FAMILLE. LES SOLES, SOLE Æ
Ces poissons se distinguent de ceux des autres familles en ce que : 1° leur corps est frés-aplati; 2 leurs nageoires ventrales sont attachées devant les pectorales ; 5° leurs yeux sont placés sur le méme côté de la tête.
Je les divise en cinq genres, savoir :
1° Le PLAR du Sénégal, corps long, pas de nag. pect., yeux à gauche, queueë reunie ;
20 Le PLEURONECTES de Surin., corps court, id. yeux à droite, queue distincte ;
3° La soLE, solea , corps long, deux nag. pect., id. queue distincte;
4° La LIMANDE, limanda, corps court, id. id.
queue distincte;
5° Le rurBorT, rLombus, id, id. yeux à gauche,
queue distincte.
Tous ces poissons nagent en restant au fond de l’eau.
Le genre de la SOLE , solea, se reconnaît à son corps long, à ses nageoires pectorales, à ses yeux qui sont placés sur le côté droit de la tête.
Il y en a quatre espèces, savoir :
1e La sole , solea, buglossus, Rond., la nageoire dorsale a 86 rayons;
2° L’asedia d’Espagne, id. 84rayons; 3° La pola, Belon, linguatula, id. 67 rayons ; 4e La pura double, de Marseille, id. 64 rayons.
La soLe, solea, a le corps cendré à droite, blanchäâtre à gauche , la ligne latérale et le bout des nageoires pectorales noirs.
Elle se trouve également dans l’Océan et dans la Méditerranée sur les fonds vaseux.
Comme elle n’a point de vessie d’air elle ne s'élève jamais à la surface de l’eau et se trouve pour ainsi dire sur le fond.
Elle y trouve abondamment sa nourriture qui consiste en œufs que les femelles des gros poissons vont déposer dans
des trous qu’elles font elles-mêmes. Par là elle détruit beaucoup de ces gros poissons.
* La sole, à son tour, devient la pâture des grands cale qui aan les jeunes; et les crevettes, les salicoques s’attachent aux plus petites dès leur jeunesse et les incommodent beaucoup.
Ce poisson est très-délicat et très-recherché , et les gens sensuels appellent perdrix de mer, à cause du bon goût de sa chair.
La rimaAnDE ne diffère de la sole qu’en ce que son corps est court et arrondi.
On en connaît six espèces qui sont :
io La limande, limanda, à 73 rayons à la nageoire dorsale ; 2 La plie, passer, vulgaire, à 72 id.
3° Le holibret, hippoglossus , Rond., à 115 id. ;
4° Le carrelet ou petite plie, guadrutulus.
5° Le flez , flesus ou flonde, 60 à 62 id.;
6° Le fletelet ( plus petit), fletessa.
La limande vit comme la sole et se trouve avec elle.
La plie entre dans les étangs maritimes et salines, et remonte les rivières fangeuses ; on en prend quelquefois dans la Seine, au pont Royal.
On en prend quantité dans l’étang de Montpellier et dans la Loire, alors elles deviennent plus molles et moins noires sur le dos que celles qui restent dans la mer.
Le mâle se distingue facilement de la femelle.
Ce poisson se cache dans le sable et dans le limon où on le prend aisément quand la mer se retire.
Sa chair est blanche, molle, facile à digérer, nourrissante et peu laxative.
En Hollande , en Flandre et surtout à Anvers on voit des magasins de ces poissons desséchés.
Quelques-uns regardent le carrelet comme une jeune plie grise tachée de rouge.
FAMILLE DES BARANEOUS. — URANOSCOPE, 93
La flonde ou flez remonte au printemps l'embouchure des rivières.
Le genre du rurBorT, rhombus, Pline, ne diffère de celui de la limande qu’en ce que ses yeux au lieu d’être à droite sont à gauche de la tête.
