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DÉFINITION. — ALTÉRATION DE LA MATIÈRE. — CLASSIFICATION

ÉTIOLOGIE.

Messieurs,

En traitant de la physiologie et en étudiant d’une manière générale l’enchaînement des actes qui composent et constituent la vie, nous avons dit que le dynamisme vital représentait pour nous /’ ensemble des effets produits par une organisation donnée. En traitant de la. prophylaxie nous dirons qu’on ne peut prétendre à la santé qu’à la condition que ces effets se développeront dans -an ordre parfait, régulier, ce qui constitue l’harmonie.

Enfin, nous dirons aujourd’hui, en traitant de la pathologie d’une manière générale, que le désordre et F irrégularité dans leur manifestation constituent une maladie qui pour nous n’est que le résultat des modifications ou altérations survenues dans l’état anatomique et physiologique , eu égard aux conditions étiologiques.

De même, messieurs, qu’il ne nous a pas été donné de pénétrer la nature intime, l’essence ou la cause prochaine de la vie, semblable en cela au métaphysicien à qui il est aussi refusé de trouver, do connaître et d’expliquer la cause première de certains phénomènes; de même, la nalure in-

Unie des maladies restera pour nous un mystère. 11 existe aussi une infinité de choses dont l’essence restera encore et même toujours cachée à notre pénétration; sait-on mieux aujourd’hui que du temps de Molière, comment l’opium fait dormir pris en masse? Evidemment non!

Mais s’il ne nous est pas permis d’embrasser des considérations aussi élevées, si la nature intime des maladies nous échappe parce qu’elle est insaisissable, du moins pouvons-nous, en observateurs attentifs, recueillir les efj'ets qui nous sont révélés en partie et reproduire avec la plus grande fidélité, la plus grande exactitude, le drame morbide qui se joue tous les jours sous nos yeux et en tirer des conséquences et des enseignements pour l’avenir.

Si nous ne savons rien de la manière dont se comportent sur notre économie les modificateurs externes, en un mot, si nous ignorons la cause première des maladies, nous savons au moins dans quelles conditions, sous quelles influences se produisent la plupart des maladies, nous savons qu’il faut, pour que la santé de l’homme soit troublée, que le milieu dans lequel il est appelé à vivre, ait modifié son organisation. C’est donc à nous d étudier et de rechercher sous quelle in(luence extérieure une maladie peut se déclarer.

Les opinions que vous m’entendrez émettre ici, messieurs, ne sont que la déduction des idées que j ai émises sur la vie dans une leçon précédente.

Elles découleront tout naturellement des faits qui chaque jour se présentant à nous, demandent a être observés

fidèlement et interprétés de même.

Si, comme nous avons cru le démontrer, lavie humaine est une et indécomposable, si l’action des modificateur* hygiéniques et naturels ne peut se faire sentir sur un ou plusieurs points pris en particulier sans que l’ensemble de l’organisation ne soit plus ou moins vivement irapressioné.

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de la même manière se comporteront les influences morbifiques à l’égard de l’organisme, c’est-à-dire que quel que soit, le point de départ , que ce soit un organe ou l’ensemble qui soit primitivement attaqué, le retentissement sera général et plus ou moins appréciable. En un mot, la maladie étant primitivement générale, pourra se localiser et vice versa.

Ceux qui ont enseigné qu’il existait des maladies par ellesmêmes, indépendamment de tout désordre de l’ organisation, qui, à la suite de maladies regardaient les lésions qu’on y rencontre exclusivement comme l’effet, et non comme la cause de ces mômes maladies, ont basé leur dire et leur jugements»/' l’ impossibilité où ils se trouvaient de déterminer les altérations des liquides ou des solides, de circonscrire le siège de la lésion primitive, soit qu’il y ait eu dans le principe tin ou plusieurs points d’ attaqués à la fois.

