FAMILLE DES MAQUEREAUX. — THON
Elle reste toujours dans le milieu de l'Océan, entre l’Angleterre, l'Afrique et l'Amérique, où elle vit par troupe et fait la chasse aux muges volants.
Ce poisson se prend à la fouine, au harpon, au trident, et plus souvent à l’hamecon amorcé de deux plumes blanches de pigeon, et attaché à la vergue du vaisseau, dont les mouvements lui font prendre cette amorce pour un poisson volant après lequel il s’élance pour l’avaler.
Le thon, thymnus, ainsi nommé parce qu’il est fort craintif, qu'il s’agite beaucoup quand il tonne, et qu’il cherche à se cacher dans les cavernes.
Il y en à de cinq à six pieds de longueur et du poids de cent vingt livres et plus. Le mâle diffère de la femelle en ce qu’il a moins de nageoires sous le ventre (Arist.).
C’est un poisson de passage qui vit en troupe et qui parait passer l'hiver dans l’Océan tempéré, entre les Canaries et les Açores, et qui, poursuivi par le poisson appelé l'empereur ou espadon, entre au printemps dans la Méditerranée où il reste jusqu’en octobre. Il nage aussi vite qu’un vaisseau à la voile, et on entend le bruit qu’il fait sous l’eau en nageant.
Il y fraie une fois l’an seulement, en juin, vers les lieux limoneux remplis de varechs dont il fait sa principale nourriture. Ses œufs sont enfermés dans une espèce de poche ; il mange aussi des sardines, des petits poissons, et quelquefois ses petits.
Ses petits s'appellent d’abord cordyla ; peu après on les appelle pélamides, et ce n’est qu’au bout d’un an qu’on leur donne le nom de fhons; les plus grands thons s’appellent ceti.
Ce poisson vit longtemps et engraisse beaucoup. Sa chair est ferme, pesante, divisée comme par rouleaux ou par couches concentriques rougeâtres. Elle est délicieuse étant
rôtie; on la fait cuire aussi et on la marine avec l’huile et le sel, et elle se transporte sous le nom de fhonine.
Sur les côtes de Bayonne, où il paraît depuis le 145 avril jusqu’au 1 octobre, on le pêche à l’hamecon recouvert d’un vieux linge imitant une sardine, le bateau restant toujours à la voile. Chaque bateau prend jusqu’à cent cinquante thons en un jour.
Les habitants de l’île de Gade, voisine du détroit de Gibraltar, le pêchent en mai et juin, temps où il passe par le détroit de Gibraltar. Alors ils font plusieurs décharges d’arquebuses qu’ils accompagnent de grands eris, au son des tambourins, pour effrayer les thons, qui se dispersent et se précipitent étourdiment dans les fossés creusés au bord de la mer où ils se trouvent enveloppés de filets.
Ce n’est qu’en août et septembre qu'on fait cette pêche sur les côtes de Provence. On se sert pour cet effet d’un grand filet appelé madrague, dans lequel on en prend jusqu’à deux mille en un jour. Cette pêche est si amusante qu’elle fut du nombre des fêtes qu’on jugea dignes des petits-fils de Louis XIV, lorsque ces princes firent, en 1702, un voyage à Marseille.
Le sper, sphyræna, Arist., sudis, Gaz., malleolus, cestra, Attic., luceio marino des Ital., brochet de mer, diffère du genre du maquereau, scomber, en ce qu’il n’a que deux nageoires dorsales dont la postérieure est fort longue.
Il y en a de trois espèces, savoir :
1° Le spet, Rond., sphyræna ; 2e Le spet à ventre noir, et chair transparente; 3° Le nakao du Sénégal.
Le spet, sphyræna, Arist., a la figure du brochet; il vit en troupe dans la Méditerranée.
Sa chair est blanche, sèche, dure et plus nourrissante
que celle du congre.
FAMILLE DES MAQUEREAUX. — SPET, CARANGUE. 427
Le nakao est le meilleur poisson de la mer dn Sénégal, et supérieur au maquereau, à l’alose.
La LiCHE, amia, Arist., lichia, à Rom., trocta, Æli, appelée faussement pélamide par les Languedociens , est un poisson de passage qui va par compagnie et qui passe l'hiver au Sénégal et l’été dans la Méditerranée, où il vit sur les bords vaseux et voisins de l'embouchure des fleuves et dans les fleuves mêmes.
Il diffère du genre du spet en ce que son corps est médiocrement long.
Il vit de vermisseaux et de petits poissons.
Son fiel et sa rate sont aussi larges que ses intestins.
Sa chair est ferme et d’un bon suc. j
L’OARANGAL ou la CARANGUE forme un genre de poisson différent de celui de l’amia en ce que : 1° son corps est court; 2° sa ligne latérale est rude, épineuse et dentée comme une scie.
On en connaît trois espèces :
1° La carangue d'Amérique; 20 L’oarangal bleu du Sénégal ; 3° Le soit ou sorett jaune du Sénégal.
La carangue à trois ou quatre pieds de longueur sur quatre à cinq pouces d'épaisseur et un pied de hauteur.
Elle vit dans la mer, autour des rochers, et nage comme en sautiilant.
Sa chair est blanche, ferme et fort bonne. Sa tête se met au bleu ou en soupe, et donne une gelée aussi bonne que celle du veau et du chapon.
La porADE, hippurus, Arist., equisetis, Gaz., daufin , Belg., coryphæna, Dorion, arneute, Numeni, est le plus beau des poissons de la mer; il est bleu sur le dos avec des taches rondes dorées et blanc cendrées sous le ventre.
Il forme un genre différent des autres de la famille des
maquereaux en ce que son corps est très-long et que sa nageoire dorsale est très-longue et à rayons mous.
C’est un poisson de haute mer, particulier aux mers des tropiques, et qui se voit quelquefois dans la Méditerranée pendant l'été, et qui retourne l’hiver dans celle des tropiques.
Il nage avec une grande vitesse, et poursuit avec vigueur les poissons volants qui sont sa pâture. On le prend, comme la bonite, avec un hamecon garni seulement de deux plumes de pigeon qui imitent les ailes d’un muge-volant.
Il fraie au printemps dans la Méditerranée, sur le fucus des rochers, autour des îles.
Sa chair est ferme, sèche et médiocrement bonne.
L’Espapon ou empereur, Xiphias, Arist., est un genre différent de la sphyrena en ce que : 1° son bec est prolongé en un dard cylindrique grenu sans dents en dessous.
Il y en à deux ou trois espèces :
1° Le xiphias ou espadon ; 2° L'empereur à bec déprimé plat ; 3° Lelayer ou guebucu.
L’espadon, æiphias, Arist., Arted., Syn. 47, Lin. $., n.12, 452, gladius, Gesn., empereur, emperador, Ligur., pesce spada des Ital., a le corps cylindrique, long de quinze pieds, et du poids de cent trente livres, sans écailles; la mâchoire supérieure est une fois et demie plus longue que l’inférieure.
Il est particulier à la Méditerranée.
Il vit des poissons qu’on dit qu’il tue en les perçant avec son dard.
Les uns disent qu’il a peur de la baleine, d’autres disent qu’il attaque.