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QUE DOIT-ON ENTENDRE PAR LOI DE SPÉCIFICITÉ

Messieurs ,

Nous avons aujourd’hui à nous demander comment s’opère une guérison homœopathique et comment on doit l’expliquer?

Quand, dans mes leçons précédentes, je vous ai montré sur quelles subtilités s’appuyaient les écoles rivales vitalistes, spiritualistes et autres, pour donner une détinition passable de la vie, vous avez vu qu’il répugnait à notre raison d’accepter des hypothèses qui n’avaient été conçues que dans un but tout à fait spéculatif.

Vous vous rappelez que nous avons recouru aux atomes élémentaires, aux molécules organiques , à la matière pure , en un mot, pour nous rendre compte des phénomènes qui se passaient sous nos yeux. Vous vous rappelez encore que nous avons considéré la vie humaine comme formant un grand tout homogène et indécomposable, une unité enfin, chaque fonction n’étant pour nous qu’une des manières

d’ôtre de cette unité vitale et n’isolant les différentes fonctions vitales les unes des autres que pour faciliter l’étude. Nous avons vu que tous les êtres, que tous les corps de la nature présentaient une certaine force ou puissance à laquelle nous avons donné le nom de dynamisme, lequel se traduisait par des propriétés ou manifestations différentes, manifestations qui dépendent des éléments si divers qui constituent la matière.

En effet, messieurs, quelle que soit la cause qui engendre une maladie, elle n’agit que parce que son substratum matériel est doué d’une certaine force , d’une certaine propriété dont on ne connaît que les manifestations ou les effets: dans une infection syphilitique, sans le pus qui recèle le miasme comprendrait-on l’infection, ainsi des autres maladies. De même les modifications que les agents thérapeutiques impriment à l’être vivant dérivent de la puissance qu’ils recèlent et qui fait leur individualité. Tout médicament, sous quelque forme qu’on le donne, depuis l’olfaction jusqu’aux doses les plus massives, n’agit donc que parce que les forces thérapeutiques qu’il recèle se développent par voie d’impression, c’est-à-dire au contact immédiat, et amènent des modifications qui varient selon la substance employée et suivant le sujet auquel on l’administre.

Donc sans la matière qui est, si l’on veut, l’enveloppe et le conducteur des puissances morbides et curatives, nous ne comprendrions pas mieux la guérison que nous ne comprendrions la maladie.

La masse organique ne fait autre chose que reproduire en grand ce que chaque molécule similaire à elle ressent en petit ou en particulier.

Ces considérations d’une haute portée ne peuvent être révoquées en doute puisque c’est la hase de l anatomie pathologique envisagée d’une manière beaucoup plus vaste,

beaucoup plus large, beaucoup plus étendue, et que c’est cette dernière qui fait la base de l’enseignement officiel.

Ces considérations sont en outre d’une très-grande importance pour faire comprendre à ceux qui veulent modifier l’organisme soit d’une manière générale soit d’une manière locale, que c’est l’action moléculaire en thérapeutique qu’on doit rechercher. C’est pourquoi un médicament aura d’autant plus de puissance curative, qu’il jouira d’une expansion plus considérable et que ses molécules composantes seront plus mobiles, plus diffusibles et par conséquent plus facilement absorbables.

Du moment où nous reconnaissons que l’homme quoique composé d’éléments divers est un, c’est-à-dire que la force ou dynamie qui l’anime est la même pour tous les atomes organiques qui font partie intégrante du tout, nous sommes obligés de reconnaître, en raison de l’analogie très grande qui existe entre la maladie d’une part et le médicament d’autre part, que les effets ou phénomènes produits soit par une cause morbide, soit par une cause médicamenteuse, ne seront pas différents les uns des autres, en un mot que l’action morbide ou médicamenteuse doit se comporter de la même manière sur l’homme.

