ARGUMENTS EN LEUR FAVEUR
Messieurs,
En traitant, dans la dernière séance, des préparations homœopathiques, j’ai été tout naturellement amené à vous parler des petites doses, d’une manière générale, mais aujourd’hui, je me propose d’étudier la question dans tous ses détails, d’autant mieux qu’un grand nombre de confrères recommandables emploient, aujourd’hui encore, les doses infinitésimales à l’exclusion de toutes les autres, il est donc bon que vous sachiez quels arguments on fait valoir en leur faveur.
Beaucoup de personnes étrangères à la doctrine homœopathique regardent les infinitésimaux comme la question dominante en homœopatliie, question qu’ils font reposer sur le merveilleux et le ridicule ; ce sont celles qui, ayant l’habitude de juger sans connaître et de parler sans voir, n’ont aucune idée de la doctrine dont nous venons défendre les principes devant vous.
En homœopatliie, la question des petites doses est tellement secondaire qu’il ne peut y avoir que les esprits superfl-
ciels qui, dans l’ignorance où ils sont de notre doctrine, attaquent les infinitésimaux. Toute objection sérieuse à nous opposer, doit être dirigée vers le grand principe qui nous régit tous,. /a loi des semblables et non sur la manière d’appliquer les médicaments.
Quand on nous demande pourquoi nous employons des doses si petites, ne serions-nous pas en droit, disent les défenseurs des infinitésimaux, de demander pourquoi en allopathie on en administre de si fortes, ou bien pourquoi de plus fortes encore ne sont pas employées. Si, depuis des siècles, l’école ancienne fait usage de pareilles doses, cela ne prouve pas que la nature des choses l’exige ainsi, mais cette manière de faire, prouve seulement le goût qu’elle a pour l’arbitraire, ne voulant pas s’en remettre à l’expérience pour juger la question.
Ce qu’il faudrait nous démontrer, c’est que les petites doses ne guérissent pas, que les guérisons ne s’opèrent pas par les analogies, et pour cela en appeler à l’expérience. Mais non! on aime mieux tourner en ridicule notre doctrine en attaquant la petitesse de nos doses et répéter à satiété : C’est impossible, c’est incroyable, c’est absurde !
Les uns s’étonnent que nos médicaments n’offrent aucune différence de couleur, d’odeur et de saveur, sans savoir que cela n’est vrai que pour les atténuations élevées :
D’autres croient reproduire un grand argument contre l’homœopathie, en déclarant pouvoir avaler un ou plusieurs I laçons do globules impunément. S’ils sont à une haute dilution, c’est plus que possible, c’est vrai, mais s’ils sont en teinture ou en trituration, c’est moins croyable. Du reste, ce fait, loin d’ébranler la loi des semblables, pourrait la confirmer, au contraire; qui dit que, dans ce cas, les doses infinitésimales n’ont pas trouvé leur raison d’être dans l’affinité des médicaments pour une certaine disposition de l’organisme.
D’un autre côté, qu’arrive-t-il à celui qui avale plusieurs flacons de médicaments différents à la fois? c’est que tel médicament, qui seul aurait agi probablement, se trouve enrayé dans ses manifestations par tel autre qui, faisant office d'antidote, neutralise son action. Ne voyons-nous pas quelquefois de ces maladies, s’annonçant d’unemanièro fort grave, disparaître subitement, ou peu à peu, sans aucun motif appréciable! Ces guérisons dites spontanées, ne sont souvent que le résultat d’une influence salutaire qu’un heureux hasard produit. Ce sont autant d’influences contraires qui viennent contrebalancer les influences nuisibles, entretenir l'équilibre vital, et faire en quelque sorte office d 'antidotes en rendant nul les les influences nuisibles.
En deuxième lieu, quand même les expérimentateurs n’obtiendraient rien en prenant un flacon de globules, voir même des teintures mères ou des triturations, cela ne prouverait qu’une chose, c’est que :
\° Ils se portaient assez bien pour que leur santé ne soit pas ébranlée par ce médicament.
2* Qu’ils n’avaient aucune notion exacte de la médecine et encore moins de l’homœopathie; car, sans quoi, ils sauraient que les agents les plus puissants n’exercent leur influence que dans des conditions données; il ne suffit pas d’une cause morbide, il faut encore une certaine prédisposition de la part de l’organisme. Ainsi, par exemple : que ces expérimentateurs me disent pourquoi le choléra, la petite vérole, la syphilis, la gale, la peste elle-même n’attaquent pas indistinctement tout le monde? pourquoi, d’après les statistiques, sur dix personnes mordues par un chien enragé, trois seulement deviennent hydrophobes? On voit donc que, si des agents aussi puissants que ceux que nous venons de citer, ne peuvent produire leurs effets sur chaque individu que dans des cas donnés, il n’y a pas lieu de s’étonner que certains médicaments homœopa-
thiques ne puissent manifester leur action que dans des conditions convenables.
Bon nombre croyant aller plus au fond de la question, en ont appelé à la physique et à la chimie pour s’assurer que nos préparations contenaient encore un principe médicamenteux. Et de ce que, par les procédés ordinaires, malgré tous les réactifs chimiques, une analyse infidèle n’a pu déceler la présence de ce principe médicamenteux , ces prétendus expérimentateurs en ont conclu qu’une substance médicamenteuse qui n’offre plus aucune propriété reconnaissable, aucune qualité chimique que l’on puisse facilement constater, ne doit plus avoir d'action sur la fibre vivante. Faire valoir un pareil argument, c’est oublier que, s’il fallait s’en rapporter aux témoignages de nos instruments de physique et de chimie, les lieux bas, humides, marécageux, privés en quelque sorte d’air et de lumière, seraient tout aussi salubres que les lieux exposés de la manière la plus favorable.
Et d’abord, messieurs, si je voulais m’appuyer sur ce genre d'analyse et d’observation pour démontrer ce que l’on nie, je vous dirais : .
