‹ Cours d'homœopathieChapitre 9 sur 44 · MONSIEUR LE PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE PRÉSIDENT

(« Dans un discours prononcé au sein de l’Académie, dans sa séance du 7 décembre courant, M. le docteur Bouillaud a fait

(1) Vous auriez dû écrire à l’Académie.

contre la doctrine homœopalhique une sortie un peu vive, ii laquelle môme on pourrait reprocher delà violence, si celle partie de son discours, dominée et protégée par la haute moralité qui en fait le fond, n’en excusait suffisamment ce vice purement de forme. — Nous qui, cependant, professons dès longtemps pour la doctrine attaquée par cet hoîiorable académicien, une conviction que nous croyons pleinement justifiée, nous avons, par une lettre au docteur Bouillaud, répondu à son appel, l’adjurant de réaliser le plus tôt possible l’épreuve si chaleureusement réclamée par lui, et que nous acceptons avec bonheur, afin de mettre le terme le plus prompt à ce trafic honteux, scandaleux, dont la pratique de notre art est. depuis trop longtemps l’objet, et d’en finir une bonne fois, non*en un jour cependant, comme l'a dit l\l. Bouillaud, avec ces jongleurs et ces charlatans qui l’exploitent et le déshonorent. M. Bouillaud, dans sa réponse à notre lettre, se déclare sans aucun pouvoir pour cela. 11 n’a, me dit- il, auprès des autorités compélentes, ni crédit, ni influence quelconque dont il puisse disposer il ces fins, et il m’invite en conséquence à m’adresser il l’Académie elle-même. En effet, en permettant son attaque, celle assemblée a nécessairement accepté sa grartde part de solidarité dans l’engagement pris par lui devant elle; et seule elle est toute-puissante pour la réalisation de l’épreuve qu’il a demandée, et qu’il est prêt a soutenir, comme nous le sommes notis-même. Je viens donc, Monsieur le Président, vous prier au nom de la justice, et dans le double intérêt de la science et de l’humanité, d’appeler sur ce sujet de ma lettre la plus sérieuse attention de l’Académie, et de solliciter de l’administration compétente que la doctrine médicale homœopatique que nous professons soit soumise à l’épreuve demandée, comparativement avec toute autre doctrine médicale, quels (pie soient d’ailleurs le médecin ou les médecins chargés d’en diriger l’application clinique; cela nous est tout un, car, h l’égard de l'erreur, nonobstant la diversité de ses formes, on peut dire qu’elle est une au fond, comme on le dit de la vérité. En s asso-

cianl ainsi à l'initiative généreuse de l’un de ses honorables membres, voire Compagnie, (jucl que soit le résullal de l’épreuve, aura, dans celle question la plus vaste cl du plus liant inlérôl scientifique et liumanilaire, satisfait à la condition de son existence, essentiellement vouée à la recherche de la vérité. — Que si, par un scrupule qu’on peut prévoir, l’Académie est ariêlée par la crainte de compromettre la vie des malades qui, dans ces épreuves, échoieraienl à la doctrine homœopalhique, nous pourrions, pour les rassurer à cet égard, leur communiquer des résultats publiés de notre pratique pendant 48 ans, dans l'hôpital de Tlioissey. Du reste, le nom ainsi que la pratique de l’homœopalliie sont aujourd'hui assez généralement répandus pour que, selon toute justice (et ce sera pour nous une condition de l’épreuve), il ne soit pas fait d’application de celle doctrine qu’aux seuls malades qui en auront exprimé la volonté ou le désir exprès.

« Agréez, Monsieur le Président, l’assurance de ma haute considération et de mon respect.

« A. F. Gastjeii, D. M. //. »

Nous attendîmes, nous attendîmes toujours... nous attendons encore... qu’il plaise à la docte Assemblée de nous répond ro.

Cependant le docteur Gastier, habitué à la lutte tant comme ancien représentant du peuple que comme médecin liomœ.pathe, ne voulut pas quitter Paris avant d’avoir tenté un dernier effort auprès de M. Bouillaud, qui à l’exemple doses collègues jugea prudent de faire à son tour la sourde oreille. Voir la lettre suivante :

b F T 'l' Il E D U DOC T E IJ P, G A S T I E II

A M. LE PBOFESSEI R BOUILLAUD,

Tros-honoré Confrère (I).

« Décidément. l’Académie fait la sourde oreille. Voilà plus de

( D ie mfi Ivtrne a cette simple et générale appellation, sans y apporter la restriction tpie vous avez cru devoir y inellre a mon cjrard au début de votre réponse à ma

(leux moisquê nous avons faitappel & sa justice, à sa dignité, à son honneur!,.. — Silence!... Fière et impitoyable comme la mort, dont tout au plus, pourrait-on dire , elle n’est que l’humble et fidèle servante,

Ou a beau la prier,

La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles Et nous laisse crier.

« Après avoir permis, encouragé vos paroles; après avoir souri ii vos provocations menaçantes, applaudi au défi hardiment porté par vous dans son sein ii la doctrine homœopalhique, et s’être, en quelque sotje, associée à l’expression de vos sentiments que par ce fait elle a fait siens, elle vous délaisse alors qu’il s’agit de vous suivre et de donner satisfaction à votre appel; elle dépouille ainsi cet appel du caractèregénéreuxque nous nousplaisions à lui reconnaître. La troupe des membres dont elle se compose, si hautaine et si belliqueuse dans le huis-clos de ses séances, s’est sentie prise d’une terreur soudaine à l’appel que nous lui avons fait sur votre invitation, de déployer au dehors son drapeau bigarré, et de venir, sur le terrain de la pratique, mesurer avec les nôtres ses armes si variées, si riches, dont elle a l’air d’être si fière, mais dont au fond elle reconnaît toute la faiblesse, et sait bien que l’éclat apparent n’est qu’un vain bariolage incapable de soutenir au grand jour de la publicité l’épreuve d’une lutte franche et sérieuse. Elle a eu peur alors, et, au lieu de sortir de son camp, elle s’y

première lettre. Je suis médecin non allopathe, et je vous honore trop vousmème pour vous appliquer cette qualification particulière. Vous avez un système à vous, système qui, bien compris dans son principe, peut un jour vous amener à la reconnaissance de l’homœopathie, de laquelle je no dirai pas précisément qu'il procède, mais à laquelle il se rapporte et qui en explique tous les succès. L'allopathe, lui, n’en a point. 11 'est éclectique, et sa doctrine n’est qu’une réunion confuse île systèmes différents, plus ou moins opposés entre eux ou contradictoires ; systèmes juxtaposés, superposés, interposés, amalgamés pêle-mêle, et composant ensemble cet imbroglio qu’on nomme communément doctrine offi ielle ou doctrine des croies, en un mot, allopathie. Vous voyez donc que vous n'èles point avec les allopathes. Votre office se borne à soigner les malades, le leur à les tuer de cent façons diverses.

