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ADMINISTRATION DES DOSES

Messieurs ,

Nous avons aujourd’hui à indiquer les doses auxquelles tout médicament doit être administré — leur mode d’administration — les circonstances les plus favorables h leur action curative — les règles à suivre pour la répétition des médica ments. Retenez bien ceci, c’estsque ni les doses fortes, ni les doses faibles ne conviennent d’une manière absolue. La matière médicale nous fournit des indices précieux et importants, mais pas de lois.

Quand un médicament paraît en correspondance parfaite avec la maladie, la dose peut être aussi faible que possible. Cependant il existe des cas où un médicament parfaitement homœopathique est exigé à une dose allopathique ordinaire. Quant au degré de dynamisation qu’il convient de lui donner, il variera suivant une foule de circonstances.

Pour ce qui est du mode d’administration, il est de règle :

1° De m'administrer qu’une seule substance à la fois. De cette manière on n’a pas à redouter qu’en mélangeant plusieurs médicaments ensemble, leurs e/fets soient neutralisés

les uns par les autres, ce qui arrive si souvent en allopathie pour la médecine ordinaire.

Il n’y a que dans des cas très-rares de maladies chroniques invétérées qui ne sont pas sujettes à des changements notables, et dont quelques symptômes fondamentaux sont permanents, qu’on peut, dit Hahnemann, alterner quelquefois avec succès deux remèdes presque également homœopathiques. (Organon, 1rc édit., § 143.)

Le deuxième précepte est de faire prendre les médicaments soit par ingestion, soit par olfaction. Tout en reconnaissant ces deux modes et surtout le premier comme préférables, il est des cas, rares il est vrai, où l’on ne peut pas toujours y recourir, et alors, il est bon de savoir que l’on pourrait les donner soit en lavement, soit en injections, soit en employant la méthode endermique, frictions, fomentations et autres, bains entiers ou partiels.

Hahnemann lui-même dans les premiers temps, recommandait l’usage externe de plusieurs substances, telles que conium maculatum pour les indurations, l’application d’un morceau de papier imbibé de teinture d’opium sur la région épigastrique, laissé jusqu’à ce qu’il fût sec. Il parle même de la guérison homœopathiquc de la gale par l’usage externe du soufre et du foie de soufre, enfin de l’utilité dans certaines circonstances, du traitement local du cancer de la face par l’arsenic.

Il va jusqu’à déclarer que toute partie du corps qui possède le sens du toucher, est susceptible de recevoir l’impression des médicaments et de la propager aux autres parties, particulièrement la bouche, la langue, Yestomac, l'intérieur du nez, les poumons, les parties du corps les plus sensibles, les organes génitaux, le rectum, les parties dépouillées de leur épiderme, la surface des plaies et des blessures.

Plus tard, après la création de la théorie de lapsore, Halinemann défendit toute application externe, regardant les

manifestations extérieures comme des symptômes réactionnels ou de guérison, tandis qu’elles ne doivent être considérées que comme le baromètre de lamarche de la maladie. Il ne fit exception que pour le traitement externe de la sycose , en permettant, dans les cas les plus invétérés et les plus graves de cette maladie, de toucher une ou deux fois par jour les plus gros fiscs avec de la teinture de thuia. (Malad. chroniq., t. I, p. 119.)

C’est approuver implicitement l’emploi du calomel à l’extérieur sur les chancres indurés surtout. J’ai pour habitude, concurremment avec le traitement interne, de faire soupoudrer matin et soir les parties contaminées avec une première trituration de solub. hall, au dixième et en fort peu de temps l’affection cède.

De même dans certaines maladies, les ophthalmies, par exemple, je fais souvent laver les yeux avec le médicament, le même que je donne à l’intérieur. En agissant ainsi, je ne fais que me conformer aux préceptes donnés par Hahnemann, lequel conseille de donner non-seulement le médicament à l’intérieur, mais de ne pas négliger les ressources que la méthode endermique peut offrir.

