‹ Cours d'histoire naturelle fait en 1772Chapitre 48 sur 201 · FAMILLE DES CARPES. —— CARPE, KIN-YU · texte numérisé non relu

FAMILLE DES CARPES. —— CARPE, KIN-YU

les fossés du château de Pontchartrain, qui avaient au moins cent cinquante ans Dien avérés, et qui paraissaient aussi vives , aussi agiles que de jeunes carpes.

La carpe se nourrit de vermisseaux, de coquillages aquatiques, d'insectes, et surtout d’herbages.

Elle est d’une fécondité bien digne de remarque; une carpe moyenne contient dans ses deux ovaires environ quatre cent mille œufs.

Aristote dit qu’elle met bas cinq à six fois dans l’année, mais on est certain qu’elle ne fraie que deux fois, savoir : au mois de mai et en août. Elle pose son frai au pied des roseaux et des plantes. Il s’en faut de beaucoup qu’une si grande quantité d'œufs réussissent. Cette prodigieuse fécondité deviendrait elle-même le principe de la destruction des poissons d’un étang; la nature y a pourvu en donnant aux poissons eux-mêmes un appétit pour ces œufs et pour le fretin qui en éclôt; et en en élaguant ainsi la trop grande multiplicité, ils rétablissent l’ordre et l'harmonie qu’on observe dans toutes les opérations de la nature.

L’eau est sans contredit l'élément de la carpe comme des autres poissons; néanmoins elle peut vivre dans l'air pendant un temps suflisant pour s’engraisser, comme de quinze à vingt jours. Cette pratique est d'usage en Hollande et en Angleterre; pour cela on la suspend dans un lieu frais, comme une cave, au-dessus de la mousse humide, dans un petit filet hors duquel sa tête passe, et on la nourrit avec de la mie de pain et du lait.

La carpe a pour ennemi le brochet; comme elle nage plus vite que lui, elle l’évite d’abord par la fuite ; mais lorsqu'elle est fatiguée, elle s’enfonce et se cache dans la vase, où le brochet, qui ne la perd pas de vue, la saisit et la dévore.

Elle à aussi ses ruses pour éviter les piéges des pêcheurs.

On ne ia pêche que de deux manières, savoir : à la ligne et Il t2

au filet. Il faut qu’elle n’aperçoive la ligne en aucune facon, car elle n’en approcherait pas, et lorsqu'elle sent l'approche du filet, elle plonge la tête dans le limon et le laisse glisser sur sa queue; souvent aussi elle échappe en sautant dans l'air au-dessus du filet.

Les vieilles carpes, et celles qui fraient dans le mois de mai et d’août, ne sont ni aussi succulentes ni aussi saines que les jeunes, et que celles qu’on pêche passé le temps du frai, où elles sont maigres et insipides.

Sa chair est légère, tendre, excellente au goût, très-saine et facile à digérer; néanmoins quelques médecins prétendent que son usage réveille les accès de la goutte chez les personnes qui y sont sujettes. La laitance est si nourrissante qu’on a vu des étiques se fortifier et guérir par son usage. Sa langue et son palais, quoique mangeables, n’ont pas un goût assez exquis pour être célébrés comme ont fait quelques écrivains.

Les deux pierres de son cerveau se donnent en poudre comme absorbant pour la pleurésie, l’épilepsie.

Le kin-yu, ou poisson rouge de la Chine, ne mérite d’être cité ici qu’à cause de la beauté de sa couleur, qui fait qu’on Pélève dans les bassins; il n’est pas aussi délicat que le taor, ou poisson doré de la Chine, que nous n’avons pas encore vu en France. Ii résiste aux glaces de nos hivers, lorsque les bassins où on les tient sont très-profonds, ou lorsqu'on y met quelques touffes de roseaux où ils peuvent aller frayer, se coucher et se mettre à l'ombre; dans les bassins peu profonds de la campagne, où ils sont exposés à être mangés par les hérons, il faut leur répandre çà et là des boîtes de chêne percées en dessous, où ils puissent se mettre à labri.

On voit des monstruosités de ce poisson qui ont la nageoire de la queue double et même triple, et réunie à celle du dos, comme dans le taor.

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