1° Que MM. les docteurs Jourdan, Guibourt et Petroz voulant opérer sur le sublimé corrosif , observèrent « qu’en mettant dans un verre de montre une goutte de sublimé corrosif à la quinzième dilution alcoolique, et y ajoutant une quantité fort petite d’hydrosulfate de soude , il reste une légère couclie opaque qui, interposée entre l’œil et un papier, présente une teinte noirâtre manifeste , surtout sur la limite du liquide évaporé. Si l’on répète l’expérience avec de V hydrosulfate de soude et de l’alcool pur, on obtient de môme une couche opaque avec un reflet grisâtre ou noirâtre, qu’il faut attribuer au degré d’atténuation du soufre précipité; mais il est certain que cet effet est moins marqué que lorsqu’on emploie la solution de sublimé corrosif , de
sorte qu’on doit conclure que la teinte noirâtre observée avec celui-ci est en partie due à la présence du composé mercuriel. » (Mat. médic. pure, 1. 1, préface du traducteur.)
2° Que le docteur Seguin constata la présence de caprum dans les six prem ières atténuations.
3° Que le docteur Charles Mayerofer ayant examiné avec des microscopes de 130 à 200 lignes, neuf métaux différents, il trouva des degrés de division presque incroyables, ainsi :
1» Le platine, divisible plus d’un trillion de fois, ce qui équivaut h la 13' dilution. 2° Le mercure,
3° Le plomb,
4° Le fer,
5° Le zinc,
6° Le cuivre,
7° L'étain,
8° L'argent,
9» L'or,
traçant une ligne avec un anneau d’or sur une pierre à repasser, le microscope fait reconnaître des millions d atomes qui sont restés attachés à la pierre.
De ces expériences, il tira les conclusions suivantes, à savoir :
1° Que les régules ou métaux conservent intactes toutes leurs propriétés, même dans les molécules les plus fines , et sont ( contrairement à V opinion de Hâhnemann) insolubles dans l’eau et dans l’alcool.
T Que l’éclat métallique se conserve dans les métaux parfaits, jusque dans les particules visibles les plus ténues.
3° Les substances sont progressivement divisées , diminuées par la trituration et deviennent ainsi plus assimilables.
4° La divisibilité réelle des métaux, tout en étant considérable, est néanmoins bornée et reste bien au-dessous de l’infinité idéale mathématique.
fies particules visibles deviennent successivement plus
billion
— — à la 10° —
million
— Ma 7« —
— il en trouva jusque dans les 13» et
14° dilutions.
— il en trouva jusque dans la
12e dilution.
— il observe à- cette occasion, qü’én
petites, leur nombre diminue do plus en plus, jusqu’à ce qu’enfin elles disparaissent: le moindre atôme d’un précipité de métal est G4 fois plus petit qu’un (/lobule de sang ; un grain de la troisième atténuation de zinc, par exemple, contient 113,200,000 particules de métal qui sont encore divisibles.
Faut-il vous citer l’expérience de B. Bogie qui, ayant fait dissoudre un grain de cuivre dans Y ammoniaque et l’ayant versé dans 77 pouces cubes d’eau, la retrouva entièrement teinte en bleu. Un pouce cube renferme donc 116 millions de parties visibles.
Un grain de carmin colore jusqu’à 30 kilogrammes d’eau, et chacune de ces molécules n’a que 1/30,000,000 de pouce. (Baruel.)
Un grain de musc peut encore affecter l’odorat lorsqu’il est divisé en 320 quadrillions do parcelles.
Un aimant peut aimanter une quantité indéfinie de fer, sans rien perdre de son poids.
La lumière offre une divisibilité plus grande encore que les substances odorantes.
Une étoile, qui est cent milliards de fois plus grosse que la terre, envoie dans le fond de l’œil une masse innombrable de rayons qui n’occupent sur la rétine que la 79 millionième partie d’un millimètre carré.
Heuvenliœk a constaté que le déroulement d'un cocon de ver-à-soie fournit un fil de 600 aunes de long.
Réaumur a trouvé que ce fil de soie était composé do GO mille autres fils.
Boërrhave, le célèbre professeur de Leyde, ajoute que chaque pouce de ce fil peut être divisé en plusieurs millions de particules, ayant une existence et une forme distinctes.
Ehrenberg a calculé qu’un pouce cube d’un conglomérat d'infusoires contient \\ milliards de ces animalcules.
Kiel prétend qu’il faudrait 186 mille 400 milliards de
milliards de globules de sang dos infusoires du poivre pour remplir un centimètre cube.
Une goutte de sang humain d’un millimètre cube contient un million de globules rouges.
L’appareil de Marsh rend manifeste jusqu’à des millionièmes de grammes d’arsenic, ainsi que l’ont constaté Liebig, Morh, Devergie et une commission de l’Institut.
MM. Danger etFlandrin sontparvenus à découvrir laprésence d’un cent millième de cuivre dans l’organisme vivant.
M. Quatrèfages , dans ses Souvenirs d’un naturaliste, p. 4 et o, parle d’animalcules appelées bacilloires « dont les infiniment petites carapaces ont résisté aux révolutions du globe mieux que les squelettes gigantesques des vertébrés antédiluviens; corpuscules microscopiques dont la pointe d’une aiguille peut écraser des centaines , et qui n’en forment pas moins des roches entières exploitées depuis des siècles sous le nom de tripoli. » Selon M. de Humbold, les infusoires microscopiques sont couverts de parasites plus petits, couverts eux-mêmes de parasites plus petits encore.
Enfin, j’ajouterai, Messieurs, qu’il résulte des expériences chimiques faites avec beaucoup de soin, qu’on peut démontrer la présence de :
1/1,024,000 Soufre.
1/2,048,000 Chlore.
1/2,048,000 Iode.
1/4,000,000 Iode.
1/2,048,000 Or.
1/1,024,000 Cyanure de soufre.
1/ 28,000 Acide sulfurique.
l/loG,000 Acide carbonique.
I/o 12,000 Acide pliosphoriquo l/l ,024,000 Acide chromique.
1/0,133,440 Arsenic.
1/2.40,000 Acide citrique.
1/128,000 Acide oxalique.
