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ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Messieurs ,

Je vous ai dit dans la dernière séance que pour arrivera laconnaissancede toute maladie, nous invoquions les causes et les symptômes.

Maintenant que vous savez ce que nous entendons par étiologie , il me reste à traiter de la symptomatologie, à laquelle nous avons recours pour distinguer les différents états morbides, car, je vous le répète, l'essence des maladies nous échappe et nous échappera probablement toujours.

Voici la division symptomatologique que je vous propose :

1° Symptômes sensibles ou lésions de sensation, — c’est la douleur avec ses nuances si fugitives, si variées, revêtant mille caractères différents, ce que Broussais appelait, suivant son expression énergique, cris de douleur des organes souffrants.

2» Symptômes apparents ou réels, ou lésions de texture ou à! organes, — ce sont eux qui souvent vous expliquent les premiers.

30 Symptômes fictifs ou cachés , altération dessoudes ou des liquides sans manifestation extérieure bien tranchée, reconnaissables quelquefois par la physique ou la chimie, etc., etc.

■4° Symptômes fonctionnels ou lésions d’action, entraînant toujours la lésion de texture ou d’organes et souvent celle de sensation.

3° Symptômes douteux. On les rencontre dans certaines maladies qui ne présentent pas de symptômes extérieurs ou qui n’en présentent que de si légersqu’il est impossible de les apercevoir. Que d’alfectionsqui se déclarent ainsi et dont on n’a jamais soupçonné l’existence. Espérons que nos moyens d’investigation se perfectionnant, nous arriverons à mieux connaître ces désordres.

Tout symptôme, selon moi, dépend d’une lésion ou d’une altération avouée, reconnue ou non, et toute lésion engendre une succession de phénomènes symptomatiques, appréciables ou non appréciables; c’est admettre bien légitimement que les symptômes d’une part, les lésions et altérations d’autre part, sont toujours dans une correspondance parfaite, mais que notre esprit d’investigation ne peut pas toujours saisir et apprécier, parce que nos moyens d’analyse ne sont pas encore assez avancés. Voilà cependant ce qui doit servir de base au diagnostic réel, positif, matériel si l’on veut, mais le seul vrai, le seul qui cherche à connaître outre les symptômes proprement dits, le siège du mal et les transformations qu’il peut faire subir à la texture des organes. C’est subordonner l’anatomie pathologique à l’expérimentation pure. Tandis que les médecins animistes, spiritualistes ou vitalistes, en ne prenant en considération que les symptômes proprement dits, ne peuvent porter qu un diagnostic idéaliste, immatériel, inexact, trompeur et par conséquent jamais vrai.

Les symptômes sont donc autant de phénomènes insolites.

appréciables ou non qui se manifestent clans la texture, la forme, les rapports et Y action des organes et des tissus.

Comme je vous l’ai déjà dit en traitant do l’étiologie, tout symptôme peut êt reprimitivemènt localou général, mais souvent il ne devient général qu’aprèS s’ôtre manifesté sur un ou plusieurs points de l’organisme qui paraissent avoir été le siège primitif de la maladie.

Lessymptômes locaux ou prédominants d’uncmaladie quelle qu’elle soit, et les altérations anatomiques qui l’accompagnent, représentent pour nous le siège des maladies. Seulement ces altérations n’ont d’autre valeur à nos yeux que la valeur symptomatologique.

Quelle que soit d’ailleurs l’opinion que l’on se forme sur Yorigine ou la cause d’où procèdent les symptômes, quelque soit le traitement qu’on leur oppose, ne croyez jamais (\\xeux seuls constituent la maladie tout entière. Laissez cette croyance à ceux qui ne connaissent guère, en toute chose, que les manifestations qui affectent leurs sens, et soyez persuadé que nos agents thérapeutiques ne font céder les symptômes qu’à la condition de modifier la cause même d’où lessymptômes procèdent; effets de cette cause, ils ne peuvent cesser qu’avec elle. De même, ce ne serait pas une raison, parce que les symptômes ne sont pas là présents, pour ne pas reconnaître au sein de l’organisme l’existence d’un germe ou d’une cause morbide dont ils pourront naître dans un moment donné. C’est donc sur la cause du mal que l’agent médicamenteux opère toujours, quel que soit le mode d’action supposé à cet agent.