Si les altérations pathologiques ne sont que très rarement saisissables d’une manière directe pour l’observateur, cela vient de ce que nos sens sont trop grossiers et trop trompeurs, pour percevoir les phénomènes variés que nous offrirait toute analyse, soit physique, chimique, ou autre faite sur l’être vivant; je dis sur l’être vivant, afin qu’on n’oublie pas que les modifications apportées dans l’organisme ne se font que suivant les lois du dynamisme vital, mais il ne s’ensuit pas de l’imperfection d’une science . qu’il ne faille pas reconnaître l’existence de lésions matérielles afin d’établir un rapport le plus exact possible entre les symptômes ou troubles fonctionnels et les lésions des agents des fonctions auxquelles ces troubles doivent être rattachés.

J applaudis donc aux efforts de l’Ecole de Paris qui, en créant l anatomie pathologique, s’est proposée de rendre raison des symptômes propres aux organes ou appareils altérés. Certes, ce sont des efforts louables, mais quant à

vouloir arracher aux cadavres certains secrets je crains

bien qu’elle n’y arrive jamais. <

Car, messieurs, du moment où la vitalité manque, les parties matérielles proprement dites ne signifient plus rien ou fort peu de chose, elles n’expriment plus qu’une très-petite partie de la vérité. Ne suffit-il pas, en elfet, que la vie ait cessé d’exister, pour qu’aussitôt un changement se soit produit dans la matière inerte. Aussi trouve-t-on presque toujours l’identité d’altération dans la texture des organes, ce qui n’implique ni l’identité de la nature d’une maladie, ni l’identité de sa cause, ni l’identité du traitement.

En dehors des recherches sur les cadavres, ce dont, messieurs, nous devons nous préoccuper, c’est d’arriver un jour à reconnaître sur le vivant les lésions matérielles.

L’opposition systématique que font les médecins dits spiritualistes, animistes et vitalistes à cette manière de voir ne prouve qu’une chose. C’est qu’avant que la science n’ait atteint son plus haut degré de perfection, il nous reste encore beaucoup à apprendre et à savoir. Cette incertitude qu’on rencontre dans les esprits et bien naturelle du reste, ne disparaîtra que le jour où V altération des solides et des liquides étant prouvée sans conteste, on ne s’attachera plus à combattre des lésions de propriétés vitales, enfants de l’imagination qu’on ne saurait jamais atteindre. Heureusement qu’au lit du malade toute idée spirituelle fait place à l’idée naturelle, le vitalisme ou spiritualisme se trouvant subjugué par le matérialisme. Peutil en être autrement? Non !

Ils savent comme nous que tout se tient, tout s’enchaîne tellement dans l’organisation humaine, qu’il n’existe peutêtre pas une seule maladie sans qu’il n’y ait, outre une altération des solides, une altération soit des produits de secrétion, soit du sang lui-même.

C’est, donc bien à tort, selon nous, que l’on conteste que les solides et les liquides de l’économie puissent être alteiés

primitivement , croyant que leur altération est toujours consécutive à une modification préalable d’un être idéal, abstrait, principe vital, propriétés vitales, dynamisme pur pour les uns, esprit, âme, essence vitale pour les autres. S'attacher à de pareilles hypothèses, ce serait vouloir combattre une chimère.

Tandis que la science, aujourd’hui, accomplit un véritable progrès en s’élançant dans une voie nouvelle. Ayant prouvé en traitant de la physiologie que dynamie ou vie était dépendante de la matière et synonyme à’ organisation, qui niera les altérations primitives, incontestables à la suite de certains aliments, de poisons, de miasmes, de virus, de privation d’air, de lumière ou de chaleur, etc., etc.

Je le répète, 'messieurs, la pratique de notre art ne sera dépouillée des difficultés indicibles que nous rencontrons au lit des malades que quand nous connaîtrons et saisirons parfaitement tous les caractères fixes qui constituent un état pathologique.