1/10,000 Acide benzoïque.
au moyen de : Acétate de plomb.
— Nitrate d'argent.
— Amidon.
— Acide azotique.
— Proto-nitrate de mercure .
— Chlorure de fer.
— Nitrate de Baryte.
— Acétate de plomb.
— Nitrate d’argent.
— Proto-nitrate de mercure
— Nitrate d’argent.
— Acétate do plomb.
— Eau de chaux.
— Proto-nitrate de. mercure
1/128,000 Acide méconique.
1/1,024,000 Acide galiique.
1/256,000 Acide tannique.
1/384,000 Nitrate de Baryte.
1/04,000 Strontiane.
1/1,024,000 Chaux.
1/64,000 Magnésie.
1/64,000 Alumine.
1/601,600 Tartre émétique.
1/1,341,400 Manganèse.
1/573,440 Bismuth.
1/2,723,840 Fer.
1/581,120 Étain.
1/1,331,200 Nickel.
1/1,280,000 Cuivre.
1/133,120 Mercure.
1/550,400 Argent.
1/25,600 Brucine.
au moyen de : Chlorure de fer.
— Proto-nitrate de mercure.
— Proto-sulfate de fer.
— Sulfate de soude.
— Oxalate d’ammoniaque.
— Oxalate de potasse et
d’ammoniaque.
— Solution de potasse.
— Sulfate de soude.
— Acide sulfhydrique avec
add. de quelques gouttes d’acide muriatique.
— Cyanoferrate de potas-
sium.
— Acide sulfhyd. avec add.
d’acide muriatique.
■ — Sulfate d’ammonium.
— Acide sulfhydrique.
— Sulfure d’ammonium.
— Fer décapé.
— Acide sulfhydrique.
— Acide chlorhydrique.
— Acide azotique.
(Doctrine pour la préparation des médicaments homœopatiques, par J. Buchner, docteur en philosophie, en chirurgie et en accouchements, professeur d’homœopathie à l’université de Munich ( Munich, 1852, p. 81. ).
Je termine, messieurs, en vous citant une expérience remarquable faite par un physicien américain M. Philippe, expérience que tout le monde peut répéter: il prend un bâton de soufre et l’approche de l’eudiomètre, à l’instant l’aiguille se déplace, il prend une trentième dilution et l’effet est le môme, c’est-à-dire que l’aiguille accuse encore la présence de la substance par le déplacement qui s’opère.
Voulez-vous une nouvelle confirmation de nos principes et de nos assertions, vous la trouverez dans l’analyse qu’on a faite dos différentes eaux minérales , lesquelles dans leur
composition chimique, leur puissance et leur résu I tat présentent des doses infinitésimales-, elles confirment en outre la loi de similitude par la production et la guérison de maladies semblables sur l’homme sain et malade.
Prises dans leur ensemble les eaux minérales renferment les métaux, ou les sels les plus actifs et les plus employés en médecine, le soufre, l’iode, l’arsenic , le brome, la soude, la magnésie, le fer, le manganèse, etc.
D’après Thénard , les eaux de la source de la Madeleine, au Mont-d’Or, contiennent, par litre, un milligramme d’arseniale de soude.
Selon Walchner et Figuier, les eaux de Wiesbaden contiennent, sur 100 litres, 0,043 d’acide arsenieux, et, après avoir donné l’analyse des eaux de Pyrmont, de Lamcheid, et de la vallée de Brohl, Walchner ajoute:
« Toutes ces eaux minérales... recèlent des substances en quantité tellement minime que leur valeur remonte seulement à des millionièmes. »
D’après Turck , les eaux de Plombières n’agissent que par V arsenic et elles en renferment un millième de grain par litre.
Les eaux de Vichy, de Bussang, de Provins, de Pyrmont, d ’Ems et de Wiesbaden contiennent l’arsenic, disent Chevalier et Gobeley, en proportion infiniment plus petite que celle que les médecins ordonnent tous les jours, et, cependant on pourra peut-être expliquer, par la présence de cette substance dans ces eaux, certaines guérisons qu’il serait impossible d’expliquer d’une autre manière. »
Aux Eaux chaudes, d’après M. Izarié (1852), la source de Min vielle contient 0,000,000,2 de soufre et 0,000^00,5 de sulfure de sodium, -par litre et celle de Baudot, 0,000,3712 de soufre, et 0,000,0582 de sulfure de sodium.
A Aix-la-Chapelle, le rapport de M. Liebig donne pour la source dite de l’Empereur : iodure de sodium 0,00051, et 0,00300 de Bromure de la même base.
Je suppose qu’on soit parvenu toujours ci mettre dans toute son évidence la présence matérielle du médicament, que prouverait, du reste, cette découverte pour son efficacité dans le traitement des maladies? évidemment rien, et cependant pour nous, médecins , c’est la question la plus intéressante. Ce ne serait donc qu’une simple satisfaction que nous voudrions nous donner afin de ruiner ces objections puériles, ces railleries qui sans cesse accompagnent la préparation et l’administration des petites doses.
Enfin, messieurs, les faits que je viens de vous citer nous démontrent que la matière portée à un certain degré dé dilution conserve encore ses propriétés, et que Y énergie d’un médicament dépend de Indivision et non de la destruction qu’on a fait subir à ses parties matérielles, afin de mettre en plus libre expansion ses vertus dynamiques ou thérapeutiques.
Mais j’admets au contraire, que ces expériences laissent encore à désirer, ne permettant de constater la présence réelle du médicament que dans une limite très restreinte. Je vais plus loin, je vous accorde les expériences milles. Allez-vous vous croire infaillible parce que vous vous reposez sur des sciences qui sont impuissantes à connaître un fait nouveau, parce que vous vous ei\, rapportez à vos moyens d’investigation malheureusement trop limités? Nous vous répondrons par les expériences suivantes :
Dans une note lue à l’Académie des sciences , les 24 et 31 juillet 1843, votre professeur, M. Bouchardat, dit que dans l’eau contenant un millionième d’iodure de mercure , c'est-à-dire une quantité qui échappe aux réactifs chimiques les plus sensibles, les poissons meurent en quelques secondes.