« On accroît beaucoup encore, dit-il, les effets salutaires du médicament approprié à la maladie, lorsque non content d’en mettre la dissolution aqueuse en contact avec les nerfs de la bouche et du canal alimentaire, on l’emploie simultanément en frictions à l’extérieur, sur un seul point du corps ou sur plusieurs , en choisissant ceux qui sont le plus exempts de symptômes morbides, par exemple, un bras, une jambe, une cuisse. On peut aussi varier les membres qu’on frictionne ainsi. Administrés de cetle manière, les médicaments homœopalliiques font beaucoup plus de bien, dans les maladies chroniques, et procurent bien plus vite la guérison que quand on se borne à les faire avaler. Ce mode d’emploi, dont j’ai très-souvent

constaté les bons effets, c’est-à-dire celui par frictions à la peau, explique les cas singuliers, quoique rares, où des sujets, atteints de maladies chroniques, n’ont eu pour guérir rapidement, qu’à prendre un petit nombre de bains dans des eaux minérales dont les principes constituants étaient en harmonie avec leur mal, pourvu toutefois que leur peau fût saine. La friction, ajoute-t-il, s’exécute au moyen de la main, avec une petite quantité de dissolution; on continue de frotter jusqu’à ce que la peau soit sèche. Ici encore, il faut commencer par secouer cinq ou six fois le flacon qui contient la liqueur. Il est souvent convenable, dans le traitement des maladies chroniques, de donner le médicament, comme aussi de faire la friction le soir, peu avant que le malade se mette au lit; on a moins à craindre alors que le matin, de voir l’action du remède troublée par un accident quelconque. » (T. I, Préface des maladies chroniques, p. VI, VII. VIII.)

C’est ainsi que tous les agents médicamenteux appliqués sur la peau, soit sous forme de vésicatoires, de pommades ou sous toute autre forme, sont absorbés et guérissent les affections qui leur sont semblables. Dans ces différentes manières d’agir, l’action médicamenteuse ayant lieu par absorption, cette absorption, comme vous le savez, s’effectue par la perméabilité des tissus ; ils sont transportés dans toute l’économie par les vaisseaux veineux, artériels, chylifères et lymphatiques. Cette perméabilité des tissus s’effectue en vertu de deux forces particulières, dont l’une est la capillarité et l’autre est Yendosmose, qui est une force intimement liée avec lesphénomèmes capillaires, mais qui semble différer en quelques points d’après les nombreuses expériences dcM. Dutrochet.

Plusieurs circonstances peuvent influer sur la rapidité

et la quantité de l’absorption.

En première ligne sont la nature des tissus et la nature

des liquides.

Pour les premiers, on a cherché à comparer la force absorbante des différents tissus. Ainsi, l’on sait déjà que c’est dans les cellules aériennes du poumon que Y absorption se fait avec le plus de rapidité. Il suffit, comme dans certaines professions, d’être exposé un temps plus ou moins long aux émanations délétères pour courir des damiers souvent irrémédiables.

Ne voit-on pas tous les jours, Y organisme profondément modifié et quelquefois même des maladies être engendrées, parce qu’on sera resté un certain temps dans un appartement où il y avait dégagement et expansion continuels de principes odorants.

Ce qui donna à Hahnemann l’idée de faire prendre les médicaments par olfaction, moyen qui quelquefois procure une certaine amélioration, mais passagère. On peut s’en servir dans le cours d’une maladie, pour anéantir certaines aggravations médicamenteuses; ou bien encore à titre de palliatifs chez des personnes atteintes d’affections incurables. Chez les enfants, il nous a rendu souvent d’immenses services, car, do même que certains individus, ils jouissent d’une telle impressionnabilité qu’un rien les éprouve, en bien ou en mal.

Ce qui fait aussi qu’ Hahnemann a tant préconisé Y olfaction, c’est que les apothicaires étaient ses ennemis jurés et que, par ce procédé, il cherchait à émanciper le médecin, la loi ne pouvant pas défendre de faire flairer des médicaments aux malades. « Il ne dépend que du médecin homœopathiste de se passer de l’apothicaire, dit Hahnemann, pour opérer ses guérisons. »

Nous savons que l’absorption est également très-prompte a la surface des membranes séreuses ; qu’elle l’est beaucoup moins par les membranes muqueuses, et notamment par celle qui tapisse la vessie, que la pma s’oppose davantage à Y absorption des médicaments,

Quant à l'influence de la nature des médicaments sur leur absorption, on peut dire d’une manière générale, que plus ils sont solubles et étendus, plus leurs particules pénètrent facilement dans le torrent de la circulation, et vont agir directement sur les différents organes. C’est pourquoi les substances qui ne sont pas miscibles avec le sang sont absorbées très-difficilement, lors même qu’elles sont à l’état liquide. Ainsi , de l’huile injectée dans la cavité péritonéale d’un chien s’y retrouve plusieurs jours après sans avoir sensiblement diminué de volume, tandis que Veau y disparaît au bout de quelques minutes.

