SIXIÈME LEÇON
Des composts.
Le mot compost est passé de la langue anglaise dans la langue horticole française il y a environ trois quarts de siècle, et signifie un mélange de terre et d’engrais plus propre à la culture de certaines plantes que la terre naturelle du sol. C’est la culture des plantes étrangères qui a fait imaginer les composts, parce que l'expérience a appris que beaucoup de ces plantes ne réussissaient pas en terre ordinaire.
Les composts diffèrent entre eux principalement par leurs differents degrés de compacité, ce qui leur donne des aptitudes différentes à recevoir ou à conserver la chaleur et l'humidité, par les stimulants plus ou moins actifs qui entrent dans leur composition ; mais 1ls se ressemblent tous en ce qu'ils contiennent, sous un petit volume, une grande quantité de parties nutritives.
C’est particulièrement dans les grands établissements comme celui auquel vous avez l'avantage d'être attachés, que les composts sont indispensables à cause de la variété prodigieuse de plantes de tous les climats qui y sont cultivées en pots et en caisses. Les composts réunissent les avantages de l'amendement et de l’engrais, et ce n’est que par leur moyen, uni à une température factice que l’on sait également se procurer, qu'on peut arriver à cultiver les plantes étrangères avec un succès avantageux.
(79 ) La nécessité des composts étant reconnue , 1l faut en ‘ préparer avant même qu'on ne possède les plantes auxquelles on les destine, afin de ne pas s’exposer à laisser celles-ci en souffrance.
On se procurera donc d'avance les substances que Je vais énumérer, en quantité relative au nombre de plantes que l’on suppose en avoir besoin ; à cet effet, on amassera, sous un grand hangar,
1° Un tas de terreau de feuilles,
2° Un tas de terreau de fumier de cheval, 3° Un tas de terreau de fumier de vache, | À peu près de 4 Un tas de terre de bruyère, même volume.
5% Un tas de terre normale,
6° Un tas de sable siliceux,
7° Un tas de marc de raisin,
8° Un tas de marc de graines et de fruits
Aux + moins oléapineux , / volumineux que 9° Un tas de colombine, les précédents.
10° Un tas de pouarette, }
Ces dix substances entrent rarement toutes ensemble dans un compost : 1l peut arriver qu'on n’y en fasse entrer que deux ou trois, mais toutes sont utiles, les unes sous un point de vue, les autres sous un autre point ; et si, en mélangeant convenablement de la terre normale et de la terre de bruyère, on peut faire un compost de telle légèreté qu'on voudra, et par conséquent convenable à telle plante qu'on voudra, et qu'à la rigueur on puisse se passer des huit autres substances, ainsi qu’on en a la preuve au Jardin du roi, il n’en est pas moins nécessaire que vous connaissiez toutes celles qui entrent avantageusement dans la formation des composts, parce qu'il pourra arriver que vous ne les ayez pas toujours toutes en même temps sous la main, et que vous soyez obligés de remplacer, autant que possible, l’une par l’autre.
Peut-être avez-vous été etonnés de m'entendre vous dire qu'on devait réunir sous un hanpgar toutes les substances destinées aux composts, puisque ce n'est pas l'usage, du moins à Paris; mais, pour peu que vous vouliez y réflechir, vous sentirez aisément l’avantage de cette méthode : quand on laisse ces substances dehors, l’eau des pluies les lave, les délaye, et en entraine les parties solubles, qui sont les plus précieuses pour la végétation; de sorte qu’elles perdent beaucoup de leurs propriétés, et que, quand on les met en usage, elles ne répondent plus aux espérances qu’on en avait conçues. Ainsi, mettre les substances destinées aux composts sous un hangar à l'abri de la pluie est une perfection que l'horticuliure réclame, que vous devez prendre en considération et généraliser autant qu'il dépendra de vous.
Je vais vous rappeler sommairement les propriétés des dix substances qui entrent ie plus généralement dans la confection des composts.
