PRATIQUE ALLOPATHIQUE. — PARALLÈLE ENTRE LES DEUX MÉDECINES
LES MOYENS MÉCANIQUES EMPLOYÉS PAR l’hOMCEOPATHIE N’AGISSENT TOUJOURS QU’EN VERTU DE LA LOI DES SEMBLABLES. — D’OU V1EN- • NENT NOS INSUCCÈS EN HOMŒOPATIIIE !
Messieurs ,
Le parallèle que nous nous sommes proposé d’établir entre la pratique allopathique d’une part, et homœopatMque d’autre part, ne peut avoir sa signification, sa raison d’être en un mot, qu’à la condition d’embrasser rapidement et d’une manière générale tant les affections aiguës que les affections ohroniques.
En général, les affections aiguës sont celles, vous le savez, dont l’évolution est le mieux dessinée, celles qui offrent le plus de ressource à la médecine, parce qu’elles présentent des symptômes tellement tranchés que le médecin n’a pas à hésiter pour l’application d’agents thérapeutiques.
Parce qu’elles se montrent de préférence chez des sujets jeunes, vigoureux, et par conséquent pleins do vitalité, ce qui souvent permet à la maladie de parcourir ses phases ,
sans qu’on cherche à y opposer le moindre obstacle, persuadé qu’on est, que le malade jouit d’une énergie vitale suffisante pour ne pas succomber. Souvent même, il suffira de soustraire le malade à la cause qui a engendré la maladie, pour le voir marcher rapidement vers la guérison.
Dans ce cas, on s’est tout simplement borné à placer Y organisme dans des conditions autres et plus favorables. Il serait peut-être à désirer que l’ allopathie suivît continuellement cette dernière marche, on aurait moins à déplorer les suites des médications hétérogènes qu’elle met en usage, surtout dans les cas où la maladie ne se présente pas toujours avec cet air de simplicité, car une affection aiguë peut se présenter seule ou entée sur une affection chronique, ou bien encore, c’est Yaffection chronique qui, dans certains moments, revêt le type aigu et offre une recrudescence plus ou moins vive.
Si j’interroge votre thércqieutique, je vois que le mode de traitement sera en général le même pour ces trois cas , et aussi qu’en résulte-t-il, c’est que si vous guérissez quelquefois au prix des plus longues convalescences, plus souvent encore, vous avez la triste perspective de voir des affections chroniques et rebelles succéder aux premières qui n’ont été que perverties ou aggravées par votre médication aventureuse, incertaine, tâtonnière, sans pour cela être annihilées en rien. Elles ont changé de face, de tournure et d’allure, voilà tout.
De plus, n’arrive-t-il pas souvent qu’en donnant des médicaments actifs à dose massive et longtemps répétés, comme vous le faites, qu'une maladie artificielle dite médicinale, en soit la conséquence et puisse entraîner inévitablement la perte du malade. C’est ainsi que pendant mes études médicales, j’ai failli perdre ma mère à la suite d’un vésicatoire morphiné. L’empoisonnement fut tel que pendant huit jours elle resta entre la vie et la mort...
Quoique simple spectateur, la leçon fut rude, aussi m’étais-je promis d’en profiter.
Il est évident que si un médicament guérit, c’est en vertu d’une action à lui propre, mais il est plus évident encore que si le médicament ne répond pas à l’état que vous avez eu l’intention de combattre, il n’en aura pas moins une action ' qui souvent persiste assez longtemps et contre laquelle nous sommes obligés, nous homœopathes, d’employer des antidotes quand on vient nous consulter pour ces sortes d’affections.
Enfin, messieurs, pourriez-vous me dire dans quel but l’école officielle emploie ces moyens perturbateurs comme la saignée, les vomitifs, les purgatifs, etc.? Pourquoi ces mutilations, comme les cautères, les vésicatoires, les moxas, les sétons que subissent tant à regret ces pauvres patients? Je vous le demande, que prouvent cette pratique et ces vues barbares, sinon que le malade est doué d’une dose d’énergie vitale suffisante pour résister à de telles agressions , comme il lui arrive de résister de même aux mutilations qui surviennent à la suite de maladies longues et pénibles. Mais cette manière de faire est loin de parler en faveur d’une guérison rationnelle, comme semble le croire et l’a donné à penser un des nôtres, mon vénérable maître, M. le Dr Gastier. S’ensuit-il parce qu’une personne en se jetant du haut d’un quatrième étage n’a eu aucune lésion, pour que d’autres se croient autorisées à se soumettre à la même expérience, vous ne le croyez pas plus que moi. Eh bien! c’est le même jeu auquel sont -exposés ceux qui ont recours à l’ancienne médecine.