est renfermée, retranchée, tenu coite, clans le silence le pluspro* fond mais aussi le plus significatif. Dans la crainte d’une éclatante et décisive défaite, elle nous a abandonné, sans combattre, une victoire qui lui réserve ainsi l’espoir d’un retour possible. Ne pouvant gagner la bataille, elle cherche à gagner du temps. Comme le vieil Horace d son fils, elle s’est dit :

Par cet heureux calcul retardant ma défaite,

Je ne serai du moins qu’un peu plus tard sujette.

« Le public jugera.

« Oh ! que Sully avait raison lorsqu’il disait : Si la sagesse descendait sur la terre, elle aimerait mieux se loger dans la tête d’un homme que dans celle d’une compagnie; et notre Béranger quand

stygmalisait l’esprit de corps qui règne en toute Académie.

Où le bon sens est, quoi qu’on dise,

Solidaire de la sottise...

« La conduite de l’Académie en cette Circonstance me rappelle un fait historique, au souvenir duquel, tout grave qu’il soit, je ne puis me retenir de rire : c’est la frayeur dont fut saisie l’armée des Perses à la rencontre de celle de Théodose qu’ils avaient cependant provoquée au combat, et devant laquelle ils s’enfuirent en désordre, lui abandonnant ainsi sans combattre la victoire qu’ils sentaient ne pouvoir lui disputer.

(( Dans cet état des choses, très-honoré Confrère, vous comprendrez que, provoqués, insultés comme nous l’avons été dans un discours auquel il ne nous a point été permis de répondre, et privés de tout autre moyen' de nous défendre, nous ayions rendu publique notre réponse il une attaque qui l’avait été elle-même, afin d’atténuer autant qu’il était possible l’outrage d’un défi dont la honte nous fut restée si la réponse que nous y avons faite ne fut venue, par sa publicité, rejeter cette honte sur qui de droit. A défaut de la réparation demandée, un homme insulté n’a d’autre moyen de laver son injure que d’en appeler il la. publicité , c’esl-ii-dire de prendre le public ti témoin de l’injustice et de la

lâcheté de Fallaque dont il a été l’objet, el de se donner aimfl ii lui-même celle satisfaction à défaut de celle qui lui est refusée. Ma conduite vis-ii- vis de vous exigeait celle explication de ma part, au moment de quitter Paris où je n’ai prolongé mon séjour que pour aliendre la décision de l’Académie.

« Le but unique de ma première lellre, Irès-lionoré Confrère (el vous l’avez compris, parce que vous êtes un homme de cœur eide conviction, que vous ne vous passionnez — ce sont vos paroles — que pour la justice et la vérité, et qu’en conséquence, tout en soutenant avec la chaleur d’une irrécusable bonne foi, une opinion selon nous erronée, ce tribut d’erreur que vous payez h votre nature d’homme ne vous empêche pas de reconnaître dans ceux qui professent une opinion différente, une conviction — également pure et vraie, une probité également consciencieuse), le but de ma première lettre, dis-je, était de saisir l’occasion qui m’était offerte par la vôtre d'appeler sur la doctrine médicale que je professe la plus sérieuse attention de l’Académie; de protester une dernière fois, avant de me retirer, contre ces imputations banales de jongleurs, de charlatans, d’ignorants, d’illuminés, si gratuitement jetées à la face des homœopalhes ; de montrer en particulier, qu’après une élude et une pratique de vingt années dans les Voies obscures, embarrassées, incertaines ou changeantes des doctrines allopaliques, c’est à bon escient que nous avons abandonné le drapeau bariolé de l’école officielle pour la pure et simple doctrine d’Hippocrate, enrichie de la matière médicale pure de S. Hahnemann, quicn est l'heureux couronnement, le complément logique, obligé, pourrions-nous dire; el que, par conséquent, sous le double rapport de la pathologie et de la thérapeutique, en suivantes vrais enseignements de la nature, ce n’est pas àun mythe que nous avons sacrifié, mais bien à une belle et féconde réalité; que ce n’est pas un néant, un rien, comme vous l’avez dit, qui constitue notre doctrine, mais qu’elle repose, en principe, sur la plus solide base, sur la plus universelle et la plus éclatante vérité; qu’en pratique, son application est fondée sur la spécialité la

plus rigoureuse» de ses agents employés eux-mêmes clans la condition de la plus exacte appropriation; — qu’en conséquence notre doctrine n’est ni absurde, ni vide, comme vous le prétendez, et que c’est bien plutôt au monstrueux ridicule et amalgame dont se composent les doclrines officielles qu’il faudrait renvoyer de telles imputations. J’espérais être mis dans le cas, au lit des malades, de vous offrir la preuve expérimentale de toutes ces choses; et, de ces faits cliniques, irrécusables, remontant au principe qu’ils révèlent et d’où ils procèdent, vous obliger, sinon à reconnaître tout d’abord la doclrinequi les résume, à revenir au moins de vos injustes préventions à son égard. Dans le secret de ma pensée, vous le dirai-je, j’élevais même plus haut mes espérances : vous avez adopté une doctrine pathologique conformément ii laquelle votre pratique a dû, dans quelques cas particuliers, vous offrir des effets curatifs immédiats. Or, ces résultats dans ces oas particuliers devant, d’après mes convictions, procéder du principe sur lequel est fondée notre propre doctrine, j’espérais vous montrer dans ces résultats le rapport essentiel de votre doctrine avec la nôtre, dégager eL mettre en relief, à la lumière de ces faits, le principe méconnu auquel seul il me semble physiologiquement possible de les rapporter, et vous amener ainsi à la reconnaissance du principe de notre propre doctrine comme origine synthétique de vos succès les plus réels. J’allais plus loin encore: cédant aux suggestions d’une bonne foi simpliste, dans l’aveu de laquelle vous voudrez bien, je vous prie , ne voir que la mesure de ma confiance en votre loyale franchise, en votre indépendance de caractère, non moins qu’en votre passion sincère pour la justice et la vérité, je complais me montrer à vous, non en ennemi, mais en adversaire généreux, et, dans le:- intervalles de nos services nosocomiaux, profilant des instants que vos autres occupations vous permettraient de m’accorder, je me proposais, dans des causeries familières, de reporter votre attention sur la considération des (pici'isons spontanées-, d’analyser avec vous les circonstances et les conditions dans lesquelles ces guérisons s’opè-