1° Terre normale. On n’a pas de raison, en horticulture, de rechercher une terre plus compacte que la terre normale, ou terre franche, ou loam des Anglais, car aucune plante cultivée n’en réclame une plus forte. C’est la meilleure terre pour la culture en plein air de presque tous les légumes et d’une grande quantité de plantes utiles ou agréables. Ses propriétés sont de conserver l'humidité mieux que les autres et d'offrir un appui plus solide aux plantes qui doivent développer de fortes racines; mais on l'emploie rarement seule dans la culture des plantes d’orangerie et de serres, parce quelle serait trop froide pour presque toutes, el trop compacte pour celles à racines capillaires, comme, par exemple, les Protea, les Bruyéres ; mais il y a peu de composis dans lesquels on ne la fasse entrer pour une plus ou moins grande partie.
2° Terre de bruyère. Elle est légère et sèche, s’humecte difficilement lorsqu'elle est sèche, et se sèche promptement
(8) | quand elle est humectée ; elle est très-propre à rendre là terre normale plus légère, plus chaude, plus perméable à l’eau et aux racines délicates des plantes, en même temps qu’elle y apporte une fertilité de plus longue durée que les terreaux ordinaires, parce que celui qu’elle contient se dissout moins vite.
3° Terreau de feuilles. Le plus sec et le plus léger de tous les terreaux ; préférable aux autres pour mélanger avec de la terre normale, du sable, et composer une terre propre aux oignons à fleur et autres plantes dont les racines délicates craignent le terreau gras. Il se dissout et disparail assez promptement du mélange dans lequel on l’a fait entrer ; de sorte que ses bons effets sont de courte durée, et qu'on doit le remplacer souvent.
4° Terreau de fumier de cheval. Mélé à la terre normale, il lui donne un peu moins de légèreté et de porosité que le précédent ; mais il en augmente davantage la fertilité, et celle-ci se prolonge aussi plus longtemps.
5° Terreau de fumier de vache. Mêlé avec la terre normale, il ne l’échauffe pas, ne la rend presque pas plus légère; mais il en augmente sensiblement l’onctuosité, la fraîcheur et la fertilité. Ses effets se font sentir plus longtemps que ceux des deux terreaux précédents, à cause de son onctuosité.
6° Sable siliceux. Ses effets ne sont que mécaniques, et il n'apporte rien de nutritif aux plantes ; sa propriété se
rne à donner de la sécheresse et de la porosité aux composts dans lesquels on le fait entrer.
n° Marc de raisin. Il est sec, chaud et fort lent à se décomposer : pendant ce temps, son mucilage se combine et produit des gaz favorables à la végétation.
8° Marc de graines et de fruits oléagineux. Celui-ci est peu connu et encore moins usité à Paris; mais, en Belgique, les plus habiles horticulteurs le recherchent et Île font entrer dans les composts destinés aux plantes des
(8) serres et d'orangerie à racines fortes, Le mucilage, lalbumine et une petite quantité d'huile qu'il contient produisent des combinaisons de longue durée très-favorables à la végétation.
9° Colombine. C'est ainsi qu’on appelle les excréments de pigeons : c’est une substance très-chaude , qui ne doit jamais entrer dans les composts qu’en petite quantité, sur- ‘out tant qu'elle est fraiche ; elle est un stimulant puissant -ui, comme les remèdes héroïques, deviendrait pernicieux a forte dose.
10° Poudrette. Je vous ai déja dit que cette substance était de la matière fécale desséchée, désinfectée et réduite en poudre : on la regarde comme un stimulant aussi chaud et aussi puissant que la colombine, et on l’emploie égalemeni à petite dose, de la même manière et dans le même but.
Teilés sont, messieurs, les substances les plus généralement employées dans la confection des composts ; mais votre pratique pourra vous suggérer l'idée d’en employer encore d'autres, et de faire des essais pour corriger et perfectionner ce que l’on sait à cet égard. Je vous signale même une substance qu’on n’a pas encore employée dans les composis el qui, par son énergie, devrait y tenir un des premiers rangs ; Je veux parler du sang liquide et du sang sec. Les bons effets du sang sur la végétation ne peuvent être mis eu doute, ceux du sang liquide surtout.