On en connaît quatre espèces, savoir
1° Le turbot, rhombus, ou faisan d’eau, à 81 rayons à la nag. dors., cendré de noir ;
20 La pêtre de Marseille, à 70 id.
3° Le bertonneau, à 70 id. dos tu berculeux ;
4° La barbue, rhombus aculeatus , à 66 id. ligne
latérale épineuse ;
Le turbot, rhombus, appelé aussi faisan d’eau à cause de sa délicatesse, s'appelle cailletot dans sa jeunesse.
Il est commun dans l'Océan et dans la Méditerranée, vers l'embouchure des rivières. Rondelet dit en avoir vu de sept à huit pieds de longueur sur un pied d’épaisseur.
Il s'enfonce dans le sable, ne laisse sortir que ses nageoires pectorales et ventrales.
Les petits poissons et les écrevisses, qui font sa nourriture, viennent prendre ses nageoires, comptant prendre leur proie, et il les dévore. Cette race approche un peu de celle du fourmi-lion qui se creuse une trémie pour attraper des fourmis. |
Ses œufs sont rouges.
Sa chair est blanche, ferme, succulente et plus recherchée que les autres pour les grandes tables.
4e Fame. LES BARANEOUS,, LIPARIDES OÙ LIMBERTS.
Les poissons de cette famille se distinguent facilement de ceux de la famille des soles en ce qu’ils n’ont pas les deux yeux placés du méme côté, et de ceux des autres familles
en ce que leurs nageoires ventrales sont placées au-devant des pectorales, et qu’ils n’ont qu’une nageoire dorsale. On en peut faire onze genres, savoir :
1° Le KapiraT, d’Amboine ; 70 Leparapis, d’Amb., Coyett, 2, f.83. 20 Le maGar. de Flandre ; 8° Le ragasiraA de Marseille ;
3° Le LipARIS, Rond.; 9° Le TAPECON, UranOSCOPUS ;
4° Le Burcarp, d’Angl., pholis: 10° Le rimeerT, de Marseille , dra- 5° Le DUuYvEL, Scop., d’Amb.; cunculus ;
6° Le CICLOGASTER, Gronoy.; 11° Le zEEDRACK , d'Amb., Coyett.
Le rAPEÇON, uranoscopus, Rond., Lucerna, est un poisson de la Méditerranée qui dort le jour sur le sable et qui veille la nuit pour butiner.
On dit qu’il se cache dans le limon, et qu’il sort de sa bouche une peau placée entre sa langue et la mâchoire inférieure, qui lui sert pour attirer les autres poissons dont il fait sa proie.
5e Faune. LES MORUES OÙ GOUJONS, GOBIT OU LOTES.
Ces poissons ne diffèrent de ceux de la famille des baraneous qu’en ce qu’ils ont deux ou trois nageoires sur le dos. Ils forment dix-neuf genres qui sont :
1° La LoreE, lofa; 11° Le payes, Arist., sorge,Venet. ;
20 Le sAMBITANG , d’'Amb.: 12° La MORUE , MOrUQ ;
3° Le couJox DE MER , gObius ; 13° Le MERLAN, Mmerlanqus ;
4° Le zumpus, d’Angl., notidanus, 14° Le merLus, gadus, merluccius, Grœc.; pescadilla, Hisp.;
5° La BAvVEUSE, blennus , opp.; 15° Le rie , Angl.;
6° La GaLETA, Venet., adonis ; 16° Le Kapos-viscx., d’Amb., Ruys.,
7° Le corrus, Arist., cHABOT,boudé, t:11,f.5; Sénégal ; 170 L'arropra, Ruysch., d’Amb.;
8 Le rILANG, d'Amb.; 18° La vive, érachina, Jov.;
9° Le BAUDREIL, lophius, Arted., 19° Le POISSON SAINT-PIERRE, Z€4S, Rap., Hisp., rana piscalrix ; Plin., faber.
