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DYNAMISME VITAL

Messieurs ,

Les anciens philosophes et médecins qui voulaient traiter de la vie, comprenaient l’étude de la nature entière, (cp vSlq) (nature), (Asyoî) (discours), d’où est tiré physiologie. C’est ainsi qu’ Hippocrate, pour désigner l’assemblage immense des êtres, des matières diverses, des combinaisons infinies, des mouvements variés dont nos yeux sont témoins, appelait nature, ce que, de nos jours, on désigne sous le nom de force , d ^principe vital , et enfin de dynamisme vital.

Il n’est aucun sujet dans lequel on n’ait trop prodigué l’emploi du mot nature, pour désigner quelque principe de mouvement, quelque force ou propriété essentielle et fondamentale.

Peu nous importe, que la nature soit considérée comme puissance créatrice de l’univers (natura naturans) , ou prise pour l’ensemble de l’univers ou des êtres créés (natura naturata); que, regardée par les uns comme l’essence de chaque chose, elle représente pour les autres l’ordre éternel ou la révolution successive des choses, comme le mou-

vement des astres, de la terre, le cours des saisons et le torrent des âges entraînant dans l’abîme de l'éternité et les hommes et les empires et toutes les productions animées.

Nous ne devons avoir en vue, nous médecins, que les forces actives qui gouvernent l’organisme vivant, l’ensemble des facultés et leur concours ou synergie en tel ou tel sens; nous ne devons nous arrêter, nous appesantir que sur ces puissances activer coordonnées de telle sorte qu’il s’en suit un système d'organisation, de vie, concours éternel de reproductions ou de renouvellements qui maintiennent le monde dans l’état où nous le voyons.

Bordeu, à propos de Vanhelmont, s’exprime ainsi : « Quelque opinion que l’on adopte sur la nature intime du principe de la vie, qu’on l’appelle archée ou force, agent nerveux ou impondérable, ce nom que l’on donne aux acteurs importe fort peu, pourvu que l’on retrace avec exactitude le drame qui se joue. »

Jamais question, en elfet, n’a été plus débattue et plus contradictoire que celle relative à la vie. Toute doctrine médicale étant nécessairement dominée par une manière différente de la concevoir, tout médecin cherchant à se rendre compte de ses actions et de tout ce qui se lie aux autres parties du système, il n'est pas étonnant que les conceptions les plus différentes et les plus étranges aient été émises sur son mode de développement.

Les uns la considèrent comme cause ou principe des phénomènes qui se succèdent dans notre organisation, les autres comme résultat ou ^effet du jeu des organes. — Ces deux solutions, comme je vous l’ai déjà fait entrevoir, sont en présence l’une de l’autre depuis l’origine des temps.

Pour les premiers, l'unité vitale, ce quelque chose d’inconnu qui échappe au scalpel, faisant fonction de cause,

chaque organe, chaque appareil lui empruntent et lui doivent une vie propre qu’ils expriment d’une manière différente. C’est avouer une hypothèse sans la justifier, c’est partir d’une supposition gratuite et construire sur celte base fragile un édifice peu stable, appelé qu’il est à croulera chaque instant.

Pour les deuxièmes, chaque organe jouit bien d 'une vie propre, spéciale, stimulée et entretenue par les modificateurs externes, mais V unité vitale, alors, n’est plus que le produit, le résultat, la somme des vitalités partielles départies à chaque organe. Ces deux hypothèses ainsi présentées ne sont acceptables ni l’une ni l’autre, — toutes deux sont exagérées.

Pour moi, i>ie et organes sont deux termes dépendants l’un del’autre, et qu’on nepeut même pas distraire par la pensée. C’est si vrai que l’expérience vient confirmer cette manière de Voir. Tout modificateur qui agira sur une ou plusieurs parties de l’organisme agira sur l’ensemble, et vice versa.

La vie est une , quoique multiple dans ses moyens de manifestation. Bien ne prouve mieux, à mon avis, l’ignorance dans laquelle on est sur un sujet quel qu’il soit, que la diversité d’opinions qui régnent dans le domaine d’un fait qu’on cherche à établir.

Que le spiritualisme distingue dans l’homme, en métaphysique comme en médecine, deux entités ou deux essences parfaitement indépendantes l’une de l’autre, tandis que le matérialisme n’en reconnaît qu’une, cela ne prouve absolument rien, et ne prouve pas plus en faveur de la perpétuité de la vie humaine qu’en faveur du contraire; car, on peut très-bien, à l’exemple des matérialistes, ne pas méconnaître une certaine puissance inhérente aux fibres memes, aux tissus, et coopérant avec ces parties au mécanisme de la vie, sans pour cela vouloir isoler cette force et ui constituer une existence, une entité à part. Ce sont au-

tant de distinctions subtiles; comme si matière et esprit ne devaient pas signifier seulement les formes de notre entendement.

Puisqu’il ne nous est pas donné de pénétrer la nature intime ou l’essence de la vie , toute démonstration devient impossible et tombe dans le néant. L’existence étant constatée, nous devons nous borner à étudier et à analyser les phénomènes de la 'vie dans leur production, dans leurs rapports, soit avec l’organisation, soit avec les circonstances extérieures. On ne doit pas se demander le pourquoi, mais le comment des choses. Puisque la vie est un fait, tout se résume à en connaître les lois, les conditions, les rapports, afin de nous rendre compte, autant qu’il est en notre pouvoir, du lien harmonique qui enchaîne l’homme à l’univers.

