‹ Cours d'histoire naturelle fait en 1772Chapitre 63 sur 201 · FAMILLE DES RAIES. —— REQUIN · texte numérisé non relu

FAMILLE DES RAIES. —— REQUIN

Sa chair est dure et peu agréable, il n’y a que les nègres qui puissent en manger.

L’AIGUILLAT, centrine, Arist., forme un genre de raie qui se reconnaît à ce que, 4° il a deux trous derrière les yeux; 2° ses nageoires dorsales ont chacune une épine. On en connait trois espèces qui sont :

1° Le porc marin, centrine, Arist., squalus, 5 Arted., syn., 95. 2 L’aiguille de Marseille, acanthias, Arist., spinan, Gaz., et tuno, Naples,

squalus, 3 Arted., Syn., 94.

3° La sagée, squalus, 4 Arted., Syn., 94.

Le porc-marin, centrine, Arist., a le corps triangulaire, trois rangs de dents aux mâchoires; il est ovipare.

L’aiguillat ou aguillat de Marseille, acanthias, Arist., spinan, Gaz., aguzio, Gesn., pèse jusqu’à vingt livres. La femelle est vivipare, ses œufs sont plus gros que ceux de poule. Sa peau est employée par les menuisiers et les tourneurs pour polir leurs ouvrages, comme du chien de mer, galeus.

La LAMIE, lamia, Arist., forme un genre de poisson différent de celui du marteau, zigæna, et des précédents, en ce que, 1° son corps est cylindrique; il n’a point de trous derrière les yeux; 3 ses dents sont triangulaires, plates, dentelées et disposées sur plusieurs rangs; 4, sa première nageoire dorsale est placée au-devant des ventrales. On en connaît six espèces qui sont :

1° Le requiem du Sénégal, carcharias.

2 Le requiem des Antilles.

3° La lamie, lamia, Arist., squalus, 14 Arted. 4° Le renard marin, vulpecula, Salv., squalus, 8 Arted.

5° Le squale de Cadix, squalus, 2 Artedi, galeus lævis, Arist. 6° Le habrand de Norwèxe, glaucus, Ælian., squalus, 13 Arted., Syn., 93.

Le requin du Sénégal, carcharias, Arist., est marqué de deux sillons longitudinaux de chaque côté et a le corps cendré, chagriné de tubercules hémisphériques à trois sillons, il

a vingt-cinq pieds de longueur et six fois moins de largeur, c’est-à-dire environ trois pieds deux tiers et huit rangs de dents chacun de trente dents dentelées de vingt denticules sur chaque côté. Ces dents sont mobiles et s’enchâssent quand elles se referment entre les crénelures d’une peau qui borde les mâchoires, les inférieures sont plus étroites.

Ce poisson est commun sur les côtes du Sénégal, près des terres, depuis le cap Blanc jusqu’à Angola entre les tropiques.

Il est extrêmement vorace et vit de poissons qu’il peut attraper ; il dévore aussi les hommes et plutôt les noirs que les blancs : j’en ai vu un de dix à douze pieds suivre mon vaisseau pendant un espace de plus de trois cents lieues, et ne se laisser prendre au hamecon que le huitième jour; jai vu plusieurs fois cinq, six et même huit nègres ou négresses se baignant autour des rochers de l’île de Gorée disparaître tout à coup enlevés par les requins qui sont très-abondants autour de cette île, et qui vus du haut des rochers paraissent avoir au moins quinze à vingt pieds de longueur. Un soldat se baignant un soir au bord de Panse , à une toise de la terre , eut la cuisse coupée et presque entièrement séparée par un seul coup de dent auquel il ne survécut pas deux minutes. Enfin ces malheurs sont si fréquents sur cette côte qu’on est étonné de la bravoure des nègres qui osent franchir la baie du Sénégal au moins douze fois dans l’année pour aller chercher, à un quart delieue en mer, les paquets qu’on leur donne dans un petit baril; on en à vu plusieurs disparaître dans ce trajet dévorés par les requins, mais on en à vu d’autres aussi, qui dès qu’ils apercevaient Île requin arriver sur eux, plonger adroitemeut au-dessous et leur porter un coup de couteau mortel dans la poitrine. Les requins ne se retournent pas sur le dos pour manger, comme on l’a dit.