renl, les causes de leur retard quand elles se font attendre, celles enfin de leur empêchement dans les cas de terminaisons lunesles des maladies. De ces considérations je pensais m’élever avec vous aux moyens les plus rationnels et les plus propres à lever ou faire cesser les obstacles k la guérison, k aider le travail de la nature, et à conjurer autant que possible cette issue funeste (ce qui, en dehors de tout verbiage scientifique, résume tout l’office du médecin) par une exacte et juste appréciation du mode d’action des diverses méthodes ou procédés curatifs susceptibles de concourir k celle fin. Remarquez que je dis ici des diverses méthodes ou procédés, et non de la méthode ou procédé curatifs, parce que, dans ma pensée, bien que le mode d’action de ces divers procédés curatifs soit essentiellement un, cette unité-principe n’exclut pas la diversité des moyens de réalisation, comme je crois l’avoir démontré il y a bien longtemps dans un mémoire sur la concordance d’action de toutes les méthodes véritablement curatives. Seulement, comme en géométrie la ligne droite est la plus courte pour arriver k un point déterminé, le procédé honiœopalhique, proprement dit, est, en médecine, le plus court pour arriver k la solution du problème de la maladie. Or, ici lè plus court veut dire le plus direct, le plus sûr, le plus doux, le moins chanceux, le plus prudent, le plus consciencieux, le meilleur, en un mot, et par conséquent le seul admissible dans la pratique médicale : conclusion qui fut devenue le corollaire de nos entretiens sur ces matières.

«Voilk pour l’imputation d’absurde adressée k notre doctrine.

« Quant au reproche de nullité fait k la ténuité de nos agents médicamenteux, je vous eusse démontré par une masse de considérations et de faits capables de remplir l 'in-octavo le plus compacte, que cette forme logique, plus ou moins obligatoire, sous laquelle nous administrons nos médicaments, qui d’ailleurs ont une même origine que les vôtres, consiste essentiellement en un çsprit ou principe virtuel de la substance d’où on les lire, de son principe dynamique, comme on dit dans notre école, de son

essence ou quintessence toxique ou pathogénique, devrions-nous dire, pour être encore plus conséquents avec le principe véritablement fondamental de notre doctrine. Sous celle forme l’agenL médicamenteux, loin d’être de nul effet, comme il semble dans la vulgaire manière d’envisager les choses, est au contraire plus sûr et plus précis dans son action mieux appropriée; il pénètre, se répand et s’insinue d’une façon plus instantanée, plus générale, plus profonde, plus intime et plus durable dans l’économie; et, ainsi dégagé de toute matière hétérogène, dans cet état véritablement élémentaire où notre posologie le réduit, il s’assimile plus aisément avec le principe, également élémentaire et purement dynamique, sous lequel nous considérons le miasme morbide ou pathologique. La forme grossière sous laquelle votre école continue è administrer ses médicaments est un reste d’erreur dont elle tend chaque jour h s’affranchir. Les sels, les produits extractifs, les teintures qu’elle tire des substances médicamenteuses, sont un commencement de réforme portée déjà par notre posologie à son entier complément. Ici, comme dans la production de tous les phénomènes de la nature, le principe qui opère n'a aucune forme que puissent saisir nos sens; et la matière par ellemême est absolument étrangère ou inutile au moins à son opération. Celte vérité, reconnue par un grand nombre de médecins, et parmi nous entre autres, avouée par Broussais et Bécamier, au terme de leur carrière, mise hors de doute d’ailleurs par le progrès des sciences physiques et dont les expériences récentes de Philips, en Amérique, ont en quelque sorte, si l’on peut ainsi dire, matérialisé la démonstration, cette vérité, disons-nous, n’est point nouvelle et n’appartient pas au fond à notre école. La simple contemplation des faits et merveilles de la nature l’a révélée aux esprits méditatifs de tous les temps, ainsi qu’on le voit par ce vers de Lucrèce, qui, sous forme de conclusion, résume admirablement les faits qui la constatent :

Corporibus cœcis igitur natura gerit res.

(De nat. rerum, lit). 1. v. 228.)

« lu esprit comme le vôtre, très-honoré confrère, ne se serait, pas tait uneaulre idée des choses ; aussi aurais-je peu insisté sur de telles considérations qui, je le répète, sont plutôt une conséquence naturellement déduite du principe de notre doctrine qu’une condition obligée de son acceptation. La doctrine ainsi justifiée, au fond, de la double imputation d’absurdité et de nullité que vous lui avez trop légèrement adressée, je vous aurais pris lout-à-l'ait à part, et, loin des oreilles profanes, je vous eusse confidentiellement demandé ce que vous pensez sérieusement des doctrines allopathiques; si vous croyez qu’elles soient arrivées à ce point d’avancement de satisfaire à toutes les exigences de l’art de guérir, et de pouvoir dédaigner tout progrès ultérieur ? Au besoin je vous aurais rappelé sur ce point l’opinion des médecins les plus illustres de tous les âges (vous disant bas à l’oreille, par pudeur et de peur de scandale, ce que euxmêmes n’ont pas craint d’écrire et d’exposer même dans leur chaire de professeur), jusqu’à Magendie inclusivement, pas audelà, entendez vous bien, afin de ne point porter atteinte à la considération des sceptiques vivants, s’il en est encore parmi vous, dont le mépris pour les principes de la science pût honnêtement se concilier avec l’acceptation des honneurs et des autres avantages attachés aux exercices de sa pratique et de son enseignement. Peu satisfait, et d’une opinion semblable à la nôtre, je le suppose, sur ces étranges anomalies, j’aurais ensuite interrogé votre jugement sur la doctrine d’Hippocrate, celle grande gloire qui s’est conservée à travers les âges comme la nature qui est le fondement de celle doctrine. Je vous aurais demandé pourquoi la splendeur de celle-ci n’a jamais éprouvé le moindre obscurcissement de l’apparition des divers systèmes qui ont tourbillonné autour d’elle, et qui, comme* des météores, ont disparu de l’horizon de la science sans laisser de traces. Oh! sur ce point, je n’en fais nul doute, votre jugement se fût rallié à celui des Fernel, des Durel, des Bâillon, des Sydenham, des Slhall, des Boërrhaave, des Sloll, des Baglivi, des Bordeu, des Barthez, des