S'il en est ainsi, vous reconnaîtrez bien avec moi qu’il faut une disposition particulière du corps pour que des phénomènes pathologiques ou pathogé7iétiques puissent prendre naissance, c’est-à-dire que si le principe morbide pour se •'développer a dû trouver l’organisme dans des conditions déterminées d’avance, le médicament pour produire des effets analogues ou semblables doit nécessairement être pris dans les mômes conditions de temps, d’âge, de tempérament etc., d’ou il suit que quand certaines parties de l’organisme sont sous la dépendance d’un principe morbide, les mêmes parties ne peuvent pas être envahies par un médicament dont les effets sur l’homme sain nous sont connus

pour Être semblables ut vice versâ, et ils ne seront semblables qu’à la condition de se développer sur le même terrain.

Donc quand une ou plusieurs parties de l’organisme sont sous la puissance d’un principe morbide et que vous donnez un médicament , ne vous attendez pas à le voir reproduire des symptômes semblables ou analogues à ceux de la maladie , puisqu’au moment où il est lancé dans l’organisme il le trouve dans des conditions différentes c’est-à-dire autres que celles qui existaient au moment de l’expérimentation pure, et peut-être même produit-il comme symptômes le contraire de ce qu’il avait produit précédemment dans une organisation saine , en raison du changement apporté dans l'état du corps.

C’est une force .médicamenteuse qui est non pas liée, mais opposée à une force morbide. Ces deux forces ne se déploieront, l’une et l’autre, qu’à la condition de trouver constamment le terrain libre.

Mais deux puissances morbides et médicamenteuses ne peuvent envahir simultanément les mêmes points de l’organisme, c’est pourquoi Y observation clinique , pour constater les effets purs, directs d’un médicament nesignifie rien, car, en face des complications qui peuvent surgir, des changements imprévus qui arrivent à toute heure de lajournée, où irez-vous démêler vos phénomènes médicamenteux? Lu raison nous indique donc que pour connaître les propriétés d’un corps, il faut étudier ce corps en lui-même, sans mélange d’aucun autre élément susceptible d’altérer le résultat.

Ceci nous explique comment l’organisme, une fois qu’il est sous la puissance d’un médicament, peut être préservé de certaines épidémies. La maladie ne peut avoir prise que sur les parties qui n’auront pas été envahies ou protégées par le médicament. Ainsi tout médicament donné dans un cas morbide ne se développe jamais au dépens des parties qui

sont le siège de la maladie , mais Lien aux dépens des parties respectées parla maladie, àftioinsqu’on le donne à une dose qui étouffe la manifestation morbide aussi bien que la manifestation vitale-, alors ce n’est plus ni traiter, ni guérir, c est tuer, assommer ses malades, c’est ce que fait souvent l’ancienne médecine. Mais autrement, considérez la maladie comme un élément étranger, et le médicament comme un autre élément également étranger.

Toutes les maladies , je vous l’ai déjà dit, soit internes, soit externes sont dynamiques et par conséquent organiques ; elles sont lésions, altérations et affections tout à la fois, il en est de même des médicaments.

Ainsi qu’une influence morbifique vienne à agir sur l’organisme, son action sera d’autant plus meurtrière, qu’elle*sera plus générale et qu’elle trouvera peu de vitalité, au point de pouvoir l’étouffer entièrement. Ce danger ne peut être écarté qu’en adressant un agent thérapeutique dont l’action curative sera d’autant plus certaine et d’autant plus appréciable que, d’une part, sa similitude sera bien reconnue (nous entendons parlà, bienentendu, les effets pathogénétiques sur l’homme sain), et d’autre part que l’état d’affaiblissement sera moins marqué, parce qu’alors les phénomènes médicamenteux envahiront ce qui reste de vitalité, arrêteront la maladie dans sa marche, et comme leur action est connue et déterminée d’avance, nous savons que ces effets ne seront que momentanés. Vous pouvez donc affirmer qu’une maladie est anéantie toutes les fois que le stimulus ou la force médicamenteuse l’emporte sur elle ou que, sans l’emporter, le médicament lui oppose une résistance telle, qu’elle ne peut étendre plus loin ses ravages. Ce qui fait que quand deux maladies semblables se rencontrent dans l’organisme, la plus faibleest toujours anéantie parla plus forte, parce que celle-ci à cause de sa ressemblance d'action s’adresse de préférence aux mêmes parties de l’organisme,

alors la plus faible s’éteint no trouvant plus h exercer son activité.

