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DIAGNOSTIC, PRONOSTIC

Messieurs,

Le diagnostic des maladies est, sans contredit, la partie la plus importante de la pathologie, par malheur, celle qui est la plus hérissée de difficultés, et qui réclame de la part du médecin non moins de savoir que de sagacité; car, non-seulement il doit recourir à ses connaissances physiologiques, anatomiques et pathologiques pour découvrir le siège du mal, mais il doit encore s’enquérir des maladies antérieures et de celles qui auraient pu être transmises à son malade par hérédité. 11 faut' qu’avant d’entreprendre tout traitement, il sache ce qui a été fait avant lui. Les moindres sensations qu’éprouve le malade doivent être relevées et recueillies très-minutieusement. En un mot, pour avoir un tableau fidèle de la maladie, il faut qu’il interroge son malade au physique comme au moral. I)e l’observation exacte et précise des maladies, dépendra la bonté du choix des moyens thérapeutiques, l’assurance dans leur emploi et la juste appréciation de leurs effets.

Au nombre des moyens directs que nous avons aujourd’hui pour reconnaître une maladie et établir notre dia-

gnostic, se trouvent les signes stétoscopiques, pèssimétriques, le toucher chez la femme, les expériences physiques, les analyses chimiques et microscopiques, etc. Soit par oubli, soit par ignorance, Hahnemann n’en fait nullement mention dans ses ouvrages.

Le diagnostic d’une maladie est d’autant plus facile, qu’il existe des rapports plus naturels et plus étroits entre les deux ordres de symptômes qu’elle produit et qu’ils s’expliquent mieux les uns par les autres. Ces deux ordres de symptômes sont : d’une part, les symptômes que vous appelez pathognomoniques ou symptômes locaux, et, d’autre part', ceux que vous désignez par symptômes accessoires ou généraux, les seuls qui, dans bien des cas, soient appréciables. Ainsi, que de malades se présentent à nous, n’accusant qu’un malaise général; nous avons beau les examiner avec un soin scrupuleux, nous ne découvrons rien qui, si nous devions nous placer au point de vue exclusif de l’école de Paris, puisse nous faire déceler exclusivement le siège local du mal.

Et, cependant, interrogez les malades, ils vous diront que cet état dure déjà depuis quelque temps, qu’ils maigrissent sensiblement, que leurs forces s’épuisent; et j’ajoute, moi, que leurs jours seraient bientôt compromis, si l’on n’y portait remède. Cette remarque s’applique surtout aux maladies chroniques.

De là nous concluons qu’il faut étudier la maladie bien plus dans son ensemble général que dans son état local, et ([ue nous devons tenir un compte exact de tous les symptômes sans exception, puisque nos indications pratiques doivent se tirer de la comparaison de la maladie observée dans sa totalité avec les propriétés pathogénétiques des médicaments. Ce qui revient à dire que la détermination d’un médicament, pour qu’il soit parfaitement approprié, ne doit point se faire seulement en raison de la ressemblance des symptômes locaux de l’affection avec certains symptômes ca-

ractéristiques du médicament, mais bien de la ressemblance de la totalité des symptômes morbides avec la totalité des symptômes médicamen teux.

Cette détermination n’est pas toujours facile, je vous l accorde : d’abord à cause du malade qui, soit par ignorance, soit par bêtise ou entêtement, ne sait pas vous traduire ses sensations, ou s’il- les traduit, c’est toujours d’après les idées qu’il se fait de son état, ce qui, pour le médecin, peut être cause de beaucoup d’erreurs. Ainsi, vous ne trouverez pas un malade qui, quoique ne sachant ce qu’il a, ne veuille cependant rattacher sa maladie à telle ou telle cause que son imagination veut bien lui forger, ou qui ne veuille vous persuader que telle ou telle partie de l’organisme, plutôt que telle ou telle autre, est attaquée, etc. Vous aurez beau lui représenter que, dans une opération aussi délicate, il ne faut pas être prévenu d’avance ; votre logique, vos meilleurs raisonnements viendront échouer contre des préjugés enracinés dès l’enfance. Vous n’arriverez jamais à le convaincre.