(irimautl, des Huffland, des Pinel, des Laënec, elc., de tous les praticiens, en un mot, à la fois les plus considérables et les plus consciencieux, qui, aux diverses épocpies de la science, ont le plus honoré notre profession. Or, vous le savez, Hippocrate n’employait pas ordinairement, à proprement parler, des médicaments. Ce grand philosophe, qui plaçait la probité avant la science dans l’exercice de la médecine, n’eùt pas osé, dans l’ignorance où il était des effets purs des médicaments, exposer par leur emploi la vçe de ses malades ; aussi, à part sa tisane d’orge et la diète, toutes ses médications se bornaient-elles, en général, à diverses excitations directes de la peau. 11 se contentait d’observer et de noter avec un soin, une intelligence et une profondeur d’appréciation où il est demeuré supérieur, la marche naturelle des maladies, et leurs évolutions diverses de leur début à leur terminaison, fondant sur ses observations leur étiologie, leurs signes ou indications significatives, leur diagnostic, leur pronostic, etc. Ces divers points arrêtés entre nous, et après être convenus, si telle eut été votre pensée, qu’il n’y aurait rien de compromettant, pour le médecin non plus que pour le malade, à soumettre celui-ci au régine d’Hippocrate, nous aurions ensemble établi, sur les renseignements de ce père de la médecine, le diagnostic et le pronostic de quelques maladies à symptômes bien déterminés, apparents, sensibles, et non moins difficiles à simuler qu’à dissimuler, tels, par exemple, que ceux qui caractérisent diverses affections aigiies de la peau : l’érysipèle, l’impétigo des enfants, certains abcès, le panaris, le furoncle, l’antrax, les pâles couleurs chez les jeunes filles, la leucorrhée, les méthrorragies, les dyssenteries et les diarrhées diverses, sur les symptômes, la marche, la durée et la terminaison desquelles l’action des médicaments eût pu être manifeste. Nous aurions également fixé, d’une manière rigoureuse, le diagnostic et le pronostic de certaines affections chroniques à symptômes apparents, telles que fies, ulcères, hernies, musculations involontaires, vomissements des femmes enceintes, gonflements scrofuleux, hémori’hoïdes

graves, etc., elc., toutes affections notables, palpables, indéniables ; et, sans adresser à ces maladies d’autre médication que ces globules incompris, exactement appropriés à l’ensemble des symptômes de ces maladies clans l’esprit de la doctrine homœopalhique, je vous eusse laissé juge vous-même, d’après leurs efl'els bien constatés, de la vertu réelle de ces alôraes médicamenteux tant dédaignés, et de la valeur de la doctrine qui en aurait formulé l’indication. Et puis, après cela, analysant les conditions du rapport obligé du médicament avec le symptôme qu’il aurait supprimé, ou l’ensemble des symptômes dont il aurait, au début, prévenu et enrayé la succession, je vous eusse fait juge encore de la diversité des éludes nécessaires à la réalisation de toutes ces choses qu’il vous eût fallu reconnaître, et je vous aurais appris de la sorte s’il est vrai, comme vous avez eu l’imprudence de l’affirmer, que nous traitons les maladies que nous ne connaissons pas.

« Très-lionoré Confrère, en même temps que je vous aurais édifié tout ci la fois sur les difficultés de plus d’un genre attachées à la détermination de cette exacte appropriation qui est la condition , des succès de notre pratique, et par conséquent sur l’inanité des prétendus essais de médecins étrangers à notre doctrine, j’aurais levé le voile qui vous dérobe la vérité, et sous lequel, en réalité, s’abrite le véritable motif de la répulsion dont cetle doctrine a été jusqu’ici l’objet de la part de votre école. Je me flallaiçqu’alors (tant était aveugle ma confiance en votre indépendance de caractère, en votre amour de la justice et de ta vérité !), vous rendant à l’évidence des faits, vous vous fussiez, vous et tous ceux que votre exemple eût nécessairement entraînés, convertis ûnolre doctrine nouvelle. Car vous êtes homme de progrès, m’at-on dit, et le progrès n’est pas chose qui admette de restriction ; il s’étend è tout ce qui est bon, à tout ce dont la société peut recueillir quelque avantage, h tout ce qui peut, d’une façon quelconque, réaliser un mouvement de 1’liumanilé dans le sens du perfectionnement des choses, du bien-être et du bonheur des

