DU MATÉRIALISME, DU SPIRITUALISME
COMMENT HAllNEMANN PROCÉDA!
Messieurs ,
L’énumération que je vous ai faite dans la dernière séance ne suffit-elle pas pour vous convaincre que la direction qu’a prise la médecine depuis Bacon et Descartes, répond aux principales idées philosophiques régnantes de l’époque, imbue qu’elle est de l’esprit des différents systèmes philosophiques qui se sont succédé depuis.
Ainsi, d’une part, vous avez les spiritualistes, animalistes ou vitalistes, dont les représentants furent ; les Vanhelmont , Stahl, apôtres sincères et chaleureux de la médecine expectante, — les Sydenham, les Frédéric Hoffmann, les Barthez, etc. ; d’autre part, le matérialisme avec plus ou moins de nuances, représenté par les Brown, les BoerrhaaVë, qui préconisèrent la médecine perturbatrice ou agissante, — les Haller, le véritable fondateur de la phisiologie, les Cabanis , les Pinel, les Corvisart, les Broussais, les Bichat, etc., etc.
Avant de faire connaître notre manière de voir, disons un mot de ces différentes écoles qui se sont partagé le champ de la science médicale^ afin de montrer à quelles
divagations on peut se livrer quand on ne veut pas envisager la question sous son véritable jour.
Commençons par les spiritualistes, animistes ou vitalistes, ces médecins philosophes qui, sans donner de notions positives sur les principes de la vie ou agent vital, force vitale, cause prochaine de la vie , etc., émirent une foule d'opinions qui donnèrent lieu plus tard aux conceptions les plus étranges. Chaque auteur, malgré les raisons plus ou moins séduisantes qu’il apporta en faveur de son opinion, malgré toute l'imagination qu’il pouvait déployer, savait qu’il n’arriverait jamais à pénétrer jusque dans les profondeurs mystérieuses de l’essence vitale. Mais qu’importe? cette école a trouvé très-commode d’admettre un être à part, hypothétique, le seul à qui il soit donné de mettre en jeu la machine animale. On a beau ne point en déterminer la nature, en déclarer même l’existence douteuse, elle n’en fait pas moins résider en lui toutes les aptitudes, tous les pouvoirs, voire même toutes les altérations morbides, abstraction faite de la matière, ne considérant le corps humain que comme une chose secondaire. Comprenez-vous qu’on puisse admettre une âme, une essence, un principe vital, une force en dehors de son enveloppe. Défendre de pareilles hypothèses, n’est-ce pas vouloir défendre l’inconnu, tomber dans l’incompréhensible * et l’inintelligible.
Qu’est-ce l’âme, si ce n’est l’assemblage de nos organes d’où résulte la vie?
Qu’on le sache bien ! toutes nos actions sont subordonnées à l’état dans lequel se trouve notre organisme. A l’exemple de Hahnemann, on peut très-bien concevoir, et à plus forte raison expliquer l’harmonie vitale, en admettant la présence d’une force invisible par elle-même, une et indécomposable qui, unie étroitement à la matière, maintient l’équilibre des fonctions et les fait converger
vers un but commun, cette force qui n’est reconnaissable quo par les effets qui sont produits dans le corps, peut très-bien tirer son existence du milieu dans lequel nous vivons, sans que, pour cela, nous nous croyions déchus.
Si, comme le prétendent les spiritualistes, l’âme est une substance inconnue, qui n’a ni forme, ni couleur, ni étendue, ni parties, une force secrète distinguée du corps, un esprit dont on n’a aucune idée, en un mot, une émanation divine qu’on suppose combinée au corps; si, comme ils le prétendent, l’âme diffère ainsi du corps et qu’elle ne peut avoir aucun rapport avec lui, leur union me paraît chose impossible, et de plus, son action devrait être tout à fait différente de celle du corps. Ce qui n’est pas, car, ces deux substances si diverses par leur essence, agissent toujours de concert et ne sauraient agir autrement. D’où je conclus que toutes nos facultés sont des résultats nécessaires de notre organisation, laquelle représente le principe caché des actions et des mouvements du corps humain.
