ANTÉRIEUREMENT
« J’aime à reconnaître ici tout ce qu’il y a eu de franc, déloyal, de généreux même, quoique sous des dehors un peu acerbes, dans l’appel chaleureux qu’a fait cet honorable académicien. Gloire donc à celui qui le premier n’a pas craint de se mesurer avec des athlètes au ton moins menaçant que le sien. Lui seul, profondément convaincu, fort de ses idées, animé du désir le plus ardent de servir l’humanité, a compris que pour juger une doctrine, quelle qu’elle soit, il fallait des expériences sérieuses. Pour ma part, autant je sais gré à cet académicien de celle vigoureuse sortie, autant je reste muet et indécis en voyant l’Académie prendre une attitude aussi morne, aussi silencieuse, elle qui, la première , doit donner l’exemple du devoir en soumettant notre doctrine h une épreuve décisive et véritable. Que craintelle donc? Le fantôme d’Hanemann se redresserait-il devant elle ?
« Soyez donc conséquent avec vous-même, et loin de nous blâmer, dans des termes dont je vous laisse toute la responsabilité, d’avoir relevé un gant si fièrement jeté par M. le IV Bouillaud, vous auriez, dû, au contraire, applaudir à cette courageuse initiative de notre part, puisque son résultat eût été ou de dessiller les yeux des incrédules, ou d’anéantir notre doctrine, attaquée publiquement du haut d’une tribune où il ne nous est pas permis de la défendre.
« Loin de pousser le dernier cri de détresse, je vous convie, Monsieur, à assister à mon dispensaire et h être témoin des cures dues ù l’homœopathie, après que vous aurez recueilli de la
(1) A l’époque en effetoùM. Amiral prétendit faire quelques expériences, en 1831, la matière médicale homœopathiquc n’était pas encore connue en l rance, cest a peine si notre doctrine venait d'éclore. Scs adeptes ne marchant encore dans ta pratique que d’un pas fort peu assuré. Aussi lorsque M. Andral voulut faire par de ses quelques expériences, M. Jourdan de l'Académie de médecine, s écriait-il:
« M. Andral n’aurait pas dû permettre qu’on attachât son nom à une chose qu'il est impossible de qualifier... Ou ht noie entière csl une plaisanterie, ou elle a été faite par un infirmier.
bouche même des malades cet aveu accablant, qu’ils ont été délaissés par l’allopathie , peut-être même par vous le premier, car il faut que vous soyez peu confiant dans les moyens ordinaires, pour vanter et appliquer presque dans tous les cas morbides qui se présentent votre électricité, dont l’emploi doit être nettement défini et les bornes parfaitement assignées.
«Sachez bien, Monsieur, que c’est avec connaissance de cause que j’ai embrassé la doctrine bomœopathique, et, quoique jeune encore, je suis fier de porter, fi défauts de chevrons, un titre dont je me glorifie, de défendre cette doctrine si grande dans ses principes, si admirable, si merveilleuse dans ses applications, et à laquelle je dois déjà la vie d’êtres bien chers.
« Vous dire pourquoi et comment je suis devenu homœopathé, ne sera peut-être pas la partie la moins curieuse et la moins intéressante de ma lettre. Il y a dix-huit ans, vous voyez que cela remonte un peu haut, Madame de Rocca, fille de M. de Rambuleau, préfet de la Seine alors, fit présent il mon père, comme sa cliente et son amie, de YOrganun , ou exposé de la doctrine lu>mœopathique, livre qu’elle avait reçu de la main même d’Hanemann. Mon père qui, déjà, après quinze ans de pratique, professait pour cette doctrine le plus grand dédain, et pour ceux qui la pratiquaient non moins de mépris, se contenta de réléguer le volume dans sa bibliothèque, sans même daigner y jeter les yeux. Ce ne fut que dix ans plus tard, alors que je commençais mes études médicales, que, par le plus grand des hasards, cet ouvrageme tomba sous la main. Son titre piqua fort ma curiosité, élevé comme je l’avais ôté en haine de l’hoinœopathie, et habitué fi entendre mon père ainsi que ses confrères traiter assez mal ses adeptes. Je lus donc, je relus et je fus frappé de prime-abord de trouver autant de clarté, de netteté, de pureté dans cette nouvelle doctrine qui se montrait fi moi déjfi bien séduisante et sous des auspices autres que ceux qui m’avaient été annoncés jus-
qu’alors. Plus j’avançais dans cette voie de vérité, et plus j’étais entraîné par la force irrésistible de la logique, du raisonnement et surtout des déductions qui découlaient de son principe immuable. A 1 o rs véritablement la médecine in’ apparut suus un jour nouveau , alors je compris toute la puissance d’upe réforme médicale, et aussitôt de retour h Paris, non content d’avoir lu et de m’en tenir- à la théorie, j’ai voulu voir, expérimenter. D’un côté, les hôpitaux m’offraient tous les cas morbides désirables ; de l’autre, je trouvais dans les dispensaires de certains médecins l’application la plus pure de l’homœopalhie. Je fus donc à même de juger, de comparer, et ce ne fut, Monsieur, qu’ après deux ans d’expériences de ce genre (pie je me prononçai. Comme vous le voyez, je suis, en fait de questions scientifiques, un peu moins tranchant que vous.