L’idée do force ou d e puissance ne s’attache pas seulement ici aux manifestations que peuvent produire une maladie ou un médicament, mais bien aux puissances occultes latentes de l’un ou de l’autre, desquelles dépendent l'accroissement apparent d’une maladie, ou bien son effacement du moment où la puissance médicamenteuse peut reprendre la prépondérance.

De cette manière seulement, nous arrivons à concevoir que les effets médicamenteux et morbides peuvent se neutraliser, mis en présence les uns des autres.

Donc, tout peut se résumer par un double fait : ressemblance et opposition ou contrariété; la ressemblajice provenant de l’action primitive du médicament et du miasme morbide sur l’organisme, et l’opposition ou contrariété exprimant une action secondaire ou antagoniste, c’est-à-dire que les médicaments appelés à contrarier la maladie doivent, pour atteindre leur but, avoir une puissance proportionnelle à celle des symptômes morbides; je me sers à dessein du mot puissance pour vous faire voir que pour moi, l’action curative des médicaments ne dépend pas évidemment du plus ou moins de volume des doses médicatrices employées. Non, messieurs, la force des corps n’est pas toujours en raison directe de leur état plus ou moins massif et plus ou moins compact, vous en trouverez l’évidence la plus frappante dans les fluides impondérables; est-il besoin de vous rappeler la force d’expansion dont sont douées certaines substances, comme l’assa-fœtida, l'éther, le chloroforme, l’ammoniaque, le musc, le camphre, etc.

Qui de nous, comme je vous l’ai déjà dit, oserait affirmer que dans un temps ou dans l’autre, les sciences physiques et chimiques n’auront pas perfectionné leurs moyens d’analyse, de manière à reconnaître dans nos doses hornœo-

patliiquos ics plus élevées, la présence réelle et matérielle de l’agent médicamenteux employé. Toujours est-il que vous admettrez bien avec moi qu’il n’y a pas de comparaison ii établir entre l’organisme d’une part, dont les effets sensibles se révèlent de mille manières, et une analyse chimique qui ne donne qu’une image infidèle et incomplète de la présence d’un médicament.

De là, la nécessité pour nous, d’expérimenter tous les médicaments les uns après les autres, de connaître parfaitement les symptômes qu’ils sont propres à développer, aün d’avoir à notre disposition un ou plusieurs agents médicamenteux qui puissent répondre aux symptômes morbides, si variés eux-mêmes, et redresser notre organisme en contrariant ou neutralisant les effets morbides par des effets médicamenteux.

Ainsi, tout agent thérapeutique, qu’il soit appliqué à Y extérieur ou administré intérieurement, qu’il soit adressé primitivement à un organe ou à un appareil organique, ou mieux encore, à tout l’ensemble de l’organisme, son action s’étendra suivant ses propriétés essentielles, et on reconnaîtra qu’un médicament homœopathique a fait disparaître une lésion organique ou en a arrêté la marche, au pouvoir qu’il a de faire taire les symptômes morbides accusateurs, et de permettre à la partie lésée, dans un temps donné, de revenir à l’état normal par le renouvellement continuel, successif et nécessaire des atomes organiques indispensables à l’acte vital.

De même que vous avez reconnu, avec moi, qu’il fallait une prédisposition particulière du corps et l’action d’une cause déterminante pour qu’une maladie puisse prendre naissance; de même, vous reconnaîtrez bien encore que si nous arrivons à empêcher les causes morbifiques d’agir sur le corps, c’est conserver à l’organisme son intégrité, puisque nous l’avons soustrait aux influences qui au-

raient pu ébranler la santé et éveiller au sein de l’économie une disposition morbide quelconque. Agir ainsi, messieurs, c’est faire de la prophylaxie ou de la médecine préventive, et ce ne sera toujours qu’en vertu du principe de similitude, que vous devrez employer les médicaments prophylactiques , l’expérimentation pure vous avant révélé leurs propriétés. Eh bien, messieurs, c’est encore et toujours en se conformant à la grande loi de la prophylaxie ou de similitude qu’il nous est permis de guérir en attaquant la disposition elle-même.