M. Magendie avait constaté, en effet, que, quand on injecte de l’ huile dans les veines, elle s’arrête dans les vaisseaux capillaires, les obstrue, et y empêche la circulation. Dans ce cas, que penser de toutes les préparations grasses qui sont à l’ordre du jour, comme l’huile de foie de morue, l’huile de ricin, etc.

Au risque de paraître peu orthodoxe aux yeux de mes confrères, en homœopathie, je dois, messieurs, vous faire connaître toute mapenséeàl’égard delà méthode endermique.

Je vous ai déjà dit, en parlant des médicaments, qu’ils pouvaient agir primitivement d’une manière locale ou générale. Que leur action étant immédiate, les modifications qu’ils apportaient dans l’organisme étaient en raison de leurs propriétés intimes ou dynamiques.

En employant la méthode endermique, il peut arriver que certaines substances ne produisent que des effets locaux insignifiants. Tandis que les phénomènes généraux peuvent être des plus manifestes. Ainsi, qu’on applique un sel de morphine sur la peau, tandis que son action locale et chimique, pour ainsi dire, ne pourra pas être rigoureusement appréciée, son action générale deviendra, au contraire, patente par ses effets physiologiques et pathologiques qui peuvent être des plus violents et même mortels,

Tandis qu’il est d’autres substances qui jouissent des propriétés de déterminer dans un temps relativement fort court, et localement, des changements chimiques appréciables, véritable désorganisation, sans que le retentissement général soit bien grand. Ainsi, par exemple : -

En faisant agir un alcali concentré ou un caustique quelconque sur la peau, dans le but de détruire promptement quelques excroissances ou productions cornées, so promettant d’agir plus tard, ou mieux concurremment, avec des médicaments appropriés, de manière à obtenir une guérison plus sûre et plus durable, les phénomènes généraux passent souvent inaperçus.

Il faut savoir aussi, messieurs, qu’à l’aide de ces moyens violents et désorganisateurs , vous ne faites disparaître les symptômes ou les manifestations morbides que pour un temps plus ou moins long, qu’en un mot, vous ne faites que de la palliation. Mais je dois vous l’avouer, il est de ces cas exceptionnels où nous devons y recourir, et sommes-nous véritablement bien coupables, quand après avoir édifié nos malades sur les suites d’un pareil traitement, se riant des conséquences que nous leur faisons entrevoir, ils sollicitent encore de nous ces mêmes moyens que nous réprouvons, surtout après leur avoir fait comprendre que la durée de leur existence et leur existence même, dépendait du traitement qu’ils vont suivre; quand, peu soucieux de l’avenir, oublieux du passé, ils ne voient que le présent. Il est certainement de notre devoir et de notro dignité de résister à leur prières, mais enfin, il faut les guérir; alors, que faire? Il ne vous sera permis de céder à leurs instances, que quand on aura obtenu d’eux la promesse de se soumettre le temps nécessaire à un traitement interne que vous leur ferez suivre.

En cas de refus de leur part, il n’y a pas à hésiter, par intérêt pour la doctrine que vous défendez et

pour vous-même, vous devrez leur refuser vos soins.

Vous ne sauriez croire, messieurs, combien les malades, en général, sont injustes à notre égard; il ne se passe pas de jours sans qu’on ne vienne nous prier de donner nos soins à des personnes qui, après avoir épuisé, en pure perte, les traitements de l’ancienne médecine pendant des mois et même des années entières, exigent que nous les guérissions en quelques jours. Appelé, dernièrement encore, près la femme d’un ambassadeur étranger, qu’on me dit être entièrement paralysée, la première question qu’on m’adressa, fut celle-ci : « Pensez-vous, docteur, qu’elle sera rétablie avant huit jours. » Et notez qu’elle était entre les mains de l’allopathie depuis plus de quatorze mois, (par suite d’une complication de symptômes extrêmement variés et inquiétants tout à la fois). Je me suis contenté de hausser les épaules, de prendre mon chapeau, et j’allais me retirer, quand le mari insista pour que je donnasse des soins à sa femme tout le temps que je le jugerais nécessaire. Quelques jours s’étaient à peine écoulés, qu’un des amis de la famille vînt m’apprendre que, non-seulement on ne suivait pas à la lettre mes prescriptions, mais encore, qu’on droguait la malade en dehors de moi. Dans ces cas, sans pitié, sans compassion aucune pour de pareils malades, je les abandonne à leur malheureux sort.