La vie, avons-nous dit, n’est ni principe ni résultat, mais bien l’un et l’autre,. c’est-à-dire une propriété de la matière organisée, jouissant d’un mode d’activité tout particulier, et à une condition anatomique correspond toujours un acte physiologique. L’étude de la physiologie suppose donc l'anatomie déjà connue. L’organisme tel que nous nous le représentons, forme un grand tout composé d'éléments différents. C’est l’unité représentée par la diversité d’éléments et la multiplicité d’actes. 11 est soumis aux mêmes lois qui régissent les corps inorganisés; seulement, en vertu de cette propriété d’action qui lui est spéciale, nous devons dès à présent établir une grande différence entre les corps organiques et les corps inorganiques et reconnaître que chaque animal en particulier, quoique soumis à ces mêmes lois qui régissent les corps de la nature entière, minéraux, végétaux ou animaux, est animé, j’allais dire dynamisé chacun dans son genre, suivant les différents organes qui le composent.

C’est, à l’exemple do Malebranche, do Spinosa, de Leibnitz ,

do Durdach, de Geoffroy-Saint- Hilaire, etc., etc., vouloir remettre en honneur la doctrine de la vie universelle adoptée par nos plus anciens philosophes et pour laquelle on incline beaucoup aujourd’hui. C’est reconnaître une puissance, une force ou énergie infuse dans tous les corps, les agitant, les remplissant de force et de vie et les conservant tant (pie s' y prête la matière par son aptitude et son organisation. C’est admettre que toute la création est animée par une vie commune qui, quoique diverse dans sa forme, dans ses moyens et de môme nature dans tous les êtres créés, diffère dans chaque espèce.

Donc sans organes ou sans éléments constitutifs de l’organisation, pas de vie. De même concevrait-on l’essence vitale considérée en elle-même sans qu’elle soit liée et inhérente à la matière? Vous êtes-vous jamais représenté cotte essence vitale sans son support le corps humain; que serait, je vous le demande, la force motrice de la vapeur sans eau et sans calorique, l’électricité sans les agents nécessaires pour sa production, etc., etc. Vie ou jeu des fonctions sont donc pour moi synonymes.

Aujourd’hui, nous devons abandonner la recherche de l’essentialité des choses, nous en tenir à l’étude des propriétés ou des forces des corps matériels , car elles seules constituent la vie dont la manifestation seule peut être perçue par les sens.

De même je combats les idées spiritualistes, de même je désapprouve ces tendances matérialistes qui veulent tout rattacher aux lois physiques et chimiques, tandis que le plus simple de nos actes reste et restera un mystère pour ces sciences incomplètes et inexactes. Aussi, messieurs, je ne me constitue pas plus le champion de l’une que de l’autre, puisque le principe qu’elles défendent échappent à notre observation. « L’homme, dit Pascal, est à lui-inôme le plus prodigieux objet de la nature; car il ne

peut concevoir ce que c’est qu’un corps, et moins encore ce que c’est qu’un esprit, et moins qu’aucune chose, comment un corps peut être uni à un esprit; et cependant c’est un ôtre. »

Permettcz-moi de vous citer ce remarquable passage puisé dans un ouvrage intitulé : Guide des (jms du monde dans le choix d’une médecine, parM. Aug. Guyard,(p. 96 et 97.)

« L’homme, dit M. Guyard, vit en absorbant des aliments, c’est-à-dire des êtres moralement distincts de lui, desquels, par une distillation, par une chymification merveilleuse, il s’assimile les parties actuellement convenables, analogues et sympathiques à sa nature, et rejette les parties actuellement antipathiques et contraires, tout en rayonnant sans cesse autour de lui sa propre substance. Ainsi, absorption, assimilation, émanation: telle est la loi de la physiologie humaine. En la généralisant, nous avons la loi de la physiologie universelle qui régit la vie des étoiles, comme celle des animalcules; la vie des sociétés, comme celle des individus.

Oui, tout vit par et pour l’assimilation; l’absorption et l’émanation ne sont que les moyens de ramener, par une série d’élaborations et de transformations, le divers à l’identique et le multiple à l’unité; c’est-à-dire d’assimiler l’individuel à l’universel, la partie au tout.

Ainsi, le minéral se nourrit du métal en le minéralisant, le végétal, du minéral en le végétalisant ; l’animal, du végétal en l’animalisant, et l’homme, de tous les êtres des règnes ou ciels inférieurs au sien en les h-ominalisant ou se les assimilant.

La vie intellectuelle et la vie morale sont soumises à la même loi physiologique.

L’étude est une digestion, une assimilation d’idées. La sympathie, l’amour, l’amitié se nourissent d'instincts, de goûts, de sentiments semblables.

Lu pensée vit de la pensée; le cœur vit du cœur; et cette double vie est d’autant plus complète et heureuse que les idées, les sentiments, etc., dont elle se nourrit, ont plus d’analogie avec les dispositions naturelles ou actuelles de chaque individu.

Toute association, quelle qu’elle soit, moléculaire, végétale, animale, humaine, planétaire, stellaire, ne peut avoir lieu qu’entre éléments semblables. »

Je crois donc me renfermer dans les limites du vrai en ne vous faisant envisager l’homme que comme un tout indissoluble, identifiant la partie matérielle de notre être à la partie dynamique. En un mot, ce qui nous frappe dans le corps humain ce sont des actes résultats de l’organisation complexe que présente ce tout. Constatons-le avec le secours d’un ou de plusieurs de nos sens, mais ne cherchons pas à l’expliquer.

Prenons l’homme au moment où il est appelé à perpétuer sa race et voyons ce qui va se passer: les faits se déroulant devant vos yeux, les explications que nous en donnerons pourront alors vous séduire sans pour cela être paradoxales puisqu’elles tombent dans le domaine de la réalité et de l’actualité. Puisque le fait de la génération des êtres doit rester toujours pour nous un mystère impénétrable, sachons au moins à quelles conditions la fécondation peut exister.