Pour le praticien allopathe, ce n’est rien que de ramener un tableau de symptômes à l’une de ces grandes classes de maladie désignées par fièvre, inflammation, sub-inflammation, etc., etc.
A chacune de ces appellations correspondent ce qu’ils
TJ
appellent des antiphlogistiques , des fébrifuges , des antispasmodiques, etc.
Méthodes basées toutes sur des faits isolés, mal compris et dépourvus d’un principe régulateur général. Malheureusement l’organicien n’étudie pas assez l’action des agents de guérison, et n’ayant aucune considération pou ries causes occasionnelles, il ne s’occupe que des modifications organiques qui lui paraissent, sinon les plus graves, du moins les plus saillantes, sans se demander en général par quoi elles ont été produites. Aussi le voit-on dans ce qu’il appelle une inflammation, que le sujet soit ou ne soit pas débilité par la maladie, ou des traitements antérieurs, et tant qu’il croit l’organe congestionné, le dégager sans fin et sans relâche, de ce prétendu trop plein, jusqu’au moment où une prostration évidente le force de suspendre cette médication incendiaire et le laisse en présence d’un danger imminent, sans autre ressource que son impuissance; bien heureux quand il n’en résulte pas une maladie grave, comme le typhus et autres, car, il est incontestable que plus on répète une saignée, plus l’organisme s’affaiblit et s’altère, et plus les conséquences de cette altération sont fâcheuses. Gomme je vous le disais dans une des leçons précédentes, pour me servir d’une comparaison grossière, ferez-vous qu’une marmite bouille moins vite, parce que vous lui avez enlevé plus ou moins de liquide. Votre symptomatologie est faussée au point que vous avez transporté la cause dans l’effet, mais, il ne suffit pas de détruire l’effet-, il faut encore savoi? triompher de la cause et ne pas prendre l’accessoire pour l’essentiel. Vous avez beau saigner, tant que la vitalité ellemême ne sera pas modifié, vous n’empôcherez pas que la dernière goutte du sang de votre malade ne vienne affluer vers l’organe plilogosé et que les accidents soient plus redoutables qu’auparavent, la vitalité étant épuisée.
Hahnemann a doté l’art de guérir d’un moyen bien autre-
ment efficace, bien. autrement rationnel et quand il n’aurait rien fait de plus pour l’humanité, il suffirait 'qu’il nous eût délivrés de l’empirisme de l’allopathie pour être immortel , car en effet, la seule véritable médecine est non seulement celle qui sauve les jours du malade, mais encore celle qui ne porte pas atteinte à sa constitution ; en toute chose, c’est la fin qu’il faut voir.
Du reste les émissions sanguines ne sont qu’un moyen banal et commode pour l’ignorance et ce qu’il y a de malheureux, c’est de voir les élèves suivre machinalement la route tracée par leur chef de file. Dans les phlegmasies, ce qui a le plus contribué à tromper les médecins, c’est le soulagement momentané qui ordinairement suit la déplétion du système circulatoire, sans s’apercevoir que tous les symptômes reparaissaient bientôt après, et cela est si vrai que dans le cas où l’on croit devoir recourir souvent au même moyen, ces soulagements par la déplétion finissent par compromettre l’existence du pauvre malade. Le sang perdant ses globules qu’on lui soustrait, il s’affaiblit et l’élément inflammatoire est renforcé par la fibrine qui est accrue. C’est un fait établi aujourd’hui que dans quelque maladie que ce soit, malgré la diète, malgré les émissions sanguines répétées, la fibrine ne diminue pas. Ce fait repose sur les expériences les plus précises faites par messieurs Andral et Gavarret et consignées dans un mémoire lu à l’Académie; il 11e se passe pas de jours où vos maîtres viennent confirmer ces expériences. Cela devait être puisque l’état couenneux du sang, la plénitude du pouls auxquels les médecins attachent tant d’importance pour caractériser les phlegmasies, se montrent également dans la chlorose. Qui ne sait même que la saignée chez les chlorotiques élève le pouls, et les expériences de Marsliall-hall n’ontelles pas démontré que les pulsations croissent en plénitude si l’on pratique sur des animaux sains plusieurs saignées
successives. A la page 228 del’ouvrage du professeur Requin sur te rhumatisme et la goutte, ouvrage dans lequel il expose les idées de son maître M. Cliomel, on trouve l’observation d’une femme à laquelle on a tiré huit livres de sang-, il s’étonne de voir la couenne persister et le pouls rester plein: le malade succombe; il trouve dans le cœur des signes non douteux (V endocardite et des caillots fibrineux, et il se demande même, en terminant, si ces saignées abondantes, n’ontpas été pour quelque chose dans le développement de la cardite. »
Cela n’est pas douteux, ces énormes pertes de sang en augmentant la fibrine , n’ont fait qu'accroître les propriétés phlogistüjues du sang. Ce n’est plus alors, comme disait Bordeu , une chair coulante, mais une véritable fibrine coulante, qui va irriter le cœur, trop disposé déjà par la nature de la maladie, à contracter l’inflammation. La coagulation du sang est également favorisée par cet accroissement de la fibrine , d’où résulte la formation si redoutable des caillots cardiaques. (Sur ce point les résultats concordent, car outre les travaux de MM. Andral, Gavarret et Beau, en France, nous avons MM. Benett , Michell en Angleterre, Dielt à Vienne, etc.)