Qu’on ne vienne pas nous dire que l’âme, ce principe de la viequin’ariende commun avec lamatière, par sonunion avec le corps, constitue un mystère ? car, qui dit mystère, dit quelque chose d’incompréhensible, do contradictoire, d’absurde en un mot. — Donc si les spiritualistes n’y comprennent rien, commentpouvons-nous y comprendre quelque chose, nous, et comment peuvent-ils affirmer une chose dont ils sont incapables de nous donner aucune idée. «
Il est vrai que quand on admet par la foi, un être surnaturel, un pur esprit — premier mystère — il ne coûte pas davantage d’en admettre un de plus. — La raison s’étant fait violence une fois, elle peut se faire violence encore bien d’autres fois.
Tous ces principes religieux ne sont donc, comme vous voyez, messieurs, qu’une affaire do pure imagination;
cela est si vrai, qu’on demande à une personne du peuple si elle croiten un pur esprit, elle sera d’abord étonnée ellemême qu’on puisse en douter — qu’on insiste, qu’on lui demande quel sens elle attache à ce mot — on la jettera dans le plus grand embarras. On ne tardera pas à s’apercevoir qu’elle est incapable d’attacher aucune idée réelle à ce mot qu’elle répète sans cesse ; un pur esprit est un pur esprit dira-t-elle : telle sera sa réponse.
De plus chaque peuple ne se flatte-t-il pas d’avoir son créateur, d’avoir reçu de lui des instructions particulières. Les adhérents de ces différents cultes ne s’accusent-ils pas les uns les autres de superstition et d’impiété. — Les chrétiens n’ont-ils pas horreur delà superstition payenne, chinoise, maliométane et ne trouvent-ils pas que l’Alcoran n’est qu’un tissu de rêveries impertinentes et d’impostures injurieuses à la divinité — les mahométans de leur côté ne traitent-ils pas les chrétiens d’idolâtres et de chiens — les catholiques romains, eux, ne traitent-iJs pas d’impies les chrétiens protestants ; ceux-ci ne déclament-ils pas sans cesse contre la superstition romaine. — Qui a tort ou raison ? Chacun s’écrie : c’est moi ! chacun allègue les mêmes preuves : chacun nous parle de ses miracles, de ses devins, de ses prophètes, de ses martyrs.
Si l’on voulait, messieurs, se donner la peine d’analyser ce sens intime auquel on attache tant de prix, auquel on donne tant de poids et qu’on oppose à nos arguments, on verrait que ce penchant ihvin cible inhérent à tout homme, qui lui retrace malgré lui l’idée d’un être tout puissant, qu’il ne peut totalement expulser de son esprit, et qu’il est forcé de reconnaître, en dépit des raisons les plus fortes qu’onpeutlui alléguer, on verrait, dis-je, que cettepersuasion profonde n’est que l’effet d’une habitude enracinée qui, faisant fermer les yeux sur les preuves les plus démonstratives, ramène le plus grand nombre des hommes, et sou-
vent même Iss personnes Ibs plus éclairées aux préjugés de l’enfance.
Le fait de l'habitude est si grand que j'ai connu au lycée, et le cas mérite d’être cité, un jeune homme qui, habitué par sa mère à trembler toutes les fois que le tonnerre g rondait, et à trouver un refuge sous ses jupons — une fois au milieu de nous, fut à la torture, lorsque pour la première fois il entendit la foudrejàtout prix, il lui fallait un jupon, voire même celui de notre concierge.
Toutes les religions, messieurs, sont aisées à combattre, mais très-difficiles à déraciner. La raison peut rarement contre l’habitude qui devient, comme on le dit, une seconde nature. Du reste, que d'actions dans notre vie qui ne deviennent qu’une affaire d’usage et de mode; il faut faire, dit-on, comme tout le monde. Et alors on s'en tient ordinairement aux idées de scs pères, aux lois de son pays, à celles de celui qui, ayant la force en main, doivent être les meilleures. Ainsi n'est-il pas évident que si nos ancêtres n’avaient pas repoussé autrefois les Sarrasins, nous serions aujourd'hui aussi bons musulmans que nous sommes chrétiens. La raison du plus fort est toujours la meilleure. Les armes et la volonté de celui qui commande en maître, décident seules des lois qui doivent être les plus utiles au salut des autres.