« Une fois bien convaincu de la supériorité de la doctrine homœopathique sur l’ancienne médecine, je voulus h mon tour pratiquer, et c’est alors que je débarquai chez moi avec une boîte sur laquelle étaient gravés ces trois mots : similia similibus curantur. Pour mon père, ce fut un coup de foudre. J’eus donc il lutter non-seulement avec lui, mais encore avec tous ses confrères qui partageaient la même manière de voir ; le pourquoi ils l’ignoraient eux-mêmes. L’épreuve commença, et tout novice que j’étais alors, j’acceptai, tant ma confiance était grande dans les moyens que j’avais vu mettre en œuvre. Mon père non-seulement medonnasonhôpitalpne chargea de ses visites cantonna les, mais encore il me confia le soin de tous ses malades en ville , se réservallt le droit de porter son diagnostic. Les malades, bien entendu, ignoraient le mode de traitement que nous leur faisions suivre, car sans cela beaucoup se seraient peu souciés de se soumettre h ces expériences, élevés qu’ils étaient par leur médecin en haine de l’iiomceopalhie. Je sortis victorieux de l’épreuve qui cependant n’avait du ré (pie six mois, et comme elle avaitcoraplèlement répondu il mon attente, il partir de ce jour mon père lut rendu h l’hommopathie. Aujourd’hui donc, après trente-trois ans
de pratique, il vous avouera avec toute sincérité que là, là seulement réside la vérité, qu’il n’a qu’un regret, c’est de ne pas l’avoir connue plus tôt , car avec ardeur il se serait livré à l’étude d’une science qui offre tant de charmes. Il vous dira, Monsieur, sans compter tous les membres de ma famille , que c’est à elle qu’il doit aujourd’hui la santé, après avoir consulté ici tous ses confrères et amis, les uns professeurs, les autres académiciens; il vous dira, Monsieur, que ma mère ne doit la vie qu’à l’homœopathie, après avoir failli quelques années auparavant être victime de l’allopathie, car trois centigrammes seulement de chlorydrate de morphine appliqués-sur un vésicatoire (méthode endermique), déterminèrent chez elle des accidents affreux, et, par suite, la mort eût été inévitable sans les soins empressés qu’elle reçut en toute hâte et sans relâche pendant plusieurs jours : les symptômes que ce médicament produisirent furent effrayants : vomissements, troubles cérébraux, contracture de la mâchoire, pâleur cadavéreuse ; la tête (phénomène étrange) doubla de volume, bave écumeuse et abondante; les yeux, autre singularité, étaient complètement sortis de leurs orbites; plus de pouls, froid et raideur générale, un dernier effort, et ma mère n’était plus... Le vénérable prêtre qui l’assistait, mon père ainsi que toutes les personnes qui entouraient son lit, pourront vous retracer ce tableau effrayant. Vous voyez donc par ce malheureux fait que si, comme vous le dites, nous laissons mourir, vous ne jouissez pas des mêmes avantages, à en juger par ce déplorable résultat et tant d’autres, hélas!!! Vous ne vous étonnerez plus maintenant de me voir marcher sous un drapeau que j’ai arboré il y a plus de huit ans et que je défendrai envers et contre tous, tant mes convictions sont profondes.
« Je crois vous avoir assez amplement édifié sur mon compte ; il ne me reste plus, en homme de cœur, qu’à vous demander la satisfaction que je suis en droit d’exiger après un article comme celui que vous avez signé; en bonne conscience, vous me la devez :
« 1° Au nom de l’humanité souffrante qui est l'objet constant de mes préoccupations, comme elle peut l’être, j’aime îi le croire, des vôtres ;
<( 2° Au nom de la doctrine homœopalhique dont je suis un des apôtres, et dont j’ose ici me constituer un des défenseurs;
« 3° Au nom de notre dignité d’homme et de médecin, dont vous semblez faire ici peu de cas.
« En conséquence, faites-moi savoir le lieu et l’heure à laquelle deux confrères pourront demain, Monsieur, prendre votre réponse; j’espère qu’elle sera conforme à mes vœux qui ne sont que l’expression de Injustice et de la vérité.
« J’ai l’honneur de vous saluer,
18 janvier 18o9.
« E.-C. ne la Pommerais, Dr M. P.
. 5, Rue des Saint-Pères.
u Dans le feuilleton du numéro du -13 courant, ayant pour titre: .4 propos de Vhomœopathie et des homœopathes, les auteurs des lettres dont il est fait mention dans cet article s’étant crus désignés et prenant li leur adresse des expressions qui leur ont paru blessantes, M. le Dr Desparquets déclare, comme l’indique d’ailleurs suffisamment le litre de ce feuilleton, qu’il n’a nullement eu l’intention de faire de personnalités.
Docteur Desparquets.
« M. le D' Desparquets nous prévient qu’à partir de ce jour il cesse de faire partie de la rédaction du Courrier médical. Notre ex-rédacteur nous ayant remis le manuscrit de ses Etudes sur l’Electricité appliquée à. la médecine, nous continuerons cette publication destinée à former un travail complet sur la matière.