Sans vous citer les expériences de Uavy, celles de Yolta, Fourcroy , Gattoni , Moscati, Rïgarnl, Delisle, Vauquelin et autres qui n’ont jamais pu constater la présence de ce miasme marécageux qui infecte et désole des populations
entières, je vous rapporterai celte expérience de il/. Chevreul, qui se trouve dans le traité d’hygiène de M. le professeur Michel Levy, et dans laquelle il dit : « Qu’il peut y avoir dans l’atmosphère une matière délétère qui échappe au chimiste, parce qu’elle y est en proportion trop faible. Ainsi, bien que plusieurs analyses d’eau de Seine, prise au-dessous des lieux les plus propres à la vicier, n’aient fourni rien de concluant, il est permis d’admettre avec Thouret , Teuon, Par eut -Duchâtelet, qu’il peut y entrer des principes d’infection qui se révèlent seulement par leurs effets sur l’organisme. » „
Si ce fait est vrai en hygiène , pourquoi ne le serait-il pas en thérapeutique?
, Qui ne connaît les belles expériences de Spallamani, répétées et confirmées plus tard par J. -W. Arnold. Spallanzani, pour étudier les propriétés fécondantes du sperme dilué de la grenouille, mêlait successivement 3 grains de ce sperme à des parties égales d’eau, puis à une quantité quadruple, enfin à une livre de ce liquide. Par une longue série d’expériences faites avec un grand soin, il obtint les résultats suivants : Le sperme ne perdait rien de ses propriétés fécondantes, lorsqu’il le mélangeait avec 18 onces d’eau, comme avec une livre; un mélange de 3 grains de sperme avec 2 livres d’eau produisit moins de larves, et le nombre de celles-ci diminuait h mesure qu’il augmentait la quantité d’eau de 3 et de 4 livres; il se développait encore quelques larves dans 22 livres de liquide. Une goutte (d’un cinquantième de ligne) d’un mélange de 18 onces d’eau et de 3 grains de sperme, appliquée avec la pointe d’une épingle sur des œufs, fécondait souvent aussi ] romptemenl que le sperme pur. Celui-ci se conservait bien moins longtemps que le sperme dilué, et, même après 37 heures, par un froid de 3° au-dessous de zéro, ce dernier n’avait rien perdu de ses propriétés fécondantes.
Arnold a aussi expérimenté avec des dilutions du vaccin mêlé à 10 parties d’eau de source. Chez un des enfants qu’il inocula, il se montra, le huitième jour , quatre pustules au bras gauche, deux au bras droit, toutes également bien développées. Un mélange d’une partie de vaccin avec cent parties d’eau de source, conservé pendant douze jours à une température de 16 à 18° R., produisit sur chaque bras d’un enfant une pustule véritable.
Six fois j’ai répété ces dernières expériences, et trois fois j’ai obtenu les meilleurs résultats. Je vous dirai plus tard dans quelles conditions ces expériences ont été faites.
Que de mystères, messieurs, nous pourrions approfondir, si nos sens et nos moyens étaient plus parfaits !
La matière étant divisible à l’infini, ne pourrait-on pa* soutenir que, si loin que l’on pousse Y atténuation ou la division d’un corps , la destruction de ce corps ne s’ensuivra pas indubitablement pour cela. Dans la nature, rien n’est grand , ni petit : les choses grandes ne le sont que relativement aux autres; les plus petites sont encore infiniment plus grandes que rien. Qui oserait prétendre qu’une chose n’existe pas, par cela seul qu’on ne l’aperçoit pas?
Ecoutez ce que disait le fameux Bo'èrrhave , dans son. chapitre II, De viribus mediçamentorum : « Les médicaments, dit-il, tout en conservant leur vertu, peuvent être divisés èn parties tellement ténues, que l’imagination ne peut plus les poursuivre. »
« Médicamenta dividi possunt in partes adeô minutas, ut imaginationis vim pene éludant, quæ tamen retincbunt vires. »
Et ailleurs , il s’écrie :
«Il est évident, d’après ce qui suit, que les médicaments peuvent être tellement atténués , qu’ils se dérobent à nos recherches; mais, quoique ces particules ne soient
plus appréciables à nos sens, elles n’en produisent pas moins, sur notre organisation , des effets très-sensibles. »
« Ex dictis patet medicamentorum eô usque comminui possc, ut captum nostrum fugiant, et quidem licet partes sint diaphanæ sensusque quoque fugiant, nihilo minus elTectus notabiles in corporibus nostris producent. »
« Le temps n’est plus , dit M. Jourdan , membre de l’Académie de médecine, où des plaisanteries relatives aux doses infinitésimales pouvaient sembler d’assez bons arguments contre l’homœopathie. Des faits incontestables sont là qui doivent imposer silence au raisonnement pur. Ces doses minimes agissent , exercent même une action puissante, surprenante : le doute n’est plus permis à cet égard. »
Pourvu, dit Hahnemann, qu’il y ait mélange intime, molécule à molécule, de la substance active avec l’excipient, toujours il y aura présence réelle des particules de cette substance dans le mélange, aussi divisé qu’on le suppose. L’expérience peut seule trancher la question relative à leur action sur l’organisme. C’est encore cette dernière qui a conduit Hahnemann à atténuer ainsi ses médicaments, ayant remarqué que des doses plus fortes produisaient une perturbation qui, quelque légère qu’elle fût, n’était autre qu’une aggravation apportant du retard dans la guérison.
Messieurs, du moment où un fait nouveau se produit, si extraordinaire qu’il vous apparaisse, comme fait, il doit prendre place dans la science. Vous devez l’accepter sans murmure, quelque atteinte qu’il puisse porter un jour ou l’autre aux théories généralement admises. Ainsi presque tous les médecins de Marseille ont connu, dit le docteur Chargé, un pharmacien militaire qui était obligé de s’enfermer dans son appartement hermétiquement clos toutes les fois que l’mn pulvérisait do Yipecacuanha dans son
officine. Si la fenêtre était ouverte, ses vomissements étaient incessants.