Ce fut toujours aux dépens des nations que la paix fut conclue entre les rois et les prêtres ; mais il est bien entendu que ceux-ci conservèrent leur prétentions malgré tous les traités. C’est ainsi que dans l’ancien temps, la religion,pour ceux qui gouvernaient, n’était qu’un instrument destiné à tenir les peuples plus fortement sous le joug.
Ces considérations vous suffiront je pense, pour vous faire voir le néant de cette école dite spiritualiste, animiste ou vitaliste. Passons maintenant à l’école rivale, celle des matérialistes :
Pour expliquer le phénomène de la vie, les uns accordent a priori aux corps vivants une seule propriété générale; telle que l’irritabilité de Glisson , l’incitabilité de Brown, l’excitabilité de Rolando ; les autres, comme Bichat, Bordeu, Haller , remontant des faits particuliers aux lois plus générales, reconnurent des propriétés du premier ordre, mais multiples et hétérogènes, telles que la sensibilité et la contractibilité.
Chaussier, en dehors de la sensibilité, admit la motilité et la caloricité, propriétés fondamentales qu'il subordonna hypothétiquement en manière d'acquit à un principe homogène, qui, sous l’appellation de force vitale, reçut celle de principe vital par Richerand.
Parlerai-je de cet agent nerveux considéré par certains physiologistes comme cause de la vie. Pour eux cet agent vital est l’équivalent des esprits animaux admis par les anciens, du fluide nerveux de Cullen, de l’esprit d'animation de Darwin.
Nous ne nous donnerions pas lapeine de rapporter toutes ces opinions, si elles n’avaient pour conséquence de ne voir dans l'action primitive des modificateurs externes, qu'une cause nécessaire de stimulation, et par suite de maladie, en supposant cette stimulation amoindrie, ou augmentée, ou pervertie. La vie, nous le savons, ne peut se développer qu’à la condition de se trouver dans un milieu convenable et approprié. Mais la diversité des éléments qui constituent ce milieu échappant à nos investigations, nos recherches et nos analyses, nous ne savons que de loin ou qu’à peu près les points sur lesquels portent ces modifications ou changements extérieurs. Cette diversité des éléments extérieurs, nous conduit à avouer que nous ne savons pas le pourquoi des modifications qu’ils apportent dans les corps humains, dont les éléments constitutifs no sont pas moins variés et diversifiés.
Co que nous sentons tous, sans pouvoir le définir, c’est que l’action vitale se soutient en harmonieavec les modificateurs externes, tant qu’une cause étrangère à notre perception ne vient pas interrompre le bon rapport qui existait entre, eux d’une parf, et les besoins de notre économie d’autre part. Mais il ne faut pas voir là de lutte entre la vie et le monde extérieur, comme le croient la généralité des médecins ; dans un cas donné, l’organisme succombe mais ne lutte jamais.
Chaque agent extérieur modifie l’homme dans son ensemble, déploie son action sur tout son être, tout en agissant chacun à sa manière.
Les avantages de l’école matérialiste furent immenses, incalculables:
Haller , pour affranchir la physiologie de toutes ces hypothèses dont elle se couvrait, en appela à la méthode expérimentale. Il étudia d’abord chaque fonction l’uneaprès l’autre, cherchant à les rattacher- à des éléments anatomiques fixes. Cette étude analytique lui permettait ensuite d’embrasser l’ensemble. Grâce à la physiologie on put donc étudier les manifestations vitales. On put se rendre compte de l’usage des organes et du jeu des appareils dans les principales fonctions. C’est ainsi qu’au commencement de ce siècle, les Magendie, les Serres, les Flourens, les Cl. Bernard , et tant d’autres, ont forcé par leurs vivisections la nature vivante à dévoiler les mystères des fonctions physiologiques. C’était inviter les thérapeutistes à entrer danslamêmevoie.
Cabanis, de son côté, entreprit de prouver que la médecine était une science exacte et du nombre de celles qui, offrant une démonstration, peuvent être assises sur des bases inébranlables.