Ce qui rend les malades aussi exigeants, c’est l 'habitude qu’ils ont contractée, en allopathie, de se prescrire et de s’administrer eux-mêmes, à tort et à travers, des médicaments sans savoir s’ils leur sont opportuns. Le goût prononcé qu’ils ont pour la médecine, leur donne toute espèce de fantaisie de se soigner à leur manière. Si, par l’influence d’une médication quelconque et dont ils ne se rendent aucun compte, une amélioration sensible s en suit, ils se croient aussitôt guéris, mais de nouvelles et

continuelles rechutes viennent bientôt les désabuser et leur apprendre qu’ils se sont trop pressés. Puis enfin, à force de s’être traités et guéris souvent, les malades arrivent à ne plus pouvoir être traités ni guéris par personne, tanta cause d’une détérioration de l’organisme qu’à cause des accidents produits par un mauvais traitement, c’està-dire par l’emploi intempestif, incomplet, irrégulier et insuffisant de médicaments souvent violents. Le découragement s’ensuit, et alors, au lieu de s’en rapporter à leur médecin, ils vont en consulter plusieurs, mélangeant, alternant, combinant les prescriptions de chaque médecin au gré de leurs caprices. Arrive enfin le moment où, négligeant les derniers conseils des hommes de l’art, ils ne rougissent pas de s’abandonner à Y ignorance effrontée et au plus méprisable charlatanisme, bien heureux quand ils n’en deviennent pas les victimes. Ce n’est pas chose facile, messieurs, que de vaincre l'inexactitude et l’indocilité de certains malades, de leur faire suivre vos conseils, surtout quand ils sont sous la domination et la fascination d’un charlatan. Mais la mission, la tâche pour ainsi dire sacrée du vrai médecin, de l’interprète de ce sacerdoce bienfaisant et charitable sur cette terre, c’est de soutenir par tous les moyens possibles, les attributs de moralité de sa profession et d’obéir aux nobles impulsions instinctives de son devoir.

Parlons maintenant de l’administration des médicaments à V intérieur.

Il est d’usage de donner nos médicaments sous une des formes suivantes :

I" A l’état de teinture mère.

2° A l’état de triturations .

3° A l’état de dilutions.

4* A l’état de globules imprégnés du principe médicamenteux. On peut les donner secs, soit en les mettant sur la

langue de son malade, soit en lui confiant un tube rempli de globules avec la recommandation d’en prendre un certain nombre par jour. Ou bien, on peut les mélanger avec un peu de sucre de lait, ou les faire dissoudre dans une certaine quantité d’eau, de manière à pouvoir en prendre une cuillerée ou deux pendant plusieurs jours de suite.

Comme quantité de médicaments : les uns emploient de 1 à 10, 20 globules et môme plus, imprégnés soit avec la teinture mère, ce que j’ordonne souvent, soit avec les dilutions de la première à la trentième. Beaucoup de praticiens môme, ne comptent jamais les globules, soit qu’ils doivent être pris en une seule fois ou être mis dans de l’eau ; pour mon propre compte, je vous avoue que je n’y attache aucune importance, n’ayant remarqué aucune différence d’action dans cette manière différente d’agir.

Les autres ont recours de préférence, soit à la teinture mère, soit aux dilutions à la dose de une à plusieurs gouttes, et je suis de ce nombre; on fait ajouter, en général, autant de cuillerées d’eau qu’il y a de gouttes.

Quelques praticiens ont la fâcheuse habitude d’ajouter à la dissolution, soit de l’eau-de-vie, soit du rhum ordinaire, je blâme fortement cette manière de faire, pour deux raisons :

La première, parce que, quelque minime que soit l 'action des alcooliques, elle n’en existe pas moins, pouvant être utile dans un cas, funeste dans un autre. J’ai toujours présentes à la mémoire trois observations bien caractéristiques : toutes trois ont trait à trois malades affectés de maladies différentes et soignés par des confrères homoeopatiques, lorsque je fus appelé en dernier ressort, en consultation.

Dans le premier cas, il s’agissait d’une jeune tille de seize ans, belle comme les amours, qui paraissait avoir tous les signes d’une phlhysie commençante, je dis qui paraissait

avoir, car, elle ne se doute pas, aujourd’hui, qu’elle a dû échapper à un si grand danger.