Lorsqu'on a pris un requin en mer à l’hamecon, on le

laisse un peu débattre en lui tirant la tête hors de Peau, puis on glisse une corde avec un nœud coulant qu’on fait passer dans la queue, où on la serre, puis on l’enlève ainsi dans le bâtiment. Les coups de queue sont très à craindreet capables de casser les jambes et les bras de ceux qui en approchent.

Le requin a la vie extrêmement dure, au point qu’après lavoir coupé en pièces on en voit encore remuer longtemps toutes les parties.

Cet animal est vivipare; sa matrice ressemble à celle de la chienne et ses autres parties à celles des autres poissons. On y voit depuis quatre jusqu’à douze petits à la fois, non enveloppés de tunique, mais attachés seulement par un cordon ombilical à la matrice de la mère. Tous les Français qui ont demeuré quelque temps à la côte du Sénégal sortent de ce pays entièrement persuadés que ces petits requins, qui n’ont pas moins de deux pieds de longueur sur trois pouces de diamètre, rentrent dans le ventre de leur mère toutes les fois qu’ils voient du danger.

La chair du requin est blanchâtre, mais sauvagine et trop dure pour être mangée; cependant les petits sont un manger délicat et recherché par les nègres qui font le plus grand cas d’un couscous au requin.

Au cap de Bonne-Espérance il y a deux sortes de requins que les Européens appellent hayes. La première espèce a seize pieds de longueur, trois rangs de dents fortes et pointues , la peau fort rude et une fente considérable sous le ventre entre les deux nageoires ventrales près de la queue : elle est aussi aux Antilles. La deuxième espèce est une lamie à corps beaucoup plus large, à six rangs de dents, à queue en croissant , et à peau rude comme une lime.

La lamie, lamia, Arist., tiburo, Rond., a le corps plus court ou plus large à proportion que le requin etacent quarante-quatre dents à chaque mâchoire en six rangs, cha-

cun de vingt-quatre dents triangulaires marquées de quarante dentelures.

Elle est commune dans la Méditerranée.

Rondelet dit qu’on en a vu de si grands , qu'ils pesaient trente mille livres (il veut dire sans doute trois mille) , et qu'on en a pris à Nice et à Marseille qui avaient dans leur estomac des hommes entiers et même un tout armé, d’où vient le nom de requiem que lui ont donné les Normands. Il ajoute que si l’on tient cette gueule ouverte avec un bâton, les chiens y entrent aisément pour manger dans leur estomac, et que c’est vraisemblablement le poisson dans le ventre duquel le prophète Jonas passa trois jours et trois nuits.

Il a de la graisse sous sa peau, et le foie si gros qu’on en tire par ébullition plus de douze livres d’huile.

Le renard marin, alopex, Arist., vulpecula, Salv., squalus, 8, Arted., a huit pieds et demi de longueur , quatorze pouces de diamètre, la queue en faux, presque aussi longue que le reste du corps, et six rangs de dents dentelées à chaque mâchoire; il pèse cent livres et plus, et a le foie partagé en deux lobes.

Ilse trouve dans la Méditerranée aux lieux bourbeux et fangeux.

Il vit de poissons et de plantes.

Sa chair est de bon goût; elle à en quelque endroit plus d’un pouce d'épaisseur de graisse.

Le Glaucus, cagnot bleu, squalus, 13, Arted., Syn., 98, n’a point de fossette sur le dos, comme le dit cet auteur, à moins qu’il ne soit desséché; les Norwégiens appellent habrand le mâle, et hamor la femelle.

Il'est commun dans la mer de Norwège, où il se prend au printemps dans les filets tendus pour la pêche du hareng.

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