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qu’on appelle la pourette, avec laquelle on nourrit les chenilles à soie depuis leur naissance jusqu’à cè qu’elles filent ; mais dans nos pays il est plus avantageux de border les terres et les champs de müriers qu’on tiendra nains, et qu’on divisera par coupes suivant la méthode du Piémont.
Il faut avoir une grande attention de ne point donner aux chenilles à soie des feuilles mouillées pour qu’elles les dévorent : pour cela on ne les cueiile que quand le soleil en a dissipé la rosée ; ou, si le temps menace de pluie, on les cueille d’avance en les gardant dans un lieu frais ; si on à été prévenu par la pluie, on les fait sécher avant que de les leur donner.
On recommande encore aux cueilleurs d’avoir les mains nettes, sans odeur de muse, d’ail, de tabac, etc.; néanmoins le peuple de la Provence, du Languedoc, de Pltalie, sent Pail, et souvent à l’excès,et quelques économes prétendent qu'on ranime les chenilles en les parfumant avec la fumée du iabac et des plantes aromatiques; toutes les fois qu’on les nettoie, on frotte aussi les planches de Patelier avec du fort vinaigre.
Il faut les nettoyer une fois par jour, ce qui se fait après avoir présenté un filet chargé de feuilles sur lesquelles les chenilles montent et qu’on enlève après pour nettoyer Îes claies; on leur donne une fois par jour des feuilles dans les premières mues, et quatre fois dans les dernières.
Chaque millier de chenilles consomme cinquante livres pesant de feuilles depuis leur naissance jusqu’à leur filage, et depuis sa quatrième mue jusqu’à sa montée, il consomme à peu près le double de ce qu’il a consommé depuis sa nuissance jusqu’à cette mue. C’est en tout trois gros pesant pour chacun.
Il est certain qu’il y a un grand avantage à faire éclore Îles chenilles à soie de bonne heure, c’est-à-dire vers le 1° d’a-
vril, afin de leur faire filer leur coque avant le 15 juin, soit pour leur sauver le temps des orages, qui corimencent à devenir plus fréquents alors, soit pour en faire une seconde couvée, depuis le 15 juin jusqu’au 15 août ou au 1° septembre. Mais il est rare qu’on ait des feuilles nouvelles dès le 4er avril, même des pourrettes qu’on sème quelquefois dans cette vue sous des abris bien exposés au soleil. Dans ces cas, on peut hâter quelques pieds de müûrier en les arrosant avec de Peau chaude, ou en fouiliant les racines et en les arrosant de chaux vive; mais ces arbres périssent infailliblement. Les Chinois, pour n'être pas surpris, cueillent en automne les feuilles du müûrier avant qu’elles commencent à jaunir; ils les font sécher au four et les broient presqn’en poudre, puis les conservent dans des pots de terre bien bouchés. Quelques économes les font sécher dans un grenier, et, dès que la chenille est éclose, ils les font bouillir dans Peau, puis les laissent tremper pendant une minute, ce qui leur rend leur verdure, et, après les avoir essuyées, ils ies donnent aux chenilles.
On sait que les chenilles à soie mangent aussi des feuilles de müûrier blane, de laitue, de chou, d’ormeau, d’ortie, de figuier, de rosier et de ronce; mais ce changement de feuilles leur fait beaucoup de tort. Lorsqu'on leur donne des feuilles trop jeunes, ils deviennent gras etmeurent de cette maladie.
Les müriers dépouillés de leurs feuilles en mai, en reprennent de nouvelles en juin.
Les chenilles à soie sont sujettes à quatre mues, chacune de sept à dix jours environ, qui comprennent cinq âges de leur vie, dont le premier se compte depuis leur naissance jusqu’à la première mue, et le cinquième depuis la quatrième mue jusqu’au moment où elles filent leurs coques et deviennent chrysalides. Elles sortent de l’état de chrysalide pour prendre des ailes, au bout de vingt jours, et vivent
encore cinq à six jours, dans l’état de papillon, jusqu’au moment de la ponte de leurs œufs, de sorte que, quoiqu’on en voie encore vivre quelque temps après, leur vie totale, depuis la naissance jusqu’à la ponte, peut être fixée à soixante-quinze jours ou deux mois et demi; deux jours et demi à trois jours avant chaque mue, elles se tiennent tranquilles, la tête levée, sans manger.