En elfet, qu’arrive- t-il quand une maladie s’est déclarée, que la cause morbifique se soit fait sentir sur une ou plusieurs parties de l’organisme? Il arrive que la maladie, produit de la prédisposition et de la cause morbifique, durera alorsaussi longtemps qu’ilyaura prédisposition, même après que la cause a cessé d’agir. Le moyen d’enrayer les envahissements de cette cause morbifique, c’est d’opposer une cause pathogénétique ou médicamenteuse en introduisant dans l’organisme un agent simile qui, devant être en rapport étroit avec la disposition elle-même, enlèvera aux organes ou aux systèmes toute prédisposition, et par conséquent toute condition de progrès.

C’est alors et seulement alors, que vous verrez la vitalité reprendre en même temps, et peu à peu, ses conditions premières.

Toutes les doctrines, il est vrai, ont combattu jusqu’ici le mal par le mal; mais, de même que tous les aliments ne peuvent convenir indistinctement à tous les hommes, chaque individu ayant besoin d’une nourriture spéciale et appropriée à son idiosyncrasie; de même, toutes les maladies ne peuvent être guéries par les médicaments quels qu’ils soient, chaque maladie ayant besoin d'un médicament qui soit le plus en rapport avec elle, c’est-à-dire avec celui dont les effets ressemblent le plus aux symptômes morbides.

Cette pensée, je ne saurais la reproduire sous trop de formes différentes, car, tout le secret de la médecine réside dans cette manière d’interpréter et de concevoir les guérisons. Plus on approfondit ces vérités que je viens de vous développer, et plus on a d’ardeur pour s’engager dans la voie que je viens de vous tracer.

Ainsi, d’où vient que nous ne réussissions pas toujours à détourner \amaladie? de ce que nous n’avons, ni ne pouvons avoir une connaissance suffisante des dispositions individuelles et des semblables qui leur correspondent.

La vaccine, par exemple, qui peut être regardée comme le meilleur préservatif ou prophylactique, perdrait ce titre, s’il fallait lui assigner cette propriété d’une manière absolue, car, elle est loin de préserver tout le monde en tout temps et pendant toute la vie.

Aussi, messieurs, le médecin ne guérit-il pas la maladie, si par guérison on entend la neutralisation instantanée de la cause morbide ou la restitution subite et naturelle d’une ou plusieurs parties plus ou moins altérées et endommagées.

En effet, je ne peux pas faire qu’un fleuve ne soit pas débordé, si déjà il l’est. Tout ce que je puis faire, c’est d’opposer des moyens qui, pour le fleuve, représenteront des digues qui l’empêcheront de s’étendre et d’envahir davantage.

Du reste, messieurs, il ne faut pas se le dissimuler, les secours que nous avons à porter peuvent être plus ou moins prompts, plus ou moins efficaces suivant les lésions qui se présentent, le siège qu’elles occupent, suivant leur importance, leurs complications, etc. Ainsi, une hémorragie externe olfrant plus de prise aux moyens mécaniques courra la chance d’être arrêtée beaucoup plus vite qu’une hémorragie interne où, pour ainsi dire, on est obligé d’employer des moyens indirects, et qui n’offrent pas toujours le degré de certitude désirable. Le médecin doit donc tout

faire, en un mot, pour mettre l’organisation dans les conditions où la guérison peut s’effectuer. Car, si Y énergie vitale est nécessaire pour constituer un organisme sain, elle n’est d’aucune valeur pour s’opposer aux progrès d’une maladie et repousser ses attaques. Aux agents thérapeutiques seuls, revient le droit de remplir cette tache. Et, comme l’observation nous prouve qu’ils ne guérissent que pur voie de similitude , c’est une obligation pour nous d’établir un rapport le plus harmonique possible entre eux et les symptômes morbides, prenant en considération, quand la chose est possible, les causes occasionnelles qui les ont engendrés.