Nous savons d’abord qu’une fois le mouvement vital imprimé à l’œuf par un peu de matière , la liqueur séminale, un mode d’activité spéciale et de développement tout particulier se fait sentir chez le nouvel être dont toutes les parties cherchent à s’équilibrer. Mais avant que cet œuf ait subi l'influence des conditions qui doivent favoriser son développement, la force vitale ou dynamie qui est contenue dedansest absolument endormie (vin latens j, et soumise par conséquent sans aucune résistance active aux forces phy-

siques. Il suffit donc d’un peu de liqueur séminale pour imprimer à cet œuf un mouvement vital qui, commençant par un point, s’étend et rayonne autour de ce point. De masse difforme qu’il était dans le principe, il se perfectionne peu à peu en se rapprochant davantage par sa forme de l’individu dont il constitue l’avenir.

Chez le nouvel être la vie se résume: 1° à conserver et à ne pas rompre le lien vital qui l’attache à la mère pendant tout le temps de la grossesse.

2° A disposer ses organes à fonctionner eux-mêmes, quand arrivera le moment où le développement et la conservation de l’organisme seront dévolus à leur propre activité.

3° A puiser dans son sein, grâce aux matériaux qu’il y trouve, l’énergie vitale nécessaire pour subir les influences extérieures une fois mis au monde. Energie qui'sera sous la dépendance des éléments constitutifs du nouvel être, lesquels dépendent eux-mêmes des matériaux qui ont servi à la génération, ce qui explique : !° les anomalies physiologiques qu’on rencontre à la naissance; 2" les affections héréditaires, etc., etc.

Ainsi donc l’âge fœtal est cette période de la vie où l’on voit un germe mou, gélatineux, informe, revêtir tout à coup une organisation d’abord simple, puis plus compliquée, pour arriver ainsi jusqu’à un degré plus ou moins élevé dans la série des êtres. Cette période delà vie se rapproche beaucoup d’abord de la végétabilité. Car, tous les éléments nutritifs qu’il reçoit de sa mère qui vient si heureusement le suppléer dans tous les actes importants do sa nutrition, sont des produits tout préparés pour l’assimilation et qui ne servent qu’aux premiers développements de ses formes. Ce n’est donc que par degrés et insensiblement que se développe l’organisation. La vitalité, de confuse et de générale qu’elle était d’abord, se dessine mieux, se carac-

tériso de plus en plus par des phénomènes qui peuvent déjà, et à plus forte raison, dans un ûge plus avancé, être rattachés à un ordre d’organes voulus, à effets ou à résultats à peu près nuis dans le principe, c’est-à-dire au moment de leur création, et qui deviennent plus saillants à mesure que le développement se fait.

Les sucs nutritifs que fournit la mère à son enfant pendant le temps de la gestation, ainsi qu’au sortir de son sein, forment et maintiennent le dynamisme vital, qui, en raison du plus ou moins de similitude qui existe entre ces sucs et les éléments constitutifs de l'économie, s’approprie plus ou moins bien aux fonctions diverses et aux facultés multiples qui tendent à naître et à se développer dans ce même organisme.

De ces modificateurs naturels ou physiologiques dépend donc 1 ejeuules fonctions. De ces mêmes modificateurs dépendent encore la santé, la maladie et laguérison — la sari té qui est constituée par un ensemble de mouvements harmoniques—la maladie qui est le désaccord et la guérison, qui, sous l’impulsion de modificateurs nouveaux bien choisis, tend à rétablir l’harmonie; ce n’est donc qu’une question de choix ou d’appropriation.

A ces opérations mystérieuses qui s’accomplissent au sein de l’œuf humain, succèdent plus tard des phénomènes accessibles à l’action de nos sens. Ce n’est plus alors une chaleur douce, uniforme qui doit suffire à l’éclosion de l’œuf pendant le temps de son incubation, qui doit le pénétrer insensiblement et par degré. Ce sont les éléments les plus divers et les plus composés qui doivent être dans un rapport nécessaire avec nos sens, lesquels éléments, loin d’agir avec intensité sur nos organes, modèrent dans le principe leur action, qui, faible d’abord, graduelle et soutenue, tend à faire naître et à développer le dynamisme vital.

A peine le nouvel être est-il sorti du sein de sa mère qu’on

le voit remplir ses poumons des principes vivifiants de l’air atmosphérique, et puiser par ses propres moyens la matière nutritive. Là s’opère pour lui le premier acte de son existence.

Je ne comprends pas qu’un homme de la valeur de mon ancien maître, M. le docteur Gastier, ait fait naître le dynamisme de -l'exercice ou du mouvement, ne voyant dans les agents extérieurs qu’une cause d’excitation; mais le mouvement, c’est le dynamisme lui-même, et vice versa. Lui, qui combat les doctrines de l’irritation, il aurait dû s’apercevoir qu’il ne faisait autre chose que de ressusciter l’incitabilité de Brown ou l’irritabilité de Broussais.

C’est avoir du dynamisme l’idée la plus fausse, c’est envisager la question sous un point de vue trop étroit et faire rétrograder la science. Cela est si vrai, que cette fausse manière de voir a conduit mon vénérable maître à rattacher les méthodes, dites révulsives, et autres à cette loi, et d’en faire une dépendance de la loi homœopathique, cette excitation première invoquée par M. le docteur Gastier, et produite selon lui par les modificateurs externes, ne saurait être prouvée. Les agents extérieurs ont certainement une action sur l’organisme, mais une action nécessaire, indispensable. Leur action n’est pas plus excitante que déprimante. Les effets qu’ils produisent sont relatifs au milieu dans lequel la vie se déploie. Ce n’est donc qu’un phénomène vital ou dynamique qui se traduit par le développement de l’organisation et non un phénomène d’irritation ou d’excitation.

Le dynanisme vital doit être considéré par nous comme synonyme d’organisation à manifestations différentes qui sont sous la dépendance de lois connues et invariables. La vitalité n’implique nullement l’idée de lutte, tout au plus implique-t-elle celle de résistance et encore une résistance

toute passive qui dépend des matériaux eonstitutifs dè l’économie.