Je vais vous dire un mot sur les deux manières usitées. de mélanger les substances dont nous venons de nous en= tretenir ; ensuite nous nous occuperons des proportions de chacune de ces substances dans divers composts.
Supposons qu'on veuille faire un mélange ou compost de deux parties de terre normale et d’une partie de terreau, le procédé le plus simple est d’avoir une mesure de capa cité quelconque, comme un panier par exemple, d'emplir ce panier de terreau et de le verser sur un sol bien uni,
d'emplir ensuite ce même panier ou un semblable deux fois de terre normale qu’on verserait sur la mesure de terreau avec lequel on la mélangerait bien de suite, au moyen d’une ne ou de toute autre manière, et fe continuer ainsi jusqu'à ce qu on en ait assez. Ce procédé suffit lorsqu'on ne veut faire qu’un petit compost. et peu compliqué ; mais, s’il était question d'en faire un plus volumineux et plus compliqué, on agirait différemment. Si, par exemple, on voulait faire un compost dans lequel il y eût quatre paruies de terre normale, deux parties de sable siliceux, deux parties de terre de bruyère et une partie de terreau, il faudrait d’abord que les quatre tas de substances à mélanger fussent rapprochés à peu près en rond, au centre duquel il y eùt un espace assez grand pour contenir le compost qu'on se propose de faire ; ensuite on mettrait quatre hommes au tas de terre normale, deux hommes au tas de sable siliceux, deux hommes au tas de terre de bruyère et un homme au tas de terreau : chaque homme, muni d’une pelle, jetterait, au milieu du rond et dans un temps donné, une pelletee de la substance qui serait devant lui, ei il en résulterait un nouveau tas qui serait le compost cherché, et dont les matières seraient déjà presque suffisamment mélangées.
C’est ici le lieu de vous rappeler les Fans opinions qui existent sur le temps qui doit s’écouler depuis le moment qu’un compost est fait jusqu à celui où l’on peut commencer à l’employer. Plusieurs cultivateurs habiles emploient les composis aussi1ôl qu'iis sont faits; d'autres, nou moins ha biles, prétendent qu'il faut attendre six mois, un an, trois ans même pour s’en servir, et on a des preuves que les uns et les autres réussissent également bien. Vous devez done, messieurs , garder un juste milieu à cet égar d, respecter les deux opinions , tâächer de découvrir dd. votre pralique la cause des résultats qui les ont établies, et iles moyens de les réunir en une seule. Je vous dirai seulement que, quand
(84) un compost est fait, il ne faut pas que la pluie tombe dessus ; on doit le tenir sous un hangar, l’entretenir dans une légère humidité, afin que les diverses substances qui le composent éprouvent la fermentation et les combinaisons dont elles sont susceptibles.
Nous voilà arrivés à la question de savoir quelle quantité de chacune des substances que nous venons d’énumérer il faut faire entrer dans les divers composts, et je vous avoue que cette question est difficile à résoudre dans l’état actuel de la science : 1° parce que les auteurs qui ont précisé cette quantité ne sont pas d'accord entre eux; 2° parce que presque toujours la pratique s’éloigne de la précision in diquée par les auteurs : de sorte que ce que je vais vous dire sera plutôt une partie de l’histoire des composts que des règles que vous dussiez suivre rigoureusement.
Je vous ai déjà appris qu'au Jardin du roi on n'employait qu’un mélange habilement varié de terre normale et de bruyère pour toutes les plantes de serre et d’orangerie; maintenant j'ajouterai qu'on donne ce mélange aux plantes aussitôt qu'il est fait. Ainsi, voilà un grand éta-
blissement où l’on ne fait usage ni des divers terreaux, ui
de marc de raisin, ni de marc d'huile, n1 de sable siliceux, ni de colombine, ni de poudrette, et où cependant les cultures sont très-belles.