Ensuite, cette détermination ne sera pas encore facile, parce qu’il existe souvent une foule de points de contact entre- plusieurs maladies. C’est pourquoi certains médecins allemands de notre école ont voulu qu’on se bornât seulement à saisir ce que la maladie présente de très-appréciable, qu’au lieu de prendre en considération la totalité des symptômes, on ne s’occupât que de quelques symptômes isolés, saillants. Comme les altérations organiques, quoique des plus variées, produisent, disent-ils, les mêmes symptômes, c’est une indication pour nous, d’opposer au caractère de la maladie et non à l’ensemble des symptômes, le caractère du médicament.

Qu on agisse ainsi dans les cas où on ne pourra pas individualiser, très-bien! mais comme ces analogies, ces ressemblances ne sont qu’approximatives, on pourra tou-

jours individualiser les maladies en ne tenant compte que des caractère: s différentiels. Ce que l’on fait, du reste, pour l’espèce humaine quand on veut comparer deux individus entre eux. Quoique d’une ressemblance commune et générale, chaque individu diffère essentiellement de tous les autres. L’individualité des maladies est tellement essentielle, qu’il ne saurait se produire deux fois de suite chez le même individu, deux maladies absolument semblables.

« Il est bien reconnu aujourd’hui, dit M. Devergie, qu’en physiologie, il n’y a jamais identité parfaite entre les êtres vivants-; qu’en pathologie, il n’y a pas deux maladies absolument semblables. Ainsi, dans la nature, dit-il, il y a analogie, l’identité ne nous appartient pas. »

Même, pour M. Amédée Latour, l’identité parfaite des maladies est une chimère.

On pourrait reconnaître à la rigueur trois espèces de diagnostics: 1° le diagnostic comparatif ou pratique, celui qui se tire de la comparaison de plusieurs espèces -morbides entre elles.

2° Le diagnostic absolu ou individuel qui sert à caractériser la maladie elle-même.

3° Le diagnostic thérapeutique qui se tire des indications à remplir et du rapport entre les phénomènes morbides d'une part, et les phénomènes médicamenteux , d’autre part.

C’est pourquoi je veux bien accepter la classification que l’on donne des maladies; mais à la condition de ne voir dans cette dénomination des cas morbides qu’une récapitulation de certains symptômes qui donnent une idée de la maladie, lesquels symptômes doivent appartenir exclusivement ou presque exclusivement à la classe, a l’ordre ou à la famille d’affections bien connues. Tout en acceptant et même désirant cette classification, je me reserve le droit de tirer mes indications thérapeutiques, non-

seulement de ces symptômes qui représentent l’ordre de la maladie à laquelle ils appartiennent, mais encore de ceux que l’on pourrait à bon droit appeler spéciaux, spécifiques, puisqu’ils servent à caractériser, individualiser la maladie.

Une question se présente:

Comment au lit du malade reconnaître les caractères différentiels qui existent entre chaque état pathologique afin de poser un diagnostic exact duquel dépendra notre médication?

Avant tout, s’enquérir de la cause autant que possible, des habitudes hygiéniques, de la profession, des traitements antérieurement suivis, de l’âge du malade, de sa situation domestique, de ses rapports sociaux, et de l’état du moral et, île l’esprit car, dit Halinemann, « combien de fois ne rencontre-t-on pas des malades qui, bien qu’en proie depuis plusieurs années à des affections très-douloureuses, ont conservé néanmoins une humeur douce et paisible, de sorte qu’on se sent pénétré de respect et de compassion pour eux? Mais quand on a triomphé du mal, ce qui est souvent possible par la méthode homœopathique, on voit parfois éclater le changement de caractère le plus affreux, et reparaître l’ingratitude, la dureté de cœur, la méchanceté raffinée, les caprices révoltants, qui étaient le lot du sujet avant qu’il ne tombât malade. Souvent un homme, patient quand il se portait bien, devient emporté, violent, capricieux, insupportable, ou impatient et désespéré, lorsqu’il tombe malade. 11 n’est pas rare que la maladie hébète l’homme d’esprit, qu’elle fasse d’un esprit faible une tête plus capable, et d’un être apathique un homme plein de présence d’esprit et de résolution. » P. 246, § 210.