Je veux, dit M. Beau , citer un fait entre plusieurs qui me viennent à l’esprit (Gazette des hôpitaux, année i 860). « Une jeune fille, âgée de 15 ou 16 ans, dans un état de chlorose légère, par le lait même do la menstruation qui s’établit difficilement, sortant, se promenant, se livrant à ses occupations habituelles sans éprouver d’incommodités qui attirent son attention, s’expose au froid et contracte un rhumatisme articulaire.
«On ne la saigne pas, mais on applique sur legenou des sangsues qui provoquent une perte desang plus abondante qu’on n’aurait voulu. Le mal dure trois semaines ; la terminaison n’est pas franchp et il reste un petit mouvement de fièvre.
Tout-à-coup surviennent des accidents formidables de suffocation, et après deux ou trois heures de lutte dans une dypsnée atroce, la malade succombe.
«On fait l’autopsie, et l’on trouve aïinslecceur des concrétions fibrineuses. Que s’est-il passé? Le sang de cette jeune fille contenait déjà, par le fait de la chlorose, une quantité de fibrine plus forte qu’à l’état physiologique, comme l’a montré M. Becquerel survient le rhumatisme qui accroît encore la proportion ; puis comme si cela n’était pas suffisant, LES SAIGNÉES VIENNENT PORTER LE DERNIER COUP. Il Semble que tout se soit réuni, chlorose, rhumatisme, saignée, pour augmenter les propriétés coagulantes du sang, et pour amener, en dernière analyse, le caillot cardiaque qui emporte la malade. »
En tirant du sang , dit M .Amiral, on dégorge mécaniquement la partie congestionnée, mais par les saignées , soit locales, soit générales, on ne détruit en aucune façon cette autre cause inconnue , sous l’influence de laquelle un organe s’est congestionné. Vainement alors multiplieraiton les émissions sanguines; il ne resterait qu’une seule goutte de sang dans l’économie, qu’en dépit des saignées, elle flueraitlà oh l’appellerait la cause stimulante-, c’est donc cette cause bien plus que la congestion qui n’est qu’un simple effet, qu’il s’agirait de connaître et de combattre. J’ai vu quelquefois sous V influence delà saignée, les simples signes d’une congestion cérébrale se' transformer en ceux d’une attaque d’apoplexie. » (Clinique-médicale, t. IV, p. 499).
Ouvrez le dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, p. 259, M. Cruveilhier vous avouera humblement et avec une naïveté toute franche, que non-seulement les saignées n’ont « aucune influence sur les attaques d’ apoplexie, mais encore que le mal croît en proportion de la saignée. »
Dans un mémoire que je fis sur l’apoplexie, en 1855, je
démontrai, en m’appuyant sur des faits, combien les saignées étaient plus nuisibles qu’utiles, et en 1858, c’est-à-dire trois ans plus tard, M. Trousseau professaitles mêmes idées, en conseillant à ses élèves de s’abstenir detouteémission sanguine. (Cour, médic. , année 1858 ). M. Magendie s’écriaij; un jour dans sa chaire du collège de France: « D’après toutes nos expériences, qui ont un caractère de vérité qui ne peut être contesté, aurez-vous le courage de saigner pour combattre l’épouvantail ridicule des pathologistes (T inflammation), lorsque la couenne se montre dans tout état de choses, aussi bien en santé qu’en maladie?... Si au lieu d’affaiblir le malade, sous le prétexte de détruire T inflammation, on soutient ses forces, on verra des guérisons plus rapides qu’après les saignées abondantes et répétées.»
M. Louis dans ses recherches sur les effets de la saignée, p. 38, professe les mêmes idées.
M. le professeur Grisolle, dans sa Pathologie, T. I, p. 163. conseille aux pléthoriques d’avoir recours à la saignée le moins possible, parce que, dit-il, les saignées répétées ont l’inconvénient d’activer la sanguification , et par conséquent d’être une cause éloignée de pléthore.
