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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L’HYGIÈNE

-MOYENS PHARMACEUTIQUES ET PROPHYLACTIQUES EMPLOYÉS DANS LA CRAINTE D’UNE INVASION ÉPIDÉMIQUE.

Messieurs ,

Guérir les maladies ne doit pas être la seule préoccupation du médecin, son rôle doit être surtout de les prévenir. La perfection idéale de la médecine serait de nous débarrasser de toutes ces terribles affections qui minent l'existence, en sorte que chacun de nous ne mourût que de vieillesse.

Cette nouvelle pratique, la prophylaxie, s’adresse donc à tous les médecins, auxquels sont remis non plus seulement ici l’administration de soins médicinaux à quelques malades, mais l’application à l’universalité des êtres, d’une méthode régénératrice de l’humanité.

Qu’y a-t-il de plus cher au monde que la santé?

Alors véritablement aura accompli sa mission, celui qui fournira les moyens de neutraliser les puissances de destruction et, par contre, de rendre à l'organisme toute la vigueur vitale dont il était privé, opprimé qu’il était par un principe morbide dont les tendances ne peuvent être que de plus en plus envahissantes.

Bordeu, le grand Bordeu, cet homme de génie, comme

dit le docteur Gastier, ce médecin illustre qui a dominé de si haut, devancé de si loin, l’époque médicale où il a vécu, proposait dans une dissertation sur les écrouelles , d’en délivrer notre espèce, en la soumettant à un traitement prophylactique. Il pensait qu’en soumettant la mère, c’est-à-dire l’enfantparla mère en état de gestation, à l’usage des moyens propres à combattre utilement cette maladie , on pourrait en attaquer et en détruire le germe. « Il est bon, dit-il, vol. I, p, 469, d’entreprendre cette curation ad ovo , et de commencer, lorsque l’on peut, par traiter le père et la mère; en effet, nous avons observé que les pères écrouelleux avaient fait des enfants plus vigoureux après avoir été guéris, après avoir changé d’air, et après avoir pris nos eaux des Pyrénées.

« Et en effet, ajoute-t-il, pourquoi ne pas donner à l’enfant nouveau-né, outre une bonne nourriture choisie, comme on le fait ordinairement, desremèdes capables d’emporter l’impression héréditaire? Pourquoi ne pas traiter sa nourrice, afin de lui faire téter un lait chargé de principes qui puissent s’opposer au progrès du virus? etc., etc. »

A un de nos vétérans en liomœopathie, à M. le docteur Gastier , mon maître, à cet homme infatigable, à ce travailleur intrépide, revenait l’honneur et la gloire tout à la fois dé féconder cette première pensée de Bordeu. 11 se mit donc à l’œuvre, et grâce à ses travaux, nous devons d’avoir une méthode dont les bienfaits ne sauraient' être calculés, tant elle renferme d’avenir. C’est donc sous le patronage de ce nom, l’un des plus vénérés parmi nous, que je développerai cette œuvre grandiose.

Prophylaxie, hygiène, c’est tout un au fond; la préservation des maladies est leur objet commun. L’élément vital auquel leurs moyens s’adressent, ainsi que le principe d’appropriation de ces moyens, sont les mêmes, pour l’une comme pour l’autre*

Hahnemann ne s’étant occupé de l’hygiène que dans ses rapports avec le traitement des maladies, l’objet de la méthode prophylactique que nous proposons, n’est autre que de faire, pour quelques prédispositions morbides, l’application des mêmes principes qui servent de règle générale aux enseignements de l’hygiène dont les préceptes reposent tous sur la loi des semblables.

En pathologie , nous avons vu un être morbide réclamer de préférence un être médicamenteux semblable à lui quant aux effets , tel que nous l’indiquait la thérapeutique.

En physiologie et en hygiène surtout puisque c’est cette dernière question qui nous occupe, nous verrons qu’aux éléments sains ou physiologiques, conviennent de préférence les éléments naturels qui ne produisent qu’un ordre de phénomènes connus, lesquels seront d’autant plus parfaits, que les éléments naturels ou extérieurs sérontmiewÆ appropriés ou similaires, ce que nous reconnaîtrons à la production et à la régularité de toutes les fonctions, à l’observation et à l’expérimentation bien étudiée, bien comprise et surtout bien interprétée de ces éléments sur l’homme.