hommes. Mais ce beau rêve — car loutcela n’était qu’un rêve — ne devait pas encore s’accomplir; et, sans trop m’étonner, le silence de l’Académie m’a péniblement désillusionné, je l’avoue, très-honoré confrère ; j’ai été vivement contrarié par. ce silence qui a mis un obstacle insurmontable à la réalisation de l’appel fait par vous à l’homœopalhie, de mesurer ses ressources avec celles de la doctrine que vous professez, dans une expérimentation comparative faite au grand jour de la publicité et sous le contrôle rigoureux d’un jury compétent: mais je le suis bien davantage de me trouver dans la nécessité de renoncer aux rapports de bonne confraternité que celle expérimentation m’aurait indubitablement permis d’établir avec vous. Je n’ai aucunement l’honneur de vous connaître personnellement, mais vos travaux et votre pratique médicale me sont connus, de même que vos discours et vos allures spontanées, vives et franches devant l’Académie, où se révèlent la loyauté de votre caractère et la sincérité de vos opinions. D’après cette allure indépendante de votre esprit, je ne mettais point de doute à ce que, statisticien avant tout, vous ne revinssiez d’une opinion, quelque ancienne et bien arrêtée qu’elle pût être dans vos convictions, en présence de résultats statistiques qui vous en eussent décelé l’erreur, ou seulement in fumé la valeur comparative. Car, enfin, bien que vous ayez, pendant ladurée de votre décanal à l’Ecole, fait à i’homœopathie une opposition systématique, acharnée, repoussant toute thèse dont le sujet louchait même indirectement à celte doctrine; bien que vous ayez dit quelque part, poussant votre scepticisme à l’égard des guérisons homœopalhiques au-delà du scepticisme proverbial de S. Thomas : quand même je verrais les succès de l'homæopathie , je n’y croirais pas ; bien que vous ayez poussé l’exagération dans cette circonstance jusqu’à dire encore : U faut avoir en soi assez de force d’ame pour refuser d’expérimenter . vous avez cédé plus lard à un généreux mouvement d’indépendance en provoquant des épreuves expérimentales comparatives des résultats pratiques qu’obtiennent les homœopathistes avec

ceux que vous obtenez vous-même dans les hôpitaux. Celle première concession étail de bon augure pour les disciples dcr Halinemann. Ils onl dû supposer que vous vouliez enlin interroger l’expérience sur l’efficaçité de leur procédé de guérison, avec la pensée de savoir ce qu’elle dit et ce,, qu’elle enseigne réellement, et non pour lui faire porter, ainsi qu’on l’a fait ailleurs, un masque qui la défigure et qui altère le sens de ses réponses; et ils ont dû concevoir l’espérance d’un amendement dans vos opinions, dès le moment où l’efiicacité de ces procédés vous serait démontrée par l’évidence des guérisons. N’aviez-vous pas dit, en effet, dans une discussion où, à la vérité, ce n’était pas l’homœopalliie qui étail en cause : que vous n’aspiriez qu’à l’honneur de placer vous-même la couronne sur le front de celui qui s’en montrerait le plus digne? La vraie nature de l’homme ne se révèle jamais mieux que dans de pareils contrastes. Que d’autres y voient les tergiversations d’un esprit mal affermi dans ses opinions, moi je n’y ai vu que de loyales et consciencieuses rétractations. Vous n’avez pas seulement dit, vous avez écrit que : a l'une des plus tristes lois que soit condamné à subir tout progrès est d’être en butte à une opposition , à une résistance proportionnée dans sa violence et sa ténacité à l’importance de la réforme au nombre des opinions qu’elle choque et des intérêts qu’elle compromet . » Convaincu que l’homœôpathie est un rien , un néant , une honte pour la médecine, et que ce n’est pas eu lançant contre elle cette accusation sans preuve que vous pouvez parvenir à convaincre ses partisans et ses adeptes, mais en le leur démontrant, vous avez provoqué ceux-ci à venir se soumettre avec vous à l’inexorable logique des faits. Ce qui prouve la générosité de vos sentiments, c’est que vous leur avez fait celle provocation sans autre pensée que celle de protester contre I importance usurpée d’une doctrine qui repose sur une double ABSURDITÉ, comme un vrai savant qui ne cherche que la vérité, en ne préoccupant son esprit ni de l’échec (pie peuvent en recevoir ses doctrines, ni du succès qui peut couronner celles

de ses adversaires. Vous savez Irès-bien que la vérité ne transige pas avec des faits qui se contredisent ; je le sais comme vous, et j’avais répondu avec bonheur à votre provocation, animé par l’espoir de vous conquérir à notre doctrine, attendu que j’ai dans la loyauté de vos sentiments, dans la franchise de vos paroles, une confiance égale à celle que j’ai dans l’excellence de la doctrine et dans la supériorité des procédés de guérison del’homœopathie. — Mais l’Académie l’a compris et n’a pas voulu nous laisser marcher l’un et l’autre dans la voie de l’expérimentation comparative que vous m’aviez ouverte et sur laquelle je suis et je serai, jusqu’au terme de mes jours, toujours disposé à vous suivre. L’Académie, dans cette circonstance, ne se montre-t-elle pas infidèle au principe de son institution qui est de favoriser incessamment le progrès de la science qu’elle représente? Je vous le demande, très-honoré confrère, en s’inspirant d’un sentiment de conservation au pi'ofit des erreurs qu’elle caresse, bien plus que du désir de faire briller la vérité médicale ; et en conservant le statu quo en présence d’une question qui intéresse au plus haut degré la dignité professionnelle des médecins, l’Académie ne justifie-t-elle pas à vos yeux toutes les qualifications ironiques qui lui ont été adressées, telles que celles de halle aux friperies médicales, de compagnie d'assurance contre la vie, etc. ; et, celle plus sévère par laquellele grand médecin Stahll (1), en assimilant les académies aux étables d’Augias, invoquait, pour lesbalayer, le

(I) Sthall a dit :/.« icgle admise en médecine de traiter les maladies par des îtmèdes contraires aux effets qu'elles manifestent , est complètement fausse et absur e. suis persuadé , comme Paracelse, ce fou / rodirjicux, qu'elles ne cèdent

jamais qu'aux agents susceptibles de déterminer dans l’économie une affection semblable. » En cherchant ii approfondir le motif de ce jugement si net, si explicite et si sévère de Sthall, on verrait la justification de l’épithète d’absurde dans I impossibilité de. concevoir un contraire autrement que comme un semblable au tond, c’est-a-dire comme la même chose portée au degré extrême d'atténuation de son principe. La nuit n’est que cela par rapport au jour, le froid par rapport au chaud. D’ailleurs, par l’épreuve des médicaments sur l’homme sain, oh peut trouver le semblable du mal; son contraire, jamais!

bras puissant d’un nouvel Hercule. Que faire contre celle infidélité et ce mauvais vouloir? se résigner, en attendant le vrai soleil au seul éclat duquel peuvent se dissiper les nuages par lesquels

on s'efforce d’obscurcir tous les horizons de la science ; — al- »

tente qui pourra être longue si l’on considère que c’ esté la faveur de ces ténèbres que l’ignorance s’entretient et se perpétue, et par elles que naissent et se soutiennent les erreurs et les abus dont s’alimentent les institutions dérisoirement appelées protectrices des intérêts de la science. Je me résigne donc, de guerre lasse et de dégoûts aussi, abandonnant à de plus heureux l’avantage de vous édifier sur la valeur de notre doctrine qui, tôtou tard,sachezle bien, doit être aussi la vôtre, car en elle est la vérité médicale.

