FAMILLE DES CARPES. — BROCHET
de l’orphie sont aussi longues que profondes, au lieu que toutes deux sont plus profondes que longues dans le brochet; 3° les mâchoires sont très-larges et camuses dans le brochet, et non allongées en aiguille comme celles de l’orphie; 4° enfin l’orphie n’a que onze osselets aux opercules des ouïes, au lieu que le brochet en a quatorze.
On ne connaît encore qu’une espèce de brochet.
Les plus grands brochets ont jusqu’à quatre pieds et demi de longueur, on les appelle brochet carreau, ainsi que ceux qui ont plus d’un pied et demi entre œil et bat, c’està-dire de l’œil à l’origine de la queue; les moyens, qui sont gros comme le poing, s'appellent brochet poignard; enfin on nomme lançons ou lancerons les jeunes brochetons.
Le brochet ne se voit point dans les eaux salées, il y maigrit et périt bientôt ; il se plaît particulièrement dans les rivières et les étangs sablonneux et dont l’eau est vive et claire.
Il est extrêmement vorace et carnassier, vivant de toutes sortes de poissons et de leur frai, mais surtout de carpes, de tanches, de petites perches, de grenouilles et de crapauds ; néanmoins il vomit le crapaud lorsqu'il ne l’a pas suffisamment mâché. Les petits chats et les petits chiens qu’on jette dans les étangs sont encore de son goût; il avale des poissons presqu'’aussi gros que lui, commençant par la tête et attirant peu à peu le reste du corps à mesure qu’il digère la portion qui est dans son estomac; il mange le frai de sa femelle, ses petits; enfin il attaque d’autres brochets aussi forts que lui, au point que souvent on les voit expirer l’un dans la gueule de l’autre sur le rivage. Les chevaux qu’on mène à Pabreuvoir ne sont pas à l’abri de ses attaques. Il en a mordu au naseau avec une force et une hardiesse extraordinaires. Comme il détruit le poisson, on se donne bien de garde de jeter du brocheton dans les étangs qu’on empois-
sonne, il s’y en trouve toujours assez de celui qui est porté par le héron, soit qu’en se perchant sur un arbre au-dessus de ces étangs il y fiente les œufs qu’il a avalés, comme l’assurent les pêcheurs, soit que les œufs qui se sont collés à ses pattes et à ses cuisses se détachent dans l’eau pendant qu’il y pêche.
Le carnage et la guerre cessent entre les brochets mâles et leurs femelles pendant le temps de leurs amours, qui arrive dans le mois d'avril; alors la femelle fraie entre les roseaux, dans un lieu écarté, et le mâle passe ensuite par-dessus ce frai pour y répandre sa liqueur séminale et le féconder.
Une femelle de moyenne taille contient cent cinquante mille œufs environ.
Dans certains pays on enferme les brochets dans des caisses de bois qu’on laisse flotier sur les étangs et dans lesquelles on les engraisse en leur jetant de la nourriture. |
On prétend que ce poisson vit plus de deux cent soixante ans, fondé sur ce qu’on dit que l’empereur Frédéric IT ayant fait jeter dans un de ses étangs un brochet avec un anneau de cuivre, ce brochet fut pêché deux cent soixante-deux ans après.
il a la vie très-dure et ses plaies se referment promptement. On sait qu’en Angleterre les poissonniers ont coutume defendre le ventre au brochet de la longueur de deux ou trois pouces pour en montrer la graisse, et lorsque l’acheteur les refuse, ils les rejettent dans les viviers après avoir recousu la plaie qui se referme peu de temps après.
Le sens du toucher est si obtus dans le brochet que lorsqu’il dort au soleil, à fleur d’eau, proche du bord, comme il lui arrive dans les beaux jours depuis le mois de mars jusqu’en juillet, on peut avec un bâton le remuer doucement et le faire tourner et aller de lui-même dans les piéges qui lui sont tendus.