Si les causes de la maladie ont quelque chose d’humiliant, et que les malades ou ceux qui les entourent hésitent a \ous les avouer, on doit chercher à les deviner par

des questions faites avec ménagement ou par des informations prises en secret. Au nombre de ces causes sont, par exemple : les tentatives de suicide, Y onanisme, Y abus des plaisirs de l’amour, les débauches contre nature, les excès de table ou de boisson, Y infection vénérienne ou psorique, un amour malheureux, la jalousie, les contrariétés domestiques, les privations de toute nature, une difformité quelconque, une hernie, une chute de la matrice.

Dans les maladies des femmes, il faut surtout avoir égard à la yrossesse, à la stérilité, à la propension à l’amour, aux couches , aux avortements , à l’allaitement et à Y état du /lux menstruel. Pour ce qui concerne ce dernier, on demandera s’il revient à des époques trop rapprochées ou trop éloignées, combien de temps il dure, si le sang coule sans interruption ou seulement par intervalles, quelle est la quantité de l’écoulement, si le sang est foncé en couleur; quelles sensations et douleurs se manifestent avant, pendant et après les règles ; si la femme est atteinte de flueurs blanches, de quelle nature elles sont", quelle en est l’abondance, quelles sensations les accompagnent ? Entin dans quelles circonstances et à quelles occasions elles ont parti?

Dans les maladies aiguës vous n’aurez le plus souvent qu’à constater la cause immédiate , puis à relever Y universalité dessymptômes, vous attachant surtout à ceux qui correspondent le mieux aux symptômes médicamenteux.

On comprend que je ne peux tracer ici de règle pour chaque cas morbide qui se présente. C’est à la sagacité du médecin, h son savoir qu’on doit s’en rapporter en pareille circonstance. C’est à lui de rechercher les symptômes saillants et caractéristiques d’une maladie dans ses manifestations les plus générales , et dans le cas où cette analyse ne lui suffirait pas pour le choix d’un médicament, il aura recours à une autre méthode d’investigation. Elle consiste à interro-

ger tous les organes les uns après les autres, à examiner en détail les parties contenues dans la tète, au cou, dans la poitrine et dans l’abdomen, s’attachant à recueillir Aes symptômes sur lesquels il n’est pas possible de conserver le moindre doute, et dont Y interprétation doit vous donner lu raison suffisante- du choix d’un médicament que vous vous proposez d’adresser à votre malade.

Pour ce qui concerne les maladies chroniques, la scène change de lace, le problème devient alors beaucoup plus compliqué : Hahnemann ayant fait dépendre toute maladie chronique de trois miasmes ou virus, la psore, la syphilis et la sycose , il n’y a qu’un moyen de reconnaître l’infection de l’organisme par l’un ou plusieurs de ces miasmes, c’est d’invoquer Y hérédité- ou de s’enquérir si l’un de ces miasmes ne s’est pas manifesté dans une des formes primitives. Dans le doute on doit toujours soupçonner la présence d’un de ces miasmes au sein de l’économie, j’en donnerai les raisons en traitantdes théories des maladies chroniques. Toujours est-il qu’en vous conduisant ainsi, vous ne tarderez pas à apprécier tout le prix du conseil que je vous donne.

Pour vous guider dans vos recherches sur les caractères différentiels des maladies et asseoir en dernier ressort votre diagnostic, vous avez encore à prendre en considération la marche d’ une maladie, c’est-à-dire Y ordre dans lequel naissent et s’enchaînent les symptômes, et sa durée.