A l’orangerie de Versailles, on agit tout différemment, et pourtant on obtient des succès non moins satisfaisants ; là, depuis plus d’un siècle, on fait entrer, dans le compost à oranger, 1° de la terre normale, »° du gazon, 3° du terreau de couche, 4° du fumier de vache, 5° de la poudrette, 6° de la colombine, 7° du crottin de mouton, 8° du marc de raisin, tout cela mélangé dans des proportions invariables, et on n'emploie le compost qui en résulte que lorsqu'il a trois ans. Les Oransers auxquels on le donne sont certainement très-beaux , mais on trouve aussi de beaux Orangers chez plusieurs fleuristes de Paris, où on ne leur donne
(85 ) que de la terre de jardin mêlée avec du terreau de couche.
On voit au potager du roi, à Versailles, de très-beaux Ananas en terre de bruyère pure, et à côté on en remarque d’autres non moins beaux en terre composée d’un tiers de terre de jardin, d'un tiers de terre de bruyère et d’un tiers de terreau de couche. J’ai vu dans un autre jardin des Ananas encore plus beaux que ceux de Versailles, dans une terre composée d’un demi de terre normale, d’un quart de terreau de feuilles et d’un quart de terreau de fumier de vache.
Ces exemples vous prouvent, messieurs, que, s’il y a quelques plantes, telles que les Protées et les Bruyères, qui ne réussissent que dans une certaine terre, il y en a aussi un bien plus grand nombre qui nous laissent assez de latitude dans le choix de la terre que nous leur donnons. Cependant vous ne devez jamais oublier que plus la terre que vous donnerez à vos plantes sera compacte, plus elle aura besoin de chaleur et moins d’arrosements, et que plus elle sera légère et poreuse, plus il faudra l’arroser souvent. C'est aussi le cas de vous rappeler l’axiome, qu’un arrosoir entre Les mains d'un homme habile est un instrument salutaire , et qu il devient meurtrier en passant dans les mains d’un ignorant.
Quoique nous n'ayons trouvé aucune uniformité dans le nombre n1 dans les proportions des substances que les auteurs et les praticiens font entrer dans leurs composts, nous ne devons pas moins nous attacher à découvrir celui d’entre eux qui approche le plus de la perfection , et le prendre pour guide et pour modèle jusqu'à ce que nous puissions mieux faire ; et, comme il me semble que Îles composts du professeur Thoüin n’ont ni le superflu des uns, ni l’exiguité des autres, je vous les propose ici pour exemple. EE
( 86) Compost à Melons.
| 15 Propre à la culture des
Terre normale. , 4%, 2 1/2 )MeoneueoRte cloche et sous châssis.
Terreau de couche. . . . 1/4\Cependant on pourrait
donner moins de terre Terre sableuse. . , 1/4 normale aux Melons de
première saison.
Compost à Orangers.
Ferre mormale, Stiiuun DTA O0 a) Terreau de couche... . . . ‘1/6| propre aux Orangers — de fumier de vache. . 1/6 jetautres arbresetambris-
{ seaux à fortes racines, Terre de potager. . 4 2/12 qu'on rentre en/orange-
À slri dant l'hiver.
Terreau de bruyère. . . JG {rie pendant l'hiver. Poudretle. 544)! Hit out aol
Autre compost à Orangers en usage à l'orangerie de Versailles.
On mêle ensemble de la terre normale et du terreau de couches en parties égales, et prenant celte masse Pour unité. fr dhiidt le tt.
On y ajoute bon fumier de
yacheerass Axa oies s Poudrétie: 4) 20 4h Colombine rar Mare de raisins: sut oi Crottin de mouton. . . .
Ce compost est certai-
gros et magnifiquesOrangers de Versailles, où lon n’en emploie pas d’autres; mais sa complicationest si grande, qu’elle n’est pas imitée ailleurs.
Terre de gazon faite. . . .
Compost pour les plantes vivaces herbacées.
d'érre normale" 2° 4 Terreau de couche. . +. . 1/4
« Propre au rempotage — de bruvyere, L 1/8 A a
Fumier de mouton. . . . 1/84 bacées qu'on rentre l’hi- ? ver dans différentes. serde vaches : Lio 1/8 res.