Chaque besoin de l’organisme, dit le docteur Gastier, se rapporte à une faculté, et la satisfaction de ce besoin est sous la dépendance des modificateurs à quelque ordre qu’ils puissent appartenir, pourvu qu’ils soient parfaitement harmoniques ou semblables à ce même organisme , c’est à dire qu’en l’absence de ce même besoin, les modificateurs à eux seuls suffiraient pour le faire naître. Ainsi de même que vous éprouvez un certain plaisir à calmer votre appétit et à étancher votre soif, quand le besoin s’en fait sentir, de même les aliments et les boissons peuvent à eux seuls, en dehors de tout besoin, vous faire naître le désir d’y recourir , c’est ce qu’on appelle l’appétit venir en mangeant. De même qu’une passion vive et ardente ne peut s’appaiser

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qu'auprès de l’objet aimé, l’apparition de ce même objet suffit à lui seul pour procurer cet enivrement en dehors de toute attente et satisfaire avant le temps une passion qui devait s’éveiller plus tard. Un avare n'est heureux qu’enfermé avec son trésor, le savant ne se plaît que dans l’étude , le misanthrope dans la retraite , l’homme de plaisir dans les fêtes, le jeu et les réjouissances, l 'homme pieuxdans le recueillement et la prière. De même en l’absence de tout besoin, des livres suffiraient pour éveiller chez le savant le désir d’étudier, de travailler; la vue de la solitude pour rendre le misanthrope à ses goûts; la lecture d’ouvrages de religion et le contact d’hommes voués, aux exercices de piété, pour faire naître chez le dernier des goûts semblables. Sous l’influence des modificateurs apparaissent après un temps plus ou moins long, un certain nombre de phénomènes ou symptômes physiologiques essentiels qui, partant de tel organe ou de tel système organique, vont affecter plus ou moins tout l’organisme, en raison de la vie générale et commune qui anime les parties intégrantes du même tout, ce qui constitue la sympathie.

Quoique chaque organe ait un jeu différent, la plus grande solidarité existe entre eux; c’est, l’on peut dire, la diversité dans l’unité. C’est pourquoi chaque modificateur répondra d’autant mieux aux besoins de l’économie qu’il sera mieux approprie, quoique des effets semblables puissent être produits par des agents différents.

Ainsi un enfant qui, au sortir du sein de sa mère, ne prend que du lait, comme nourriture mieux appropriée, pourrait au besoin trouver les mêmes éléments réparateurs dans des substances autres que le lait. A quelques modificationsprès, le résultat sera le même. Dans toutes lesphases de son origineà sa fin, la vitalité naît et ne se développe que sous l’influence de modificateurs plus ou moins bien appropriés. Ce qui revient à dire que ce que nous devons connaître avant

tout, c'est la valeur relative de a modificateurs que nous employons journellement, et non proscrire 1 un aux dépens de l’autre. Cette connaissance exacte des agents hygiéniques, nous 11e pouvons l’acquérir qu’en nous observant attentivement sans aucune idée préconçue , considérant le monde tel qu’il est et non ce qu’il a été ou ce qu’il pourrait être.

Messieurs, en traitant de la thérapeutique, nous avons dit: quelle que soit là maladie dont l’espèce humaine ait été antérieurement atteinte, du moment où elle ne présente pas une constitution appauvrie, où elle n’est pas débilitée par l’âge, dominée parles passions, les inquiétudes, les chagrins et les soucis, affaiblie par de mauvais penchants, un genre de vie plus mauvais encore, elle retrouvera à coup sûr cet état de santé dont elle jouissait précédemment. Une expérience de tous les jours vient, en effet, confirmer mon assertion.

Aujourd’hui, je viens vous annoncer que, non-seulement nous soulageons et guérissons nos malades, mais, que nous avons encore la prétention de conserver, d’améliorer et même de prévenir tes infirmités humaines. De même qu’il y a beaucoup plus de mérite à prévenir la misère qu’à la soulager ou à la réprimer, à créer des mœurs qui rendront inutiles toutes ces lois destinées à protéger la morale publique; de même, la plus belle mission du médecin doit être de prévenir les maladies.

Rien n’est sans doute plus conforme à l’humanité, que de secourir les malheureux, de vêtir l’homme nu, de tendre une main bienfaisante à quiconque a besoin. Mais, ne serait-il pas plus humain et plus charitable de prévenir la misère et d’empêcher les pauvres de pulluler.

Les états chrétiens et mahométans sont remplis d’hôpitaux vastes et richement dotés, dans lesquels on admire la pieuse charité de ceux qui les ont élevés. N’eùt-il donc pas

été plus humain, dès lo principe, dit un grand écrivain, «de bien gouverner les peuples, de leur procurer l’aisance, d’exciter et de favoriser l’industrie et le commerce, de les laisser jouir en sûreté du fruit de leurs travaux, que de les écraser sous un joug despotique, de les appauvrir par des guerres insensées, de les réduire à la mendicité pour satisfaire un luxe effréné, et de bâtir ensuite des monuments somptueux qui ne peuvent contenir qu’une très-petite portion de ceux qu’on a rendus misérables ? On ne s’est proposé que de donner le change aux hommes et au lieu de prévenir les maux, on n’applique jamais que des remèdes impuissants. »

Pour ce qui concerne la médecine; la réforme que nous voulons apporter, c’est de prévenir les maladies d’une manière générale d’abord et toute spéciale ensuite, en prenant l’enfant au sortir du sein de sa mère, pour le mettre à l’abri de toutes les souffrances qui l’attendent inévitablement dans un temps plus ou moins éloigné.