Ainsi une maladie est dite continue lorsqu’il n’y a pas d’interruption dans les symptômes depuis le début jusqu’à la tin : intermittente, lorsque les symptômes se montrent et disparaissent par intervalles plus ou moins réguliers; rémittente, lorsque sans disparaître complètement, ils diminuent d’intensité de temps à autre d’une manière notable ; elle tient par conséquent le milieu entre l’intermittence et la continuité. Tantôt ce sera une affection continue avec de forts redoublements, et tantôt une affection intermit-

tenle donl les accès ne sont pas séparés par une apyrexie complète ; aiguë quand elle développe beaucoup de symptômes sympathiques qui s’aggravent ou disparaissent avec rapidité; chronique quand ils se développent avec lenteur, et que la maladie met un certain temps à se terminer d’une manière quelconque, ne provoquant ordinairement qu’un très-petit nombre de symptômes.

Cette distinction des maladies est de la plus grande importance, en raison de l’énorme influence qu’elle exerce sur la thérapeutique. Il suffit que deux maladies, en apparence semblables, présentant le môme aspect, les mômes symptômes, aient une marche différente , l’une continue, l’autre intermittente, pour qu’immédiatement les indications du traitement diffèrent et soient même tout à fait contraires.

La marche continue est celle qu’alfectent le plus ordinairement les maladies, mais elle est rarement si absolue, qu’il n’y ait quelques alternatives de diminution ou d’ augmentation dans les symptômes'. Pendant le jour, ordinairement, les accidents sont peu intenses, mais c’est le soir que surviennent ces redoublements, ces exacerbations ou paroxysmes qui se prolongent quelquefois jusqu’au lendemain. — Les symptômes eux-mêmes ne conservent pas non plus constamment le même degré de violence pendant toute leur durée. Assez souvent, après avoir couvé un certain temps, ils viennent à augmenter tout d’un coup, puis, ils restent stationnaires pendant un temps à peu près égal à celui de leur accroissement, et ensuite ils décroissent avec plus ou moins de rapidité. C’est ce que vous nommez périodes ou phases successives du développement des maladies.

La première est la période d’ incubation , la deuxième est celle d’augment, progrès { incrementum ), la troisième celle d’état (status), et la quatrième celle de déclin (decrementum).

Inutile d’ajouter que le passsage de l’une à l’autre est toujours insensible. Mais ces périodes ne se montrent pas dans toutes les maladies; quelquefois les symptômes sont intenses dès le début; d’autres fois ils augmentent rapidement et diminuent immédiatement après avoir atteint leur maximum d’intensité, sans période d’état intermédiaire.

Lorsque la maladie se termine subitement par une sueur, une hémorragie abondante ou par la mort, il n’v a évidemment pas de période de déclin. Ai-je besoin d’ajouter que le traitement, suivant qu’il est bien ou mal dirigé et approprié, abrège, prolonge, fait naître ou retranche les unes ou les autres de ces périodes. Ce qui revient à vous dire que les crises que nos pères admettaient comme jugeant toujours d’une manière favorable les maladies, sont loin d’être regardées par nous comme nécessaires à la guérison. Pour nous, elles constituent autant de symptômes de la maladie, symptômes que nous ne désirons pas, que nous ne cherchons jamais à provoquer et que môme souvent nous redoutons.

L’intermittence ou périodicité des maladies est un phénomène dont l’explication a toujours beaucoup occupé les médecins. L’accès est un développement successif et limité de phénomènes morbides, et il suppose presque nécessairement le retour d’un autre accès.

Chaque réapparition des symptômes, comme vous le ' savez, porte le nom d’accès, par exemple : un accès de goutte, de fièvre, de névralgie, etc.

On ne doit pas confondre un accès ni avec une attaque, ni avec le paroxysme.

A chacune de ces expressions se rattache une idée distincte.

L’attaque est une invasion soudaine de symptômes ordinairement graves, invasion dont rien n’autorise ordinairement à prévoir le retour.

Le paroxysme est l’exacerbation de symptômes déjà existants, faisant partie de phénomènes morbides, continus.

L’idée seule d’accès est inséparable de l’idée de périodicité; par exemple : un individu peut avoir plusieurs attaques de goutte; chaque attaque peut se composer d’un certain nombre d’accès, et chaque accès présenter plusieurs paroxysmes.