Pour cela, nous devons compléter l’un par l’autre, le diagnostic des anatomo-pathologistes et le diagnostic homœopathique , nous devons nous attacher surtout aux lésions ou altérations de texture , qui est jusqu’à présent le seul caractère jixe que nous fournit une maladie et duquel dépendent les lésions de sensation et d’action. Je vous le répète, les guérisons homœopathiques seront d’autant plus certaines et plus rapides, qu’on arrivera mieux à saisir dans le tableau mouvant de la symptomatologie le caractère fixe et invariable qui constitue une maladie.

11 faudrait qu’on puisse arriver à rattacher les symptômes de presque toutes les maladies aux altérations du tissu ou du liquide qui les provoquent, et qu’on arrive à ce point, de pouvoir dire: a tel groupe de symptômes correspond tel mode de lésion ou d’ altération.

Outre tout l’avantage qu’on pourrait en retirer pour le

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traitement, il en existe un autre non moins grand, celui de porter un diagnostic et de dicter un pronostic avec une grande assurance.

Ainsi, qu’un malade se présente à vous avec de la gêne dans la respiration, de la toux, une douleur plus ou moins profonde, quelques crachats sanguinolents, un son mat et un râle crépitant dans un des côtés de la poitrine, etc., hardiment vous prononcerez que c’est le poumon qui est altère', modifié. — Que d’autres individus se présentent avec des symptômes identiques; comme ils ne peuvent pas dépendre de lésions différentes autres que celles du poumon, votre diagnostic aura toujours le même degré de certitude et le jugement que vous en porterez dépendra de la gravité de V altération.

Mais s’il importe au médecin de savoir reconnaître les maladies, c’est principalement dans le but de pouvoir mieux appliquer ses moyens thérapeutiques, et ne peut se flatter de connaître parfaitement une maladie que celui qui parviendra à savoir le mode d’ altération qu’a subi l’organisme, c’est-à-dire les changements d’organisation. Pour être bon pathologiste et par conséquent bon médecin, il faut être avant tout physiologiste et anatomiste, c’est-àdire connaître /’ enchaînement des actes de la vie et les instruments par lesquels ces actes s’exécutent. Je 11e saurais trop insister sur ce point.

Voici, messieurs, comment nous procédons pour arriver à la connaissance de toute maladie; nous invoquons les causes et les symptômes, puis afin de rechercher les indications précises que présentent l’étiologie et la symptomatologie pour la thérapeuthique, nous avons recours au diagnostic, opération tout intellectuelle de comparaison et de pur raisonnement, qui découle de l’observation. Seulement la dilîérence qu’il y a entre l’école officielle et nous, c’est que le principe qui nous guide, qui nous sert

de base, ne nous permet pas de rattacher d’une manière exclusive l’individualité morbide à une classe, à un genre, ou à un ordre quels qu’ils soient. En effet, si la loi de similitude est telle que nous vous la présenterons, elle entraîne comme conséquence Y individualité de toutes les maladies, individualité qui ne peut être guérie que par une individualité médicamenteuse qui lui soit parfaitement appropriée. A chaque état pathologique ou chaque groupe de symptômes correspondent un ou plusieurs agents thérapeutiques qu’aucun autre ne pourrait remplacer d’une manière aussi efficace.

En dernier ressort vient le pronostic qui nous permet de prévoir l’issue d’une maladie, il se tire :

Iu De la vitalité plus ou moins grande du sujet.

2° De l’état plus ou moins avancé d’altération ou de désorganisation.

Il dépend également des causes qui ont sévi sur l’organisme et des médicaments que nous avons à opposer à la maladie. Car, toute guérison véritable dépendra du plus ou moins de similitude entre les effets médicamenteux et les effets morbides.

Cependant, messieurs, de l’aveu que je viens de vous faire, de la nécessité qu’il y a pour nous d’ individualiser les maladies, ne naît pas l’impossibilité d’établir une classification des différents états morbides qui présentent entre eux plusieurs points de contact et de similitude.