De ce que nous proclamons la loi homæopathique, faut-il conclure de là, à l’inutilité et au danger de la médecine usuelle? Si l’on considère le résultat en général , oui, trois fois oui, la médecine telle que la pratiquent la généralité des médecins, telle qu’on l’enseigne dans nos écoles est au moins inutile, quand elle ne fait succomber ceux qui se livrent à elle, qu’elle ne leur lègue pas des maux chroniques. Mais, est-ce à dire, messieurs, qu’on n’ait jamais guéri avant nous, surtout si l’on considère ce résultat, eu égard à chaque cas morbide pris isolément? soutenir une pareille thèse serait absurde, et moi moins que tout autre, j’aurais le droit de soutenir une pareille hérésie comme petit-fils et fils de médecin, mais ce dont on ne s’est jamais rendu compte, c’est du mode de guérison; on agissait en aveugles, 'et cependant, soyez convaincu que toute guérison, sciemment ou non, ne s’est opérée qu’en vertu de la loi homæopathique, et ce qu’il y a de remarquable, c’est que l’ancienne médecine guérit d’autant plus sûrement, qu’elle n’a recours qu’à de faibles doses sans trop les répéter.

Ainsi, c’est le Dr Burdin, médecin de l’hôpital militaire du Roule, qui guérit les fièvres intermittentes d’Afrique, avec un centième de grain d’acide arsénieux.

Ainsi, c’est Vipecacuanha employé par MM. 1 vousseau .et Pidoux , dans les diarrhées , contre des vomissements opiniâtres et. dans la cholérine.

C’est la belladone administrée comme préservatif de la scarlatine lisse de Sydenham, (Annuaire de Thérapeutique de M. Bouchardat). C’est le quinquina contre certaines espèces de fièvres périodiques.

Ce sont des vomissements spasmodiques combattus par M. Padioleau , avec quatre gouttes de teinture de noix vomique dans 100 grammes d’eau, (Abeille médicale de janvier 1853). C’est le virus vaccin pour la variole.

C’est la méningite avec coma et constipation , combattue par MM. Rilliet et Barthez, avec l’opium, (Traité cliniq. des mal. des Enf.).

C’est le suc de Thuïa occidentalis employé comme le remède le plus efficace contre les condxjlômes et excroissances vénériennes , rebelles même au mercure et à l’excision. C’est le mercure pour la syphilis primitive.

C’est l’aconit contre la fièvre, et l’arnica contre les coups, les chutes, etc., etc.

Ce dernier médicament, oublié un moment comme tant d’autres, doit encore à V homéopathie d’être aujourd’hui mis en usage. C’est elle qui, outre les symptômes propres que développe l’arnica, a reconnu qu’il était surtout indiqué dans tout état pathologique qui reconnaît pour cause une violence extérieure, comme plaies, blessures, contusions, et par analogie, elle le donna dans les fissures, les excoriations, et chez les femmes en couche pour combattre les meurtrissures des parties externes de la génération.

C’est la poudre de Power employée tout dernièrement contre les sueurs des phthisiques, et ici, je ne puis résister au désir de vous faire connaître les réflexions que contiennent les Areb. belges de méd. rn i lit .

La prescription de la poudre de Duwer dans le cas en

question, est une innovation des plus utiles et des plus heureuses. Nous disons innovation, parce que nous ne nous rappelons pas avoir vu dans les recueils qu’on ait reconnu à la poudre de Dower la qualité que nous parlons. Et certes, si l’expérience ou peut-être le hasard n’eût attiré l’attention sur elle, on n’aurait pas songé à administrer contre les sueurs une substance qui est elle-même considérée comme sudorifique.