L’influence de l'ipecacuanha sur l’appareil respiratoire est tellement remarquable, disent MM. Trousseau et Pidoux dans leur traité de matière médicale, t. I, p. 169, que nous avons connu à Tours un pharmacien, nommé üucoudrey, qui était pris d’un accès d’asthme toutes ies fois qu’on ouvrait , dans son officine, le flacon renfermant Vipecacuanha en poudre.
A vous maintenant de commenter ces faits, de les expliquer, d’appeler à votre aide la logique et le raisonnement pour tacher de les comprendre et de vous en rendre compte. Mais laissez de côté toutes ces vaines déclamations, et sachez que quand les sciences font défaut h la médecine, c’est à l’observation de lui prêter encore scs lumières. Et comme un fait d’observation ne s’établit que par le de visu ., tous les raisonnements sont impuissants à établir sa réalité.
Du reste, pourquoi cette injustice envers les petitesdoses, puisque vous acceptez sans mieux les comprendre certains autres phénomènes de la nature qui vous paraissent aussi inexplicables et même bien plus mystérieux. Savezvous la raison de quoi que ce soit? Ditcs-moi, par exemple, pourquoi tel animal respire, se nourrit et vit au sein d’éléments pour nous infectes et délétères; pourquoi tel autre s’alimente évidemment de végétaux, poisons pour nous ?
M’ expliquerez-vous mieux la raison de ces goûts différents, de ces besoins multiples, de ces appétits variés qui réclament, comme condition de satisfaction, autant de moyens spéciaux et divers? Non, certes! Ce qui prouve que les instruments de l’intelligence peuvent être des moyens de perception, sans que pour cela l’intellect humain puisse se flatter d’avoir la science infuse. Notre raison ne peut avoir d’autre autorité que celle des faits acquis , elle ne saurait, en
aucun cas, représenter autre chose que la somme des connaissances individuelles. Qui a jamais pu comprendre que cet air que nous respirons, qui nous enveloppe, dont les courants et les variations ne seront peut-être jamais appréciés; qui a jamais pu comprendre, dis-je, que cet air, dont chacun de nous a un poids de 16,000 kilogr. sur les épaules, ne nous écrase pas? Me direz-vous mieux pourquoi j’entends, j e perçois et je distingue telle parole, tel son, telle note qui frappent l’air et produisent des ondulations successives qui entrent dans mon conduit auditif et viennent se briser contre mon cornet acoustique ?
Connaissant le soleil, sa distance, son volume, son poids, savez-vous d’où il tire sa lumière et sa chaleur ? Le mystère de l'attraction planétaire- est-il plus compréhensible pour vous? Expliquez-moi pourquoi au moyen de mon œil, de mon oreille, du toucher, de ma membrane pituitaire et des papilles linguales, les sensations seront perçues par le cerveau, et pourquoi le cerveau les percevra? M’expliquerez-vous la circulation, la digestion, les sécrétions, etc., en un mot m’expliquerez-vous la vie?
Dites-moi pourquoi sous l’influence du calorique les molécules de l’eau réduites à ce que vous appelez l’état do vapeur, se désagrègent, passent de l’état liquide à l’état gazeux, et en perdant leur forme massive acquièrent une force sans limites? Etes-vous jamais arrivé avec vos réactifs chimiques et avec toutes les ressources do votre eudiométrie, à découvrir les émanations telluriques et palludéennes, ces riens dont les effets sont si terribles et peuvent vous suffire, très-heureusement, dans la recherche d’un médicament, à défaut de la cause qui probablement vous restera inconnue longtemps encore?
Vos réactifs vous ont-ils mieux servi dans l'analyse que vous avez pu faire des virus syphilitique, variolique, rabique et autres? Vous voyez donc bien que l’organisme humain
est un instrument bien autrement sensible, bien autrement puissant que la cornue du chimiste ou l’appareil du physicien.
Tout est mystère dans la nature, c’est pourquoi je ne vous reconnais aucun droit de limiter arbitrairement la puissance de la nature aux faits qui vous sont connus. Me direz-vous aussi qu’il ne peut pas exister d’autres mondes au delà de votre horizon, parce que vous ne les voyez pas et que vos instruments sont trop imparfaits pour le constater? Les anciens géographes n’avaient-ils pas ainsi raisonné en plaçant les colonnes d’ Hercule, c’est-à-dire les limites du monde, aux limites extrêmes de leurs connaissances. Mais les colonnes d’ Hercule témoignant aujourd’hui des limites de la raison, ne témoignent plus des limites du globe.
Du reste, messieurs, sans recourir à tous ces arguments, ne savons-nous pas que l’état de maladie crée en nous une plus grande susceptibilité à ressentir les effets des médicaments, ce qui fait qu’un médicament donné à une certaine dose, ne produirait absolument rien donné à un individu bien portant, à moins qu’il soit répété plusieurs fois; ce qui fait, dis-je, que le même médicament donné à la. même dose et môme à une dose moins élevée, produira chez un sujet malade des phénomènes très-manifestes. Qui de vous n’a eu à constater que la maladie développait Y impressionnabilité de l’organisme à un tel point, que les agents dont la présence est nécessaire , indispensable à l’existence, produisent presque toujours une sensation fort douloureuse dans les parties affectées? Ainsi la moindre phlogose de l’œil suffira pour nous faire. craindre nom seulement la lumière , mais encore le contact de l’air. C’est ainsi que ce môme air qui, à l’état normal ou physiologique, vivifie les poumons, provoque immédiatement, en cas d’affection de poitrine , une toux violente et saccadée — Quelles souffrances , vous le savez probablement, ne provoque pas l’urine en passant par un canal malade?
Dans l'encéphalite, le moindre bruit ne suffit-il pas pour accroître les douleurs et élever le pouls?
Dans Y arthrite, l 'entente et la péritonite les malades ont une sensibilité telle des articulations et du ventre , qu ils ne peuvent supporter le contact des draps, môme de leur chemise. — Si donc, Y impressionnabilité et la sensibilité se développent à un si liant degré, vous ne pouvez pas trouyer étrange que nos médicaments exercent encore sur un organisme malade une action réelle et puissante.