Prenez la Pathologie générale de M. Dubois, vous y lirez que les congestions sont dues à des phénomènes essentiellement vitaux; qu’elles sont indépendantes de la quantité plus ou moins grande de sang.
La preuve en est, ajoute l’auteur, en ce qu’elles surviennent le plus fréquemment chez des sujets les plus débiles, chez ceux où, en même temps, la quantité de sang est le moins considérable.
Enfin, M. Lordat , le doyen de l’école de Montpellier, appelle la saignée, le knout de la thérapeutique, qui met ceux qu’elle n’a pas tués, dans l’impossibilité de présenter des symptômes pendant quelque temps ; mais, tout commo les
Russes ainsi fustigés retombent souvent dans la môme faute qui leur avait mérité cette punition, de même l’affection.qui avait donné lieu à la saignée reproduit les mêmes symptômes, dès que le système a assez de force pour les former. »
Comprend-t-on qu’après de tels aveux qui tous concluent dans la plupart des cas, au danger des émissions sanguines , comprend-t-on, dis-je, qu’après de tels aveux, ces mêmes médecins saignent toujours, n’est-ce pas étrange? Quelle logique?
Ce que je reproche à l’école anatomique ou organicienne, c’est d’intervertir l'ordre du développement des caractères de la maladie et de confondre les produits morbides, comme gale, polypes, carie des os, chancres, fiscs, verrues, ulcères, tubercules, matière encéplialoïde, avec la maladie elle-même, attendu que ces produits renaîtront aussi longtemps que durera la maladie, ou la cause qui l’a engendrée; les crachats eux-mêmes, si dégoûtants quelquefois, que rendent les malades, ne sont-ils pas les produits de la maladie, c’est-àdire du trouble purement dynamique ou organique que l’individu a éprouvé.
S’ils étaient la matière qui les engendre et les entretient, il suffirait, comme le fait remarquer Hahnemann, de se bien moucher, pour guérir infailliblement et rapidement tout coriza quelconque, même le plus invétéré.
Neus savons tous que les émotions morales , une joie, une peur, une bonne ou mauvaise nouvelle, peuvent produire une perturbation très-grande et quelquefois même la mort; eh bien ! tant que la personne restera sous le coup de cette influence, toute cure sera impossible.
Outre les émissions sanguines, se présentent d’autres moyens non moins énergiques, qui dans la pratique allopathique jouent le plus grand rôle, ainsi ce sont:
Les révulsifs, que M. Bousquet appelle les ressources de
l’ignorance qui ne sait que faire, et de la science à bout de moyens.
Il n’est pas le seul de cet avis:
Ecoutez plutôt le Dr Fabre qui, dans son traité de matière médicale et de thérapeutique, p. 125, vous dira que de larges vésicatoires peuvent amener des accidents très-graves par le fait d’une très-grande absorption. — Ou M. le D1 Guersant , qui vous prouvera que les mêmes exutoires exaspèrent souvent tous les symptômes d’une manière très effrayante, chez quelques individus nerveux, (Dict. en 30 vol., T. XXVII, p. 529).
Le vésicatoire, dit le professeur Valleix , est un des moyens le plus généralement employés, et cependant on a élevé bien des doutes sur son efficacité... La plupart des médecins qui l’emploient dans la pleurésie, le font uniquement parce que ce moyen est généralement recommandé, et non parce qu’ils sont sûrs d’en avoir retiré de bons effets. (T. I, p. 582.)
M. Bouillaud, lui-même, reproche aux vésicatoires appliqués sur des régions de la peau scarifiée, d’y déterminer d’une manière à peu près constante une albuminurie plus ou moins abondante. (Revue de médecine chirurgicale, janvier et février 1848.)
Obéissant à la routine, à des théories même, nous avons, disent MM. Trousseau et Pidoux, appliqué des vésicatoires h
demeure; nous avons eu souvent à nous en repentir Nous
avons vu survenir des suppressions ou rétentions d’urine , des cystites ou des néphrites aiguës, des métrites , etc. (Manuel de thérap. et de mat. médicale.)
JW. Devergie combat les exutoires de cette manière en traitant des maladies delà peau. « Interrogez tous les praticiens, s’ccrie-t-il, et ils vous diront qu’en général c’est un moyen inutile et presque dangereux. »
Le séton, pour M. Marchai de Calvi , n'est qu'un moyen ' routinier appliqué sans discernement.
Selon la professeur Malgaigne, le séton convient quand on ne sait à quoi l’on a affaire : il convient encore quand on ne sait que faire.
Passons au x purgatifs, moyens non moins employés que les précédents par l'ancienne école.