Sans jamais abandonner l’étude assidue, détaillée de symptômes morbides considérés en eux-mêmes et dans les circonstances qui peuvent les modifier, cette classification peut parfaitement exister et comprendre des groupes d’états morbides qui seraient fondés à la fois sur l’étiologie et la symptomatologie.

Cette description naturelle d’une maladie ne se fera qu’autant qu’on lui laissera développer toutes ses'phases, et qu’on ne viendra pas l’entraver ou enrayer sa marche

par des médicaments pris mal à propos, ou en changer le caractère par des moyens perturbateurs. En agissant ainsi , ce n’est plus seulement l’histoire de la maladie que l’on donne, mais encore celle du médicament.

C’est, du reste, ce qui est cause qu’appelés près d’un malade antérieurement soigné par un allopathe, nous soyions souvent induits en erreur pour le choix d’un agent thérapeutique, et, par suite, que la guérison se fasse tant attendre ou ne se fasse pas du tout, par la difficulté que nous avons de démêler ce qui est le propre de l’état morbide ou du médicament donné par le médecin qui nous a précédés. Hippocrate est peut-être le seul qui se soit contenté de retracer fidèlement la marche d’une maladie sans employer aucun agent thérapeutique, etc.

Une observation attentive, une analyse exacte des différents états morbides, auraient certainement pour résultat do découvrir tous les points de ressemblance qu’olfrent les maladies entre elles, ce qui permettrait alors de les grouper en raison des affinités qu’elles présenteraient.

En s’appuyant sur V analogie des signes , des symptômes, des altérations , et surtout en prenant en considération la cause, on pourrait bien certainement prétendre à une classification nosographique et diviser les maladies en catégories, — ce sont les seules bases auxquelles il faudrait s’attacher.

Toute bonne nosographie, quelle que soit la maladie à laquelle elle s’adresse, qu’elle soit aiguë ou chronique, sporadique ou épidémique, la cause qui l’a produite, étant connue, toute bonne nosographie, dis-je, doit se proposer trois choses:

lrc Rattacher chaque cas donné de maladie à l’espèce dont il est une dépendance, après avoir constaté sur chaque malade, l’existence de symptômes généraux caractéristiques, propres à l’espèée morbide , y comprenant les altérations de texture.

2me Individualiser les maladies, c’est à dire recueillir avec

soin tous les symptômes secondaires ou particuliers qui donnent à chaque cas sa physionomie propre, et qui permettent de tixer le diagnostic avec plus d’assurance.

;rp Exposer un tableau morbide d’une manier & assez nette , assez précise pour qu’on puisse en déduire des indications thérapeutiques, et que l’agent médicamenteux pour être approprié, puisse être choisi non en vue d’un nom quelconque donné à une maladie, mais bien en vue d’un groupe de symptômes. — Dans toute maladie, deux choses sont donc à considérer : l’espèce et Y individualité dans l'espèce.

Hahnemann lui-même m'était déjà pas si éloigné d’une bonne classification, puisqu’il divise lui aussi les maladies en aiguës, au nombre desquelles sont les maladies épidémiques qui, reconnaissant pour cause certaines constitutions médicales ou certaines conditions de l’atmosphère, ne peuvent être confondues avec aucune autre maladie. En médicinales, survenues à la suite de l’usage trop prolongé de certaines substances comme le café, le thé, le tabac, le mercure, l’opium, l’aloës, la quinine, lofer, l’iode, etc. En chroniques, dues selon lui, à 3 miasmes : la syphilis, la psore, la sycose. Quand on connaîtra parfaitement les caractères qui sont assignés à la syphilis et à la sycose, on ne pourra les assimiler à ceux qui appartiennent plus particulièrement à la psore, soit qu’elle se manifeste par des dartres, des scrofules, des phtisies ou des cancers. — Comme chacune de ces manifestations offre à son tour des caractères distincts et bien tranchés, on ne les confondra pas avec celles produites par d’autres causes.

Si vous me voyez, messieurs, tant insister sur la nécessité d’une nosographie, c’est afin de combattre l’opposition acharnée qu’elle a trouvée dans le camp homœopathique.