Pourquoi étendre à jamais, sur ces affreuses maladies comme le cancer, la phthisie, la peste et tant d autres affections, le suaire de la mort, au lieu d’ouvrir une route à l’espérance? En dehors du mercure, du quinquina, de l’antimoine et du vaccin, toutes les découvertes qui, dans ces derniers temps, s’accomplissent, doivent nous encourager dans ces idées.

Ces questions, messieurs, sont de la plus haute importance, elles intéressent tout à la fois la morale et la politique En conséquence, les considérations dans lesquelles je vais entrer en traitant de la prophylaxie, devraient être connues, comme je vous l’ai déjà dit, non-seulement de vous, mais encore des gens étrangers à notre art.

Aujourd’hui, sacbez-le, la majeure partie des membres qui composent la société offrent des traces de maladies chromques, et souvent plusieurs de ces maladies ont laisse des traces indélébiles, de sorte qu’on pourrait avouer sans

trop de témérité que l’humanité presque tout entière, sans être précisément malade, est valétudinaire.

L’espèce humaine, si belle en apparence, est bien laide, et bien misérable au fond.

Ainsi, les gens du monde qui passent leur vie dans l’inobservance des soins les plus simples et la violation flagrante des règles générales et particulières de l’hygièné, doivent s’attendre tôt ou tard à payer un tribut bien cher aux souffrances physiques et morales , en raison du peu dè soins qu’ils ont pris des conseils de leurs médecins.

Libre à eux, sans doute, de traîner une vie misérable qui se partage continuellement entre une santé douteuse et la maladie. Libre à eux de porter, au physique comme au moral, des stygmates qui ne s’effaceront jamais Complètement. Mais ce dont ils ne sont pas maîtres, c’est dé compromettre l’existence de ces petits êtres qui, un jour, doivent former la génération à venir. C’est au sort de ces petits malheureux que je veux vous intéresser.

Concevez que c’est un sujet bien digne de nos préoccupations que celui qui a pour but de régénérer l’espèce humaine.

Vous ne sauriez croire, Messieurs, à quel degré de dissolution nos mœurs se maintiennent toujours ; cela vient de Y ignorance et de la servitude dans lesquelles sont encore plongés les hommes. La science, la raison et la liberté peuvent seules en triompher un jour. Mais jüsque4à tout conspire à les aveugleT et à les Confirmer dans leurs égarements.

A propos d’hygiène morale, je me rappellerai toujours la discussion que j’eus avec un de nos plus illustres prélats, homme de progrès cependant, qui, étant venu me consulter pour une affection héréditaire, s’éleva Contré la société moderne, tonna contre l’ordre de choses établies et, dans son indignation, ne vit de salut pour elle

que dans une espèce de retraite générale, me vantant et me faisant admirer la morale de certaines sectes qui se condamnent à une claustration perpétuelle.

Heureusement, lui répondis-je, qu’elle n'est pratiquée que par un petit nombre de personnes, et encore trèsincomplétement. 11 est évident, comme je le faisais remarquer à cet éminent prélat, que la pratique littérale et rigoureuse d’une pareille morale entraînerait infailliblement la ruine des peuples. Car , dit un écrivain que j’ai déjà cité , « un homme qui voudrait , selon l’Église, tendre à la perfection devrait écarter de son esprit tout ce qui peut le détourner de ce qu’on lui fait envisager comme sa véritable patrie. Pour cela, il devrait continuellement prier, jeûner, se tourmenter, fuir le monde, s’abstenir de tout plaisir, ne voyant sur la terre que des tentations, des pièges, des occasions de se perdre; il devrait craindre la science, comme nuisible à la foi, et incompatible avec elle; il devrait fuir l’industrie, comme un moyen d’obtenir des richesses toujours fatales au salut ; il devrait renoncer aux emplois et aux honneurs, comme à des choses capables d’exciter son orgueil et de le distraire du soin de penser à son âme ; en un mot, cetle morale, si elle n’était impraticable, briserait tous les liens de la société; car un être de cette nature, d’une humeur toujours chagrine, mécontente et souvent turbulente, n’étant utile qu'à lui-même, la société ne tarderait pas à être dissoute. Une morale qui contredit la nature de l’homme, n’est pas faite pour lui. » De même nous devons réprouver ces penchants déréglés, cette dépravation dans les mœurs dont les résultats sont de donner le jour à de petits êtres soulTreteux condamnés à mener l’existence la plus appauvrie.

Devrai-je pour cela blâmer les passions chez l’homme, non! car elles sont de son essence; un homme sans passions

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