Si l’idée vous prenait jamais de donner des purgatifs en cas d'un état saburral, MM. Trousseau et Pidoux se chargeraient de vous démontrer que cette idée des saburres persistantes est absurde physiologiquement parlant; et que si, dans l’intervalle des repas, la membrane muqueuse gastrique sécrétait quelques sucs vicieux, un bon repas serait le meilleur remède. (Manuel de Thérapeutique et de matière médicale, tom. i. page 761.)
On doit, dit M. Tardieu, à propos du traitement du rhumatisme articulaire aigu, proscrire les purgatifs drastiques, qui, comme l’émétique et le colchique, peuvent déterminer des évacuations cholériformes , que Ton n’est plus maître d’arrêter, et qu’on a vues être suivies de mort.
M. Chomel, dans son Traité de pathologie générale, p. 7, et MM. Mérat et de Lens, dans le Dictionnaire de Matière médicale, tom. v, pag. 552, professent les mêmes idées; ainsi, disent ces derniers: « C’est surtout l’abus des purgatifs forts ou drastiques qui est suivi souvent de graves accidents; on a vu des péritonites, des convulsions, des crampes, des flux de sang, etc., résulter de leur emploi ; quelques auteurs signalent même la paralysie des intestins comme étant la suite de leur usage, dans quelques cas. »
Je finis, Messieurs, en vous faisant connaître l’appréciation de MM. Trousseau et Pidoux au sujet des vomitifs.
«Non-seulement, par les efforts de vomissements qu’ils provoquent, ils peuvent donner lieu à une rupture de l’estomac, à une déchirure du diaphragme, h des hernies, à des hé-
morrhayks , mais encore de tous les accidents, le plus grave et le plus singulier est la coagulation du sang dans les ' vaisseaux artériels, par suite d’une syncope trop prolongée ou d’un collapsus trop considérable. » (Mat. médic. et thérap., tom. n, pag. 719.)
Vous ne m’accuserez pas, je l’espère, Messieurs, de partialité, puisque je vous fais connaître les témoignages mômes de vos maîtres, qui pour vous sont une autorité compétente.
Vous le voyez, Messieurs, tous les moyens mécaniques ou autres employés par l’ancienne médecine, qui ont pour but soit de soustraire une. des parties constituantes les plus essentielles à la vie, comme le sang, par exemple; soit de donner des médicaments qui, à doses trop massives, produisent des aggravations violentes, tous ces moyens, dis-je, ont pour résultat d 'affaiblir le malade et par conséquent de permettre à la maladie d’envahir davantage, lorsque le médicament déjà par lui-même, en raison de sa quantité, n’a pas anéanti la vitalité. Cette indigence pratique ne vient que de ce que l’ancienne école ignore le lien ou rapport naturel qui lie entre eux les deux faits appelés maladie et médicament, de ce qu’elle ignore en vertu de quelle loi se combinent la force morbide et la force médicamenteuse ; ne connaissant pas le mode d’action des agents qu’elle emploie, elle ne peut juger des moyens thérapeutiques que par leur résultat ou l’ observation clinique, et vous savez quel empire exerce la vogue sur le choix de ses moyens; chacun accordant au même agent une valeur différente et le faisant servir aux applications les plus diverses, ce qui rend les théories, les expériences et les faits individuels. A l'enthousiasme d’un moment, succède quelquefois un oubli immérité et l’on a souvent poussé le scepticisme et l’incertitude au point do révoquer en doute l'efficacité des substances les plus héroïques. Vous savez aussi bien que moi à quols résultats contradic-
oires vous ôtes arrivés par rapport à l’usage de tous vos moyens thérapeutiques. Gela vient de deux choses-: la première, dccequeles médicaments donnés à doses massives comme vous le faites, produisent souvent beaucoup plus de mal que de bien, ce que Broussais appelait une thérapeutique incendiaire . La deuxième, de ce que classant vos médicaments d’après des propriétés générales et non individuelles, vous vous adressez au groupe qui comprend sous la même dénomination des médicaments à action et à effets fort différents, etc., ainsi, belladone et opium, émétique et ipecacuanha, etc., au lieu de vous adresser au médicament lui-même.
Dois-je vous le dire, l’ancienne école, faute de science, est représentée par une agrégation d’hommes organicistes, positivistes, éclectiques, hippocratistes, tous gouvernés par l’esprit de parti, ayant leurs théories particulières, et voulant imposer aux élèves leurs idées personnelles. C’est ainsi que le scepticisme médical est sorti de ce conflit d’opinions où la vanité de chacun est mise en jeu plutôt que la science elle-même, il ne suffit pas de dire à ses disciples : observez, expérimentez ! il faut encore leur tracer les conditions de l’observation et de l’expérience; si véritablement les agents médicamenteux étaiewt connus par l’ancienne école d’une* manière positive, ils ne seraient pas soumis à ces continuelles oscillations de bonne et de mauvaise fortune.