Ces médecins n’ont pas compris que l’avantage résultant d’une classification bien faite et bien établie, serait de

ti

pouvoir déterminer sinon d’une manière précise, du moins d’une manière moins équivoque, les agents thérapeutiques qui sembleraient être le plus en rapport avec l’affection qu’on aurait sous les yeux. Ce serait un grand point que d’avoir une classification qui à elle seule vous mettrait déjà sur la voie du traitement.

Les maladies, comme tous les faits de la nature, n’appartiennent-elles pas à un ordre naturel, et, à ce titre, ne peuvent-elles pas se prêtera une classification, d’après les caractères, les analogies et les différences fondamentales ou spéciales qu’elles affectent. Du moment où l’on peut distinguer ce que ces caractères ont de commun ou de différentiel, de général ou de particulier, par la même raison, ils peuvent être classés. Certainement chaque cas morbide présente des caractères particuliers absolument individuels et qui servent à le différencier d’autres cas, de la même manière qu’un individu peut être distingué d’un autre, mais il faut bien reconnaître qu’il existe au fond de chaque cas morbide , de même que dans chaque individu, des caractères généraux qui sont communs à plusieurs et qui permettent de les ranger en groupes divers, avec des dénominations différentes.

Ceux-mêmes qui se flattent le plus de baser leur thérapeutique sur les seuls signes individuels, sont obligés de recourir aux phénomènes morbides d’un ordre supérieur ou génériques. En effet, l’individuel ne peut être distingué du commun qu’à la condition de connaître les caractères génériques. Le particulier se déduit du général et non le général du particulier.

Tout en vous exprimant le désir de voir la médecine sortir du domaine des suppositions, je ne dois pas vous dissimuler, cependant, que depuis Hippocrate jusqu a nos jours, la tendance du progrès a été, surtout de la part de l’école de Paris, de rattacher de plus en plus les pliéno-

mènes de lu s un té et ceux de lu maladie u un effet de t organisation.

En effet, ne connaissant pas le substratum de la vitalité ou la disposition à priori de l’organisme vivant, nous devons nous en tenir aux phénomènes appréciables pour nos sens considérés isolément et dans leurs connexions, mais ne jamais nous demander comment ces phénomènes ont lieu, car, à plaisir, nous nous forgerions des difficultés insurmontables.

Hahnemann a toujours, et avec raison, attaché une grande importance à l’étude et à la connaissance des causes des maladies. 11 veut que l’on fixe son attention sur la recherche des conditions soit externes, soit internes, sous l’influence desquelles se développe une maladie. Comme l'expérience nous enseigne que la même cause peut produire des maladies différentes et des causes différentes ia même maladie, ce qui nous importe surtout, c’est ‘d’étudier les causes des maladies sous le point de vue des modifications qu’elles introduisent dans l’organisme, car leur immense variété peut produire des phénomènes variables à l’infini.

Toute cause, dit-il, peut agir directement ou indirectement.

Quand leur action est circonscrite ou semble s’étendre à toute l’économie, elles sont dites locales ou générales.

.Nous les diviserons : 1° en causes prochaines, 2° en causes occasionnelles qui se subdiviseront elles-mêmes en causes prédisposantes, en causes déterminantes et en causes formelles.

La cause prochaine est ce qui fait l’essence d’une maladie, ce qui est nécessaire pour qu’elle existe, ce qu’il faut emporter ou faire cesser pour qu’elle soit détruite. Mais elle reste toujours cachée à notre pénétration. Hahnemann, pour la trouver, la connaître, l’expliquer et la détruire, a pris un biais; il a eu recours aux symptômes qui expri-

ment les allures de la maladie, et qui, à défaut de connaissance de la cause prochaine, nous enseignent à les limiter par des moyens à action connue, fixe, déterminée, et qui, par leur introduction dans l’économie, viendront enrayer leur marche en s’opposant à tout progrès ultérieur du principe morbide. Par exemple : dans une pneumonie ou une pleurésie, la diathèse ou matière inflammatoire, sera la cause prochaine, etc.