Lorsqu’elles vont faire leur coque, elles se promènent toujours sans penser à manger, et deviennent jaunâtres; alors on dispose entre les tablettes des brins de bruyère en arcade, dans lesquels elles montent pour filer. Elles sont deux à trois jours à la filer entièrement.
Chaque femelle pond environ cinq cents œufs, et cent papillons, ou une livre de beaux cocons, donnent à peu près une once de graine. On se règle sur cela pour savoir la quantité de cocons qu’on doit garder, et on préfère pour cela les cocons doubles, qui seraient à rejeter pour la soie.
Les autres cocons se passent au feu vers le quinzième jour, à compter depuis le moment où les chenilles ont commencé à filer, pour en faire périr les chrysalides avant le temps où elles doivent devenir papillons et percer leurs coques.
Dans nombre d’endroits, on les plonge dans l’eau bouillante, et dans d’autres on les étouffe dans un four assez chaud pour les faire périr sans altérer leur soie et sans la faire roussir.
La soie qui peut se dévider de dessus une coque moyenne est de près de douze cents pieds, ou de deux cents toises de long, et sa bourre a presque autant.
L'usage ordinaire pour retirer la soie de dessus les coques, consiste à ôter d’abord le duvet : on jette ensuite les cocons dans l’eau chaude, on les agite avec quelques brins de balai pour en tirer les têtes ou les commencements des fils.
On assemble ainsi six à huit ou même plus de fils, suivant qu’on veut rendre la soie plus ou moins forte; on les fait passer par de petits anneaux, afin que les cocons ne montent pas plus haut, pendant que le dévidoir auquel ils sont attachés est mis en jeu ; les cocons restent toujours dans l’eau jusqu’à ce qu’ils ne fournissent plus de fils. Les ouvriers n’attendent pas que tout soit épuisé, parce que la couleur du fil change sur la fin et s’affaiblit. Cependant ce dernier fil a encore sa beauté, et on le dévide à part; pour cela on laisse les cocons dans l’eau jusqu’à ce que la glue soit enlevée, ensuite on les carde comme la bourre, alors on en fait une filasse de soie qu’on file au rouet pour faire des étoffes de moindre prix.
On distingue les soies en trois espèces et qualités, suivant les divers apprêts qu’on leur donne, savoir : 1° les soies crues; 2° les cuites; 3° les décreusées.
1° On appelle soies crues celles qui n’ont pas passé au feu, et que l’on dévide sans les faire bouillir ni rôtir.
2% On nomme soies cuites celles qu’on a fait bouillir pour en faciliter le filage et le dévidage, ce sont les plus fines de toutes celles qu’on emploie dans nos manufactures, où on fabrique les plus beaux ouvrages de rubanerie et les plus riches étoffes, telles que les velours, les satins, les damas, les taffetas, etc.
5° Les soies décreusées sont celles qui ont passé à l’aleali de savon ou à l’aleali pur de la soude, qui leur enlève une certaine quantité de parties ggmmeuses, qui diminue leur ressort, et les rend par là plus souples, plus faciles à travailler.
On donne le nom de soie grége à la soie crue que lon tire de dessus les cocons, sans la filer et sans lui donner aucun apprêt. Les pelottes ou masses qui viennent du Levant sont la plupart de cette sorte.
La soie apprêtée et moulinée se nomme orgamin.
L’étoupe, ou filasse soyeuse, ou filoselle, qui recouvre les cocons et tous les bouts de soie cassés, se cardent ensemble et font une bourre soyeuse dont on fait les petites étoftes appelées serges.
Deux mille cinq cents cocons choisis rendent une livre de soie, poids de marc, ce qui fait trois grains et demi et un huitième pour chaque cocon; il y en a qui rendent quatre grains {rois quarts, ceux-ci ont leur brin long de neuf cents aunes , et ceux de trois et demi n’ont que sept cent cinquante aunes.
On fait plusieurs usages des coques entières ou dont on dévide la soie; on les teint en diverses couleurs pour en faire des fleurs artificielles qui imitent beaucoup la nature.
La médecine fait encore usage de la soie comme astringent pour lépilepsie et lhémorrhagie.
2e Srcriox. LES PHALÈNES À CHENILLE TUBERCULÉE ET PAPILLON SANS SUCOIR.
La PHALÈNE, phalæna, forme un genre qui se reconnait par les antennes, qui sont à deux peignes ouverts dans les deux sexes.