Le seul et incontestable mérite de l’école rivale, c’est d’avoir fait avancer la symptomatologie, et d’avoir suivi, depuis plus d’un siècle, l'impulsion philosophique en analysant les faits matériels, palpables qui s’offraient en abondance dans nos fibres, dans nos tissus, dans nos organes et dans leurs produits; c’est d'avoir comparé les altérations physiques avec l’état sain d’apparence; d’avoir fait des prodiges d’efforts, en poussant l’analyse jusque dans ses cher-
mères limites pour lui faire rendre tout ce qu’elle pouvait contenir; d’avoir bâti cet immense édifice sur les faces duquel sont inscrits tous les désordres, toutes les lésions, tous les produits matériellement et physiquement appréciables des maladies. Elle a même cherché dans la mort les secrets de la vie! mais la mort, on doit s’y attendre, a été muette; elle n’a révélé qu’une chose : c’est que le lien mystérieux qui retient la vie dans l’organisme ne laisse parfois, en se brisant, presque point ou même point de désordres appréciables , tandisque, d’autres fois, la vie a pu se continuer, malgré d’effroyables ravages organiques.
N’importe, l’opiniâtreté qu’on a. mise à faire passer la science médicale par tous les hasards de l’analyse, a produit de belles découvertes et de magnifiques travaux, travaux qui eussent été vraiment utiles si une doctrine commune et supérieure était venue relier tous ces faits ensemble, pour en faire un faisceau scientifique puissant comme l’unité. Pourquoi ces faits sont-ils presque toujours restés sans application pratique? parce que l’on manquait d’un flambeau conducteur pour les élever à la hauteur d’une doctrine positive et applicable. A l’ancienne école revient encore l’honneur d’avoir précisé avec un rare bonheur les signes et symptômes de plusieurs altérations organiques, comme les affections utérines , celles du tube digestif, des organes thoraciques, du cerveau, etc., etc. Mais cela ne suffit pas : il faut qu’elle arrive, un jour ou l’autre, à connaître à fond les propriétés pathogénétiques réelles des médicaments dont elle fait un usage journalier, sans les avoir . préalablement expérimentés. Elle n’aura le droit d’afficher tant de vanité, de prétention et de faire tant de bruit qu’à la condition d’élever l’intelligence de chaque initié du fait au principe , en un mot de favoriser aux élèves, dont le sort est entre leurs mains, toute l’instruction désirable qu ils sont en droit d’attendre do maîtres si haut placés et qui
s’arrogent à eux seuls le droit do régenter. Convenez-en, cependant, approuver, comme le lont tous les jours ces princes de la science, telles pâtes ou tels biscuits, telles pilules, tel sirop ou telles capsules, ne constitue ni un système ni une école. (Voir le bulletin de l’Académie.)
Quoique l’homceopathie , pour rétablir l'harmonie physiologique et arriver à une guérison radicale, n’ait pas besoin, dans l’immense majorité des cas, de soustraire son malade au milieu dans lequel il vit, ni de recourir à tous les moyens destructeurs, plus incendiaires les uns que les autres, employés par l’ancienne école. Il existe cependant des cas où la vitalité semble tellement étouffée par un élément naturel physiologique ou pathologique (la maladie), ou un élément artificiel ou pathogénétique (le médicament ou le poison), que les moyens dits antipathiques, indirects ou mécaniques , car pour moi ces expressions sont synonimes, employés dans une sage mesure et à temps peuvent réussir. Ainsi, dans certaines maladies survenues tout à coup, comme les asphyxies, la fulguration, la suffocation, la congélation, la submersion, etc., Hahnemann nous conseille de ranimer d’abord la sensibilité et l’irritabilité à l’aide de palliatifs, tels que de légères commotions électriques, des lavements de café fort , des odeurs excitantes, l’action progresssive de la chaleur, etc. Dans ces cas, qui exigent une médecine active et des moyens prompts, il n’y a pas à choisir le moment le plus opportun .pour l’application d’agents médicamenteux; avant d’entreprendre une cure radicale, il faut, avant tout, soustraire le malade aux causes occasionnelles.
Par l’exitation factice et momentanée que ces moyens mécaniques procurent à l’organisme entier, en ranimant la vie physiologique, on peut quelquefois écarter le danger que la vie court et permettre aux organes de reprendre leur jeu.