Son médecin lui donnait donc, sur la recommandation d’Hahnemann lui-même, ses médicaments additionnés d’alcooliques, sous l’influence desquels des hémorragies abondantes survenaient, et pour m’assurer qu’elles étaient bien dues à ces alcooliques, car moi-même, à ce moment, j’étais imbu des mêmes idées, faisant toujours ajouter aux potions une certaine quantité d’alcool, ce qui, d’après Hahnemann, empêchait l’eau de se corrompre, et pour m’assurer, dis-je, du malheureux effet de ces alcooliques, je répétai moi-même à dessein l’expérience, et chaque fois les mêmes phénomènes se produisirent.

Dans le deuxième cas, il s’agissait d’un apoplectique, M. M., maire d’Orléans et député, lequel, soigné par un autre homœopathe, prenait ces mêmes alcooliques, et alors, un délire quelquefois furieux s’en suivait, je suspendis ces alcooliques et l’effet cessa, je les repris plus tard et le délire revint. Je répétai aussi ces expériences plusieurs fois, et mon attente ne fut malheureusement pas trompée. Du reste, il guérit parfaitement.

Dans le troisième cas, il s’agissait d’un pneumonique rue de Navarin, 20, lequel, sous l’influence de cette eau-de-vie rendait du sang en bien plus grande abondance qu’il n’en aurait rendu sans cela, l’ayant soumis aux mêmes expériences que les précédents.

La deuxième raison, c’est qu’il peut y avoir des médicaments qui soient contrariés dans leur action par la présence de l’acool, du reste, je ne sache pas que le docteur Gastier ait jamais employé des potions fort alcoolisées.

Il m’arrive très-souvent, quand je veux avoir une action un peu forte et que je suis obligé d’envoyer le médicament dans une lettre, de prescrire plusieurs gouttes de teinture mève, d’y ajouter la quantité de sucre de fait suf-

Osante pour absorber le liquide, et de triturer jusqu’à évaporation du liquide.

Quoique nous ne soyons pas encore parfaitement fixés sur le choix du degré d’atténuation auquel on doit administrer un médicament, il résulte des observations individuelles et l’expérience est venue les confirmer, que dans les maladies aiguës, en raison des brusques changements dans l’harmonie vitale, en raison de ces effets perturbateurs qui peuvent amener une destruction plus ou moins prompte de l’organisme, il était préférable de se rapprocher de l’unité. Il est de remarque, en effet, que, dans ces cas, le médicament a une action curative, d’autant plus certaine qu’on l’emploie à une dose plus rapprochée de celle à laquelle on le donne pour avoir des effets pathogénétiques. Gela est si vrai, que si on n’arrive pas à opposer rapidement une barrière proportionnelle en puissance à la maladie, par de basses dynamisations et des doses un peu fortes, on court le risque d’assister à la marche de plus en plus envahissante du principe morbide, tandis qu’il nous est donné avec des médicaments appropriés et un peu forts, non pas de nous joindre, de nous unir à la maladie, encore moins de nous substituer à elle, puisqu’elle ne cesse d’exister, mais bien de nous emparer des parties de l’organisme qu’elle a respectées, d’envahir les points non contaminés. La maladie n’ayant plus de développement possible , puisqu’il n’y a plus de terrain pour elle, propre à son envahissement, nous la forçons par le fait d’arrêter là ses progrès en face du nouvel élément médicamenteux qui ne serait pas moins destructif que le principe morbide, si on le donnait à de trop fortes doses, mais qui cesse d’être gravement olfensif, d’abord, parce qu’on connaît sa sphère d’action ; en second lieu, parce qu’il est donné à doses raisonnables et non meurtrières. Nous y reviendrons en traitant de la loi des semblables!

La teinture mère, pure ou étendue d’eau, doit être aussi

employée de préférence chez les sujets doués d’une sensibilité obtuse.

Quand, dans une affection franchement aiguë, vous ne réussissez pas avec des lusses dynamisations, vous devez toujours soupçonner une affection chronique sur laquelle est entée Y affection aiguë pour laquelle vous êtes appelé à donner vos soins. Et alors, dans ces cas, comme dans les affections purement chroniques, l’expérience semble avoir prouvé que le degré d’atténuation le plus convenable était au-dessus de la première et même de la troisième, son action pénétrant l’organisme d’une manière plus lente, plus profonde, plus continue et par conséquent plus durable. EL ce n’est qu’après avoir ainsi modifié l’organisme qu’on peut agir avec plus de sécurité, en donnant des doses plus fortes et plus actives.