L’enfance représente la. deuxième période, celle d’accroissement et d’éducation. Dans cette portion de la vie où ranimai prend plus de matériaux qu’il n’en laisse échapper, l’animalité commence à se dessiner davantage, quoique dominée encore par la végétalité.

Arrêtons-nous un moment : quelques réflexions ne seront pas de trop concernant un âge qui a besoin plus que tous les autres, tant au physique qu’au moral, que ceux qui sont chargés de le diriger, s’occupent de lui d’une manière toute spéciale. On ne saurait, Messieurs, trop surveiller, trop dire et surtout être trop sévère envers ces établissements, comme les lycées, les séminaires, les couvents, où les constitutions les plus diverses et les plus opposées sont soumises invariablement à une règle de fer et la même pour tous.

Voyez ces lycées où les élèves loin de trouver dans dès professeurs intelligents, des amis et de bons conseillers, ne trouvent, pour la plupart, que des despotes au petit pied, lesquels, plus avides de dominer que d’enseigner, ne se plaisent qu’à torturer leurs élèves. Cependant , n’est-ce pas l’âge des élans généreux, cet âge où les passions naissantes, sous une habile direction, doivent tourner à la gloire et à la renommée de celui qui est sous leur empire.

Pourquoi ne pas initier cette jeunesse active aux travaux agricoles et industriels, à la physique, à la chimie, au lieu de ne lui enseigner que les traditions des Romains et des Hellènes, — ils savent tout, excepté leur langae; — on leur a tout appris, excepté à se conduire, une fois dans le monde.

« On n’apprend pas aux hommes, dit Pascal, à être honnêtes gens, on leur apprend tout le reste, et ils ne se pi^

quent de rien tant que de cela, ainsi ils ne se piquent de savoir que la seule chose qu’ils n’apprennent point. »

( Pensées morales de Pascal, p. 238).

Qu’y a-t-il d’étonnant que les collégiens, renfermés dans des bagnes universitaires, pleins d’un dégoût instinctif pour Fétude abrutissante de deux langues mortes, le grec et le latin qu’on leur impose, jetés en dehors de la voie sociale, tourmentés, opprimés de toute manière, ne viennent à consumer dans un vice infâme comme la masturbation, l’exhubérance de leur force vitale. Malheur aux parents qui condamnent leur fils à la plus hideuse des dépravations morales et physiques, dans l’espoir de le voir embrasser un jour une profession dite libérale !

Je maintiens que la source de l’onanisme gît tout entière dans cette fausse éducation que reçoivent les élèves au collège. Aussi le professeur Lallemerit a-t-il eu raison de reprocher à l’Université de bûtir et d’entretenir, au milieu des peuples modernes, ces milliers de Gomorrhe , où vont périr l’innocence et la santé des générations modernes ; d’où il ne sort pas trois enfants sur cent, exempts de l’effrayante contagion qui menace l’avenir de la civilisation européenne. C’est bien pis encore dans les séminaires. Voyez ces jeunes gens à la marche chancelante, incertaine, à l’œil éteint, au goût émoussé, à la peau blême et ridée; qu’un rien irrite, impatiente ou fait souffrir, comme un rien attendrit et fait jouir, eh bien ! ces jeunes gens sont voués tôt ou tard à ces mille et une maladies amenées toutes par l’épuisement graduel des forces physiques. Et pourrait-il en être autrement, quand le cerveau, ce centre des opérations intellectuelles, appelé qu’il est à dominer tout l’organisme, reçoit des impressions qui lui viennent plus des désirs des sens, que des incitations organiques inhérentes à la loi du besoin et du plaisir tout

à la fois.

La culture de l’intelligence n’est, vous le savez, que l’exercice du cerveau. Développez donc la matière, exercez les organes d’une manière régulière , et n’oubliez pas que l’éducation doit être progressive et ordonnée comme l’est la nature dans toutes ses opérations. A mesure que l’on suit les développements successifs de l’organisation, suivant l’ordre hiérarchique qui règne dans les fonctions, on développe chaque système d’organes suivant son ordre d’évolution. Une réforme importante à faire, c’est donc de ne plus exercer une partie du corps au détriment de l’autre ; il nous faut, avec l’initiation aux lois de la nature, l’éducation physique.

Non-seulement les lycées et les séminaires sont d’effroyables sentines de vice, mais ils sont encore le réceptacle de l’ignorance la plus grande, où l’on enseigne en 7 ou 8 ans ce que l’on pourrait facilement apprendre en deux ans : il nous faut, dit il/. Jobard , des métiers, des hauts-fourneaux et des laminoirs et on nous donne quoi? des latinoirs. Ce ne sont plus des clercs qu’il nous faut, ce sont des chimistes, des ingénieurs, des marins, etc. Autrefois on faisait des moines... aujourd’hui il nous faut des hommes. Aux vieux partis qui ne représentent qu’une chose morte, le passé, et qu’une chose odieuse, la tyrannie, doit succéder le nouveau qui représente l’avenir et la liberté. »

Qu’on le sache bien! Si l’homme manque toujours le but qu’il se propose, c’est moins aux imperfections primitives de sa nature physique, qu’à celle acquise par la mauvaise direction donnée à sa nature intellectuelle et morale qu’il doit s’en prendre. Si plus tard son intelligence devient la source de ses plus grandes et plus longues misères, il le doit à la fausse impulsion donnée à ses aptitudes.

Nous l’avons dit, l’ intelligence est subordonnée aux nécessités de /’ organisme; c’est un instrument au service de la

vitalité. De là pour nous l’obligation d’agir sur l’organisme en entier et de ne jamais développer une partie au détriment de l’autre. Aussi un travail physique exclusif ou l’inaction du corps longtemps prolongée sont presqu’aussi préjudiciables pour la santé, qu’un excès dans l’exercice du cerveau par surexcitation et par méditation, ou qu’un défaut d’exercice par paresse ou par négligence.