Quand même il n’y aurait plus d’espoir de sauver la vie,
celte médication indirecte aurait toujours l’avantage de prolonger les jours du malheureux patient, considération de la plus haute gravité, du moment où l’on se place au point de vue social.
Eli bien ! messieurs, même dans ces cas extrêmes la loi poséepar Hahnemann me paraît vraie dans toute sa rigueur, seulement exagérée. En effet, que fait-on par ces moyens violents et répétés, sinon que de chercher à produire dans une ou plusieurs parties de l’organisme, des effets par trop perturbateurs qui, en raison do leur apparition subite, effacent, éclipsent pour unmoment certains symptômes qui tiennent la mort comme imminente; il est de toute évidence que les guérisons opérées par ces procédés allopathiques , ne sont encore qu’un échange de maladies naturelles contre les maladies artificielles.
C’est donc à tort qu’on a reproché à l’homœopathie de vouloir guérir le mal par le mal, les maux naturels par les maux artificiels, quand sa rivale emploie pour la cure de ses malades, saignées, vésicatoires, purgatifs, emplâtres , sétons, moxas et fers rouges qui sont loin, je le crois, de procurer des sensations agréables aux malades. L’influence de cette médication quoiqu’affreuse, détestable, incendiaire même dans une foule de cas, a pour résultat néanmoins, de produire dans quelques maladies exceptionnelles un effet passager.
C’est ainsi que quelquefois, le moribond au moment de rendre le dernier soupir, sous l’influencé d’une excitation modificatrice •pareille, semble sortir de son linceul et .recueillir les quelques forces qui lui restent pour adresser ses adieux, et dicter ses dernières volontés à ceux qui veillent à sou chevet. Mais bientôt les symptômes morbides prennent le dessus, bien heureux, comme je vous l’ai déjà dit, quand les moyens indirects, en raison de leur effets violents et ne répondant pas exactement aux symptômes morbides, ne
contribuent pas à ce que la vitalité n’abandonne l'organisme plus vite.
En dehors des maladies exceptionnelles que je viens de vous citer, l’homœopathie , loin d’employer des moyens indirects et des doses massives, tâche au contraire en n’usant que de petites doses, de se rapprocher le plus des symptômes actuellement existants, en produisant des phénomènes qui aient le plus de similitude avec ceux que vous voulez combattre et enrayer. Aussi nos guérisons sont-elles douces, rapides, durables et radicales.
Douces, parce qu’elles ne font subir aucune déperdition à l’organisme, comme émissions sanguines, exutoires, vomitifs, purgatifs, etc., etc.
Rapides, parce que l’organisme ne faisant aucune perte, les convalescences, quand il y en a, ne se font pas longtemps attendre.
Durables et radicales, parce que notre médication est directe et qu’elle enraye toute prédisposition à contracter de nouveau la même maladie.
Ce qui, du reste, comme je vous l’ai déjà dit, fait et explique vos succès dans les maladies dites spécifiques et épidémiques, c’est que vous employez une médication dite spécifique ou encore substitutive, c’est-à-dire que vous faites de l’homœopathie, car le nom ne fait rien à la chose. D’où vient que notre triomphe est tout aussi assuré avec les maladies chroniques, là où votre impuissance se rencontre dans tout son jour? de la manière dont Ilahnemann a conçu les affections miasmatiques ; en face d’une aussi belle et aussi large conception, que devient votre méthode dite révulsive. Lesimplebonsensn’indique-t-ilpasque tantque vousvous adresserez à l’état local ou à l’effet , le résultat sera nul, jusqu’à ce que vous soyez arrivés par des moyens rationnels a détruire la cause qui nécessairement reproduira V effet tant qu’elle subsistera.
Coque j’avance mérite, vous le voyez, d’être pris en sérieuse considération. Rendez-vous aux préceptes que vous donne Hahnemann, et bientôt vous bénirez cet homme de génie. Du reste, ceux d’entre vous qui ont suivi ma clinique avec exactitude, qui ont toujours été présents aux consultations que je donne à mon dispensaire, ceux-là, dis-je, sont convaincus, aujourd’hui, que non-seulement Vhomœopatkie entreprend et guérit ceux qui, par l’ancienne médecine, sont réputés comme incurables, mais encore qu'elle accueille avec assez de sympathie ceux qu'elle abandonne et qu’elle arrive, dans un temps donné, à triompher de vieilles affections contre lesquelles tous les moyens de la vieille école avaient été impuissants.
Est-ce à dire, messieurs, que Vhomœopatkie ne compte jamais d 'insuccès? non vraiment, nous serions trop heureux, la mort est partout; mais si Vhomœopatkie ne peut faire que nous ne mourions tous une fois, du moins nous donnet-elle les moyens de lutter d’une manière plus efficace.