Merterdepré. 27. ab Poudrette. D co)
uement très-bon pour les :
og ER PS Re PR
Compost pour les arbustes.
Herrenommales. .. ... 1/3 | Propre à la culture des Berre reonche.;: 1. : 1/04 RS thoiftes js de bruyère. lu Ce he 1/64 qu'on rentre l'hiver en ; serre chaude et en serre Fumier de vache. . . . . 1f6 tempérée.
Terreau de feuilles. . . . 1/6
Compost à rosages.
Terre de bruyère. . . . . 2/3{ Employé presque exd se clusivement aux semis Terreau de feuilles résineuses. 1/6{ des Bruyères, des Rosa-
: ges, des Aalmiaetautres Compost pour les Liliacées bulbeuses.
Terre normale douce. . . . 92/10/ Employé pourles gros
ï oignons à fleur. Les pe- Terre de bruyère. SH une 2 3/10 tits peuvent se cultiver
Heme de vieilles prairies. . 2/10 °n terre de bruyére sableuse ; mais toujours il
Terreau de feuilles. . . . 2/10 Jfaut éviter le terreau de ble fumier, surtout lorsqu'il anle nn. + + + + + 1/10 \est encore frais.
Tels sont, messieurs, les principaux composts sur lesquels j'ai cru devoir attirer votre attention.
Messieurs, vous savez maintenant ce que c’est que la terre; vous êtes en état d'en reconnaitre les diverses espèces et de les mélanger de manière à obtenir des composés de différentes densités, les uns favorables à la culture d’une certaine série de plantes, les autres favorables à d’autres séries. Mais jusqu'ici nous n'avons considéré ces terres que d’une manière abstraite ; nous ne les avons étudiées que dans leurs éléments, dans un état de stérilité absolue, c’est-à-dire privées d'humidité et de chaleur, et vous savez bien que, sans humidité et sans chaleur, il n’y a aucune végétation possible , quelle que soit la qualité de ja terre. Nous allons donc nous occuper de l’eau, qui est le principe de l'humidité ; ensuite nous parlerons de la chaleur.
De l'eau.
Pendant longtemps , les physiciens ont regardé l'eau comme un élément, c’est-à-dire comme un eorps simple, indécomposable ; mais la chimie pneumatique a démontré, il y à environ soixante ans, que l’eau est composée de deux gaz, l’un appelé oxygène et l’autre hydrogène ; qu’elle contient, en volume, deux parties d'hydrogène et une partie d'oxygène, et, en poids, 88,90 d'oxygène et 11,10 d'hydrogène. Si, pour la clarté, nous réduisons ces derniers nombres à leur plus simple expression , nous verrons que l’eau est composée, en poids, de © d'oxygène et de = d'hydrogène. Cependant, d’après des expériences plus récentes, il paraïtrait que l’eau est formée de £# d'oxygène et de 1 d'hydrogène. Quoi qu’il en soit, si nous comparons ces deux gaz relativement à leur volume et à leur poids simultanément, nous trouverons que le gaz hydrogène est quinze ou seize fois plus léger que le gaz oxygène, et onze ou douze fois plus léger que l’air atmosphérique, qui est un mélange de gaz azote et de gaz oxygène.
Vous vous rappelez, messieurs, que je vous ai dit que le gaz oxygène avait la propriété d’oxyder tous les corps avec lesquels il s'unissait intimement, et qu’alors tous ces corps étaient considérés comme des oxydes : d’après ce principe, les chimistes considèrent aussi Feau comme un oxyde d'hydrogène. D'un autre côté, des miniéralogistes, voyant que l’eau, en se gelant, forme des cristaux comme les minéraux, prétendent que l’eau est aussi un minéral; cependant on fait cristalliser beaucoup de produits animaux et végétaux, et on ne dit pas pour cela que ces produits sont des minéraux.