Tandis que l’Ecole de Paris ne prend en considération que le siège local de la maladie, s’attachant surtout à diriger ses moyens thérapeutiques sur les points de V organisme qui sont malades, nous pensons, nous, que le siège d’une maladie est loin de la traduire tout' entière, qu’il ne peut rendre raison que des symptômes propres aux organes ou appareils al-

tacs, sans rien dire des symptômes propres aux autres organes et aux autres appareils. 11 ne nous apprend rien touchant les causes; car, c’est le plus ordinairement hors de l’homme que celles-ci se trouvent. Nous pensons que les symptômes qui appartiennent à d’ autres organes, à d’autres systèmes, à d’autres tissus, soit que la souffrance ait été communiquée a ces parties par le cerveau, le cordon rachidien, le trisplaw hnique, ou autrement, nous pensons, dis-je, qu’ils présentent autant de traits différents du tableau général de la maladie, et que chacun doit nous fournir des indications thérapeutiques. *

La division qui existe aujourd’hui entre l’école de Paris et moi, plus apparente que réelle, il est vrai, vient, comme je vous le disais en traitant de la physiologie, de ce que cette école regardant la vie comme le produit, le résultat de la vie spéciale de chaque organe, toute maladie pour elle est supposée locale dans son origine. Avec cette manière de concevoir la vie, son but sera de traiter chaque organe supposé primitivement attaqué, et comme elle attribue l’entretien de cette activité vitale à l’action constamment stimulante des modificateurs externes, elle agira du dehors au dedans. Théorie détestable qui donna naissance à une thérapeuthique plus détestable encore, car d’elle naquirent les évacuations sanguines, comme les saignées, les sangsues, les ventouses, les applications topiques de tout genre, et les exutoires de toute sorte appliqués à la peau. Accepter ou défendre une telle thérapeutique, c’est vouloir accorder à ces agents décorés du nom de modificateurs externes, la propriété de nous doter d’énergie vitale et de rétablir en un mot l’équilibre (tbèse soutenue par plusieurs médecins de talent). Tandis que tout nous prouve au contraire, que ces moyens barbares ne tendent rien moins qu’à la destruction de l'être, sauf les cas ou étant eux-mêmes chargés de principes médicamenteux, comme

les vésicatoires, les pommades, etc, ils ne puissent quelquefois, par l’absorption des médicaments dont ils sont porteurs, avoir une action efficace sur l’économie.

Je ne partage pas davantage, vous le savez, l’hypothèse de ceux qui, considérant lavie comme cause, se représentent la vie de chaque organe comme Y expression diversifiée d’un principe vital, unique en dehors de la matière. Car, pour ces partisans de l’animisme, du spiritualisme ou du vitalisme, toute maladie ne s’attaquant qu’à ce principe vital sera générale à son origine, ce qui d’emblée constituera une diathèse, et elle ne se localisera que subséquemment, c’est-à-dire, que chaque manifestation morbide provenant d’un organe ne sera que le reflet de ce principe vital primitivement malade. De là pour eux la nécessité de n’adresser leur thérapeutique qu’à cet être idéal qui pour eux représente l’état général, car, lui modifié, chaque organe dont la vitalité partielle est sous la dépendance de ce principe, de cette unité, de cette cause vitale, ne le sera à son tour qu’à la condition que le premier le soit. C’est pourquoi repoussant presque exclusivement les moyens externes, leurs agents thérapeuthiques sont puisés surtout dans la matière médicale, pensant agir du dedans au dehors.