Ces considérations sont de la plus haute importance pour le traitement, car, pour ne citer qu’un exemple connu et reçu par l’ancienne médecine, vos antipériodiques comme le quinquina et d’autres, préviendront en général le retour de certains accès; mais ils seront très-souvent sans effet pour empêcher les attaques, et exaspéreront presque constamment les paroxysmes.

Il faut que nous sachions encore que chaque accès présente trois séries de symptômes qui ont reçu le nom de stades ou périodes, lesquels s’annoncent assez ordinairement au début par un frisson, auquel succède de la chaleur, puis, qui se terminent par de la sueur.

Mais ces stades ne sont pas constants; certains accès ne sont pas précédés de frissons, d’autres ne sont pas suivis de sueur; on en observe dans lesquels deux stades manquent à la fois. Enfin, il y a des accès qui n’offrent ni frisson, ni chaleur, ni sueur, et qui ne sont plus alors caractérisés que par le retour périodique des phénomènes principaux de la maladie. L’ordre dans lequel se succèdent ces trois stades, n’est pas lui-même invariable. Ainsi, l’on Voit quelquefois l’accès commencer par la sueur et finir par le frisson. J’ai, il y a quelques jours, donné mes soins à une princesse italienne qui présentait ce singulier phénomène, et dont les accès n’avaient jamais pu être enrayés par la thérapeutique officielle.

La durée des accès dépasse rarement vingt-quatre heures. Je n’en finirais pas, messieurs, si je voulais vous relater

toutes les anomalies que nous sommes habitués à rencontrer.

L’apyrexie ou l’ intermittence, c’est-à-dire l’intervalle qui sépare les accès, est ce qui constitue le type de la maladie.

Si l’accès reparaît une fois tous les vingt-quatre heures, la maladie est di le quotidienne; s’il se reproduit après deux jours d apyrexie, on l’appelle tierce ; enfin, on la nomme cjuarté, quintane, sextane, si l’accès se montre après trois, quatre, cinq jours de calme.

Quelquefois il reparaît deux accès par jour, ou deux le même jour, tous les deux ou trois jours. Ce qui constitue les types double quotidien, tierce double et quarte double, etc. pour tous les autres types qui ont été créés et observés* voyez les traités spéciaux.

11 existe cependant des maladies intermittentes dont les accès sont au nombre de cinq à six et même plus dans la même journée, séparés par des intervalles de calme dont la durée est à peine d’une demi-heure à une heure. C’était le cas de cette très-intéressante malade arrivée de la province pour recevoir mes soins, et chez laquelle j ai conduit plusieurs d’entre vous la semaine dernière.

Je ne vous dirai rien des circonstances d’âge , de sexe, de tempérament, de saison, de climat, etc., qui modifient plus ou moins leur marche.

Ainsi, les maladies de l’enfance sont en général plus rapides, celles de la vieillesse plus lentes; et il en est de même de celles des tempéraments sanguins et nerveux, par rapport a celles du lymphatique, de celles des sakons sèches et froides, y ür rapport à celles des saisons humides et chaudes. msi, tandis que l’hiver accélère les progrès des maladies de poitrine, l’été, au contraire, les suspend. De même

que les saisons humides augmentent rapidement les hvdropisies. J

Enfin, messieurs, plus il y a de complications cl plus nécessairement leur marche se trouve influencée.

Pour ce qui est de la durée d’une maladie, elle n’a rien de fixe. Il en est qui se terminent en quelques heures, quelques minutes ou qui durent vingt-quatre heures. Mille causes modifient leur durée de la même manière que leur marche.

11 ne suffit pas de savoir diagnostiquer les maladies, il importe pour le médecin d’en estimer à l’avance le degré de gravité et la durée probable, de pressentir tous les accidents qui peuvent Venir les compliquer et enfin d’en prévoir l’issue, c’est là l’œuvre du pronostic.