Pinel, le célèbre fondateur de la nosographie, vint confirmer celte manière de voir en créant sa Nosographie philosophique, ouvrage dans lequel il classait et décrivait tou-
tes les maladies. Pour lui une maladie était connue du moment où on lui avait assigné un rang dans un cadre nosologique.
Pinel est le premier qui sut donner à la pathologie un certain attrait en la présentant sous une forme simple, nouvelle, et en la circonscrivant dans un cadre parfaitement arrêté et déterminé d’après l’étude des maladies, l’analyse des phénomènes et la similitude des symptômes. Je regarde. donc cette création comme un véritable progrès. Efforts louables de la part d’un homme qui, en cherchant à déterminer le vrai caractère d’une maladie et le rang qu’elle doit occuperdans un tableau nosologique, n’a voulu que mettre un peu d’ordre et de concision là où il n’y avait que désordre et confusion. Cette nosographie peut être parfaitement conservée, complétée, s’il y a lieu, refaite même au besoin sans pour cela porter atteinte aux attributs spécifiques des maladies.
Avant lui, du reste, Sauvages, Cullen, Sogar, Vogel, Linné et bien d’autres sentirent toute l’importance d’une bonne classification, mais ils échouèrent dans leur tentative.
Pinel a fait pour la pathologie ce que nous serons obligés de faire un jour pour l’étude du traitement ou duremède , et déjà même aujourd’hui je reconnais quelle tendance nous avons à opérer certains rapprochements entre plusieurs médicaments. C’est ainsi que nous avons ce que nous appelons : les antipsoriques, les antisyphilitiques,lesantisycosiques, etc., etc.
Au môme moment florissaient et devaient arriver à leur apogée d’autres sciences naturelles, comme l'anatomie, la physique, la chimie, etc., etc.
Bichat vint qui interrogeales cadavres et, créateur de l’anatomie pathologique, il nous apprit non-seulement à connaître le siège et les ravages des maladies, mais encore à apprécier l’état sain par l’état malade et vice versâ .
S’élève tout à coup le fougueux Broussais qui, croyant renverser la célèbre dicothomie brownienne, proclame sa doctrine soi-disant physiologique. Mais, il ne fait que ressusciter Tincitabilité de Brown en créant son irritation. Dans ce système, toute maladie est regardée comme résultat d’une cause, et cette cause c’est l’irritation elle-même ou l’inflammation. N’admettant pas demaladies générales, il veut que désormais on s’adresse à l’anatomie pathologique, toute maladie étant, selon lui, Je cri d’un organe souffrant qu’il faut découvrir.
En voulant rapporter toutes les infirmités humaines à deux modifications pathologiques aussi générales, l’irritation et Y abirritation, son tort fut de s’élever non pas jusqu’à la cause organique première de la maladie, mais bien de n’embrasser qu’une seule espèce de lésions ou de sensations. C’était commettre la même faute que commirent les écoles physiques, mathématiques et chimiques, qui, elles aussi, voulaient déterminer la nature de la modification subie par les organes. Formuler ainsi la médecine, c’était annihiler la thérapeutique, car il n’y avait plus de lien possible entre la pathologie et elle.
Laënnec , son antagoniste, en lui reprochant avec raison de remonter jusqu’aux causes prochaines et de confondre entre elles les maladies les plus distinctes en leur attribuant une cause semblable, ne nous apprend rien de plus, s’en tenant à une critique pure et simple.
En Italie brillait de son côté le célèbre Rasori dont le système reposait sur des hypothèses non moins hasardées.
Dans ces derniers temps vous avez vu M. Louis fonder ce qu’on a bien voulu appeler l’école numérique — médecine d’arithmétique qui se borne à des statistiques , qui en appelle aux sens et non à la raison pour observer, qui, d’après tant de symptômes, tant de guérisons, tire ses déductions empiriques.
Inutile do vous mettre sous les yeux le tableau des différents systèmes qui sont professés par nos Purgon et Sangrado modernes; vous, leurs élèves, devez les premiers les connaître et en être étonnés.