« Agréez, je vous prie, très-honoré Confrère, la nouvelle assurance de ma haute estime et de ma considération la plus distinguée. A. F. Gastier, d.. m. h.

«P. S. Au moment de clore ma lettre, je reçois un journal où, è l’occasion de notre courte correspondance, un médecin, élranger sans doute è tout sentiment d’honneur, et, pour cette raison, accoutumé à ne chercher le motif de ses propres actions que dans les calculs d’un intérêt matériel et sordide, nous prêtant tout naturellement des sentiments qui seraient les siens, n’a vu, ditil, qu’une réclame dans la manifestation de notre juste susceptibilité aux paroles de votre discours devant l’Académie Le

misérable !.... H devrait comprendre au moins qu’il n’y a point de réclame possible, comme il l’entend, pour un vieillard, du moment que, se retirant de la scène du monde, il renonce par ce fait aux avantages supposés qu’il eût pu s’en promettre... Mais la passion ne raisonne pas. »

Messieurs,

Si liant placée que soit la renommée des Académiciens, elle ne peut, les dispenser d’usér de bonnefoi, d’être jusles, loyaux, et d’avoir plus de considération pour ceux qui ne partagent ni leur manière de voir, ni leur manière d agir.

Si nous ne devons pas compter sur la bienveillance de l'Académie, au moins sommes-nous en droit de compter sur sa justice. A ce titre, elle ne peut accepter ou repousser notre doctrine, la critiquer même, sans approfondir les principes sur lesquels elle repose, les méthodes qui la guident et les applications qui en découlent.

L'Académie refusa de donner au monde savant le spectacle d’une défaite honteuse et prévue d’avance. Elle savait qu’une fois la lutte engagée, l’existence de ses membres serait troublée, leurs intérêts compromis , la victoire devant nous appartenir. *

Elle savait que notre matière médicale et notre thérapeutique, qui reposent sur une loifixe etinvariable auraient fait pâlir leur empirisme brutal , une fois sur le champ de la pratique.

C’en était fait de tous les systèmes les plus contradictoires qui ont régné en médecine, et qui aujourd’hui encore ont pour représentants nos adversaires, les uns professeurs, les autres Académiciens.

Chaque médecin auraitpris fait et cause pour ou contre > Hahnemann le fondateur; chaque journal aurait arboré le drapeau allopathique ou homœopathique. — Chaque élève aurait consacré avec enthousiasme, sa vigueur juvénile, ses travaux et ses veilles à l’étude comparative des doctrines opposées.

La question aurait pris des proportions telles , qu’il aurait fallu à tout prix la résoudre en faveur de l’une ou de l’autre école. Ils l’ont compris, aussi se sont ils abstenus; ne sont-ils pas toujours les mêmes hommes sur lesquels la Gazette des hôpitaux du .31 octobre 1843, à l’occasion du discours que devait prononcer Royer-Collard pour la rentrée de l’école de Médecine, portait le jugement suivant :

<( Il n’y a ù Paris ni école , ni enseignement, il y a un établissement universitaire, où vingt-six professeurs, payés par

le budget, viennent individuellement imposer leurs opinions cl leurs doctrines, et où les élèves se préparent à leurs épreuves, en vue de tels ou telsexaminateurs... On ne comprend donc pas trop quelle exposition de principes pourra faire M. Royer-Collard d’une école absente. »

Ecoutez M. Fodera, membre de l’Académie de Paris :

« On est surpris, dit-il, de tant de différence dans la manière d’envisager les maladies, de tant de traitements divers; les uns, plus hardis, administrent des doses de médicaments héroïques (médicaments ou doses dont le vulgaire dit irrévérencieusement : Si le malade n’en meurt pas, il enquérira); les autres, plus timides, n’osent agir, attendent, avecimpatien.ee, les jours critiques (tilleul , mauve, sureau, etc.); d’autres s’amusent à faire delà médecine polypharmaceutique : l’un ordonne des purgatifs, l’autre l’émétique, un troisième fait toujours saigner, le quatrième fait jouer au calomélas le rôle d’une panacée universelle. Tout ce qu’on appelle pratique est, dans le fond, un mélange bizarre des restes surannés de tous les systèmes, de faits mal vus ou mal observés , et de routines transmises par nos pères... Or, si la science sert à nous diriger dans la pratique, qu’est-ce qu’une science qui pousse chacun de ses adeptes dans des routes diverses e t souvent opposées'!... Heureusement, pour l’amour-propre des uns et la sécurité des autres, que chaque médecin croit tenir la bonne doctrine, et que chaque malade croit avoir un bon médecin. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. »

Dernièrement encore n’entendiez-vous pas M. Malgaigne s’écrier, du haut de la tribune académique (8 janvier 1856): « Absence complète de doctrines scientifiques en médecine, absence de principes dans l’application de l’art, empirisme partout : voilà l’état de la médecine.. »

M. Valleix était-il moins explicite, quand il disait, dans son tiuide du Médecin praticien, t. I, p. 2 : « Que de regreb

on éprouve en voyant tant d’études, do veilles, de génie dépensés pour obtenir d' aussi faibles résultats! que d'erreurs pour quelques vérités ! »

Après de tels aveux que je pourrais multiplier, il me serait difficile, Messieurs, de porter sur l’école officielle un jugement plus sévère et plus vrai.

Laissons donc à l’Académie le scandale de ses actes.