Dans la séance du 19 juin 1860, M. le docteur Burcq prér senta à l’Académie de médecine un mémoire dans lequel il prouve que la chlorose ainsi quela dyspepsie qui la précède, sont guéries par la simple application du. fer à l’extérieur, il insiste sur ce moyen , parce que, dit-il, il importe qu’à l’avenir on puisse éviter dans l’administration de toutes les substances, sels et oxides métalliques, les tâtonnements et l’empirisme. » Je ne vous cite ce fait que pour vous faire voir qu’il existe des médecins autres que nous qui ajoutent foi aux doses infinitésimales.
Je le répète, l’action curative des petites doses, voilà un fait et un fait incontestable. Aussi Hahnemann n’a-t-il jamais vu faiblir son courage pour soutenir ce que l’expérience lui avait appris, malgré l’étrangeté apparente des résultats; ce qu’on peut lui reprocher, c’est d’avoir été trop loin et de n’avoir pas su s’arrêter à temps, ce qui fait que depuis lui, le problème a été souvent examiné, et si la discussion n’est pas épuisée, il faut avouer que les faits sur lesquels on l’appuie, deviennent de plus en plus nombreux; que les théories générales qu’elle invoque sont déplus en plus conformes aux données do l’expérience. Du reste c’est moins la dose forte que la dose appropriée qui agit. De môme pour les aliments; c’est moins les quantités absorbées que les qualités digérées qui nourrissent.
Remarquez que la préparation de nos médicaments con-
sisto uniquement dans l’exaltation, dans le- développement dn la force active qui est en eux, dans leur dynamisation en un mot.
C’était la môme pensée qui faisait dire au professeur Ilecamier dans le Journal des Connaissances médico-chirurgicales (16 janvier 1831) p. 34, « c’est aux principes impondérables seuls, que chaque médicament doit su façon d agir, sa puissance , son efficacité, chaque médicament n étant qu’un conducteur spécial des principes impondérables. »
La critique s étant attachée surtout à nous faire dire que nous considérions une trentième dilution, par exemple , comme plus énergique qu’une première, voire même qu’une teinture mère, etc. , je tiens à bien vous faire comprendre tout le sens, toute la portée que nous attachons à la loi du dynamisme.
De même que tous les corps soumis à l’action de l’électricité, du calorique et môme de l’air atmosphérique sont modifiés, — de même il ne me répugne pas d’admettre que l’action de broyer, de triturer, d’exprimer, et.de secouer un corps doi ve imprimer des modifications à ce corps de manière à mettre en libre expansion les propriétés latentes dont il était doué. De même que certains corps, comme je vous le disais tout à l’heure, ne développent de la chaleur, de l'électricité et de l’odeur que par le frottement ; de même Y or, l’argent, le platine, la coquille d’huître, le sel marin, la silice, le lycopode, le charbon de bois qui sont sans action sur l’homme dans leur état ordinaire, peuvent acquérir une grande vertu médicinale en broyant pendant une heure et continuellement un grain d’un de ces corps avec 10Ü grains de sucre de lait en poudre. Evidemment ces substances inertes à l’état primitif ne doivent leur activité nouvelle qu’au mode de préparation auquel elles ont été soumises.
Dans leur action réciproque, les corps se comportent à l’égard des uns des autres, non-seulement en raison directe de leur volume , mais encore et surtout en raison directe du degré de vitalité qui les anime, de la force la tente qui est en eux, ce qui les rend plus ou moins appropriés à l’organisme humain .Energie dynamique ou physiologique ne veut donc pas dire que les propriétés physiques et chimiques des corps se soient accrues d’une manière absolue, mais seulement qu’ils ont été mis d ans des conditions telles qu’ils conduisent plus directement au but, en atteignant la maladie dans sa totalité et en étant mieux appropriés au traitement des maladies. Il faut considérer leur action et non leur énergie. Il s’agit ici d’une question de rapport entre la substance médicamenteuse et l’organisme humain, et non d’une question déplus ou de moins de médicaments; pour nous ce n’est qu’une question de . pure et simple relativité; pour vous ce n’est qu’une question de masse.
On a cherché, Messieurs, à. expliquer l’action de petites doses par l'électricité .que Ton dégageait, disait-on, par la trituration , la dilution et la succussion des médicaments. L'électricité peut être une des propriétés des corps, je le veux bien, mais ils en possèdent bien d’autres qui apportent dans l’organisme des modifications très-differentes. Ceux qui ont admis l'électricité avaient certainement oublié le principe de dynamisation, duquel dépendent toutes les autres propriétés.
Et comme je vous l’ai déjà dit, à défaut de démonstration physique, chimique et miser oscopique, nous ayons l’organisme humain qui est un' réactif beaucoup plus puissant que tous ceux qui nous sont fournis par ces sciences. Je ne sais trop pourquoi ces dernières, pleines de confiance dans leur insuffisance, viendraient nous donner un démenti à nous qui ressentons les effets médicamenteux, à nous qui avons fait
ces sciences ce qu’elles sont, suivant la manière dont nous . concevons la vie et qui, par conséquent, pouvons à notre gré, les changer et leur faire tenir un autre langage. De même que la physique et la chimie ne sauraient former, soit un peu de sang , soit un peu de salive ; de même, les théories de ces sciences ne sauraient expliquer une seule de nos fonctions oif de nos maladies. C’est pourquoi là où s’arrête la puissance de la science, commence celle de l’organisme humain qui, lui, sera sensiblement affecté.