Le seul mérite de l’école officielle et c’en est un grand à mon avis, c’est de défendre avec autant de bonheur, d’opiniâtreté que de courage le matérialisme physiologique. Bérard, mon maître d’heureuse mémoire, en a porté après Cabanis, l’étendart d’une main non moins ferme qu’invincible.
Je ne dirai rien de V éclectisme qui ne se prononce ni pour telle méthode ni pour telleautre. Du reste l’éclectisme pour beaucoup n’est que de l’individualisme pur.
Quant à ces hommes de science comme MM. Rostan — Piory — Bouillaud — et tant d’autres dont je me plais à reconnaître l’immense talent d’observation — on pourrait les regarder à bon droit comme les continuateurs de Broussais, en substituant à la loi d’irritation une classification des maladies qui ne repose que sur une augmentation ou une diminution des éléments anatomiques.
En effet, quel but se proposent-ils dans leurs études et leurs recherches ? la solution du problème suivant : savoir reconnaître sur un cadavre d’après les lésions et altérations organiques un cas pathologique donné, lequel sur le vivant doit se traduire à leurs yeux par des signes physiques, anatomiques locaux — par conséquent les symptômes généraux mis à part. Ce qui les conduit à combattre l’affection surtout par des moyens locaux , moyens que l’expérience a montrés être le plus efficaces. — Ils sont donc exclusivement anatomistes en pathologie et empiriques en thérapeutique.
On ne saurait trop répéter que l’anatomie pathologique en les portant h localiser toutes les maladies, les a éloignés de l’étude des affections dynamiques ou générales — par la même raison, ils ne veulent pas remonter dans l’étude
des causes plus haut que l'accident immédiat qui a été l’occasion de développement pour la maladie. Cependant, interrogez l’expérience, lisez même tous vos auteurs et vous verrez que le plus grand nombre des maladies se présentent par des symptômes généraux d’abord, qu’ensuite elles se localisent en un point quelconque de l’organisme, souvent pour envahir de nouveau tous les systèmes jusqu’au jour où survient la mort.
Nous aurons du reste l’occasion d’y revenir plus tard en traitant delà pathologie et delà thérapeutique et de prouver que leurs oscillations, leur hésitation dans le choix des moyens thérapeutiques ne provient que de l’absence d’une loi générale qui sert à exprimer le rapport fixe, invariable et constant qui doit exister entre la pathologie et la thérapeutique.
Si la loi des semblables dont on trouve le germe dans la doctrine hippocratique est restée ensevelie dans l’obscurité pendant des siècles, cela s’explique donc par l’influence longtemps continuée du galénisme. L’impossibilité où elle fut de triompher tenait à ce que cette loi présentée plutôt que découverte fut toujours associée aux systèmes divers qui se succédèrent, jusqu’à ce qu’enfin par lassitude et par impuissance, on en revînt à l’expérience, à l’observation sans mélange d’aucune vue systématique. Donc pour nous résumer :
La science médicale après avoir emprunté ses ressources à la sorcellerie, après avoir été superstitieuse, mystique, spiritualiste, dogmatique, organimiste, chimique, mathématique même si l’on veut, après avoir reçu les impressions passives et dominantes des préjugés et de l’esprit de chaque époque, fantôme sans consistance et sans avenir, en était là à se demander dans quelle voie elle devait s’engager quand d’un souffle et avec le plus grand succès Hahnemann , il y a de cela plus d’un demi-siècle, dissipa
toute incertitude en créant son dynamisme et sa loi des semblables.
Àu moment où surgit cet homme de génie, la médecine représentait un véritable chaos. Tout en utilisant avec bonheur les œuvres de ses devanciers et les faits du passé au profit de sa doctrine, Hahnemann fit bientôt justice de toutes ces conceptions aventureuses, de ces systèmes factices et si divers qui se sont succédé depuis Hippocrate jusqu’à Broussais, systèmes que dément l’expérience et que repousse la raison. Furent jugés et condamnés par lui la coction d’Hippocrate, — le strictum et le laxum de Themison, — la solidisme de Frédéric Hoffmann, — les archées de Vanhelmont , — le spiritualisme d eStahl, — l’humorisme de Stjlvius de le Boë , — l’éclectisme de Boerrhave , — la dichotomie Brownienne , — le spasme de Cullen, — l’irritation de Broussais , etc. La science, en effet, n’avait rien à gagner avec tous ces principes faux et mal établis, c’est pourquoi il les attaqua dans ce qu’ils avaient d’essentiel et de fondamental, nous apprenant à ne croire et à n’admettre que des faits, ce que nos sens nous démontrent et à nous défier toujours de notre intelligence dès que nous voudrions élever quelque théorie.