Quand il a été hien constaté que le gaz hydrogène était onze ou douze fois plus léger que l'air atmosphérique, les physiciens ont cherché à en tirer parti pour s’élever dans
Cu les airs : pour cela , ils ont construit un grand ballon en taffetas gommé, qu’ils ont empli de gazhydrogène, et, après avoir attache une nacelle au ballon et s'être placés dans cette nacelle, on a lâché le ballon, qui aussitôt s’est élevé à une très-grande hauteur, emportant avec lui la nacelle et les physiciens qui étaient dedans.
Si votre jeunesse ne vous a pas encore permis de voir quelques-unes de ces ascensions , du moins vous en avez entendu parler; mais vous iguoriez peut-être encore que c'est au moyen du gaz hydrogène que ces hardis navigateurs s’élèvent à perte de vue jusqu’au-dessus des nuages, et trouvent ainsi le moyen de recueillir de l'air atmosphérique à différentes hauteurs et de pouvoir ainsi l’'analyser.
Remarquez bien, messieurs, que les premiers physiciens qui se sont élevés dans les airs, au moyen du gaz hydrogène, étaient des hommes riches, déja célèbres par leur profond savoir, et qui n’avaient nullement besoin d'exposer leur vie ni pour vivre ni pour acquérir des honneurs ; mais l'amour de la science et le désir de s’instruire encore davantage leur ont fait braver un danger qui faisait trembler tout le monde.
Je pourrais vous citer encore un grand nombre de savants très-riches qui ne dorment que quatre heures sur vingt-quatre, qui prennent à peine le temps de manger, tant l’amour de l’étude et du travail les domine. Si vous aviez connu le célèbre Duhamel, Dumont de Courset, le vénérable Thoüin, et son digne successeur Bosc, vous les auriez trouvés toujours occupés, toujours travaillant, toujours méditant, pour augmenter de plus en plus la somme de leurs connaissances.
Persuadez-vous donc bien, messieurs, que vous ne pourrez parvenir à une distinction honorable qu’en travaillant et en méditant sans cesse; qu’en tendant continuellement votre esprit et votre imagination pour découvrir la marche de la nature et lui arracher ses secrets ; que si, en sortant
du travail manuel, vous cessez de penser à voire état pour vous livrer à l'indifférence, au désæœuvrement, à des distractions souvent nuisibles à votre santé et à vatre réputation, vous ne répondrez nullement aux intentions. bienveillantes et paternelles du fondateur de cet établissement. Il faut que vous vous fassiez un plan de conduite et que vous preniez l'engagement envers vous-mêmes de ne jamais vous coucher sans avoir consacré quelques heures à l’étude, pour pouvoir avancer également dans les connais: sances théoriques et pratiques de votre art. Quand vous aurez acquis l'habitude de l’étude comme vous l'avez déja du travail manuel, vous y trouverez un noble et véritable plaisir, et vous éprouverez la satisfaction intérieure que ressent celui dont tous les momens sont dignement employés. A
Je vous ai dit que l’eau est composée d'oxygène et d'hydrogène ; mais on la trouve rarement à son état de pureté dans la nature : elle contient, le plus souvent, d'autres gaz, des acides, des alcalis, et plusieurs substances en dissolution, qui en changent ou en altèrent la qualité ; de sorte que, pour obtenir de l’eau en état de pureté, il faut la distiller. Je ne vous entretiendrai pas de l’usage de l’eau dans les nombreuses opérations industrielles, il suffit d’avoir des veux et du bon sens pour lapercevoir; Je vous rappellerai seulement qu’elle est indispensable à la vie des animaux. et des végétaux, et que sans elle la terre serait inhabitable, |
On trouve l’eau dans trois états différents : 1° à l’état de glace ou solide quand elle est privée de chaleur ; 29 à Petat liquide quand elle éprouve depuis r jusqu’à 100 degrés de chaleur du thermomètre centigrade ; 3° et à Pétat de vapeur quand elle éprouve 100 degrés de chaleur et plus. Dans le premier état, elle est inerte, inutile ou nuisible à la végétation ; dans le second état, elle est indispensable à la vie des animaux et des végétaux : relativement à ces
PP PT PR Re TT TS Me
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derniers, c’est lorsque sa température est élevée de 15 à 30 degrés qu’elle est le plus favorable a la plupart d’entre eux ; passé {0 deprés, elle les fatigue et finit par les faire périr, si sa température continue de s'élever : dans son troisième état, c’est-à-dire lorsqu'elle est réduite en vapeur, elle est utile et très-utile à la végétation tant que sa température n'est pas trop élevée, et qu’elle n’a pas encore acquis une force de dilatation capable de trop distendre ou de déchirer les organes des végétaux dans lesquels elle s’introduit. On manque d' expériences pour savoir avec précision à quel degré de chaleur la vapeur commence à être nuisible aux végétaux ; mais il est certain qu'ils la supportent à une plus haute température que les animaux.