Tant de circonstances imprévues peuvent venir le mettre en défaut alors même qu’il paraît le plus certain, que les médecins le regardent avec raison comme la partie la plus difficile de l’art de guérir, et cependant, c’est le point sur lequel les gens du monde se montrent le plus exigeants, vous pardonnant une mort , si vous l’avez prévue, mais vous imputant à ignorance, même une guériso si vous annoncez une terminaison funesle. C’est alors que vous harcelant de mille questions plus insidieuses, plus saugrenues ou plus déplacées les unes que les autres, vous serez elfrayé vous-même de la perversité qui règne souvent dans les esprits, les consciences et. les cœurs. Sauf quelques rares exceptions, où l’on trouve de la part de la famille un véritable désintéressement, un attachement profond et un chagrin bien senti, beaucoup ne vous adresseront des questions calculées d’avance qu’en vue du sentiment d’égoïsme qui les guide; ils feindront devant vous, de prendre une part bien grande à la situation du malheureux sur le sort duquel vous êtes appelé à prononcer, mais sachez démasquer cette hypocrisie, et, malgré cette affectation qui quelquefois fait frémir d’horreur, gardez-vous bien de dire ce que vous pensez.

De toute manière, votre jugement doit être porté avec la plus grande circonspection , d’autant mieux qu’il peut se présenter des cas où celui que vous porteriez-, pourrait se trahir au-dehors par quelques gestes ou signes , par des attentions auxquelles n’était pas habitué le malade-et qui pourraient lui faire soupçonner la gravité de son état. Il est de ces révélations , quelles qu’elles soient, dont le propre dans certaines maladies est d'abattre le courage, de rendre pusillanime et d'affaiblir le cerveau. C’est alors que les partisans de la crédulité accusent souvent les incrédules d’être de mauvaise foi, parce qu’on les voit quelquefois chanceler dans leurs principes, changer d’opinions dans le cours de leur maladie et se retracter à la mort. Quand le corps est dérangé, qu’y a-t-il d’étonnant que la faculté de raisonner se dérange communément avec lui; cela est si vrai que l’homme infirme et caduc, aux approches de sa fin, s’aperçoit quelquefois lui-même que sa raison T abandonne pour laisser le préjugé prendre le dessus. Il n’est plus ce qu’il était, et n’étant plus le même, il ne peut plus penser de la même manière. Les rétractations d’un incrédule, ou moment do la mort, ne prouvent donc rien contre V incrédulité.

Une maladie sera d’autant plus grave qu’elle occupera des organes plus importants; qu’elle sera plus intense , moins régulière dans sa marche et de plus longue durée; qu’elle régnera d’une manière épidémique ; qu’elle sera transmissible par contagion; qu’elle attaquera un enfant, un vieillard, une femme enceinte, une constitution détériorée, un individu atteint déjà d’une maladie chronique, adonne à tous les excès; qu’elle surviendra chez un sujet qui a fait un long usage d'aliments de mauvaise qualité ou de traitements allopathiques , d’où il résulte, dans le premier cas, un affaiblissement considérable , et dans le second cas, une maladie médicinale dont on triomphe très-difficilement; enfin qu’elle succédera à des travaux excessifs de corps ou d’es-

prit, surtout pondant la nuit, et on sc privant do sommeil, ou a des chagrins prolongés , à la perte d’une place, de sa fortune, d’un être tendrement aimé, etc.; en un mot, plus il existe de ces circonstances que je viens d’indiquer, réunies dans une môme maladie, plus elle est dangereuse.

Les maladies chroniques deviennent dangereuses par l’ancienneté, quelquefois elles le sont dès le début. Ainsi celles qui résultent de la complication de plusieurs miasmes , sont infiniment plus graves à nos yeux, à moindre intensité des symptômes et à désorganisation moins avancée près, que ne le serait une même maladie qui ne reconnaîtrait pour cause qu’wn seul miasme.

Sont regardés comme des signes de favorable augure , l’expression non altérée de la physionomie, l’espérance, la gaieté, une grande sécurité, le sommeil calme et dont on tire facilement le malade, la liberté de la respiration, une chaleur douce et habitueuse, etc.