Cet Hippocrate du xvme et du xix® siècle affranchit de nouveau la médecine de la philosophie et la constitue science indépendante, bannissant toute hypothèse empruntée à la théologie et aux sciences étrangères à la physiologie et à la pathologie proprement dites.
A Bacon, il emprunte son analyse et sa, méthode expérimentale, en disséquant, passez moi le mot, je vous prie, chaque médicament et en recueillant avec soin tous les phénomènes qu’il produit; ce qui l’amena à la loi des semblables:
Personne, avant lui, n’avait regardé l’expérience pure comme la seule et véritable source de la matière médicale, personne n’avait songé à ériger en principe général de
l’art de guérir la loi des semblables, dont l’application jusqu’à lui n’était considérée que comme une exception.
N’est-il pas curieux aujourd’hui, que des confrères qui combattent l’homœopathie et feignent de ne pas accepter ses principes, veuillent rattacher notre doctrine au passé de la science en citant tous les chefs d’école qui, plus ou moins, entrevirent cette grande vérité qu’il n’était réservé qu’à Hahnemann de mettre au jour et de faire briller de tout son éclat.
A Descartes, il lui emprunta son eogito, ergo sim pour établir Yexistence de l'infini et celle des corps qu’il fonde sur la véracité même de cet infini. C’est ainsi qu’il est arrivé à créer son, dynamisme. Par cette loi il a donné aux faits un caractère de vie que leur refusait la philosophie baconnienne. Pour arriver à ce résultat, Hahnemann devait concilier le double point de vue aposteriori et a priori, Y analyse et la synthèse. Son dynamisme, il faut bien le dire, n’est qu’une réminiscence du panthéisme, considérant la création dans son infini et dans ses variétés comme la manifestation d’une unité absolue que vous dénommerez comme vous-voudrez. En vertu de cette unité absolue, il conçoit le lien harmonique qui enchaîne toutes les existences appelées à jouer un rôle spécial.
C’est la gloire de Hahnemann, d’avoir compris l’unité indivisible de la vie physiologique, et par conséquent d’avoir reconnu, non des forces vitales comme le voulait Bichat, mais une force vitale indécomposable de sa nature et à manifestations diverses selon les organes ou les appareils organiques où on la recherche et où on l’étudie.
Hahnemann en créant son dynamisme a créé un principe nouveau, qui désormais sera le point do départ des découvertes qui devront s’accomplir en physiologie. Le moment n’est, donc plus où la médecine sous l’empire de la philo-
t ophie se laissait dominer par elle, puisque ne préjugeant rien sur la nature des choses, elle se contente de réduire en lois les faits observables, se tenant au positif pour poursuivre et atteindre son but.
Avec des principes comme ceuxqu’Hahnemann a mis au jour on peut affirmer que l’avenir lui appartient.
Comprenez-vous maintenant de la part de nos adversaires, cette opposition de calcul et d’intérêt? comprenezvous cette ligue, ces croisades entreprises contre nous ? comprenez-vous que n’ayant pu entraver en rien les progrès de l’homœopathie,ce qu’ils ne purent obtenir par les vexations de toute sorte, par les négations de toute nature, ils aient tenté dans leur épouvante et dans leur rage de l’avoir par la violence en nous fermant leur école, leurs sociétés, en invoquant telle ou telle loi pour nous forcer au silence et nous empêcher de professer une doctrine qui leur porte ombrage?
Je traiterai dans la prochaine séance du dynamisme vital en particulier. Ce sera résoudre le deuxième terme du problème que j’ai posé dans une de mes leçons précédentes ; mais l’étude de l’homme nous entraînera à d’autres études non moins indispensables qui comprennent la science médicale proprement dite.