Tous ces phénomènes moléculaires qui se passent au sein de l’économie sont tellement mystérieux , que l’esprit humain, sans les résultats dont il est frappé, les rejetterait dans le règne des chimères. Mais comme cc.sont des vérités pratiques, on est obligé pour les reconnaître et les avouer, d’en référer à l’expérimentation clinique.

A défaut de règle fixe, invariable pour le dosage et Y administration des médicaments, ce qui serait impossible avec les variétés de malades et de maladies, le devoir et la mission de tout médecin sont d’en appeler à son inspiration, à son expérience personnelle, à son génie médical. Tout médecin doit savoir se rendre compte, non-seulement de ce qu’il observe, mais de la valeur des moyens qu’il emploie, car il est à lui-même son censeur et son juge.

De tous les modes d’administration des médicaments bomœopathiques, celui à l’état de globules est en général préféré. Pour mon compte, quoiqu’élevé dans ces principes, je dois vous avouer que, sans aucun scrupule, je me suis vu très-souvent obligé d’enfreindre cet usage assez gêné-

râlement accepté, et grâce h cet écart, j’ai obtenu des guérisons promptes et éclatantes. Succès qui m’avaient été refusés par les globules employés à des dilutions élevées.

Comme je vous disais, la question du mode d’administration et de la répétition des doses est ce qui nous préoccupe le plus et ce qui nous divise toujours par les longues controverses qu’elle entraîne. Chacun se croyant plus puissant par la profondeur et l’élévation de la pensée, veut avoir raison. Je ne demande ni que vous répondiez à mes opinions, ni que vous les accueilliez. Je vous expose les faits tels que je les conçois. Libre à vous de les accepter ou de les récuser.

Depuis cinq ans, je me suis livré exclusivement à la question des doses, et j’avoue que plus je gagne en expérience, plus mon jugement vient confirmer ces nouvelles données.

J’ai vu une infinité de malades ne rien ressentir des trentièmes et même des premières, et guérir parfaitement avec quelques gouttes de teinture mère. De môme, j’ai vu des teintures, non-seulement ne rien produire, mais amener une aggravation, ce qui me forçait de suspendre la médication et de recourir à d’autres agents. Ceci vous prouve qu’il ne faut pas être exclusif; et je dois à la vérité, de dire que j’ai vu de mes clients qui, initiés un tant soit peu à notre doctrine, me nommaient le médicament que je leur mettais sur la langue (quoiqu’à une dilution élevée), par les elfets qu’ils ressentaient.

Certains praticiens, et en particulier mon vénérable maître M. le docteur Gastier, se sont toujours crus obligés, d’après le conseil qu'en donnait Hahnemann, d’administrer le médicament en une seule fois. Je ne partage pas cette manière de faire, et, pour pouvoir répéter le médicament, je m’appuie sur ce raisonnement. De môme qu’à pétât physiologique, vous n’avez pas toujours l’estomac dis-

posé à recevoir les aliments que vous lui adressez, en un mot, de môme que votre état physiologique peut changer, varier au point de ne pas établir de règles fixes, de môme, à Y état pathologique, nous devons faire valoir les mêmes considérations. Si j’étais convaincu que la première dose que je donnerais, soit adressée dans un moment opportun, et qu’elle ait trouvé l’économie prête à la recevoir, je m’en tiendrais peut-être là, mais tout nous indique le contraire, elViWuccès qu’ont certains praticiens ne vient peut-être que de ce qu’ils s’acharnent toujours à ne donner qu’une dose d’un médicament à la fois.

En agir ainsi, c’est s’exposer à apporter un retard préjudiciable à la guérison des maladies. Et pourquoi cette perte de temps, puisque nous pouvons et devons même faire autrement; et que les partisans d’une seule dose n’aillent pas me faire valoir la sphère d’action qu’a à parcourir la première dose avant de recourir à une autre; du moment où c’est le même médicament que vous répétez, l 'action ne tient pas à la simple dose, mais bien au j rincipe médicamenteux qu’elle renferme.

Pour les maladies aiguës comme pour les maladies chroniques, voici, du reste, ma règle de conduite.

