‹ Cours d'histoire naturelle fait en 1772Chapitre 7 sur 201 · FAMILLE DES GRENOUILLES. — CRAPAUD · texte numérisé non relu

FAMILLE DES GRENOUILLES. — CRAPAUD

li ne sort d'ordinaire que le soir et la nuit pour chercher sa nourriture. Elle consiste en insectes, en vers, en limacons et en quelques portions de plantes.

Linné dit (Syn. nat., éd. 12, 1766, p. 355), que la femelle est vivipare; l'Encyclopédie, au contraire, assure qu’elle pond des œufs comme les grenouilles; ce dernier sentiment est plus vraisemblable ; néanmoins on n’est pas encore certain qu’elle les ponde dans l’eau. Ceux qu’on a trouvés jusqu'ici dans l’eau appartenaient, ainsi que leurs têtards, à des crapauds aquatiques. Il est probable qu’elle les dépose dans la terre bien humide, et à l'ombre, le long des lisières des buissons et des bois, au mois d’avril ou de mai, où les pluies et les rosées abondantes favorisent leur accroissement et leur développement.

Le cri de cet animal est un bruit sourd et rauque, assez court, et différent du coassement de la grenouille.

Il marche lentement et se traîne souvent à pieds alternes, surtout pendant le jour où il voit moins clair, et où il est comme endormi. Il saute aussi à pieds joints, mais plus rarement que les autres espèces.

Lorsqu'on le touche, il se met en colère , ce qui se reconnaît à sa peau qu’il gonfle et tend comme un ballon , au point qu'on peut lui porter de grands coups de pied, et marcher dessus de tout le poids du corps sans qu’il paraisse en souffrir. Quelquefois quand il se sent inquiété, il lance par le derrière une liqueur limpide, que l’on appelle mal à propos urine, laquelle est contenue dans une vessie analogue à celle des quadrupèdes. Cette urine passe pour venimeuse, ainsi que la bave qui sort de sa bouche, et la liqueur laiteuse qui sort des tubercules voisins de ses oreilles et même de tous les pores de sa peau.

“il est dit dans les Ephémérides de la nature ( Cent. 4) qu’une petite quantité de cette urine avalée par un charla-

tan le fit mourir une demi-heure après, quoiqu'il eût pris du contre-poison; qu’un autre éprouva de très-fâcheux accidents pour avoir tenu la tête d’un crapaud dans sa bouche, et qu’une goutte de cette urine jaillissant dans les yeux les incommode beaucoup. On dit que l’eau dans laquelle ces animaux vivent et l’air qui les environne sont un poison pour les personnes qui se baignent dans cette eau ou qui respirent cet air. On prétend encore que les champignons, les salades, les fraises, et autres fruits de terre qui causent des nausées et des indigestions, ne proviennent souvent que de la bave que ces animaux répandent dessus, et qu’il faut conséquemment ne jamais manger de ces herbes ou de ces fruits de terre sans les avoir auparavant bien lavés.

Nous remarquerons à cet égard que l’on à beaucoup outré les effets pernicieux du venin prétendu du crapaud, et que la bave est aussi peu abondante qu’il est peu prouvé qu’il en répande sur les plantes près desquelles il passe ou sous lesquelles il se cache. L'effet de toutes ces liqueurs dont on se fait mal à propos un fantôme, se réduit à une légère causticité qui même est très-salutaire lorsqu'on sait Pemployer à propos.

Le crapaud terrestre du Sénégal, appelé mbott, vit dans les sables sous lesquels il se cache au pied des buissons ; les nègres, lorsqu'ils sont attaqués d’une migraine, n’ont pas de meilleur remède que cet animal; ils le prennent d’une main par les quatre pattes, de manière à ce que son ventre se gonfle, ils s’en frottent le front pendant quelques instants; la liqueur laiteuse qui suinte alors de cet animal fait, sur le front, l’effet d’un caustique qui y excite une transpiration sensible ou même une sorte de sueur qui est bientôt suivie de la dissipation entière de la migraine. Convenons done que c’est souvent par pusillanimité autant que par

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