Nos insuccès proviennent soit du médecin, soit du malade, soit de la maladie.
4° Du médecin, quand le médicament est mal approprié à la maladie. Ce n’est plus alors la faute de la doctrine. Chacun étant responsable de ses actes, ce serait se montrer absurde, que de rejeter sur une doctrine l’imprudence, Vincapacité ou les fautes de ses adeptes.
Cependant, il faut bien le dire, tout médecin qui, pour la première fois, jette un regard sur la matière médicale, sur le traité des maladies chroniques, ne peut se défendre d 'un grand embarras à la vue d’une foule de symptômes plus variés les uns que les autres, réunis sans lien logique, physiologique et pathologique. Comment trouver le médicament individuel et particulier qui réponde à l’individualité de la personne, au milieu de ce dédale de matériaux, comment établir des comparaisons entre les
symptômes, au milieu de ce nombre immense do symptômes presque identiques? Ce sont autant de desiderata qui, je le reconnais, ont éloigné beaucoup de personnes de l’étude de l’homœopathie, ce sont autant de difficultés qu’on a cherché à vaincre en marquant les symptômes caractéristiques, observés par le plus grand nombre d’expérimentateurs. Mais comme ceux qui veulent se livrer à l’étude de la matière médicale n’en éprouvent pas un embarras moins grand, il serait à désirer qu’au milieu de ce chaos de symptômes, qu’au milieu de cette confusion qui règne dans la matière médicale où les expériences sont incomplètes, les observations fausses quelquefois et le caractère véritable des médicaments inconnus, il serait à désirer, dis-je, qu’on recommençât ces expériences sur un très-grand nombre de personnes, et les phénomènes alors, seraient d’autant plus caractéristiques qu’on les aurait observés un bien plus grand nombre de fois; c’est la seule manière de ne plus avoir l’image du médicament, si souvent troublée par le nombre infini de symptômes. Nous sommes, je crois, tous d’accord sur ce point.
2° Les insuccès proviennent encore du malade quand il y a manque ou excès de réceptivité pour l’action de la substance médicinale, quoique très-convenablement choisie, quand, par bêtise, par ignorance, par entêtement ou par incurie, il n’a pas observé fidèlement les prescriptions de son médecin. Que de malades qui, une fois rétablis, après avoir échappé au plus grand danger, croient qu’ils ne seraient pas parfaitement remis, s’ils n’avaient recours, comme ils le disent, à une petite purge ! Si elle passe inaperçue, ce sera une raison de plus pour le convalescent, non-seulement d’en prendre à chaque indisposition, mais encore de conseiller le même moyen à ses amis et connaissances. — Si, au contraire, cette purgation le fait retomber malade, il se gardera bien de vous avouer l’impru-
dence qu’il a commise, et plus la rechute sera grave , moins il sera disposé à vous. faire de coupables aveux. Telle est cependant, messieurs, cette pauvre humanité !
3° Nos insuccès proviennent enfin de la maladie, quand la puissance morbide a envahi de telle sorte l’organisme, qu’elle ne nous donne pas le temps d’agir, ou bien que la désorganisation ou transformation des tissus organiques est arrivée à un point qu’il ne nous reste plus, à nous comme à vous, qu’à soulager, consoler et soutenir le malheureux qui est voué à une mort certaine. Dans ce cas, notre rôle, h nous comme à vous, devient tout passif et doit se borner à pallier les douleurs qu’enfante le mal. Mais toutes les fois qu'une maladie ne présente pas de désorganisation évidente <|es tissus, elle peut être guérie. Le seul moyen pour arriver à ce résultat, consiste à trouver un agent qui ait déjci produit sur un organisme sain des désordres aussi semblables que possibles à ceux que vous voulez arrêter. Si cette loi n’existe pas, comment m’expliquerezvous ces guérisons si nombreuses dont beaucoup d’entre vous ont été témoins et souvent miraculeuses, qui font la puissance de l’homœopathie !
Si vous admettez que ces résultats positifs, réels, concluants aient été obtenus en dehors de la médecine, c’est nier la science en général, et la médecine en particulier. Dans le cas contraire , il faut les accepter et en faire honneur à la loi homœopathique, sans crier pour cela au miracle : car, nous ne sommes pas de ceux qui poussons l’ardeur jusqu’à la témérité et la fougue jusqu’au fanatisme» Mais n’est-il pas juste que nous revendiquions la part bien légitime qui revient à l’homœopathie dans la guérison des maladies.
Au reproche que nous adressent nos adversaires de ne faire que de l’expectation, j’y répondrai dans la prochaine séance.