Ce n'est ordinairement que dans les lieux clos, dans ies serres que nous donnons l’eau vaporisée aux végétaux ; en plein air, nous abandonnons ce soin à la nature, qui ne s’en acquitte pas toujours parfaitement, et jusqu’à présent nous ne nous sommes guêre mis en peine de venir à son secours. Cependant notre art est celui d’aider la nature ; nous l’aurons donc perfectionné cet art, quand nous aurons généralisé l’usage de produire une vapeur bienfaisante autour des végétaux dévorés par une chaleur desséchante. Nous trouverons l’occasion de revenir sur ce sujet important.
C'est à l’état liquide que nous employons l’eau dans les jardins pour donner à la terre le degré d'humidité le plus favorable à la végétation des plantes, et, comme je vous l'ai dis plus haut, c’est quand l’eau est élevée à la température de 15 à 30 degrés du thermomètre centigrade, qu'elle paraît leur convenir davantage. Quand on l’emploie à aun Jegré moins élevé sans qu'elle produise de mauvais effets, c’est parce qu’elle se met promptement à la température de la terre et de |’ atmosphère.
Toutes les eaux ne sont pas écalement bonnes pour les arrosements ; mais, comme on est rarement le maitre de
(92) choisir, chacun emploie celle qui est ke plus à sa proximité, et on tâche de corriger, par quelques moyens, celles qui sont défectueuses. Voici la liste de celles le plus généralement employées dans les jardins.
° Eaux de pluie. Elles sont considérées comme les saute de toutes pour les arrosements , à cause des principes dont elles ont été saturées dans l’atmosphère ; elles sont légères, dissolvent parfaitement le savon et cuisent très-bien les lécumes : on devrait donc les recueillir avec soin en établissant des gouttières tout autour des bâtiments, pour rassembler celles qui tombent sur les toits et de là être conduites dans un grand réservoir, placé, s’il est possible , dans la partie la plus haute du jardin , d’où elles seraient distribuées, au moyen de tuyaux, dans les différents endroits qui exigent des arrosements.
Les pluies surabondantes qui tombent sur la terre et qui ne peuvent plus entrer dans son sein quand elle en est suffisamment imbibée pourraient être rassemblées et dirigées, au moyen de rigoles, dans une mare corroyée en glaise, placée dans la partie basse du jardin : ces eaux sont souvent encore meilleures pour les arrosements, quand elles ont coulé sur la terre, que lorsqu'elles tombent directement des nues.
Les eaux ainsi recueillies dans une mare ou dans un réservoir se corrompraient , si elles restaient exposées au soleil, et il pourrait en sortir des miasmes nuisibles à la santé des habitants. Pour éloigner ce danger, il faut planter de grands arbres autour du réservoir ou de la mare, afin que leur feuillage garantisse l’eau des rayons du soleil pendant ’été. A la chute des feuilles, on retire, tous les deux ou trois jours, avec un râteau fait exprès, toutes celles qui tombent dans la pièce d’eau.
2° Eaux courantes. On appelle ainsi les eaux de ruisseaux et de rivières qui coulent à la surface de la terre : elles sont généralement bonnes, et d'autant metileures
(. 95) qu'elles coulent depuis plus longtemps et que leur volume est plus considérable. L'eau d'un faible ruisseau peut quelquefois contenir de l'oxyde de fer pas assez divisé, ou d’autres substances nuisibles à la végétation quand elles sont trop rapprochées, inconvénient qui ne peut avoir lieu dans les eaux des grandes rivières, où tous les principes sont nécessairement très-divisés.