Un médicament étant donné, j’attends qu’il y ait ou amélioration, ou aggravation, ou changement dans l’ensemble des symptômes.

Dans le premier cas, je reste oisif et j ’ attends : si Y amélioration ne continue pas, je fais, en général, répéter le même médicament; pour les maladies aiguës, ce sera, ou toutes les cinq minutes, ou toutes les heures, ou toutes les deux ou quatre heures, ou matin et soir, suivant la gravité du cas. Dans le choléra, par exemple : non-seulement la répétition do la dose du médicament a été très- utile, mais ce qui a été regardé comme indispensable, c’est le prompt changement des médicaments tous les cinq, dix ou quinze

minutes, selon la marche et l’urgence des symptômes.

Toutes les fois que le premier, ou le deuxième, ou le troisième médicament n’aura pas enrayé les symptômes les plus inquiétants, recourez alors à un autre et ainsi de suite, jusqu’à ce que vous soyez arrivé à détruire, symptômes par symptômes, la maladie, espèce de démolition pathologique. (Passez-moi l’expression.)

Pour les affections chroniques, comme le danger peut être plus sérieux, plus réel, mais moins pressant et moins vif, la répétition peut se faire à de plus longs intervalles. Une fois le médicament donné, si V amélioration ne se soutient pas, je donne un nouveau médicament, soit tous les quatre ou huit jours et, je le répète, plusieurs jours de suite, matin et soir. Vous retirerez les plus grands avantages de ce mode d’administration, lorsque vous aurez à traiter de ces maladies chroniques où il y a une telle confusion de symptômes et de sensations diverses, qu’il vous serait difficile de dire quel organe ou quel système organique est plus souffrant qu’un autre.

Devant une détérioration aussi générale, aussi profonde et aussi avancée, il faut savoir agir, sinon rapidement, du moins promptement et d’une manière continue.

Quoique vous n’ayez pas beaucoup à craindre les aggravations aux doses faibles où vous les donnez, il peut arriver, cependant, qu’une aggravation médicamenteuse vous donnât quelqu’inquiétude, ce qui m’est arrivé quelquefois encore, ne tardant pas à disparaître; dans ces cas d 'exacerbation, vous pouvez, soit arrêter les effets par des antidotes, et alors l’amélioration ne tarde pas à avoir lieu, soit attendre, si vous préférez laisser parcourir au médicament toutes ses phases, dernier moyen fiuqucl on doit recourir souvent quand on se trouve en présence d'affections aiguës fort orageuses, où la vitalité peut se trouver de plus en plus étouffée. Lu puissance ou force morbide agis-

sant sans cesse et d’une manière rapide et violente, finirait par envahir ainsi tous les éléments organiques les uns après les autres, si on ne lui adressait pas les secours prompts et fréquents, suivant la gravité des symptômes.

Si la maladie ne change pas de caractère, il ne faut jamais se presser de changer de médicaments, seulement, en raison de Y intensité des symptômes, vous devrez donner des doses un peu plus fortes, de manière à couvrir aussi parfaitement que possible les symptômes existants. Si, au contraire, les symptômes viennent à varier, le médicament doit varier à son tour.

En général, dans les maladies h principes invétérés avec productions anormales, cancer , croûtes, vésicules, tubercules, j’insiste sur le remède jusqu’à une certaine saturation. Comme par la force de l’habitude l’organisme peut perdre son impressionabilité, je suspends alors le médicament que j’appellerai un médicament de fond, c’est-à-dire qui répond, non-seulement aux symptômes existants, mais encore au vice constitutionnel du sujet, et je donne un médicament intercurrent ou de passage, c’est-à-dire un médicament qui, quoique homœopathique, n’est que de très-courte durée. (On l’appelle encore médicament apsorique.)

Hahnemann, le premier qui, dans les premières éditions de son Organon, défendait de donner plus d’une close à la fois, conseilla, vers la fin de sa pratique, de les répéter, regardant cette répétition des doses comme une condition de guérison : « Dans les maladies chroniques, dit-il, j’ai trouvé que le mieux était de faire prendre les doses d’une dissolution médicamenteuse, par exemple : une cuillerée à des intervalles qui ne dépassent jamais deux jours, et communément de les administrer tous les jours. » Doctrine et traitement des maladies chroniques. (2e édit., Paris 1840 t. I. Préface, p. 4.)