Les causes occasionnelles sont celles qui influent puissamment sur la production des maladies, elles sont internes ou externes. — Internes, lorsque le sujet les puise en lui-même, externes quand elles ont leur source au dehors. Elles se subdivisent en causes prédisposantes, déterminantes et formelles.

Les causes prédisposantes sont certains états ou conditions qui rendent. nos organes plus aptes à contracter la maladie. Certaines manières d’être de l’organisation, favorisent l’action des causes morbifiques extérieures, et suffisent même souvent pour produire à elles seules, et à la longue, les maladies.

Plus un terrain sera prédisposé, plus la cause produira de fruits, à coup sûr; c’est ainsi que les grandes épidémies font tant de victimes. Pans le cas contraire, c’est-à-dire quand il n’y a aucune prédisposition, le germe atteint bien l’organisme, mais il ne se développe pas, il reste alors comme frappé de stérilité. Que de personnes vivent au milieu de contacts impurs et qui, cependant, n’en sont nullement incommodées!

11 peut arriver aussi que le germe, quoique tombant sur un organisme parfaitement prédisposé, ne se développe pas, attendant une occasion plus favorable, soit d’âge, soit de saison, etc.

Du reste, l’influence de toutes les causes en général sera bien plus grande sur les sujets dépourvus de vitalité que

chez ceux placés dans les conditions opposées, en raison de la résistance moindre qu’offre l'organisme.

Les causes internes des maladies résident donc surtout dans ces conditions organiques; ainsi, les idiosyncrasies, c’est-à-dire l’excès ou le défaut de développement d’un ou deplusieurs organes, d’un ou de plusieurs systèmes organiques relativement aux autres et tous les vices de l’organisation, sans exception, vous rendront plus sensibles à l’action de telles ou telles causes et plus aptes à contracter telles ou telles maladies. Ainsi, l’âge, c’est-à-dire la jeunesse ou la vieillesse; ainsi, les sexes, le tempérament, une constitution pléthorique ou anémique, lymphatique ou nerveuse, seront ces causes. L’enfance prédisposera aux maladies de l’encéphale : l’adolescence et l’âge adulte, à celles de la poitrine; l’Age mûr, aux affections de voies digestives, la x ieillesse aux maladies des reins, de la vessie; pour les sexes, le sexe féminin, par exemple, sera plus sujet aux affections nerveuses.

Mais de toutes les causes prédisposantes, la plus puissante est sans contredit Y hérédité , celle où tant de parents transmettent aux enfants le germe de leurs maladies, comme la goutte, le cancer, la phthisie, les scrofules, les affections gastriques, vermineuses, etc. Les enfants recevant de leurs parents une organisation semblable à la leur, celle hérédité ne doit pas plus étonner que celle des traits du visage, du son de la voix, du caractère, de la taille, des formes, etc. Doués de la même organisation que leurs parents, ils jouissentpar conséquent de la même aptitude qu’eux a contracter les mêmes maladies. Le changement de climat, un genre de vie et d’éducation différente pourront bien eloigner le développement de tout germe, et môme faire qu’il ne se développât jamais, mais U ne sera pas anéanti pour cela. On n arrivera à sa destruction complète qu’avec une médication active et bien appropriée.

Il est rte remarque que l'aptitude ou la prédisposition héréditaire à contracter telle ou telle maladie s’accroît de génération en génération. C’est ainsique s’éteignent les races, et par la môme raison que •celles qui ne croisent pas, s’abâtardissent.

Souvent Y organisation des parents ascendants, leur prédisposition à certaines maladies , se trouvent ainsi dévoilées par l'état morbide des enfants. Qui n’a été appelé à donner des soins à des phthisiques, dont le père et la mère vivaient encore, et même ne se portaient pas mal.