Du reste, messieurs, il pourrait très bien se faire que les succès que nous obtenons avec nos médicaments, soient dus au mode de préparation que nous employons. Comme l'action d’un corps dérive des propriétés qui sont en lui, toutes les fois que ce corps sera modifié, ses propriétés subiront un certain changement, qui elles-mêmes entraîneront une manière d’agir différente. Je ne parle pas bien entendu de ces préparations incroyables dont se servent certains homœopathes et peut-être même la majorité. Ce n’est pas sans raison , selon moi , que la critique s’est acharnée après ces quasi-absurdités , pour parler le langage de l’école officielle; car plus il y a atténuation de la force de cohésion, c’est-à-dire des propriétés physiques et chimiques du corps atténué, plus il y a par conséquent atténuation de ses propriétés thérapeutiques ou relatives. Mais je parle des préparations rationelles, de celles, en un mot, qui vous révèlent un principe médicamenteux , et dont on nie encore l’action.
L 'inertie des corps étant uniquement relative à l’état où on les trouve dans la nature, ce que nous nous proposons par notre mode de préparation , c’est, je vous le répète, de mettre on évidence des propriétés qui, dans l’état natif de ces corps, sont latentes. N’est-ce pas ainsi qu’on arrive, soit par le frottement de deux morceaux de bois sec, soit en battant le briquet, soit par la rotation précipitée d une roue,
à développer chaleur et lumière. Ce changement évident opéré dans la matière est d’une immense portée. Ce sont autant de propriétés ou qualités des corps que Ton constate, mais qu’on ne peut s’expliquer.
Dynamiser un corps, c’est développer la force qui le fait être ce qu’il est, c’est développer la vie qui est en lui, c’est mettre en liberté les forces curatives qu’il renferme. Plus un corps est divisé, plus ses surfaces sont multipliées: ce qui entraîne une multiplication des forces, ce ne sont pas les éléments constitutifs du corps qui seront multipliés, ce seront uniquement les surfaces libres, les surfaces d’absorption, les surfaces agissantes. Aussi, lorsqu’en homœopathie, nous disons que telle puissance , ou telle atténuation, est préférable à telle autre, nous n’entendons pas dire seulement que les unes soient plus fortes que les autres d’une manière absolue, mais surtout qu’elles guérissent mieux. C’est-à-dire que la forme du médicament sous laquelle nous le donnons, doit représenter non une multiplication de la force perturbatrice, mais bien une multiplication delà force curative. Ce n’est pas en frappant fort qu’on parvient à guérir; mais bien en frappant juste. Ce qui guérit dans un médicament n’est pas ce qu’on avale, mais bien ce qui est absorbé. C’est pourquoi nous dynamisons les médicaments afin de leur faire subir une modification qui les rende plus aptes à guérir les maladies que si on les employait à l’état brut.
De même que les aliments pour être assimilés et s’approprier à l’organisme, demandent une certaine préparation qui leur permette d’être ingérés dans une certaine et sage mesure, de même les médicaments doivent subir certaines préparations et être employés à doses convenables pour qu’un résultat favorable s’ensuive.
C’est à ce changement d’état des corps médicamenteux, à cette force nouvelle qu ' Hahneniann a cru devoir donner
le nom de dynamique, pour la comprendre et la rattachera une loi commune et générale (le dynamisme), et suivant lui, cette force ou action dynamique dépendra non-seulement des propriétés essentielles dont le médicament est doué, mais encore do la dose h laquelle on le donnera, de la préparation à laquelle il aura été soumis, de l’état de santé ou de maladie où se trouve l’individu auquel on l’administre, de Y impressionnabilité dont il est doué et de T état intellectuel ou moral où il est.
Comme nous savons qu’une substance donnée à doses trop fortes, amène toujours une perturbation plus ou moins profonde dans l’économie, pouvant aller jusqu’à paralyser et à étoulïer môme la vitalité, nous regardons le volume, le poids ou la masse d’un médicament comme autant de considérations secondaires, mais comme ne pouvant pas nous servir de mesure exclusive à leur administration.
Du moment où la matière est dépositaire des forces, il ne faut pas juger de Y action curative d’un médicament par les effets primitifs perturbateurs, locaux ou généraux qu’il produit; mais, au contraire, par ses effets curatifs qui doivent être similaires.
Concluerez-vous qu’un médicament devra guérir parce que vous retrouverez dans les urines, dans les sueurs, dans le lait, quand la glande mammaire en secrète, et dans les fécès des preuves évidentes de la surabondance d’un médicament qui est resté sans emploi. Exemple : la coloration donnée aux matières par le fer , le charbon, le bismuth, etc. — Leur vertu curative sera-t-elle plus évidente parce que ces matières excrémentitielles vous révéleront par Y odeur qu’elles exhaleront, le médicament donné à dose massive? Certes, non ! messieurs, ce n’est là qu’un effet chimique et non dynamique. Comme toutes ces substances ont été données à trop forte dose, les parties périphériques seules ont été en rapport avec l’organisme, tandis que les parties cen-
traies ont été rejetées avec les matières. Ou bien encore, si les médicaments sont actifs, on obtient un surcroît d'effets, où pour l’ordinaire, les fonctions de l’organe qui est chargé du rôle d’élimination, sous l’influence diverse d’un principe anormal qui se trouve ainsi transporté dans le sang, reçoivent une activité nouvelle. On ne doit voir là qu’une aggravation médicamenteuse et non une action salutaire comme le pensent ceux qui ont classé les médicaments d’après ces dits effets en vomitifs, purgatifs, diurétiques, - diaphoniques, etc., n’ayant en vue que leur action violente et perturbatrice qui, tout en modifiant d’une manière à peu près égale toute l’économie, peut avoir une influence spéciale plus déterminée sur un ou plusieurs de nos organes. Ainsi, les alcalis des strychnées semblent surtout concentrer leur action stim ulante et paralysante tout à la fois, sur la moelle épinière; Y opium, les alcalis des satanées la concentrent surtout sur le cerveau, etc.
Maintenant, vous savez tous que dans certains cas d’invagination intestinale, on a pu faire avaler impunément à certains malades des masses énormes de mercure massif et métallique, de fer, de plomb, d’or et d’argent.