Ce refus, de sa part, d’examiner notre doctrine, ces attaques lancées contre ceux qui la professent, sans nous reconnaître le droit de nous défendre, constituent, à mon avis, le fait le plus illogique, le plus injuste et le plus illégal. Plongé dans la routine, ce corps savant ne renoncera jamais à ses vieilles opinions, à ses connaissances, en un mot, à tout le savoir qu’il n’a acquis qu’à grand peine et par les travaux constants de toute sa vie. Les raisonnements les plus spécieux et les plus concluants n’arriveraient jamais à le convaincre et à lui faire accepter des idées nouvelles. Les intérêts avant tout, les opinions ensuite. Vous ne ferez jamais que ceux qui refusent d’ouvrir les yeux à la lumière puissent voir, ni que ceux qui se bouchent les oreilles puissent entendre.

Plutôt que de renier leur passé, ces vieux académiciens se retranchent dans le silence et la négation, s’endorment dans un demi-doute et une demi-conviction. Ils devraient savoir cependant que nous sommes à une époque où, s’opposer au triomphe de la raison , vouloir arrêter le cours de son char victorieux, c’est, courir le risque d’être écrasés.

Vous en avez des exemples frappants dans ces merveilleuses découvertes qui aujourd’hui nous frappent de stupeur et d’admiration. Tout le monde connaît ces trois mots: C’était donc vrai, que prononça Napoléon Ier, en se frappant le front, lorsqu’on le conduisant à Sainte- Hélène, il aperçut pour la première fois un vapeur anglais. Il sen-

tait., mais trop tard alors, quel turt il avait eu d'en appeler à une société savante pour juger une découverte qui avait été soumise par Fulton , l’inventeur, à son appréciation impartiale.

Les mêmes faits se reproduisirent, lors de la découverte de la télégraphie électrique, alors qu’apparut, pour la première fois, la prétention de faire porter la pensée par l’étincelle électrique d’un hémisphère à l’autre. -

J’en dirai autant de la photographie : la première idée qui surgit fut traitée de mensonge et de rêverie.

Toute innovation, en un mot, par le fait même qu’elle attaque les idées régnantes, suscite de toute part une violente opposition.

Tel fut le sort de la doctrine de Hahnemann. La vérité ne se fit jour que parce qu’elle eût pour défenseurs des hommes tout à fait désintéressés dans la question, et qui alors embrassèrent la cause avec une certaine chaleur.

11 semblerait qu’en dehors des corps savants, tout progrès devient impossible, que toute idée nouvelle doit être mise à l’index. C’est ainsi que l’illustre Kopemick, la gloire de la Pologne, fut persécuté, excommunié même (grave affaire) pour avoir voulu prouver la vérité de son système.

C’est ainsi que furent condamnés à mort les Socrate, les Galilée, dont les dernières paroles sont et resteront comme une protestation contre tout arrêt émanant d’un corps savant quelconque.

C’est ainsi que furent repoussées les plus belles découvertes: celles du Nouveau-Monde, de Y imprimerie, de la vaccine, etc., etc.

C’est ainsi que les Christophe Colomb, les Gutemberg, les Parmentier, les Franklin, les Fulton et tant d autres grands hommes, pour avoir mis au jour de grandes vérités, ont vu les productions de leur génie être accueillies par le dédaiu, l’ironie et souvent par l’anathême.

C’est ainsi que furent poursuivis et persécutés les Harvay , les Jenner et les Hahnemann.

C’est ainsi que tous les bienfaiteurs de l’humanité ont dû payer de leur fortune, de leur repos et souvent do leur vie le bien qu’ils ont voulu faire.

Cependant, Messieurs, la terre tourne'.... — Cependant la circulation du sang est reconnue aujourd’hui sans conteste ! — Cependant le vaccin, cette admirable découverte qui a trouvé les contradicteurs les plus obstinés et les plus opiniâtres, a pris tant de faveur aujourd’hui , que l’on considère et à juste titre , comme un crime de lèse-humanité de ne pas soumettre les enfants à cette méthode prophylactique.

De même la loi des semblables existe et plus l’opposition qu’on lui fera sera grande, plus son développement sera marqué.

Pourquoi faut-il, Messieurs, que dans toutes les sciences, à l’égard de toutes les découvertes vraiment utiles, en un mot pour toutes les entreprises importantes, il se trouve une classe d’hommes juges aveugles ou remplis de partialité, moralement paralytiques et stationnaires , qui pour avoir nourri des idées favorites qui ont vieilli avec eux, en possession de certaines connaissances, de certains honneurs mal acquis, nient le présent en haine de l’avenir, craignent tout ce qui éclaire, agite ou remue et repoussent le progrès, parce qu’ils ne peuvent s’élever à la hauteur de la pensée grandiose qui a été conçue.

N’est-il pas étrange, Messieurs, que les corps savants aient oil'ert de tous les temps une nullité absolue.

Qu’on me cite une seule idée grande et- créatrice qui ait été produite par un corps savant! toujours et partout les belles découvertes ont été des œuvres individuelles.

Les académies et les sociétés littéraires ne sont donc, comme on l’a dit, que les ■ invalides du monde moral. Il semble qu’en agglomérant plusieurs tôles forcées de se

pliera l’esprit de corps, on diminue la valeur spécifique des Etres pensants. Il faut que cela soit, puisque M. Bouillaud dit et reconnaît lui -môme « qu’il n’est permis à personne d’inventer impunément quelque grande vérité surtout quand cette vérité est en opposition avec les idées généralement reçues et enseignées par les hommes qui occupent de hautes positions.

Sachez-le,. Messieurs, les progrès du génie humain, comme tous les résultats matériels sont gouvernés par uneloi immuable. C’est d’après cette loi que l’humanité marche en avant avec cette tendance éternelle vers le progrès. Son mouvement quoique peu sensible pour nous qui ne faisons que passer, peu remarquable même pour les siè- ' clés, est encore assez rapide relativement à l’infini.

C’est pourquoi, Messieurs, toute découverte grande et utile, ne devrait pas rechercher l’approbation des académies dont les arrêts sont de nulle valeur , car, la haine qu’inspire toute découverte à ces corps savants, constitue déjà une preuve négative de supériorité.