Sont au contraire regardés comme des signes toujours graves: l’immobilité du malade ou une agitation extrême, ainsi l’agitation succédant à l’immobilité dans une affection aiguë est un signe mortel, surtout si le malade se découvre et fait des efforts inu tiles pour se lever, — l’amaigrissement très-rapide dans les affections chroniques, (1 extrême faiblesse seule n’est qu’un signe défavorable, surtout lorsqu’elle est l’effet des maladies chroniques), les sueurs nocturnes dans les maladies du poumon, 1 altération subite et profonde de la physionomie, comme le trismus, le rire sardonique , l’infiltration des membres , les escarres gangréneuses de la peau, les convulsions partielles ou générales, le délire, surtout chez les adultes et Jes vieillards, auquel succède l’exaltation des facultés intellectuelles, — le découragement, le désespoir, les pressentiments funestes, les défaillances et les syncopes spontanées, — la carphologie, réphonie et la mussitation

dans les maladies aiguës, — la cessation subite d une douleur vive avec altération profonde des traits, 1 appétit vorace survenant tout à coup dans le cours d une maladie aiguë, sans diminution des autres symptômes, (ce signe annonce ordinairement la mort dans les 24 heures) ; le passage des liquides dans l’œsophage comme à travers un tube inerte, le hoquet, l’intermittence et l’insensibilité du pouls, le non-effet des sinapismes et des vésicatoires, — le froid des parties externes, tandis que l’intérieur est brûlant, — et les sueurs abondantes, surtout quand elles sont froides. — Aucun de ces signes, bien entendu, n a de valeur absolue. Ainsi, les plus graves peuvent être suivis de guérison , et les plus favorables avoir une issue funeste. Ce n’est que par leur comparaison avec les autres symptômes de la maladie qu’il est permis d’en tirer des conséquences.

Par l’énumération que je viens de vous faire, vous voyez maintenant de plus en plus, messieurs, de quelle valeur sont ces objections qu’on nous a adressées, de ne tenir aucun compte des signes morbides. Il fallait que ceux qui nous adessaient ces reproches, n’aient aucune idée de la doctrine que nous défendons à cette heure. Nous! ne tenir aucun compte des signes d’une maladie, mais ce sont eux au contraire qui nous guident dans la détermination du choix d’un médicament. Et l’on comprend de quelle valeur ils doivent être en raison de la variété que l’on observe.

Maintenant, d’où vient qu’on a tourné en ridicule certains symptômes observés par les, expérimentateurs, — leur critique ne devait-elle pas aussi s’exercer sur ces symptômes non moins singuliers qu’on observe dans certains cas pathologiques. Ainsi, à part tous les signes que je viens d’énumérer, qu’on m’explique ces goûts bizarres qu’on rencontre chez les malades — et même sans avoir besoin de recourir à la pathologie, nous pourrons prendre nos exemples dans

la physiologie; me donnera-t-on la raison de ces appétits différents, de ces besoins variés, de ces sensations si délicates et si fines, de ces ponts si multiples qu’un volume entier ne suffirait pas pour recevoir toutes les communications que vous font les femmes en état de grossesse. I lune ne pourra résister au désir impérieux de prendre des alcooliques. Vautre de manger les choses les moins nutritives, et enfin tout le monde connaît cette passion dominante chez les femmes enceintes, le vol, etc., etc. En un mot, il y a aberration complète des sens sous V influence de la grossesse; qu’y a-t-il d’étonnant que les mêmes phénomènes se reproduisissent sous l’influence de médicaments qui viendraient jeter la perturbation dans l'économie-.

Et du reste, pourquoi cela ne serait-il pas puisque sous l’influence d’autres causes, comme, par exemple: dans la chlorose, on voit les malades soumis à des idées les plus étranges, etc., etc. Nos confrères savent cela tout aussi bien et peut-être même mieux que nous, mais ne leur faut-il pas matière à critique.

Dans la prochaine séance, je vous dirai quelle division Hahnemann a admise pour les maladies, et je vous ferai connaître sa théorie sur les maladies chroniques.

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