Dans le premier cas, l’emploi presque exclusif de la puissance musculaire a empêché la manifestation de la puissance intellectuelle, c’est comme on dit, la matière qui a absorbé V esprit. De là, l’abrutissement presque primitif de l’espèce humaine, et vice versâ. Ainsi l’exaltation des facultés de l’esprit et du sentiment, comme la vie contemplative des couvents, ou la vie méditative des savants, amène un résultat analogue. U esprit tue le corps , comme on dit, les organes des fonctions assimilatrices languissent, et les organes des fonctions de la reproduction de l’espèce perdent toute aptitude.

C’est ainsi que la culture anticipée du cerveau, avant qu’il ait acquis les conditions organiques voulues par l’exercice normal de ses fonctions, peut enrayer les fonctions diverses dévolues à l’assimilation et par conséquent désharmoniser la vie, au point de produire la plupart des maladies du premier âge. C’est lorsque, dans l’ordre des choses, on devrait favoriser cette grande élaboration, la nutrition , qu’on préfère développer prématurément un organe comme le cerveau qui, mûr avant le temps, ne peut donner que des fruits avortés. L’homme n’entre véritablement en puissance de toutes ses facultés, qu’après l’entier développement de ses organes, et de tous, le cerveau est le dernier qui n’arrive à terme qu’à 21 ans.

Nous ne saurions donc trop, tant que l’éducation et l’instruction ne reposeront pas sur d’autres bases, nous

opposer -à l'entraînement si général et si funeste, qui pousse les familles à lancer leurs enfants dans les emplois publics, ou à leur donner une carrière libérale, en leur prouvant que leurs raisonnements sont fondés sur les calculs les plus faux. L’éducation d'un Mineur, dit M. Jobard, représente avec les intérêts un capital de 30,000 fr. au moins à 21 ans, et celle d’un médecin ou d’un avocat ■100,000 fr. à 30 ans. Ces chiffres, peut-être un peu exagérés, n’en sont pas moins lin grand enseignement pour les familles.

Passons à la troisièmepériode, c’est celle de l’age adulte ou l’état parfait. Cette phase est caractérisée par la force, la puissance et par l’équilibre à peu près parfait qui existe entre le mouvement de composition et de décomposition. C’est alors que l’animal, après avoir acquis sa forme définitive et sa taille complète, consacre une partie du superflu de la nutrition à la reproduction de nouveaux êtres semblables à lui.

C’est alors que, suivant l’éducation d’abord et l’instruction ensuite qu’aura reçues l’homme, il sera ce que doit

être un homme et non un fanatique, un orgueilleux,

un avare, un égoïste, un être, en un mot, plus ou moins enclin aux bons ou mauvais instincts.

Vient enfin la quatrième et dernière période de la vie où l’équilibre entre le mouvement de composition et de décomposition est détruit, où l’animal perd plus qu’il ne gagne. De là amaigrissement, atrophie, irrégularité des mouvements et finalement la mort.

La vitalité différera dans chaque individu plus ou moins selon l’état de l’ensemble des actes simples dont celui-ci représente l’expression commune. Elle peut être subordonnée dans sa durée et dans ses manifestations à une foule de causes extérieures.

Si nous voulions comprendre comment s’accomplissent

toujours simultanément, et h la fois, plusieurs actes d’ordres divers, nous devrions les étudier l’un après l’autre successivement, en procédant des plus simples aux plus complexes.

A V anatomie, nous devons d’avoir découvert :

1° Les éléments dits anatomiques, auxquels se rapportent les propriétés dites organiques.

2° Les tissus auxquels correspond l’étude de ses propriétés; exemple : élasticité, consistance, etc.

3° Les systèmes dont la physiologie nous révèle les usages généraux.

4° Les organes destinés, comme nous l’indique l’observation, à des usages spéciaux, comme par exemple : de muscle fléchisseur, extenseur, rotateur, canal excréteur de l’urine, de la bile, etc.

5° Des appareils appelés, suivant les recherches physiologiques, à des fonctions d’une importance relative; exemple : respiration, locomotion, etc.

Une fois ces connaissances acquises, — l’organisme pris dans son ensemble, — c’est toujours à l’anatomie et à la physiologie que nous serions obligés d’avoir recours pour envisager le résultat général : vitalité, hérédité, mortalité, etc.

La vitalité, embrassée d’une manière générale, se présente à nous sous trois modes principaux qui sont autant de besoins et de nécessités à satisfaire.

Elle est végétale, — animale — et sociale.

L’être végétal est caractérisé physiologiquement par la végétalité seule, au premier degré de la vie; il est soumis à trois lois qui sont :

1° La loi de nutrition ou vie proprement dite; loi fondamentale, inséparable de la vitalité, même dans les êtres dont l’organisation est la plus simple. La. vie est le mou-

vement dans la matière organisée. Comme tout mouvement, la vie exige et ne peut durer que par la réparation et le renouvellement successif et incessant des forces dépensées à son entretien.

2° La loi du développement, c’est-à-dire la faculté de naître, grandir et mourir, — d’où les âges et la mort.

3° La loi de reproduction, c’est-à-dire la faculté de créer un nouvel être semblable à celui qui l’a créé, dans le but de perpétuer l’espèce — propriété dévolue aux éléments organiques les plus simples d’en produire un semblable à eux par segmentation, — d’où hérédité.

L’être animal, non-seulement est soumis aux mêmes lois qui régissent les végétaux, mais il est régi par quatre autres qui lui sont propres : ce qui constitue l’animalité au deuxième degré de la vie.

1° La loi d’exercice, tandis que la santé dépend surtout de l’état continu des organes nutritifs, c’està laloi d’exercice qu’il faut rapporter le plaisir proprement dit : ce besoin alternatif d’activité et de repos nous permet alors d’avoir une influence très-grande sur les êtres extérieurs.