Ces deux hypothèses différentes par la forme, quoique semblables au fond, en donnant lieu à des suppositions toutes gratuites et si opposées, eurent pour conséquence, vous le voyez, d’établir une thérapeutique qui dépendait de la manière dont chaque pathologiste envisageait la question.

Pour nous qui considérons la vie physiologique comme un composé d’éléments matériels auxquels est associé ce que nous appelons vie ou dynamie, pour nous, dis-je, tout modificateur, miasme morbide ou autre, qui apportera le moindre changement dans nos conditions d’existence, soit qu’au point de départ son action ail porté sur l’ensemble de l’éco-

nomio ou sur Y une des parties, donnera Mm h. tels symptômes ou tels phénomènes, qui exprimeront les souffrances de l’organisme et nous inviteront à enrayer la marche plus ou moins envahissante du principe destructeur, dont faction et les phases qu’il est appelé à parcourir, sont en raison de la puissance active du principe morbide lui-même cl de l’organisation de l’individu soumis à son influence; ce qui nous explique le caractère et la durée de telle ou telle maladie.

« Si nous savons, dit Hahnemann, que toutes les maladies aiguës peuvent se terminer d’une manière paisible, quand une fois elles ont atteint le terme de leur cours naturel, soit qu’on emploie des remèdes allopathiques, qui n’aient pas trop d’énergie, soit qu’on s’abstienne de tout moyen semblable, nous savons aussi dit-il, que la nature de l’homme abandonnée à elle-même, ne peut se sauver des maladies aiguës que par la destruction et le sacrifice d’une partie de l’organisme même, et que si la mort ne s’ensuit pas, l’harmonie de la vie et de la santé ne peut se rétablir que d’une manière lente et incomplète. »

Il est vrai de dire que les influences morbifiques, une fois qu’elles ont sévi, ne bornent que très-rarement, je pourrais même dire jamais, leur action à l’organe ou à l’appareil organique plus particulièrement attaqué. L’organisme représentant un tout complet et indécomposable duquel on ne peut pas plus distraire vie ou dynamie (pie matière, toute maladie réfléchit dès l’origine, ses désordres ou sa puissance, aussi bien sur les solides que sur les liquides, en un mot, sur l’organisme entier.

Depuis la maladie la plus simple jusqu’à la plus compliquée et la plus grave, il n’est peut-être pas un organe, un appareil qui ne soient le siège d’une ou de plusieurs lésions, soit de sensation, soit d’action, soit de texture, etc. Cet axiome est vrai pour les maladies aiguës, les maladies

médicinales comme pour les maladies chroniques, syphilis, gale et sycose. Toutes ces affections ont une marche variée, une gravité relative.

Quant aux transformations que subissent les organes et les tissus dans leur composition, et que l’école de Paris considère comme devant être la cause première des maladies, celle qui traduit la nature de la maladie tout entière, nous ne sommes pas tout à fait de son avis. Comme je vous le disais, je suis certainement loin de ne pas reconnaître une lésion primitive sous l'influence d’une cause ou prédisposition morbide quelle qu’elle soit. Mais souvent cette cause ou prédisposition morbide gît dans les profondeurs de l’organisme, et ce n’est que plus tard, dans un temps plus ou moins éloigné, qu’elle se manifeste par différentes altérations. Si sa présence dans l'économie est chose connue, avouée, certaine, ce sera à nous de détruire ce principe morbide, et par là, prévenir son développement ultérieur , c’est-à-dire prémunir l'économie des dommages qu'elle pourrait en souffrir. Quant à Hahnemahn, il abandonnait toute vue spéculative sur la nature de ces modifications organiques, et ne voyait en elle qu'une indication de la période à laquelle est arrivée l’affection pathologique.