Voici comment M. Lacoste lui a découvert cette propriété : « C’était en 1842, un jour il employait lu poudre de Dower dans le but de provoquer la transpiration chez un soldat atteint de rhumatisme, celui-ci était couché à côté d’un malheureux miné par la phthisie pulmonaire, et en proie à des sueurs colliquatives abondantes , qu’on n’était pas encore parvenu à arrêter. M. Lacoste imagina d’opposer à ce symptôme rebelle un moyen homœopathique, et il prescrivit également la poudre de Dower. L’elfe t dépassa l’attente, et les sueurs furent supprimées du premier coup. Cette expérience, ajoute l’auteur de l’article, si promptement couronnée d’un succès presque inespéré, fut répétée sur d’autres malades, et chaque fois elle réussit; aujourd’hui elle repose sur une nombreuse série d’observations, faites depuis 18 ans, et qui viennent d’être confirmées sous nos yeux par celles qui ont inspiré notre article. »

Ainsi d’une foule de médicaments qui, aujourd’hui, sont donnés sous la désignation de granules et contiennent à peine un milligramme de médicament : Donc, vous le voyez, messieurs, l’ancienne médecine fait de nos globules ou granules ce qu’elle a fait de notre principe des semblables, de la substitution. Et tous ses emprunts, elle ne craint pas de les décorer de méthode substitutive, nous y reviendrons tout à l’heure.

Je n’insisterai pas plus longtemps sur le mécanisme des

guérisons. Maintenant que vous êtes fixés sur l’opinion de certains médecins, qui les attribuent à une surexcitation de la force vitale, qu’ils traduisent par ce fameux mot réaction, comme dernier conseil, je vous dirai: contentezvous de bien reconnaître que tout médicament , quelle que soit sa dose , pourvu cependant qu’il ne dépasse pas certaines limites, quand même il ne serait pas soumis à nos préparations officinales et mécaniques, peut être dynamisé, fluidifié pour ainsi dire, par les différents liquides du corps qui sont continuellement en mouvement.

Messieurs, tant de médecins confondent la loi de similitude avec la loi de spécificité que nous ne pouvons passer sous silence une question de cette importance.

Pour moi, la loi de spécificité , n’existe pas, à moins que l’on prenne pour spécifiques tous les médicaments qui répondent le mieux aux états morbides qui s’offrent à nous. Dans ce cas, c’est la loi de similitude qu’il faut invoquer et non celle de spécificité que certains thérapeutistes expriment par la loi de substitution.

Hahnemann, le premier, attribuait dans les premières années, aux remèdes spécifiques le même sens qu’il donna plus tard, en 1808, aux remèdes homœopathiques. Il aurait même conservé l’expression de spécifique , si l’ancienne école n’eût voulu donner à ce mot une interprétation qu’il n’était pas dans la pensée de Hahnemann de lui assigner.

En effet, pour les médecins de l’ancienne école, partisans de la doctrine de la spécificité , toutes les maladies spécifiques sont permanentes , c’est-à-dire qu’elles ont un caractère déterminé invariable, dont les manifestations, quoique très-diverses, ne modifient en rien la spécificité des médicaments appelés à les combattre. Ainsi, d’après leurs vues, ils regarderont comme spécifiques , le mercure dans 1a, syphilis , le quinquina dans la fièvre intermittente, — le soufre

dans la gale , — Y iode et l’huile de foie de morue dans la scrofule, etc.

La différence qu’il y a entre l'ancienne médecine et la nouvelle, c’est que la première généralise ses maladies et ses moyens spécifiques, tandis que la deuxième, subordonnant le particulier au général, particularise et individualise, envisageant chaque cas particulier dans sa nature propre et d’après son caractère et sa forme.

Hahnemann nie donc qu’il y ait un remède absolument spécifique contre telle ou telle maladie, à moins qu’on entende par spécifiques, comme je vous le disais plus haut, ceux qui s’appliquent non-seulement au genre ou à l’espèce de maladie, mais bien à chaque cas isolé, suivant les particularités qui le caractérisent.

Ainsi le médicament que nous donnons dans la période d 'invasion sera différent de celui que nous donnons dans les autres , et vous-mêmes vous oublierez en face de certaine forme morbide que vous êtes partisan delà spécificité pour hésiter entre tel ou tel agent dans un cas pathologique donné; et en supposant que vous auriez cru donner un spécifique, loin de vous en tenir là, force vous sera bientôt de recourir à d'autres substances médicamenteuses.