N’est-on pas en droit de se demander pourquoi ce dédain, cette défiance et cette inimitié en face d’une vérité nouvelle! Cependant, Messieurs, nous ne sommes plus à une ép'oquo où l’on repousse un système sous prétexte qu'il ne peut s’accorder avec les livres saints, ou que l’on répugne à l’emploi de tel ou tel médicament, comme le fit le fameux Boërrhave pour le quinquina, cent ans après sa découverte, malgré les cures merveilleuses et irrécusables qu’il opérait, parce qu’au dire de Blondel, professeur de Paris, cette écorce avait ôté ensorcelée par les Américains.

Vous rappellerai-je cette proscription lancée par le parlement contre l’antimoine, se laissant malheureusement influencer par Guy-Patin; — ou bien encore, cette mortalité affreuse qui sévit sur la population marseillaise au nio-

ment de la peste, parce qu’il plut à Chirac, médecin du roi, d’ordonner dans sa liante sagesse que cette affection n'était pas contagieuse.

Mais pourquoi citer et multiplier ces faits ! Il nous est permis aujourd’hui de penser, sans blasphème, nonobstant l’inspiration divine, et de nous en rapporter plutôt à l’évidence qu’au témoignage des livres saints ouprofanes.

Tout homme sensé, fortement épris de l’amour des sciences, intéressé au bien-être de l’humanité, doit porter son attention sur une doctrine qui intéresse à un si haut point les hommes.

C’est ainsi que nous voyons tous les jours un grand nombre de praticiens qui, au déclin de la vie, blanchis dans la pratique allopathique, presqu’au bord de la tombe, hommes d’honneur, de cœur, de science et d’expérience, abandonnent le drapeau sous lequel ils ont servi tant d’années pour arborer le nôtre e t embrasser une nouvelle doctrine qui leur donne les ressources thérapeutiques qu’ils cherchaient depuis longtemps, èt le repos de la conscience qu’ils avaient vainement demandé à l’ancienne. Ces exemples sont d’autant plus admirables et notoires qu’il est peu d’hommes qui soient capables de se défaire d’une idée préconçue, et de rompre avec certaines habitudes de penser qui, en quelque sorte, se sont assimilées à leur nature.

Quant à moi, Messieurs, je ne suis l’homme d’aucune secte, ni d’aucun système; je ne me prononce que pour l’amour du vrai et cette indépendance de vues, qu’on n’acquiert qu’avec une éducation libérale. En acceptant les principes posés par Hahnemann, c’est, je crois j accepter la vérité. Aussi mes convictions sont si profondes, mon zèle est si ardent, que je ne reculerai devant aucun moyen . pour le triomphe de mes idées. De nos jours, je le sais, les protestations de sincérité sont de peu de valeur, étouffées qu’elles sont par ces mesquines passions qui dominent

l’homme de science même. Mais, tôt ou tard, la vérité triomphera. Un jour viendra ou elle se jouera de la renommée, de la dignité, des honneurs de ceux qui ont intérêt aujourd’hui à l’entraver.

Depuis trop longtemps nous demandons qu’on en appelle à une expérience impartiale; depuis trop longtemps nous rappelons de nos vœux, pour qu’elle nous soit toujours refusée obstinément.

Aujourd’hui encore, mon seul désir serait de voir la doctrine homœopathique recevoir la sanction d’une expérience décisive. N’est-il pas dans V intérêt de l’homme souffrant d’être éclairé sur la médecine la plus puissante pour soulager ses infirmités? n’est-il pas temps de soumettre notre doctrine à des épreuves sérieuses, afin que la jeunesse médicale puisse sortir de l’état de perplexité dans laquelle elle se trouve, et afin que la vérité ou l’erreur puissent se produire d’une manière si éclatante que le doute ne soit plus possible.

N’est-il pas temps de faire comprendre aux masses que, non-seulement l’homœopathie se préoccupe de l’intérêt d’un malade, pris isolément; mais encore qu’elle possède des moyens préservatifs qui ont pour but d’opérer sur une population entière ? N’est-il pas temps de faire prévaloir une doctrine qui, par sa simplicité et la douceur de ses procédés , permettrait aux pauvres malades de se faire soigner au sein de leur famille ? De cette manière, ils échapperaient, pour la plupart, aux hôpitaux; car qui ne reconnaît la répugnance invincible des malades pour ces redoutables asiles dans lesquels ils ne se laissent ordinairement porter qu’après avoir épuisé leurs dernières ressources. Ancien élève des hôpitaux, il m’est permis de parler ainsi; de même comme médecin de plusieurs Sociétés de secours mutuels de la ville de Paris, j’ai été souvent témoin des bienfaits que ces institutions rendent à la classe ouvrière.

Comme jusqu’à présent toute proposition qui a été faite aux homœopathes d’expérimenter dans les hôpitaux a cache un piège, tout en acceptantl’oiïrequi me serait faite, je déclare que je ne reconnais à personne le droit de m’imposer des lois, et, loin de me soumettre au caprice de tel ou tel médecin d’hôpital, j’entends, moi, dicter les conditions de l’expérience.

Les hases étant posées et arrêtées d’un commun accord, à nos adversaires ensuite, qui suivront notre clinique, de discuter ultérieurement, s’il y a lieu , la valeur des guérisons <jue nous obtiendrions.

Croyez-bien, Messieurs, que pour parler et affirmer avec autant de hardiesse, il faut avoir, non seulement le courage de combattre, mais la conscience de sa force, qui repose sur la bonté de la doctrine que l’on défend, sans crainte d’être démentis.

Il n’y en a pas un de nous, aujourd’hui, qui n’applique l’homœopathie sans une intime conviction, sans zèle et contentement intérieur, en un mot sans cette profonde vénération qu’excite dans le cœur de l’homme, la voix toute-puissante de la vérité. C’est une chose particulière et digne de remarque que cette ardeur et cet enthousiasme qui animent ceux qui, sachant apprécier et comprendre la nouvelle doctrine, se sont adonnés à sa pratique.

C’est, messieurs, devant une telle profession de foi, que le rédacteur en chef du Courrier Médical, poussé par ses confrères et dans la crainte que nos lettres ne portassent préjudice au journal, osa écrire qu’il ne voyait dans l’acceptation du défi qu’une réclame, etc., etc. (Voir le n°du 15 janvier 18o9.)

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