« Les phénomènes morbides, dit-il, accessibles à nos sens, expriment tout le changement interne, c’est-à-dire la totalité du désaccord de la puissance intérieure, en un mot, ils mettent la maladie tout entière en évidence. Par conséquent la guérison, c’est-à-dire la cessation de toute manifestation maladive, la disparition de tous les changements appréciables qui sont incompatibles avec l’état normal de la vie, a pour condition et suppose nécessairement que la force vitale soit rétablie dans son intégrité, et l’organisme entier ramené à la santé. »

Dans la pensée de Hahnemann, lésion et affection sont donc deux choses guise lient. Il n’a jamais dit que les phé-

nomènes dynamiques fussent antérieurs aux phénomènes matériels ou anatomiques. Il l’aurait dit, qu’il n’aurait voulu exprimer qu’un fait, à savoir que nous ne sommes avertis d’une altération ou lésion organique que par les effets de sensation que nous éprouvons d’abord. Ce ne serait donc qu’une question d’ordre, rien de plus. ITahnemann n’aurait eu que le mérite de les noter dans l’ordre *où ils se présentent et de saisir la dépendance sous laquelle ils sont par rapport les uns aux autres.

Pour moi , l’anatomie pathologique-, telle qu’elle est constituée aujourd’hui, n’est qu’un des éléments et un des éléments secondaires de l’art de guérir, c’est assez dire qu’elle ne dictera jamais de lois à la thérapeutique. Que d’une valeur de symptômes on arrive un jour à en faire une valeur essentielle, c’est-à-dire qui nous révélerait, par le rapport qu’on trouverait entre les altérations et l’élément morbide, la nature de cet élément, je le désire et le souhaite tout à la fois, mais en attendant que ce progrès se soit accompli, si jamais il vient à s’accomplir, ce dont je doute, n’attachons pas plus d’importance qu’il n’en faut, à l’anatomie pathologique.

Cependant, il faut que vous sachiez que, même à présent, nous prenons en grande considération le siège de la maladie, c’est-à-dire sa manifestation la plus apparente, mais voici dans quel but : de même que vous reconnaissez que certains agents thérapeutiques ont une affinité plus grande pour certains organes ou certains appareils que pour d’autres, de môme pour répondre aux mêmes vues, nous donnons surtout l’aconit pour modérer la circulation artérielle, — la cantharide plus particulièrement dans les maladies de vessie, — la bryone, le phosphore dans les affections de poitrine, — la camomille, la noix vomique dans celles des voies digestives, — la pulsatile, la sépia dans celles de l’utérus, etc.

Gela vous prouve qu 'un médicament, pour convenir et être parfaitement approprié à un cas donné, doit répondre non-seulement aux symptômes caractéristiques de la maladie elle-même, aux causes externes ou internes qui Font fait naître, mais il faut encore qu’il soit le plus en harmonie possible avec les organes qui sont plus particulièrement le siège de l'affection actuelle.

Tandis qu’en allopathie on ne tient aucun compte de la douleur et des nuances si variées qu’elle présente, qu’on néglige les désordres fonctionnels, les symptômes secondaires ou sympathiques pour porter toute son attention sur les symptômes locaux ou directs, les seuls qui servent à fixer véritablement la thérapeutique de l’école officielle, nous enseignons, nous, au contraire, qu’on doit relever l’universalité des symptômes et qu’on doit surtout rechercher ceux qu’elle nomme secondaires ou sympathiques, car, s’ils ne jouent dans leur traitement qu’un rôle secondaire, ils sont pour nous d’une influence telle, que leur seule considération suffit pour que nous fixions le choix d’un médicament, et leur intensité sera presque toujours en raison de la gravité de la maladie. Ainsi, qu’un individu atteint de pneumonie présente, dans le cours de sa maladie, des phénomènes cérébraux, le traitement de l’école officielle ne changera en rien. Je m’explique : le siège a beau être différent, les symptômes n’ être plus les mêmes, l’école ne variera pas ses moyens pour cela : — émissions sanguines, pour la pneumonie, — nouvelles émissions pour les phénomènes qui se déclarent du côté de la tête, — ou bien purgatifs pour la pneumonie, purgatifs pour cette nouvelle complication, et ainsi pour toutes les maladies locales, ne prenant toujours en considération que le siège du mal pour négliger les symptômes secondaires.