Qu’on se garde bien de croire chez ces enfants à une phthisie acquise , parce qu’on n’aperçoit pas là de transmission héréditaire. Quelquefois, la transmission est tellement latente, qu’elle saute des générations, citasse de l’aïeul ou du bisaïeul au petit-fils. Cependant, interrogez avec soin, et vous apprendrez bientôt que ce père, ou cette mère s’enrhument très-facilement, que la toux chez eux est très-opiniâtre, et que même, il leur est arrivé souvent de cracher le sang. C’est ce que j’appellerai la transmission avec anticipation, ou retard dans l’invasion. Ce qui n’était qu’une prédisposition chez les parents, est devenu une maladie chez les enfants, et ce que nous disons ici pour la phthisie, est vrai de toutes les maladies héréditaires ou chroniques. Souvent même, il y a transmission directe des parents à l’enfant avec transformation , c’est-à-dire que si les parents présentaient des symptômes de scrofule , l’enfant peut naître phthisique , etc. La loi qui, dans ce cas particulier, vous semblait violée, trouve donc sa confirmation à savoir, que toute maladie va en s’aggravant par le fait même de la transmission. Il peut arriver aussi, mais ces cas sont plus rares, que le germe morbide qui infectait la mère, paraisse pour ainsi dire la quitter, afin de sévir et de se développer chez son enfant. 11 semble alors que la mère soit à peu près débarrassée. Quant à savoir si la

prédisposition héréditaire se transmet de préférence du père à la fille, et de la mère au garçon, c’est encore une question à débattre. Cependant, on a remarqué que la transmission pouvait faire quelquefois élection de sexe : ainsi la goutte du père ne sévit guère que sur le garçon, etc., etc.

Les causes déterminantes ou efficientes sont celles qui produisent immédiatement la maladie, comme l’impression brusque du froid, le passage subit d’une température chaude à une opposée, — certains agents de nutrition, — les poisons, etc., etc., etc.

Du reste, tous les corps de la nature, sans aucune exception, peuvent devenir causes des plus nombreux et des plus fréquents désordres. Ils sont engendrés le plus souvent par les agents les plus nécessaires à la vie : tels que l’air, l’eau, la lumière, la chaleur, les aliments, l’électricité, etc. Que leur action sur l’organisme vienne à augmenter ou à diminuer au-delà de certaines limites, ou que les organes qui sont influencés par eux viennent à ressentir leurs effets plus vivement qu’à l’ordinaire, cela suffit parfaitement pour rompre l'équilibre et faire déclarer une maladie. Plus leur action est violente, et plus l’organisme est impressionné, et, par conséquent, plus les maladies se développent avec promptitude et acquièrent d’intensité, (et vice versa).

Outre les influences extérieures naturelles physiologiques qui viennent impressionner plus ou moins vivement l’organisme, il faut comprendre les influences contagieuses ou épidémiques, ou non naturelles, celles qui se transmettent d’individu à individu par le contact plus ou moins immédiat, à savoir : les miasmes de la rougeole, de la scarlatine, delà coqueluche, de la petite vérole, etc., toutes causes spéciales qui produisent toujours la même affection, qui ne peuvent produire qu’elle, de même que

l’affection ne peut naître que sous leur influence, attendu qu’elles lui impriment une marche et des caractères particuliers. C’est ainsi qu’on les voit souvent sévir sur un très-grand nombre d’individus et attaquer des populations entières de bourgs, de villages, de villes, de contrées, etc.

Quant aux virus ou miasmes chroniques , ces derniers sont pour llahnemann , la cause occasionnelle générale de toutes les maladies chroniques. J’ espère bientôtlc démontrer d’une manière évidente, et vous convaincre de cette vérité, comme je le suis moi-même, car elle est palpable, et en môme temps, d’une importance extrême, puisque, contrairement à ce qu’on vous enseigne, nous considérons les maladies chroniques comme étant d’une nature et d’un ordre différent que les maladies aiguës. Vous voyez de suite combien cette nouvelle manière d’envisager l’étiologie doit influencer sur le traitement, car, dans le 1er cas, le toile causam suffira le plus souvent ; dans l’autre, il faudra agir avec des médicaments appropriés.