Hahnemann regardait, comme terme de la durée d’action

du remède, l’époque à laquelle Y amélioration s'arrêtait.

Bref, la fréquence do la répétition doit toujours être en rapport avec 1 "intensité des phénomènes morbides, plus la marche d’une maladie (dite aiguë) sera prompte, plus il y aura lieu de répéterles médicaments jusqu’àprod uclion d’un effet bien manifeste , et ce n’est que lorsque cette action cesse de se manifester, qu’on doit ou suspendre l’administration du médicament, ou passer à un autre. Plus sa marche sera lente (maladie chronique), moins on devra répéterles médicaments. Notre but en répétant les doses , c’est de rendre l’impression durable et continue , afin de conserver l’organisme souffrant dans des conditions favorables à la guérison.

Maintenant que nous sommes bien fixés sur la répétition des doses , devons-nous administrer les mêmes atténuations ?

Sur ce point il n’y a pas et il ne peut y avoir de règle générale, c’est à chacun de nous, suivant son expérience et son tact, d’en déterminer le zhoix qui est sous la dépendance du malade et de la maladie. Ainsi dans les affections aiguës , vous pouvez, commençant par une teinture mère, monter ainsi jusqu’à la sixième et même la douzième dilution-, commençant au contraire par une haute dilution dans les affections aiguës ou chroniques, vous devez descendre à une basse si la première ne fait rien, etc.

Régie générale, changez toujours d’atténuation si la précédente ne se manifeste par aucun phénomène, car, inutile-

ment vous insisteriez en donnant la même, c’est qu’elle ne répond pas à la puissance morbide-, choisissez alorsuneplus forte préparation qui en venant modifier l’organisme puisse sinon surpasser en puissance l’affection naturelle, du moins lui être égale, car, les effets pour être réels, évidents, ne doivent, jamais être identiques à eux-mêmes, c’est-à-dire que Y organisme étant sous le poids de l’affection morbide qui l’étouffe, a besoin pour échapper à une perte imminente, que les phénomènes artificiels produits par un médica-

ment soient répétés à doses plus fortes en raison de la gravité de la maladie.

Il peut arriver maintenant que dans le cours d’une maladie soit aiguë, soit chronique, nous soyons obligés d’employer des médicaments dits adjuvants, c’est ce qu’on appelle alterner la médication; ainsi je suppose que pour une affection soit aiguë, soit chronique vous ayez donné un médicament psorique lequel vous paraissait couvrir aussi exactement que possible les symptômes existants, et que vous n’en obteniez qu’un mince résultat, de deux choses l’une: ou il ne répond pas à la maladie, ou y répondant, il est un oubli, une lacune qu’il faut combler , un obstacle qu’il faut surmonter, et comment y arriver? en donnant un adjuvant, lequel, répondant à l’une des indications principales, a une action propre, se rapprochant beaucoup de celle du premier médicament, mais sans lui correspondre précisément ni avoir par conséquent une action identique avec elle. Tous deux semblent converger vers une même fin, le deuxième venant compléter le premier. Ces cas sont rares, Messieurs, où il est permis d'alterner l’un avec l’autre des deux médicaments.

Si jamais une maladie traitée homœopathiquement ne peut guérir à moins que le médicament employé ne soit en parfaite correspondance avec la maladie elle-même, gardez-vous bien de croire que vos succès dépendent invariablement du mode & administration qui rend le médicament plus ou moins susceptible de s’ approprier à l’organisme.

Tous ces différents modes d’administration ont une valeur relative, aucun d’eux ne doit être accepté, exclusivement, aucun ne doit être repoussé d’une manière exclusive. Ainsi chez certains malades, l’action primitive ou active des médicaments va se déployer pendant des semaines entières-, chez d’ autres au contraire, elle s’épuisera aussitôt. La sensibilité et Y impressionnabilité des maladies varient telle-

ment, la vitalité , en un mot, est tellement différente chez chacun d’eux, la puissance morb ide offre tant de degrés qu’il est impossible d’établir une règle fixe.

Peut-être arriverons-nous un jour à mieux préciser les cas qui réclament une préparation à un autre, mais en attendant, laissons toute exagération de côté; chaque praticien, fort de son devoir et de son expérience, réglera sa conduite sur la marche et la tendance des maladies.

Maintenant que vous connaissez nos médicaments et la manière de s’en servir, nous verrons dans la prochaine séance ce qu’on doit entendre par loi de similitude.

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