans celui de Paris. Cette même chaleur, continuée pendant trois jours, fait éclore la graine, et elle est préférable à !a chaleur artificielle, parce qu’elle fait éclore plus également et en plus grand nombre les œufs, au lieu que la chaleur artificielle en fait périr souvent plus de la moitié. Néanmoins l’usage de la chaleur artificieHe est plus général dans les pays où l’on fait deux couvées successives dans la même année, comme la Toscane, et dans les climats sujets à de grandes variaüHions, comme la Touraine.

La couvée artificielle se fait ainsi : on divise la graine par petits paquets d’une once, qu’on enferme dans un nouet de toile fine recouvert d’un morceau de drap. Ces paquets se portent de jour dans les poches de la veste, et se mettent ia nuit sur la couverture du lit, qui ne leur donne qu’une chaleur de quinze à vingt degrés; ils ne doivent jamais approcher davantage de la peau, parce que la chaleur humaine, qui va communément de trente-un à trente-trois degrés, en ferait périr la plus grande partie. Au bout de deux ou trois jours, la moitié des œufs sont éclos; on les verse dans des boites sans odeur, foncées d’un papier blanc, sur un lit de coton ou de laine sans odeur, en mettant par-dessus eux de

jeunes feuilles de mürier. Les boîtes doivent être entretenues dans une chaleur continuelle de quinze à seize degrés. Cette chaleur est même la plus convenable à la chenille pendant toute sa vie, et ne doit pas dépasser dix-huit degrés. Par ce moyen, les œufs qui sont en bon état éclosent en moins de trois ou quatre jours; ceux qui ne sont pas éclos au cinquième, n’éclosent jamais , et alors on recommence la couvée, ou on la continue avec de nouvelle graine.

On visite deux fois par jour les boîtes dans lesquelles on a versé la graine et les chenilles qui en sont écloses, et, à chaque fois, on ôte les feuilles anciennes qui sont couvertes de chenilles ; on les place ainsi dans d’autres boîtes, foncées pareillement de papier, sur du coton, et on remet de nouvelles feuilles sur elles et sur les œufs, et on continue ainsi jusqu’à ce que tous soient éclos, ce qui dure environ quatre à cinq jours.

Le mürier blanc de Provence, à feuilles entières, épaisses, lisses et luisantes, appelé aussi mürier romain, mûrier dEspagne , mürier de bonnes feuilles, est préféré à celui qui a les feuilles découpées et à toutes les autres espèces par ceux qui élèvent des chenilles à soie, parce que ses feuilles sont plus tendres, et qu’ils les mangent entièrement. La pratique des Piémontais, qui divisent leurs plantations de müriers en trois, quatre ou einq coupes pour en éteter un tous les ans, est la meilleure de toutes, parce que, en tenant ces arbres toujours nains, leur feuille est plus large, plus aisée à cueillir ; ces arbres sont plus vigoureux et ne deviennent pas rabougris, comme ceux qu’on effeuille deux fois dans la même année, ou qu’on retaille à chaque cueillette. Dans le Levant, où la graine de mürier lève plus facilement que dans le reste de l’Europe, on fait de grands semis de müûriers qu’on laisse croitre pendant deux ou trois ans. C’est ce

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