2° La loi de conservation ou d’instinct.

3° La loi de l’habitude et de l’imitation fondée par Bicliat, — c’est en vertu de cette loi qu’il nous est donné de reproduire spontanément des fonctions périodiques, — cl’où V intermittence d’action. ■

-4° La loi de perfectionnement. — Grâce à cette loi, tout appareil animal se développe par l’exercice habituel et s’amoindrit, s’atrophie même par la désuétude prolongée; grâce à elle, chaque fonction intermittente soumise à une répétition, surtout périodique, est facilitée et tend ainsi à devenir inaperçue et involontaire. Cette loi permet donc à l’être supérieur d’améliorer non-seulement sa situation, mais sa propre nature : à.’ où. progrès.

L’être social est caractérisé par la sociabilité ou troisième

degré de vie, qui repose immédiatement sur le précédent4 comme celui-ci sur le premier.

Ce n’est plus l’homme que nous envisageons individuellement, mais bien l’état d’agglomération sociale. Il tse soumis, non-seulement aux lois qui régissent l’être végétal et l’être animal , mais il est régi par trois autres qui sont :

1° La loi des trois états : théo logique ou fictif, métaphysique ou oiseux, positif ou réel.

2° La loi de classement ou de coordination.

3° La loi d’activité pratique; résultat complémentaire des deux précédentes lois.

Telles sont, messieurs, les lois fondamentales, auxquelles sont assujettis les trois degrés de vitalité; de 1 ajuste satisfaction de ces lois dépend non-seulement la vie, mais encore la santé.

Tels sont ces actes que vous ne pouvez séparer que par la pensée, car chacun reflétant ses propriétés particulières sur l’ensemble, nous ne devons avoir en vue, dans l’organisme, que la vitalité entière.

La durée de l’existence , chez l’homme, dépendra des éléments constitutifs de son organisation et du milieu dans lequel il vivra. Qui le niera? Et chose merveilleuse! nos forces ne peuvent être réparées qu’à la condition que les matières alimentaires soient assimilées, et elles ne sont assimïlables que parce que leurs divers éléments sont semblables aux éléments constitutifs de chacun de nos organes, de nos tissus, de notre sang, etc.

Ainsi, chez tout être organisé, pour qù’il y ait vitalité, les principes immédiats ou matériaux nécessaires à la nutri • lion et à la manifestation des autres propriétés doses éléments anatomiques, doivent être puisés dans ce milieu indispensable, ce qui constitue l’ensemble des circonstances ou agents extérieurs physiques et chimiques,

— tt)t —

Ces lois sont unes pour l'humanité entière. Les variétés qu'on observe ne peuvent provenir, d’une pari, que du milieu différent dans lequel tout homme naît et se développe, d’autre part, do l’organisation qui n’est pas la même pour tous les individus. Quoiqu’il en soit, toutes les parties qui composent son être, sont solidaires les unes des autres et soumises à la plus étroite sympathie. Son unité ne peut ressentir la moindre modification, sans qde toutes les fonctions n’en soient ébranlées. L’ébranlement se transmettant du centre à la circonférence, ou partant de la circonférence pour converger vers le centre par des rayonnements infinis.

L’idée de vie ou de corps vivant et celle du milieu sont donc deux idées inséparables l'une de l’autre.

Une foule de causes extérieures viennent la modifier :

Ainsi, tandis que le printemps ramène une activité générale dans toute la nature, les froids font périr beaucoup d’insectes, font tomber les reptiles dans la torpeur, et procurent à certains mammifères une sorte de sommeil particulier, sommeil hivernal.

Si la chaleur est un excitant bien propre à tenir les sens et par suite tous les organes en action. Himboldt l’a vu engourdir et jeter dans la stupeur les caïmans et les boas sous les tropiques : les papillons, suivant Malpigki, vivent moins de temps pendant l'été que pendant le commencement de l’hiver.

Si la lumière est indispensable au plus grand nombre pour modifier son activité vitale, certaines espèces appartenant à des classes différentes dorment le jour, et préfèrent la nuit pour pourvoir à leurs besoins.

Pour les animaux sauvages, une foule de dangers et d’accidents résultent de leur vio libre et aventureuse. Malgré leur instinct, il leur arrive souvent encore de se blesser, de se noyer et même de s’empoisonner, quoiqu'une foule

d’aliments délétères pour l’homme ne le soient pas pour eux.

D’où je conclus que l’homme, chez lequel la vie n’est qu’une combinaison intime et temporelle de la force vitale ou dynamisme à l’état libre et de la matière, ne peut exister, se soutenir et se développer qu’à la condition d’avoir l’ensemble de son organisme en parlait équilibre. Le moindre trouble dans la vitalité, la moindre déviation, la moindre désharmonie dans les fonctions constitue pour nous une maladie, soit que la force vitale s’use par elle-même, soit que la matière étant usée, elle ne puisse plus demeurer dans cette combinaison organique, toujours est-il qu’il arrive un moment où elle l’abandonne, ce qui constitue la durée de la vie.

Ces périodes, phases ou âges de la vie peuvent varier et varient en effet en raison de la différence qui existe entre chaque espèce animale et même entre chaque animal d’une même espèce, étudié en particulier.

Ainsi parmi les infusoirs qui se produisent par milliers dans une matière en fermentation, vous en avez qui, comme les vibrions , les rotifères, jouissent, suivant les remarques de Spallanzani et d’autres, du pouvoir de perdre et de recouvrer à volonté les manifestations vitales, pourvu qu’on ne les soumette pas, d’après Morrin etBlavnville, à une température égale à celle qui coagule l’albumine. Je dis manifestation, parce que rien ne me prouve qu’une vie nouvelle ait été créée. N’a-t-on pas vu leuractivité rester étouffée des années entières dans le sable ou la vase où ils avaient pris naissance, puis, une fois lesahlc humecté, la vase délayée avec do l’eau nouvelle, la vie qui semblait éteinte renaître plus belle qu’avant, ce qui prouve l’influence du milieu sur la vie.