Règle générale: il faudra autant que possible s’attacher à reconnaître les causes que je viens de vous signaler, car elles acquièrent en homœopathie une importance thérapeutique extrême, en nous aidant beaucoup dans le choix d’un médicament ainsi appelé à enrayer des symptômes qui quoique semblables, reconnaissent des causes différentes: dans un cas ce sera le refroidissement, dans un autre, ce sera une chute ou une violence extérieure ; dans un troisième, la peur; dans un quatrième, les chagrins; dans un cinquième, la colère, etc., etc. Dans le premier, vous donnerez la douce amère; dans le deuxième, arnica; dans le troisième, aconit, la fève de Saint-Ignace, opium, pu Isa tille, etc.; dans le quatrième, acide phosphorique, la noix vomique et la jusquiame ; dans le cinquième, bryone, camomille, coloquinte et platine.

3“ Les causes formelles sont celles qui, selon moi, déterminent certaine diathèse qui existe déjà, à se présenter sous telle forme ou allure, à se porter sur tel ou tel organe; elles paraissent inhérentes à V organisation même des individus ! Par exemple: dans ce que nous appelons une fièvre inflammatoire, la faiblesse acquise ou naturelle des poumons chez un individu déterminera la matière ou diathèse pli logistique à se porter de préférence sur les poumons, pour produire une inflammation de ces organes; tandis que, chez un autre, elle se portera sur la gorge, pour y déterminer une angine inflammatoire, et une personne qui aura toutes les parties de son corps en bon état ou en harmonie éprouvera une fièvre inflammatoire, sans affection d’aucun organe particulier.

11 arrive encore qu’une maladie qui en apparence n’occupait d’abord qu’un système organique, un organe ou un tissu, se répète bientôt d’une manière évidente, sur d’autres organes, sans que la cause qui l’a primitivement fait naître se reproduise, c’est ce qu’on nomme une diathèse.

La diathèse, pour moi, représente donc le développement complet d’un germe au moment où il a infecté l’organisme entier ; comme dans le cancer, la goutte, la phthisie, etc., etc. Vous avez beau vouloir extirper le mal en un point, la maladie croîtra en raison des mutilations ou des opérations qui auront été pratiquées. Bien heureux encore quand elle ne se manifeste pas sous d’autres formes bien plus variées, qu’on est convenu presque toujours de considérer comme autant de complications. *

Enfin, Messieurs, il arrive quelquefois que les causes des maladies nous échappent; que de malades pris subitement d’affections fort graves, sans que rien ne puisse nous mettre sur la voie des agents qui les ont fait naître et se développer.

C’est après avoir sommeillé un certain temps dans l’or-

ganisme qu elles éclatent tout à coup , semblables à ces germes qui une fois éclos se développent et s’accroissent. Dans ce cas, une modification anormale s’est opérée spontanément dans l’organisation, modification due bien certainement à la présence d’un élément morbide au sein de l’organisme, lequel élément après avoir couvé pour ainsi dire lentement, s’est graduellement accru, puis s’est manifesté tout à coup sous l’influence d’une cause que nous n'apercevons pas et qui serait restée sans effet sur une organisation saine ou normale. Toutes les maladies qui se développent, ainsi, présentent plus de ténacité et plus de gravité. En effet, les organes, les tissus ou les fluides de l’économie qui s’altèrent d’eux-mêmes en quelque sorte, ont leur vitalité bien plus profondément atteinte et, par conséquent, ont moins de tendance et de facilité à revenir à leur état normal, que ceux qu’une cause morbide atteint dans leur intégrité parfaite.

Je continuerai dans la prochaine séance en vous disant comment Hahnemann entendait la symptomatologie.

DIXIÈME IÆÇON.

SYMPTOMATOLOGIE EN GÉNÉRAL,

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