3° Eaux stagnantes. Ce sont celles qui n’ont ni courant ni mouvement sensibles ; exposées au soleil et aux in- .fluences atmosphériques, elles se peuplent d'animaux et de plantes qui les corrompent bientôt par leur décomposition et les rendent impotables, même mortelles pour l’homme, mais excellentes pour arroser les végétaux. L’eau stagnante ne serait jamais dangereuse pour les hommes, si un ombrage épais la soustrayait aux influences du soleil.
4 Eaux de source. Les eaux portent ce nom quand elles jaillissent en sortant naturellement de la terre pour former les fontaines, les ruisseaux, etc., et elles le changent en celui d’eau courante à peu de distance de leur source. Ces eaux sont froides, et elles ont besoin d’être exposées à V'air avant d’être employées. Comme elles ont souvent traversé plusieurs sortes de terres, de pierres, de minéraux avant de trouver une issue à la surface du sol, il arrive quelquefois qu’elles tiennent en dissolution beaucoup de substances différentes, les unes favorables, les autres contraires à la végétation. Il faut les employer avec prudence jusqu à ce qu'on ait bien reconnu leurs propriétés.
5° Eaux de puits. Ce sont les plus mauvaises de toutes et malheureusement les plus employées. Il y en a cependant quelques-unes qui dissolvent le savon et cuisent les légumes ; celles-ci font exception , sont bonnes à boire et pour arroser les plantes : il suffit, pour ce dernier usage, de les tenir d’autant plus longtemps à l'air avant de s’en servir, qu'elles ont été tirées d’un puits plus profond. Beaucoup de puits à Paris donnent de l’eau plus ou moins
séléniteuse, c'està-dire qu’elle contient du gypse en dissolution. Cette eau est lourde, et se refuse d'autant plus à dissoudre le savon qu’elle est plus séléniteuse ; elle est fort nuisible aux plantes , les fait mêmé périr si la séiénite est en grande quantité. Quand on est obligé d'arroser avec une telle eau, il faut, avant de s’en servir, la battre, l’agiter beaucoup à l'air et pendant longtemps, afin qué la sélénite se précipite, ou, ce qui est pius tôt fait, où met quelques poignées de see dans l'eau ; elle décompose de suite Ja sélénite et forme du sulfate de potasse.
6° Eau de fumier où bouillon. Toutes lés substances animales et végétales décomposees dans l’eau lui communiquent des propriétés si actives et si favorables à la végétation , qu’on l’a reconnue très-propre à retablir la santé des plantes souffrantés, et que bien des cultivateurs l’appellent bouillon, par allusion à celui qu’on doune aux hommes malades pour les fortifier; et, comme on ne pourrait donuer beaucoup dé nourriture substantielle à un malade sans risquer de lé faire périr, de même il faut donnér modérément de l’eau de fumier à une plante lanpuissante, Si on veut la rétablir. De tous les procédés employes pour faire cette eau, je vais vous en exposer ici seulement deux ; les autres se devineront aisément.
Prémier procédé. Il faut creuser üne fosse longue et large de 2 ou 4 mètres , profonde de 1 mètre, la revétir de glaise ou la muraïller par les côtés et la paver dans le fond de manière que l'eau né puisse s’en échapper ; on établira, dans lPendroit le plus bas, uné bonde qui communiquéra avec un bassin où un tonneau placé en dehors de Ja fosse et un peu plus bas que la bondé. On embplira fa fosse de fumier de cheval et de vache éortant de l'écurie avec tous les crottins ; et on y dirigéra l’eau de pluie ou toute autre, de manière que le fumier en soit bien trempé. Quand l'eau aura séjourne quinze Jours, ui mois, ou plus, dans lé fumiér, on ouvrira la bonde, et elle s’écoulera
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