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FAMILLE DES MGRUES. — MORUE

Quoique le grand bane de Terre-Neuve ait plus de cent lieues de longueur, quoiqu'il soit fréquenté par des pêcheurs quis’y rassemblent en août, de tous les pays de Europe pour faire la pêche de la morue, néanmoins la quantité en est si considérable dans ce lieu que leur nombre ne paraît pas en diminuer. Un seu} homme en prend quelquefois jusqu’à trois où quatre cents en un jour en ne s’occupant, du matin au soir, qu’à jeter la ligne, à retirer la morue prise, à en mettre les entraiiles à lhameçon pour en attraper d’autres. On la sèche sur les rochers ou sur les cailloux, d’où lui vient son nom de Ælipfish, ou poisson de rocher.

La morue fraiche ou nouvelle de Terre-Neuve est un excellent manger ; les mâles valent beaucoup mieux que les femelles.

Le cabliau, ou la morue du nord de l'Europe (gadus 6. Arted. ), est fort peu plus petite que celle de Terre-Neuve.

Elle est commune sur les côtes du Danemark, de la Norwège, de la Suède, de liIslande, des îles Orcades, de la Moscovie et d’autres pays qui ne produisent point de froment à cause du grand froid.

Le cabliau est carnassier et très-vorace , il se nourrit de toutes sortes de poissons, surtout de harengs et de crabes ; Anderson a remarqué que l’écaille des crabes devient dans son estomac d’abord aussi rouge que celle de lPécrevisse qu’on a fait bouillir dans l’eau, qu’elle se dissout ensuite en bouillie épaisse, enfin qu’elle se digère tout à fait. Ce poisson vorace et insatiable a, comme le grondin et quelques autres poissons, un avantage que beaucoup de gourmands désireraient posséder, c’est que lorsque son avidité lui a fait avaler un morceau de bois ou quelque autre chose d’indigeste , il vomit son estomac, le retourne devant sa bouche; et après l'avoir vidé et lavé dans l’eau de la mer, il le retire à sa place et recommence à manger de nouveau,

Le cabliau ainsi que la morue monte toujours contre le courant de l’eau.

La pêche de ce poisson commence au 1‘ février et dure jusqu’au 1% mai; la saison étant alors trop chaude, il ne pourrait plus se garder. Pendant le jour on le pêche sur la haute mer et dans les golfes profonds de quarante à cinquante brasses, pendant la nuit dans des lieux qui n’ont pas plus de six brasses d’eau, mais ce dernier n’est pas si délicat.

On ne le pêche qu’à Phamecon de fer et souvent ïl y mord sans amorce; l’amorce ordinaire est un morceau de moule ou de mâchoire fraiche de cabliau; mais il mord beaucoup mieux sur un morceau de viande crue et chaude et sur le cœur d’un oiseau récemment tué; ce dernier appât est même si puissant qu’on prend par son moyen vingt fois plus de cabliaux qu'avec les autres appâts, et que le roi de Danemark en a interdit l’usage, par un édit, pendant le temps ordinaire de la pêche.

Les Islandais ont deux manières de sécher le cabliau. Dans la première il est comme roulé en bâton et on Pappelle stocfish, qui signifie poisson en bâton ou poisson roulé. Dans la seconde il est fendu en deux et on le nomme flacfish, qui veut dire poisson fendu, du mot flacken, fendre. Cette préparation est la meilleure de toutes. Lorsque les pêcheurs sont arrivés à terre avec leur poisson, ils le jettent sur le rivage où des femmes appelées décoleuses, qui les y attendent, lui coupent aussitôt la tête; les habilleurs le fendent du côté du ventre du haut en bas et le vident; ensuite les décoleuses ôtent l’arête du dos depuis la tête jusqu’à la troisième vertèbre près de la queue, parce que c’est principalement sous cette arête que le cabliau commence à se gàter. Cela fait, les femmes emportent sur leur dos les têtes coupées dont elles font leur repas. Elles brûülent les arêtes

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