On en connaît vingt espèces.
Le paon est le plus grand des papillons de l'Europe, il à cinq pouces et demi d'envergure et un œil bleu et rouge à chaque aile sur un fond brun, avec des zigzags blanchâtres.
Il paraît vers le 4° mai, ne voltige que la nuit où il s’accouple et pond sur les branches de Pabricotier, du prunier et des autres arbres à fruits en noyau, environ deux cents œufs sphéroïdes assez gros, jaunâtres, disposés sur plusieurs rangs.
La chenille qui sort de ces œufs, peu de jours après, est
la plus grande de toute l’Europe, longue et grosse comme le doigt medius. Elle est d’un vert jaunâtre et porte sur chaque anneau six tubercules bleus, terminés par un faisceau de sept poils rayonnants.
Cette chenille file vers la fin de juillet ou au commencement d’août,sous les pierres ou vers le pied des arbres, horizontalement, une grosse coque brune dans laquelle elle se métamorphose en chrysalide pour y passer Phiver, jusqu’en mai suivant où elle devient papillon. Cette coque est entièrement dure et, pour cette raison.formée de fils qui, à l’une des extrémités, sont rapprochés en une pointe qui imite les nasses d’osier disposées en entonnoir, et qui, par leur ressort, peuvent permettre au papillon d’en sortir, et en empêcher l'entrée aux autres insectes; c’est de là que lui vient son nom de coque en nasses ; sans cette précaution, il n’aurait pu sortir d’une coque aussi dure.
La LIVRÉE où lPannulaire est une petite phalène jaunâtre avec une bande brune qui traverse ses ailes, et à antennes à deux peignes tournés du même côté, qui paraît à la fin de juillet et en août, où elle pond ses œufs au nombre de deux cents environ, disposés sur douze à quatorze rangs, et réunis en un anneau circulaire autour des branches, des poiriers et pommiers, où il tourne quelquefois comme un anneau, d’où lui vient son nom.
Ces œufs résistent aux froids les plus rigoureux de Phiver, et il en sort au printemps des chenilles bleuâtres avec un filet blanc et quatre rouges le long du dos, qui leur ont valu le nom de livrée. Ces chenilles vivent en société, se filent en commun une toile où elles se retirent, et lorsqu'elles ont dévoré les feuilles d’un arbre, elles vont établir leur nid sur un autre, et le ravagent en peu de jours. Dans leur repos, on remarque une singularité, e’est qu’elles donnent toutes ensemble, en tout sens, des coups de tête très-brus-
ques et assez forts pour faire résonner une cloche de verre sous jaquelle on les tiendrait enfermées.
En juin, elles se dispersent pour se filer entre les feuilles une coque jaune clair, dans laquelle elles se métamorphosent en chrysalides qui deviennent papillons un mois après, c’est-à-dire à la fin de juillet et en août.
La CHENILLE À OREILLES DE L’ORME ET DU CHÈNE a été ainsi nommée par M. de Réaumur, parce qu’elle a, aux deux côtés de la tête, deux faisceaux de poils noirs plus longs que les autres, qui lui forment comme deux oreilles, elle est noire, semée de tubercules rouges.
Elle est commune en avril, sur l’orme, et file en juin et juillet sur les arbres et dans les encoignures des fenêtres des maisons, une coque verticale si mince, qu’elle ne parait composée que d’un réseau que forment ces poils, dans laquelle elle se métamorphose un mois après, ou en juillet et août, en une phalène dont le mâle est brun noir, une fois plus petit que sa femelle, qui est blanche avec trois lignes transversales ondées en zigzag.
Elle pond en août sur le tronc des ormes et sur les murailles, des plaques de plus de cinq cents œufs, couverts d’un poil gris blanc.
3° Srcrion. LES PHALÈNES A SUCOIR ET CHENILLE TU- BERCULÉE SANS CORNE SUR LA QUEUE.
Le PAPILLON FEUILLE MORTE, follina, Ad., ou paquet de feuilles sèches, ainsi nommé parce que, lorsqu'il est en repos, on le prendrait pour un paquet de feuilles sèches, paraît en août et pond sur le poirier, le pêcher, des œufs arrondis gris-bleu qui passent l'hiver pour n’éclore qu’au printemps.
Il y en a qui éclosent en novembre et dont les chenilles