Les polypes et les mollusques à part. Vous avez parmi les articulés, des poissons qui, comme les carpes, ont vécu jus-

qu’à 130 et 200 ans. On a vu des serpents vivre 50 ans et même plus, etc., etc.

La longévité ne dépend donc pas, comme vous le voyez, ni d’une organisation plus complexe, ni d’une individualisation et centralisation plus intenses.

Parmi les mammifères , la durée de la,vie n’est pas moins variable.

Chez b homme elle peut atteindre approximativement de 70 à 80 ans, ce n’est qu’exceptionnellement qu’elle passe cette limite.

Chez Y éléphant, le terme de la vie est de 150 à 200 ans. Chez le chameau , de 40 à 60 ans. Chez Yâne, de 30 à 40 ans. Chez le cheval et le bœuf , de 20 à 30 ans. Chez le chien et le chat , de 10 à 15 et 20 au plus.

Il est reconnu aujourd’hui, d’après les statistiques, que la durée de la vie moyenne tend plutôt à augmenter qu’à diminuer. Ainsi la moyenne générale de la vie se serait successivement élevée de 22 à 29, de 29 à 36, et même 38 et 40 en France.

L’an 74 après J.-C., on ne comptait dans Y Italie entière que 65 centenaires, aujourd’hui il s’élève de 170 à 180.

En Angleterre, il y a 1 centenaire sur 3,100 individus; en Russie, 1 centenaire sur 245.

Par ces données, ne voyez-vous pas, messieurs, combien il est essentiel de ne voir dans Y acte vital qu’un renouvellement continuel et successif des atomes indispensables à l’organisme, et ne point, à l’instar des spiritualistes, des vitalistes et autres, faire voyager son imagination dans les nuages, tandis que vous ôtes dans un milieu où la réalité criante demande qu’on s’appesantisse un moment sur elle.

Certes, il ne faut pas, sous le prétexte de tout mesurera l’infaillible raison, confondre la raison avec notre raison, car, ce serait nous exposer à de cruelles déceptions, forcés

que nous serions, de rejeter ce qui ne pourrait s'adaptera ce cadre étroit et si limité.

Mais ne voyons-nous pas que tout être jouit d’une vie propre à lui et dépendante des matériaux qui ont nervi à sa construction. Delà les constitutions les plus dillerentes, les tempéraments les plus variés, en un mot, les natures les plus dissemblables, ce qui suppose des aptitudes et des tendances non moins variables.

On put craindre un moment et avec raison qu’Hahnemann, en créant son dynamisme vital, ne tombât dans l'erreur de ses devanciers et ne commît la même faute qu’eux.

Mais en épurant l'idée émise par Hahnemann, voici en quoi elle ressemble et diffère de celles qui avaient cours dans la science avant lui. Elle leur ressemble en ce que par dynamisme vital, nous désignons une cause ou force mystérieuse et profonde qui anime l’être vivant tout entier, fait corps avec lui, lie toutes les fonctions, tous les actes de la vie, et fait que tout converge vers un but commun.

Elle en diffère, en ce qu’une fois le principe admis, nous n’avons pas la prétention d’en faire exclusivement un principe à part, un être pensant, intelligent et médicateur. La force vitale , dit Hahnemann , dans son Introd. à l’Oryanun, p. 44, ne peut agir par elle-même que d’une manière conforme à la disposition organique de notre corps , sans intelligence, sans réflexion, sans jugement... » Donc en dehors de l'organisme pas de puissance vitale.

Ce que nous nous proposons avec nos moyens, c’est de modifier à la fois la matière et le dynamisme vital dont les manifestations sont si diverses en raison de la différence des fonctions physiologiques et de la structure des organes qui en sont les instruments. Et ce résultat ne peut être obtenu qu’à la condition d'être initié prolondémenl

aux lois de la vie, aux fonctions si variées et si compliquées de l’organisme, aux sympathies qui existent entre elles, etc., etc.

Donc, quand on veut s’appesantir un moment sur le sens véritable qu’IIahnemann a dans son esprit voulu accorder au mot dynamisme ou force vitale, on ne tarde pas à s’apercevoir qu’il résume pour lui l’être humain , le tout, l’ensemble de l’organisation. C’est le principe le plus élevé et le plus général, c’est de lui que tout part, c’est à lui que tout revient.

Selon lui, comme je vous l’ai dit, une loi générale gouverne le monde physique et le monde moral, cette loi est celle de l’ harmonie universelle, en vertu de laquelle les modificateurs externes au milieu desquels nous vivons, sont appelés à être en harmonie constante avec notre organisa^tion, tant que s’y prête notre corps.

L’homme et le monde voilà le dualisme radical. Les moyens qu’ils emploient l’un par rapport à l’autre ont une fin déterminée.

Nous pourrions très-bien ne pas nous demander d’où vient l’homme? Quelle est sa première origine? S’il est l’effet du concours fortuit des atômes, ou s’il est sorti tout formé du limon de la terre; si la force vitale est unique ou multiple, individuelle ou universelle, si elle naît avec la forme organique et finit avec elle, ou survivant à la dissolution matérielle des individus, si elle va animer des combinaisons nouvelles? nous pourrions passer outre, puisque nous savons qu’il n’est donné à personne de satisfaire à nos questions, ignorant complètement ce que devient la force vitale lorsque après la mort, l’organisme retombe sous l’empire des lois physiques; nouspourrionstrès-bien, dis-je, ne pas nous poser ces questions, mais nous ne voulons pas que de cet aveu de notre ignorance, les spiritualistes médecinsen concluentqu’on doit reconnaître lamain d’un

ôtrc surnaturel, d’un ouvrier infiniment intelligent et puissant dans un ouvrage aussi merveilleux que la machine humaine. « Il est impossible, dit Hahnemann, de se faire de la vie une idée à priori, sur son essence ; nous ne pouvons la connaître que d’une manière empirique; elle ne se révèle à nous que par ses manifestations ou phénomènes ; jamais on n’apercevra, jamais on ne découvrira par des conjectures ce que la vie est en elle-même et dans son essence intime (Mat. méd., t. I, p. Al, espr. de la doctr. h.).