Quelle différence de cette manière de voir avec la nôtre! Non-seulement les médicaments devront répondre par leur

similitude aux symptômes qui se présentent du côté de la poitrine, mais ils varieront en raison de la complication qui se présente, et on insistera surtout sur leur plus ou moins de similitude, changeant ou répétant les médicaments jusqu’à ce que l'affection soit éteinte.

Qu’un malade fasse parta l’école officielle de l’aggravation de ses souffrances qui sont beaucoup plus fortes le matin ou le soir, de leur augmentation ou de leur diminution par le froid ou par le chaud, par le repos ou par le mouvement, c’est à peine si elle l’écoutera; on dirait que ces mille détails, ces mille nuances symptomatiques doivent passer inaperçus pour elle. Semblable à un snldat qui pouvant prévenir un danger, écarter l’ennemi ne le fait pas, parce qu’ayant reçu telle ou telle consigne, plutôt que de l’enfreindre, il préfère livrer la place à l’ennemi; de même l’école officielle rejette notre doctrine; bercée avec les idées de ses devanciers, élevée au milieu de systèmes, qu’elle a mission de conserver intacts, peu lui importe qu’une maladie sévisse plus ou moins de temps, pourvu qu’elle 11e déroge pas à ses vieux principes, s’étant apprise et efforcée tout à la fois de regarder comme des futilités les points sur lesquels nous cherchons à appeler son attention.

Jamais un malade ne nous consulte sans nous avoir préalablement déclaré son cige, son tempérament, sa profession, ses habitudes et surtout la nature des souffrances dont il est affecté, en se servant dans son récit de comparaisons bien claires et bien intelligibles :

Il nous dira par exemple: s’il sent comme un poids, comme un clou, comme des coups d’épingle, comme un arrachement, comme une secousse, comme un engourdissement, comme une raideur, comme une boule , comme un élancement, des tiraillements, des bouillonnements, des pincements, des fourmillements , comme une sensation voluptueuse,

une douleur crampdide, mordicante , pruriante, démangeante, chaude, brûlante , cuisante, etc., etc.

De plus nous notons les circonstances accessoires qui accompagnent chaque symptôme en particulier.

1° Celles qui dépendent des actions de l’individu: l’aggravation ou l’amélioration produite quand on est ait Ht, en se levant , étant assis, quand on chante, quand on parle, q uand on mange, quand on respire, etc., etc.

2„ Les circonstances de lieux: dans la chambre, à l’air libre, sur les montagnes, sur l’eau, etc., etc.

3» Les circonstances de temps: le matin, dans la journée, lesoir, la nuit, au printemps, en hiver, eu, été, etc., etc.

Je vous le répète la valeur relative des symptômes se tire avant tout de leurs rapports avec les symptômes que présentent les médicaments. Cette innovation due au génie de S. Hahnemann trouvera surtout sa raison d’être, sa puissance et toute sa supériorité dans les exemples suivants: car vous savez comme moi, que les aberrations de sensation, que les désordres fonctionnels qui résultent de la privation ou de l’exagération des modificateurs externes, s’expriment très souvent par des symptômes anatomiques et physiologiques semblables. En un mot, les causes qui paraissent les plus contraires peuvent produire des effets analogues. Ainsi, de même que nous verrons une quantité de médicaments reproduire des symptômes identiques et semblables en apparence avant d’offrir un caractère particulier, un signe propre, de même les maladies s’annoncent très souvent par un trouble général, une altération des fonctions, avant qu’elles n aient donné lieu à un ou plusieurs symptômes saillants qui alors doivent nous révéler le caractère de l'affection a laquelle nous avons affaire.

