FAMILLE DES GREN. — CRAPAUD TERRESTRE
ignorance que nous avons de la répugnance pour nombre d'animaux qui, comme le crapaud, pourraient être tournés à notre avantage.
Le crapaud loin d’être mis au rang des animaux nuisibles et dangereux peut être compté parmi ceux qui nous sont utiles. On sait que la médecine tire par infusion et décoction, de ces animaux vivants, une huile anodine et détersive, qu’ils entrent dans la composition du baume tranquille. On sait par expériences, rapportées comme les précédentes dans les Æphémérides de la nature (3 déc. an 7), que l'urine du erapaud, soit qu’on l’avale ou qu’on l’applique à Pextérieur, n’a aucune qualité venimeuse ni mortelle ; qu’au lieu d’être nuisible aux yeux, elle leur est bonne dans certains cas où il faut en ronger les taies, et que ses excréments sont diurétiques comme sont tous les caustiques modérés. Enfin il n’est peut-être personne qui m’ait été exposé à en manger dans les pays où on en sert les cuisses avec celles de grenouilles, et cela sans y trouver une grande différence pour le goût ou au moins sans en ressentir aucun mal.
Ajoutons à ces bonnes qualités du crapaud que s’il mange quelquefois, comme les lézards, la pointe des jeunes herbes ou même quelques fruits, comme les fraises, il fait beaucoup plus de bien que de mal dans un jardin en détruisant une grande quantité de limacons et d’insectes plus nuisibles qu'eux aux potagers.
On dit que les jardiniers les éloignent ou les chassent de leurs jardins en y faisant brûler de vieux cuirs.
Cet animal a la vie très-dure.
Lorsqu'il saisit quelque chose entre ses mâchoires il ne le quitte point, à moins qu’on ne l’expose au soleil dont la chaleur l’affaiblit extrêmement.
Les ennemis du crapaud sont le hérisson, la buse, la grue et les grands serpents.
Âh DOUZIÈME SÉANCE.
On sait que le crapaud mange beaucoup à la fois, qu’il digère lentement, qu’il transpire peu et qu’il peut, pour ces différentes raisons, rester longtemps sans manger. On sait encore qu’il passe cinq à six mois, depuis octobre jusqu’en mars et avril, enfoui sous terre et sous les pierres, une grande quantité de feuilles et de broussailles, engourdi et sans manger; ainsi cela doit rendre moins difliciles à croire tant de faits que l’on raconte sur ceux que l’on dit avoir trouvés dans le milieu de la maçonnerie de murs trèsépais, dans des troncs d’arbres et même dans des blocs de pierre où l’on prétend qu’ils doivent avoir vécu, non pas seulement des années, mais des siècles entiers sans autre aliment que l’eau ou les sucs qui pouvaient suinter à travers la pierre. Néanmoins dans tous ces récits il y a bien du fabuleux à écarter, et il faut toujours se méfier de ces excès qui exigent des vérifications et des expériences qui n’ont pas encore été faites ou au moins qui n’ont pas été suivies assez longtemps.
Le crapaud accoucheur terrestre diffère du crapaud commun en ce qu’il est plus petit.
Cette espèce se trouve plus communément sur les eoteaux élevés et glaiseux, au pied des buissons; je ne l’ai encore rencontré, auprès de Paris, que sur les collines de Belleville. Son nom lui vient de ce que la femelle ne pouvant faire sortir ses œufs de son corps sans un secours étranger, le mâle lui sert à cette opération. Le mois de mai est la saison de cet accouchement; pour le faciliter le mâle s'étend sur le dos de sa femelle, et comme ces œufs forment une espèce de chapelet, lorsque la femelle a fait sortir le premier, le mâle le tire, et avec lui tout le cordon du chapelet, en le passant entre les deux doigts, tantôt du pied droit, tantôt du pied gauche de derrière, en les allongeant successivement vis-à-vis le fondement de la fe-
FAM. DES GREN. — CRAP. ACC, CRAP. AQUAT, 45
melle qui demeure tranquille jusqu’à ce qu’il ait tout fait sortir.
‘ Il est des femelles qui portent des œufs sur leur dos, d’autres dont le mâle les garde attachés, c’est-à-dire collés à ses pattes, il les féconde non pas dans le ventre de la femelle, mais en répandant la liqueur séminale sur eux après qu’ils sont entièrement sortis.
On ignore encore si les petits embryons contenus dans ces œufs restent toujours attachés à animal jusqu’à ce qu’ils deviennent des crapauds parfaits à quatre pattes, ou s'ils sont déposés peu après l'accouchement dans l’eau pour y devenir têtards, ensuite crapauds,
Le crapaud aquatique, rubeta (Plin., iv. viu, ce. 51), diffère des deux précédents en ce qu’il a le corps beaucoup plus allongé, ovoïde, plus d’une fois plus long que large, cendré gris dessus et taché de grandes marques orangé dessous. Il n’est pas plus grand qu’une moyenne grenouille.
Il ne se trouve que dans les fossés qui conservent, pendant toute l’année, au moins deux ou trois pouces d’eau. Je n'avais pas encore vu celte espèce plus proche de Paris que dans les fossés du haut des collines de la forêt de Montmorency , au delà du château de la Chasse, en remontant pour gagner le village de Saint-Prix.
Cette espèce fait sa ponte comme la grenouille dans Peau ; elle consiste en deux paquets glaireux, c’est-à-dire en deux ovaires contenant chacun quatre à cinq cents œufs que la femelle pond dans l’eau , le mâle étendu et couché tout de son long sur son dos, l’embrassant par-dessous les aisselles, et répandant sa liqueur séminale sur ses œufs pendant qu’ils sortent de son corps.
Ce double ovaire glaireux ou cette glaire grossit dans l’eau et parvient en quinze jours à une grosseur cinq à six fois plus considérable que celle qu’il avait au moment de sa
ponte, et les petits têtards en sortent au temps marqué pour vivre dans l’eau jusqu’à ce qu’ils deviennent crapauds parfaits. :
On dit qu’on a vu en Italie, aux environs d’Aquapendente, un crapaud qui était plus gros que la tête d’un homme, et qui avait même un pied et demi de largeur ( Éphém. cur., déc. 2; ann. 2.)
Le crapaud de Virginie est aussi monstrueux, armé de cornes et d’épines; il a les pieds frangés.
On voit encore en Virginie un autre crapaud nommé acéphale parce que sa tête est confondue avec son corps. Il passe pour dangereux.
L’aquaqua du Brésil n’est point différent de la femelle du Pipa.
La raine ou rainette, ranetta, ranula, rana arborea, grenouille d'arbre, grenouille de Saint-Martin , est la plus petite de tous les crapauds, elle n’a guère plus d’un pouce et demi de longueur.
Elle est d’un beau vert clair en dessus avec une tache dorée de chaque côté sur les oreilles et blanchâtre en dessous. Le mâle à la gorge brune.
Elle se trouve communément appliquée en été sur les feuilles des arbres et des plantes voisines des eaux, surtout au bord des marais; en hiver elle va se cacher dans le limon des marais , elle ne va dans l’eau que dans cette saison, non pas pour nager, mais pour se mettre à l’abri des gelées et dans le temps de l’accouplement pour y déposer ses œufs.
Ce qui la distingue de tous les autres crapauds, c’est que ses doigts au lieu d’être pointus à l'extrémité, sont larges, arrondis et formant un empâtement visqueux ainsi que son ventre, au point que quand ils s'appliquent sur une feuille ou sur les surfaces les plus unies, comme sur une glace , ils s’y fixent de manière à soutenir le poids du corps;