100 Le samBrA, Ad.;
Le genre de la LOTE, lota où BARBOTTE, a été confondu par Artedi et M. Linné avec celui du merlan, comme ayant trois
FAMILLE DES MORUXS. — LOTE, MORUE. 95
nageoires au dos; mais ce poisson en a deux au dos, et celle de la queue lui est réunie ainsi que celle du ventre, il a aussi un barbillon sous le menton.
La lote est un poisson d’eau douce particulier aux lacs et aux rivières des pays les plus élevés et les plus montueux de l’Europe, surtout dans lIsère et la Saône.
Les écailles sont fines, brunes et roussâtres, glissantes.
Il vit de squilles.
Sa chair est bonne et délicate, son foie est très-estimé.
On ne mange point les œufs parce qu’ils purgent comme ceux du barbeau et du brochet.
Le cxaBoT, cottus, Arist., a quatre ou cinq pouces de longueur , et la tête déprimée, si grosse qu’on lappelle téte d'âne en Languedoc. La femelle est plus grande que le mâle, et pond beaucoup d’œufs.
Il est couvert d’écailles, quoique les auteurs disent le contraire.
Il reste caché sous les pierres marneuses, dans les courants rapides des rivières et des ruisseaux bourbeux.
Il vit d'insectes aquatiques.
Sa façon de nager consiste à s’élancer comme un trait d’un lieu dans un autre.
On ne ie prend qu’à la nasse, ou avec une fourchette de fer. 11 suffit de frapper sur Peau pour le faire sortir et jeter étourdiment dans la nasse qu’on lui a tendue.
Le BAUDREIL OU là BAUDROIE, OU GRENOUILLE PÊCHEUSE, F'An« piscatrix, diable de mer, appelé improprement galanga, par quelques écrivains modernes, a quelquefois trois pieds de longueur, il semble tout tête.
Il reste ordinairement caché dans le sable ou dans le limon, agitant les rayons de sa nageoire supérieure, de manière que les petits poissons qui courent après comme à un appt se laissent avaler .
La MORUE est un genre qui se reconnait à ce que 1° il à trois nageoires au dos; 2° un filet ou un barbillon au menton.
Il y a beaucoup de confusion dans les auteurs au sujet des diverses espèces de ce poisson; les uns les mêlant indistinctement avec les merlans, et les autres regardant la morue verte, la morue blanche, la morue sèche et la merluche comme diverses préparations du même poisson; mais nous verrons ci-après que ce sont des espèces différentes, qui toutes sont susceptibles des mêmes préparations.
On connaît sept espèces de morue, savoir :
io La morue blanche ou jaune de Terre-Neuve, brune variée de jaune; 2° Le cabliau , de Norwége, queue tronquée; 3° L’aigrefin. hadeck, d’Angl., ægrifinus, Bellon, à écailles, queue fourchue ; 4° Le capelan , de Mars., Mol., Venet., Power, queue fourchue ; 5° Le cod ou codfish, d’Angl., queue tronquée; 6° Le bib ou blinds, d’Angl., id:
7° Le pouting , d'Angl., ou morue molle, grande d’un pied , noire prés des
ouies ;
La morue blanche ou jaune de Terre-Neuve est brune tachetée de jaune, à ventre blanc, elle à le corps cylindrique long de trois à quatre pieds sur neuf à dix pouces de largeur ; ses yeux sont grands, mais assez ternes ou peu clairvoyants, d’où vient le proverbe qui nomme yeux de morue les grands yeux à fleur de tête, qui souvent ne voient presque pas.
Cette espèce est rare dans nos mers, et au contraire trèscommune au grand banc de Terre-Neuve, dans Amérique septentrionale. Il paraît qu’elle y va passer l'été depuis avril, juin, où elle y fraie jusqu’en hiver,
Elle vit principalement de merlans, qui par sa poursuite sont chassés vers nos côtes.
Ce poisson est un des plus féconds qui soit connu; Leuwenhoeck a trouvé qu’une morue ordinaire porte plus de neuf millions d'œufs.