Si par spécifiques on entend, au contraire, des spécifiques de symptômes et non de maladies comme le veut M. Trousseau, ce ne sont plus des spécifiques, attendu que tel symptôme se présentant, vous aurez à choisir pour couvrir tels ou tels symptômes entre plusieurs agents thérapeutiques. Ainsi le quinquina dont je vous parlais tout à l’heure et que vous adressez comme le spécifique exclusif de la périodicité, restera souvent sans action et serait mieux remplacé par Y arsenic, la chamomille, le nux ou autres agents médicamenteux.

De même l'aconit que l’on regarde au même titre que vous regardez la saignée, comme le spécifique exclusif de

l’excitation do la circulation artérielle et que l’on donne pour combattre la période dite inflammatoire , aussi bien dans une pneumonie que dans une variole, n’est pas un médicament spécifique exclusif dans l’acception du mot, attendu que sur la même ligne et toujours à peu près, se présentent l’arnica, la belladone , la. pulsatile, la bryone, etc.

Ceci vous prouve une chose. Messieurs, c’est que nous devons connaître parfaitement la maladie que nous sommes appelés à traiter et non moins les propriétés curatives du médicament que nous voudrons employer.

Ce ne sera plus seulement chaque espèce morbide que nous devrons étudier, mais bien chaque cas morbide en particulier, précisant avec le plus grand soin les causes occasionelles et les symptômes, tenant également compte des différences que le sexe, l’âge, le tempérament, le genre de vie, les habitudes et les professions impriment aux maladies, car, en raison de ces différences variera le traitement.

De même pour les agents thérapeutiques, nous ne devons plus nous contenter des propriétés générales, mais c’est avec la plus grande rigueur, que nous devons déterminer les propriétés individuelles, en expérimentant sur des sujets en santé les agents médicamenteux dont l 'action spécifique devra correspondre à une maladie analogue.

C’est ainsi qu'Hahnemann regardait comme spécifiques Yipécacuanha et Vellebore blanc dans certaines formes de vomissement aqueux. — Drosera et pulsatille dans certaines formes de coqueluche, — le sublimé corrosif, le rheum et eolocynthis dans certaines formes de diarrhée et de dyssenterie, — V opium et la stramoine dans certains cas de convulsions,— arnica et la sabine dans certaines hémorragies, — china et arsenic dans certains cas de fièvre, — bryone et phosphore dans certaines pneumonies, — aconit dans cer-

taines inflammations, — belladone dans certains cas d ’ aniline, etc.

De même dans aucune maladie éruptive, dit Hahnemann, ce n’est l’exenthème qui doit déterminer le choix du médicament, mais bien V ensemble des phénomènes, notamment des phénomènes caractéristiques. C’est pourquoi il nous conseille en temps à! épidémie, d’envisager chaque cas en particulier selon son individualité, de les comparer ensuite, de manière à avoir sous les yeux un tableau de Yépidémie aussi exact que possible, ce qui nous permet de choisir un agent thérapeutique qui soit le mieux approprié à chaque cas. — Vous dire que tout médicament n’aura d’action curative qu’autant qu’il répondra à la loi de similitude, c’est vous dire :

i° Qu’il n’exjste pas de spécifique dans l’acception du mot;

2° Que tout véritable spécifique doit nous être fourni par Y expérimentation physiologique.

Telles sont, Messieurs, les idées que l'observation et le raisonnement m’ont conduit à émettre, mais quanta connaître Yaction intime des médicaments sur l’organisme, personne n’en sait et n’en saura jamais rien. Nous devons, je vous l’ai déjà dit, nous contenter du résultat, source des rectifications qu’ Hahnemann a apportées dans la science médicale.

Après avoir traité en détail de la matière médicale horaœopatique, nous embrasserons dans la prochaine séance et d’une manière générale la thérapeutique (proprement dite).

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