Si, dans certains passages, Hahnemann laisse entrevoir une croyance à la spiritualité, cela ne provient que de sa première éducation dont on se départit toujours à grand’peine. Ainsi pour lui, comme pour nous, la vie n’est autre chose que l’activité propre des corps organisés se révélant par des phénomènes uniformes et constants, au milieu de la diversité des influences extérieures.

C’est, comme l’appelait Béclard, l’organisation en action. Ce dynamisme hahnemanien n’est autre chose qu’une certaine force ou puissance présidant à toutes nos fonctions et nous donnant le sentiment de leur accomplissement.

L’essence de la vie, dit Burdach, a pour origine l’univers.

Revenons à la machine humaine; qu’elle soit une chose admirable, surprenante, sans. égale, j’en conviens; mais l’homme n’existe-t-il pas dans la nature, et puisqu’il fait partie de la nature, je ne me crois pas en droit de dire que sa formation est au-dessus des forces de la nature; j’ajouterai même que je concevrai bien moins la formation de la machine humaine, quand, pour me l’expliquer, on me dira qu’un être surnaturel, un pur esprit, à formes inconnues, a fait l’homme en prenant un peu de houe et en soufflant dessus.

L’homme me paraît une production de la nature, comme toutes les autres qu’elle renferme et rien de plus.

Pour nous, médecins, il nous suffit de savoir que la

matière et \a. manifestation delà force vitale sont étemelles , la matière changeant souvent les formes et les proportions de ses principes constituants ; que les êtres vivants ne prennent naissance qu’à la condition d'emprunter une certaine quantité de matière , qu’ils ne se développent qu'à l’aide de cette matière-, qu’ils périssent en rendant infailliblement à la matière ce qu'ils lui ont emprunté pour un temps plus ou moins long, c£ qui permet à de nouvelles combinaisons de s’établir , les anciennes étant détruites. C’est ainsi que la vie engendre la mort , et que la mort continuelle éternise la vie.

Hippocrate ne professait-il pas les mêmes idées sur la vie et la mort , quand il disait : « L’homme étant mort, toutes choses retournent à leurs natures ; l 'humide prend son humide; le sec, son sec; le chaud, sa chaleur ; le froid , son froid. (Rursùscum liomo interit, singula insuam naturam secedere necesse est : humidum nempe ad humidum, siccum ad siccum, calidum ad calidum, frigidum ad frigidum). (De natiirâ hominis). »

On traite de sauvages, d’imbéciles et d’ignorants, certains peuples qui se disent descendus du soleil ou de la lune ; mais, en vérité, nos médecins spiritualistes ont-ils plus raison, et sont-ils plus autorisés à nous faire descendre d'une essence immatérielle ou d’un pur esprit, je ne le crois pas.

De ce que l’homme est doué d’intelligence , on en conclut qu’il ne peut être que l’ouvrage d’un être intelligent, et non d’une nature dépourvue d’intelligence. Mais d’abord, dans la machine humaine, je ne vois rien qui annonce d’une manière bien précise l’intelligence infinie de l’ouvrier à qui l’on en fait honneur ; je vois que cette machine admirable est sujette à se déranger; je vois que, pour lors, son intelligence merveilleuse est troublée et disparaît quelquefois totalement; d’où je conclus que l’ intelligence humaine dépend d’une certaine disposition des organes maté-

riels du corps , et que, de ce que l’homme est un être Intelligent, on n’est pas plus fondé à conclure que ce pur esprit doit être intelligent, que de ce que l’homme est matériel, on ne serait fondé à en conclure que ce pur esprit est matériel. L’intelligence de l’homme ne prouve pas plus l’intelligence divine que les défauts ou les vices de l’homme ne prouveraient les vices ou les défauts de cet être surnaturel dont on prétend que l’homme est l’ouvrage.

Quoi qu’en disent les spiritualistes et vitalistes, ce pur esprit sera toujours une cause contredite par ses effets , ou dont il est impossible de juger par ses œuvres. Nous verrons toujours résulter du mal, des imperfections, des folies, des maladies d’une cause que l’on dit remplie de bonté, de puissance, de perfection, de sagesse, etc.

Nous dirons avec Hahnemann en terminant, que tous les corps, soit organisés, soit non organisés, sont des résultats nécessaires de certaines causes faites pour produire nécessairement les effets que nous voyons ; que toutes les causes n’agissent que d’après des lois fixes, certaines ; que ces lois permanentes ne sont que la liaison nécessaire de certains effets avec leurs causes.

Vous voyez, messieurs, que si nous ignorons la nature de certains corps, de certains êtres, nous connaissons au moins les lois par lesquelles les corps agissent, se rencontrent, se combinent ou se séparent, celles par lesquelles les êtres développent leurs propriétés, par lesquelles des effets doivent nécessairement résulter du concours de certaines causes.

Le monde lui-même est un agent nécessaire, dont les différentes parties qui le composent, sont liées les unes aux autres et ne peuvent agir autrement qu’elles ne font, tant qu’elles sont unies par les mêmes causes et pourvues des mêmes propriétés.

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Messieurs, je devais terminer à la prochaine séance cette question physiologique par quelques réflexions philosophiques (vérités mères), mais je me suis rappelé que la vérité n’est pas toujours bonne à dire; aussi aborderai-je de suite lundi prochain la pathologie homœopathique.

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