A l’appui de ce que j’avance, je pourrais vous énumérer les phénomènes précurseurs par lesquels s’annonce, et, ne >e reconnaît que trop tard souvent le choléra asiatique ; —

vous décrire les prodromes de la variole, de la rougeole , des fièvres éruptives en général, ainsi que ceux des maladies aiguës, comme la bronchite, la pneumonie, la gastrite, etc. Toutes s’annoncent par un malaise indéfinissable, un trouble général et plus ou moins prononcé des appareils et des fonctions : courbature dans tous les membres, — inappétence, — sécrétions modifiées ou anéanties, - modifications survenues dans l’appareil respiratoire, — aptitude intellectuelle augmentée ou diminuée, — peau sèche ou humide, froide ou chaude.

A la période d 'invasion (appelée encore incrementum), en succédera une autre; celle d'état (status), qui annoncera alors le maximum, le développement complet de la maladie. A cette période, fera bientôt place celle de déclin (decrementum), qui comprendra deux phases :

lre Celle où la maladie après avoir parcouru ses phases, avoir fait son temps, comme on dit, suivi son évolution, s’éteint d’ elle-même, soit parce qu’elle ne jouissait pas de la propriété d’envahir plus longtemps l’organisme , soit qu’elle s’efface en présence des agents médicamenteux.

2me Celle où l’organisme est entraîné inévitablement, indubitablement à, sa perte, si une médication bien appropriée ne vient pas à' temps arrêter le cours de cette marche envahissante et destructive.

Mais quoique la cause et les symptômes paraissent être les mêmes en apparence, dans la lre période, la maladie n en revêt pas moins dans sa période d’état, un caractère particulier spécial, parfaitement déterminé, qui tient sa particularité : 1° De la nature du miasme qui l’a engendré ; 2° du milieu dans lequel se trouve tout l’organisme.

Prenons, si vous voulez, la syphilis, la sycose et la gale, il

en sera de même.

Un malade se présente à vous avec des troubles fonctionnels les plus variés. En dehors du malaise général et indéfinis-

sable, il accuse des vertiges, de la céphalalgie, quelquefois des tremblements, de Y anxiété, de l 'insomnie, de la pâleur du visage, des yeux caves , de la perte d’appétit, légère excitation des organes génitaux ; ce n'est qu’après tous les renseignements qui vous seront donnés, qu’après l’examen le plus attentif, que vous pourrez soupçonner une affection syphilitique. — Je dis soupçonner , car tant que l'intervalle gui sépare l’infection d’avec l’ apparition de phénomènes plus saillants et plus caractéristiques n’est pas écoulé, on doit rester dans le doute. Ou’il apparaisse un écoulement ou des ulcérations, alors vous êtes fixé. Mais seulement, alors.

Dans d’autres cas, la période d'incubation ou d’invasion passe presque inaperçue, elle ne donne lieu qu’à des phénomènes insignifiants jusqu’au moment où elle éclate en plein, et qu’elle se révèle tantôt par une éruption sui generis, comme pour la gale, que l’acarus soit cause ou résultat, tantôt par d’autres symptômes propres à toute autre maladie.

Dans tous ces cas où la maladie , avant d’avoir une physionomie particulière individuelle, se présente avec des caractères généraux propres à toute maladie, que devient, je vous le demande, la thérapeutique de l’école, c’est alors qu’éclatera sa pauvreté. Et à quelles conséquences ne doit pas l’entraîner l’idée qu’elle s’est faite sur la nature des maladies, car, concluant de cette similitude d’apparence à une similitude de réalité, ses moyens ne varieront pas.

Que penser de ceux qui nous reprochent de négliger la séméiotique ou la science des signes ? surtout quand Hahnemann dit dans un passage de son Organon : « que toutes les maladies consistent sans exception dans l’ensemble de leurs signes et de leurs symptômes. »

A vous de répondre qui maintenant savez ce que nous entendons par étiologie et symptomatologie.

■ J aborderai dans laprochaine séance ce qui a trait plusparticulièrementau diagnostic et au pronostic proprement dits.

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