Tandis que vous entravez très-souvent l’absorption, en donnant des médicaments concentrés et d’une très-forte cohésion, nous la favorisons, nous, au contraire, en détruisant cette cohésion et en divisant les molécules. Ainsi, ces mêmes substances, dépouillées de leur forme grossière et soumises à nos préparations , deviennent des poisons trèsviolents. L’école elle-même qui, aujourd’hui, donne de préférence des alcaloïdes, c’est-à-dire des médicaments •plus solubles et par conséquent plus absorbables, est obligea de baisser les doses; ainsi, le sulfate cl le citrate de quinine sont plus solubles que le quinquina en poudre et, par conséquent, donnés à plus faibles doses; de même pour tant d’autres médicaments.
La conclusion à en tirer, c’est que, quel que soit le degré de division et d’atténuation des agents médicamenteux, qu’ils agissent d’une manière atomique ou dynamique, chacune des parties ne cessera pas d’avoir son action propre et de participer à toutes les propriétés du tout.
D’où vient que 1 ’ arsenic métallique peut être donné sans inconvénient à un chien, à la dose de plusieurs grammes? De ce qu’étant peu soluble, \\ri est pas absorbé, tandis quel’flcide arsenkux et Yarsenite de cuivre étant solubles dans les acides de l’estomac, sont des poisons extrêmement violents.
L’action est encore plus rapide et redoutable si on emploie des gaz ou des liquides facilement vaporisables : ainsi j 1/1600 d’hydrogène sulfuré suffit pour amener la mort d’un oiseau, et 1/1200 du même gaz pour amener celle du cheval. Vous connaissez les effets non moins prompts ni moins funestes de Yacide cyanhydrique ou prussique, puis* qu’une goutte mise sur la conjonctive d’un chien suffit pour le tuer.
Le développement que nous avons donné aux leçons précédentes à dû vous prouver, messieurs, que tout en considérant les petites doses comme un progrès en thérapeutique, nous n’en faisions pas une condition sine quâ non, car, ce qui constitue essentiellement l’homœopathic, ce n’est pas la petitesse des doses, mais la loi des semblables.
Selon moi, tout médicament homœopathique agira :
1° En raison directe du degré de similitude qui existera entre lui et la maladie, ce qui explique son action prompte et rapide.
2" En raison du degré de dynamisation auquel il aura été soumis, car, de la dynamisation dépend son action sûre, profonde et durable.
3° En raison directe de son volume (\u\ rendra son action plus vive et plus intense.
4° En raison do la vitalité du sujet ù qui on le donnera,
c’est-à-dire que, moins il y aura de désorganisation et plus l'effet médicamenteux sera sensible.
La force physique ne doit pas être une indication rationnelle pour donner un médicament à plus forte dose. Le choix ne peut être déterminé que d’après les effets pathogéfiétiqiies déjà connus. Ainsi, beaucoup d’entre vous avez vu à ma clinique des sujets les plus robustes, être très-sensiblement affectés de médicaments donnés à des doses relativement très-faibles. Tandis qu’au contraire, ceux dont je jugeais V impressionnabilité par la délicatesse de leur structure, de leurs membres, étaient doués d’une sensibilité tellement obtuse ; qu’ils ne ressentaient absolument rien. De là le précepte, à l’état physiologique ou sain, de proportionner la dose à la force organique, vitale ou dynamique de l’individu, si on veut obtenir des effets pathogénétiques , et à l’état pathologique, de proportionner en outre la dose h la puissance morbide que vous êtes appelé à combattre.
En effet, la question des doseé médicatrices dont nous nous occuperons dans la prochaine séance, ne peut être établie sur un principe général, attendu qu’elle est relative à une foule de conditions individuelles, depuis la plus simple idiosycrasie,iusqu’k\‘àcomtitutionlamieux conformée; depuis \usensibilité\ap\usvive,YimpressionnabUitéIaphis grande, jusqu’à la sensibilité la plus émoussée et les sens les plus obtus.
Je finis, messieurs, en déplorant, comme vous, notre impuissance à ne pouvoir pénétrer certains mystères de la nature; comme vous et peut-être plus que vous, je voudrais qu’on arrivât à pouvoir citer à l’appui de ce qu’on avance, des expériences beaucoup plus concluantes encore pour arriver à trou ver la présence réelle du médicament dans les dilutions les plus élevées dont se servent et que vantent encore bon nombre d’homœopathcs. Mais, je bornerai là mes désirs et sans entrer dans plus de démonstration, je laisserai à chacun de vous sa croyance sur ce point. Vous
aurez beau nier l’elfet des médicaments homœopathiques employés à doses infinitésimales, toute argumentation, vous diront les partisans de ces doses, tombe devant des preuves de fait..
Je vous le répète, je ne saurais entrer, pour démontrer la réalité , l’activité et môme l 'action énergique de ces agents, dans les détails plus grands d’une discussion qui, quelque lumineuse qu’elle pût être, ne saurait faire violence à une disposition arrêtée de n’y pas croire.
Convenez cependant avec moi, que l'immense avantage qu’aurait Yhomœopathie sur l’ancienne médecine, serait de donner des doses qui, si elles ne font pas de bien, ne font jamais de mal , tandis qu’au contraire les doses massives données en allopathie, ne peuvent faire que beaucoup de mal, quand elles ne procurent pas le bien qu’on en attend.
Bornez-vous à bien fixer votre attention sur le principe général, pivot de la doctrine homéopathique, lequel peut recevoir des applications différentes, sans pour cela en recevoir la moindre atteinte. Toutes les découvertes que vous ferez ne seront que des manières inusitées d’appliquer ce principe, car lui seul expliquera vos guérisons. Sans règle fixe, la thérapeutique ne peut aller que d’oscillations en oscillations.
La doctrine de Hahnemann, du reste, n’a pris autant de faveur que parce qu’elle repose sur des principes susceptibles d’être mis en pratique de suite.
Faites donc des expériences, de cette manière seulement vous pourrez vous convaincre de l’action réelle des petites doses. Tandis que le raisonnement ne nous conduit qu’à en admettre l’action possible ou probable, et comme la justification pratique: 1° de la théorie du dynamisme vital; 2° de la théorie de la dynamisation médicamenteuse.
Nous traiterons, dans la prochaine séance, de Y administration des petites doses.